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Sommaire Revue n° 15
Revue Flaubert, n° 15, 2017 | Bouvard et Pécuchet, roman et savoirs:
l'édition électronique intégrale des manuscrits

Colloque de Rouen, 7-9 mars 2013. Numéro réuni par Yvan Leclerc

Intertexte et genèse de la «conférence» finale:
la Profession de foi du Vicaire savoyard

Atsuko Ogane
Professeur à l’Université Kanto Gakuin (Yokohama)
Voir [Résumé]

 

La quête de savoir, que nos deux bonshommes ont menée sur dix chapitres s’achève brutalement par l’épisode de la conférence interrompue par les gendarmes. Dans la scène finale, ils se mettent à copier. Entre le récit du premier volume, leur copie et la conclusion, le cycle en spirale du roman dévie, et l’apprentissage devient recopiage. Mais quelle est la motivation principale de ce changement radical dans l’activité de nos deux personnages ? Comment l’articulation entre les deux volumes a-t-elle été rendue possible pour faire ressortir leur bêtise et leur faculté de la démasquer à travers tout le parcours du texte ? Dans le dernier chapitre, l’éducation des enfants s’impose, et cela peut-être inévitablement pour permettre de passer à la conférence, puis  à leur retour au travail de copiste.

Je voudrais montrer tout d’abord l’importance de Jean-Jacques Rousseau, en particulier le rôle déterminant de la Profession de foi du Vicaire savoyard, qui est centrale pour penser cette articulation dans la structure du roman inachevé, et qui a probablement inspiré largement l’auteur. La place primordiale de l’Émile pour la genèse de l’épisode de l’adoption et de l’éducation des deux enfants a déjà été signalée par Yvan Leclerc[1] et c’est Mitsumasa Wada, un de nos collègues japonais, qui a bien mis en lumière[2] l’intégration ironique de la Nature rousseauiste dans le chapitre X. Mais c’est la vie même de Rousseau et la Profession de foi du Vicaire savoyard qui donnent une clé pour comprendre la structure et l’esthétique de « la conférence », en même temps qu’elles fournissent un pivot pour passer au second volume.

Des échecs à la Copie : l’affinité avec J.-J. Rousseau

Commençons par nous demander pourquoi le dernier chapitre du premier volume s’achève sur l’Éducation[3]. Claudine Gothot-Mersh a signalé clairement la particularité de ce chapitre de l’éducation, la « circularité de la structure » [4]  : nos deux bonhommes reprennent tout ce qu’ils ont appris du chapitre II au chapitre IX pour l’enseigner aux deux orphelins, « en passant de l’acquisition à la transmission du savoir » [5]. Mais en quoi exactement leur échec dans le domaine de l’éducation diffère-t-il de ceux des autres sciences ? Leurs derniers échecs sont liés de façon étroite à l’entreprise finale de la Copie dont la conception préliminaire figure dans la dernière scène du premier volume (dans le Carnet 19, dans un fragment tabulaire du scénario, aussi bien que dans le premier plan). Du chapitre II au chapitre IX, chaque chapitre est normalement structuré en trois étapes : « lecture-pratique-discussion ». Après l’apprentissage de chaque science, Bouvard et Pécuchet tentent de la mettre en pratique ; ensuite ils perdent leur ardeur et la confiance dans cette science, ils finissent par l’abandonner et ils passent à un autre domaine. Or, dans le chapitre de l’éducation, la séquence ordinaire se modifie : l’échec de l’éducation des deux enfants ne leur enlève pas leur passion qui, au contraire, va jusqu’à leur faire entreprendre de « catéchiser le peuple », en l’occurrence, les villageois de Chavignolle, et de donner une conférence sur l’avenir de l’Humanité ! Cependant leur rêve est brisé, brutalement, par l’arrivée des gendarmes qui font irruption dans la salle de conférence. On leur enlève les deux enfants et ils sont menacés d’être enfermés : « Ainsi tout leur a craqué dans les mains. Ils n’ont plus aucun intérêt dans la vie » et voilà « une bonne idée nourrie en secret par chacun d’eux » (BP, p. 388[6]), celle de la Copie. Ainsi, la tripartition ordinaire « lecture – mise en pratique – discussion » se transforme en une nouvelle tripartition : « mise en pratique avec les enfants – mise en pratique avec les adultes (conférence) – la Copie ».

Leur conférence aurait pu réussir. Afin qu’elle échoue et que les deux hommes risquent d’être arrêtés par les gendarmes pour atteinte à la religion et à l’ordre et incitation à la révolte, il faut que toutes les animosités se rassemblent pour les exclure de la communauté. On peut le remarquer dans le plan : « Ils se couchent très fatigués, sans se douter de toutes les haines qui fermentent contre eux – motifs qu’ont de leur en vouloir le curé, le médecin, le maire, Marescot, le peuple, tout le monde » (BP, p. 385). Avant même la première occurrence de l’épisode de la conférence qui apparaît dans le IVe scénario, Flaubert souligne d’abord la haine dont nos deux bonshommes sont victimes de la part de ceux qui les entourent[7]  : à la fin du IIe scénario, une note de régie sur la haine figure pour la première fois : « Bien montrer l’hostilité publique parce qu’ils ne vivent pas comme les autres » [8] (fo 25).

 


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 25. Deuxième scénario

http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6767

 

Ensuite, dans le IIIe scénario, la haine à leur égard alors qu’ils « essayent de catéchiser le peuple » va jusqu’à l’agression physique : « et le peuple veut les lapider » (fo 36).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 36. Troisième scénario

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Enfin, au début du IVe scénario, « la conférence » est suivie non seulement par l’épisode de la lapidation, mais aussi par « une descente de gendarmes » (fo 16).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 16. Quatrième scénario

http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6784

 

L’adoption des enfants se place plus loin dans le IVe scénario et l’éducation n’est encore qu’une notion embryonnaire qui reste à approfondir à ce stade-là ; mais tout en bas de ce folio, on peut lire une note de régie : « L’hostilité universelle doit avoir p. cause plutôt des idées que des intérêts » (fo 16). Dans la suite du même scénario, Flaubert indique le rôle qu’il donne au sein de la narration à l’éducation des enfants : « L’éducation des deux enfants – qui est le summum de toutes leurs études doit amener l’explosion de toutes les haines amassées »[9] (fo 17)


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 17. Quatrième scénario

http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6785

 

Dans les années 1850, Flaubert était très sensible à cette « hostilité universelle » qui a exclu J.-J. Rousseau de la communauté des philosophes dans le salon du comte d’Holbach. Dans sa correspondance, il l’appelle plusieurs fois « la conjuration d’Holbachique », ce que Rousseau désigne dans ses Confessions comme « la cotterie holbachique [sic] »[10], dans laquelle opèrent Diderot, d’Holbach et Grimm (souligné par nous).

 

Tu verras que Énault et Du Camp vont finir par se lier. J’ai beaucoup ri, dans un temps, de la conjuration d’Holbachique, dont Jean-Jacques se plaint tant dans ses Confessions. Le tort qu’il avait, je crois, c’était de voir là un parti pris. Non, la multitude, ou le monde, n’a jamais de parti pris. Ça agit comme un organisme, en vertu de lois naturelles. Et comme Rousseau devait bien heurter tout ce XVIIIe siècle de beaux messieurs, de beaux esprits, de belles dames et de belles manières ! Quel ours lâché en plein salon ! Chaque mouvement qu’il faisait lui faisait tomber un meuble sur la tête, il dérangeait. Or tout ce qui dérange est meurtri par les angles des choses qu’il déplace[11].

Ceux qui dérangent les idées reçues sont punis à toutes les époques. Claudine Gothot-Mersh insiste sur ce point : « et c’est là ce qui suscitera la haine contre ces individus dérangeants que deviennent les bonshommes »[12] (souligné par nous). Flaubert témoigne ainsi de sa sympathie pour Rousseau, mis au ban de la bonne société parisienne après la publication de l’Émile, et il montre dans la même lettre son dégoût de la masse : « Il y a conjuration permanente contre l’original, voilà ce qu’il faut se fourrer dans la cervelle. »[13] Nous retrouvons ainsi le prototype de l’exclusion de la communauté dans la vie même de Jean-Jacques.

En dehors de « l’hostilité publique » qu’a ressentie J.-J. Rousseau, la ressemblance entre le sort de nos deux personnages et la vie réelle de Jean-Jacques est perceptible dans un épisode : la lapidation. Comme nous l’avons vu, « l’hostilité publique » figure dans le IIe scénario (fo 25), mais la « conférence » n’apparaît que dans le IVe scénario (fo 16). Dans la dernière « campagne » d’écriture du IIIe scénario consacré à la philosophie, un nouvel élément est ajouté juste après la phrase « Mr le Prefet les empêche dans leur propagande » : « et le peuple veut les lapider – deception théorique et experimentale » (fo 36).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 36. Troisième scénario

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Parallèlement, on remarque dans la marge la première occurrence de la Profession de foi du Vicaire savoyard : « (2) ils ne sont plus catholiques mais ils restent chretiens Profession de foi du Vicaire savoyard » (fo 36). Vient ensuite l’indication de l’adoption des enfants, et le mot « D’Holbach » figure tout en bas dans une phrase supprimée : « C’est Bouvard plus sceptique qui effrayé de l’exaltation de Pécuchet, apporte un D’Holbach – Il l’entraine dans le rationalisme comme Pécuchet l’avait entrainé au mysticisme. » (fo 36) Il apparaît que Rousseau est omniprésent à cette étape, si on tient compte de la Profession de foi du Vicaire savoyard, de d’Holbach et du rationalisme et enfin de la haine publique qui incite le peuple à la lapidation. Cet épisode est moins visible dans le plan définitif, d’autant plus que la lapidation ne subsiste que sous la forme du jet de pierres par les gamins du village dans le jardin de nos bonshommes, à cause de la jalousie de la population, irritée parce qu’«  il est maintenant bien tenu » (BP, p. 387-389). Mais l’épisode de « la lapidation » nous rappelle la fameuse « lapidation de Môtiers » qu’a subie Jean-Jacques en septembre 1765 : pendant la nuit de la foire de Môtiers, des pierres sont lancées contre sa maison par les villageois[14]. Après la condamnation de l’Émile par la Sorbonne, puis par l’arrêt du Parlement de Paris décrétant la prise de corps, Rousseau avait trouvé refuge à Môtiers, mais un mois après la lapidation, il a dû s’installer sur l’île de Saint-Pierre, et en octobre il est expulsé même de ce lieu idéal.

Ce qui nous intéresse, c’est la similarité entre la Profession de foi du Vicaire savoyard et Bouvard et Pécuchet : l’histoire d’un exclu de la communauté en raison de la haine universelle.


Dessin de la Profession de foi du Vicaire savoyard dans l’édition de l’Émile que possédait Flaubert. Émile ou De l’éducation, t. 1-3, dans Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, nouv. éd., classée par ordre de matières, 38 vol., Paris, 1788-1793, conservées dans la bibliothèque de Flaubert à Canteleu. La Profession de foi du Vicaire savoyard se trouve dans le tome 12, l’Émile tome 3, p. 21.

 

Le scripteur de l’Émile transcrit le papier d’un fugitif expatrié, un Calviniste fugitif, qui rapporte la profession de foi du vicaire savoyard, chassé également de la communauté et expulsé de l’Église catholique aussi bien que du cercle des philosophes. Ainsi, l’histoire d’un expatrié est-elle mise en abyme sur le plan narratif par les trois niveaux d’énonciation.


Tableau de la mise en abyme de trois narrations pour l’histoire d’un expatrié, chassé de la communauté dans la Profession de foi du Vicaire savoyard

 

Comble de l’ironie, c’est la publication de la Profession de foi du vicaire savoyard de l’Émile qui a provoqué l’expulsion de Rousseau, de Paris, de Genève, après la condamnation de l’œuvre.

La genèse de « la conférence » : la Profession de foi du Vicaire savoyard

Je voudrais suivre maintenant la genèse de « la conférence » et montrer le rôle décisif de la Profession de foi du Vicaire savoyard sur l’ordre des trois derniers chapitres, philosophie-religion-éducation. Mais tout d’abord comment se fait-il que le chapitre sur la Religion précède celui sur l’Éducation ?

La Profession de foi du Vicaire savoyard apparaît trois fois dans les plans et scénarios : dans les troisième et quatrième scénarios (fo 36 et fo 16) et dans un folio de fragments scénariques se rapportant à divers chapitres (fo 44). Dans ces trois cas, le titre de l’œuvre de Rousseau apparaît dans un contexte où il est question de religion, de socialisme et d’éducation, notamment à propos de l’épisode de l’adoption. D’ailleurs, Flaubert n’a pas pu ne pas s’intéresser à cet écrivain philosophe : dans les dossiers de Bouvard et Pécuchet (3519 fichiers), le nombre d’occurrences du nom de « Rousseau » se monte à 109, témoin  de son importance cruciale. Grâce au moteur de recherche du site Bouvard et Pécuchet du Centre Flaubert, on trouve également deux résultats dans les brouillons, l’un au chapitre de la philosophie (fo 874v) et l’autre dans un plan ponctuel qui mène du détachement de la religion à l’adoption des enfants (fo 1083v). D’autre part, sur le site des Dossiers de Bouvard et Pécuchet dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé, on peut consulter les bibliographies établies par Flaubert pour la préparation de chaque domaine : nous trouvons la Profession de foi du Vicaire savoyard dans les lectures philosophiques


Dossiers de Bouvard et Pécuchet - Documentation préparatoire - Listes récapitulatives des ouvrages lus sur la philosophie, g 226, vol. 6, fo 002r :
http://dossiers-flaubert.ish-lyon.cnrs.fr/cote-g226_6_f_002__r____

 

alors que d’autres ouvrages de Rousseau sont notés dans la bibliographie relative à l’Éducation : Lettres sur la Botanique, l’Émile et Projet pour l’Éducation de Mr de Sainte Marie.


Dossiers de Bouvard et Pécuchet - Documentation préparatoire - Listes récapitulatives des ouvrages lus sur l’Éduction, Morale, g 226, vol. 2, fo 168r : 
http://dossiers-flaubert.ish-lyon.cnrs.fr/cote-g226_2_f_168__r____

 

Après avoir lu la Profession de foi pour le chapitre de la philosophie, d’après la correspondance, Flaubert relit l’Émile pour le plan du chapitre X[15]. Comme le vicaire savoyard est un philosophe chrétien qui dénonce le catholicisme, et que son discours se place dans la perspective de l’éducation religieuse, la structure de l’Émile s’accorde à l’effort flaubertien pour articuler les trois derniers chapitres consacrés à la Philosophie, la Religion et l’Éducation. Notons cependant que la structure d’inclusion est inverse : dans l’Émile, le sujet philosophico-religieux est inséré au milieu de l’Éducation ; dans Bouvard et Pécuchet, l’épisode de l’adoption des enfants commence dans le chapitre sur la Religion (IX) et trouve son accomplissement dans le chapitre suivant sur l’éducation. Plus précisément, dans la version définitive du chapitre de la Religion, c’est après la discussion sur « le Péché originel » que Mme de Noaris présente deux orphelins et demande à Bouvard et Pécuchet de s’en charger ; c’est aussi après l’enthousiasme de Bouvard pour d’Holbach, La Metterie, et le matérialisme, qu’elle entre dans le château et avoue que les deux orphelins étaient en fait les enfants de Touache, forçat envoyé au bagne. On constate bien l’effort de Flaubert pour établir des plans successifs entre le chapitre sur la Religion et celui sur l’Éducation.

Enchaînement des séquences à la fin. Qu’est-ce qui motive le retour à la Copie?

Dans les premiers plans et scénarios, ni « la conférence » ni le chapitre sur l’Éducation ne sont présents : dans un fragment du scénario préliminaire (gg 10, fo 69v), les chapitres sur la Philosophie (alors numéroté VII) et sur la Religion (VIII) sont directement suivis par le chapitre sur le Socialisme (IX) et par la décision finale de se remettre à la Copie, sans aucune mention de « l’éducation ».

 

 

Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 69v. 
[Demi-page coupée dans le sens de la longueur]

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Pourtant, dans un plan du Carnet 19, datant de 1863 (f o 41), se trouvait déjà la première mention de l’adoption, juste après les mots : « Socialisme » et « métaphysique / religion / sciences » : « Essayent d’adopter un enfant – éducation – deux enfants espérant les marier plus tard ».


Carnet 19, fo 41, ©Bibliothèque historique de la Ville de Paris / Rashid Smah

La place de l’éducation dans l’économie du roman, par rapport au socialisme et à la Copie, n’est pas encore bien déterminée, et le retour à la Copie n’est pas motivé. Cette motivation apparaît dans le premier plan de 1872, entre l’adoption et la Copie finale « tout manque. Tout leur craque dans les mains » (fo 4).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 4. Premier scénario

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Socialisme

À cette étape rédactionnelle, on peut constater l’instabilité de l’épisode socialiste, car la mention « socialisme » est localisée à trois différents endroits : dans la Politique (fo 3),


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 3. Premier scénario

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ensuite dans l’hypnotisme et le magnétisme, et après la religion, avec une nouvelle indication importante : « ils essayent de catéchiser. Veulent réhabiliter un forçat – prêcher le peuple. – on ne les comprend pas. D’ailleurs Mr le Préfet les empêche » (fo 4).

 

Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 4. Premier scénario

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Flaubert hésite entre plusieurs domaines dans lesquels le socialisme peut intervenir. La conférence finale n’est pas encore programmée à ce stade, mais certains éléments présents ici, comme la tentative de catéchiser le peuple et l’interdiction du préfet, y trouveront leur place.

Dans le deuxième scénario, le socialisme disparaît du chapitre de la Politique, et le scénario s’arrête au chapitre du magnétisme et du mysticisme : on y trouve l’expression d’« humanitarisme socialisme » et la reprise des éléments du scénario précédent : « ils veulent réhabiliter un forçat », « catéchiser le peuple » et « le Préfet les empêche » (fo 25).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 25. Deuxième scénario

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Dans le IIIe scénario, on note un changement : entre le « Socialisme » et l’indication « ils essayent de catéchiser le peuple, veulent réhabiliter un forçat », Flaubert ajoute entre les lignes : « Dogme du Progrès », et l’épisode de la lapidation apparaît dans le contexte : « M le Préfet les empêche dans leur propagande – et le peuple veut les lapider » (fo 36).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 36. Troisième scenario

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En mentionnant le « dogme du progrès » et « leur propagande », Flaubert insiste sur leur volonté de convaincre un auditoire ; on peut imaginer que leurs propos sont plus véhéments et il n’y a qu’un pas pour arriver à la « conférence » finale ; le caractère dogmatique de leur discours pourrait exciter l’« hostilité publique » dont il est question dans le scénario précédent et inciter à « la lapidation ».

Dans ce troisième scénario, après la lapidation vient l’épisode de l’adoption des enfants et la mention de l’« éducation ». Or, la séquence qui tenait jusque-là dans le seul mot « éducation » commence à se développer en rencontrant la notion de « systèmes  » : « 2 systèmes point de départ : 1o l’enfant est corrompu péché originel d’où castoiement 2o la nature est toujours bonne méthode Jacotot – Lancasterienne. Pestalozzi. etc. » (fo 36). Le terme « système » est d’autant plus essentiel que dès l’origine de ce roman intitulé « Les Deux Cloportes », la quête d’un « système » figurait comme un vrai objectif du savoir pour nos deux bonshommes dans une autre page du Carnet 19 : « Bouvard & Pécuchet l’imitent. Ils brisent tout, espérant trouver un système » (fo 29).

D’où vient cette idée d’introduire un nouveau chapitre sur l’éducation ? En face des mots « lapider », « Copier ! », « éducation –  systèmes », « la nature », nous remarquons pour la première fois dans la marge : « ils ne sont plus catholiques mais ils restent chrétiens / Profession de Foi du Vicaire savoyard ». La « lapidation » a pu renvoyer à l’expérience de Rousseau à Motiers, de même que la nature et l’éducation au traité pédagogique de l’Émile. L’éducation n’est plus seulement un épisode isolé mettant en scène deux enfants à élever, mais elle est devenue dans la constellation qui se rapporte à Rousseau un chapitre à part entière. Grâce à la médiation de Rousseau, Flaubert pouvait lier plus naturellement les trois derniers chapitres, en parcourant la philosophie, la religion, la philanthropie, l’humanitarisme et le Socialisme, de sorte que les deux hommes finissent par s’occuper de l’éducation des deux enfants.

D’autres folios dans lesquels figure la Profession de foi du vicaire savoyard montrent à quel point Flaubert s’est ingénié à créer des liens subtils entre les trois derniers chapitres :

1) Un folio intitulé « plan » comportant des fragments scénariques, impossible à situer dans le tableau génétique des plans, établit la transition entre la Religion et l’éducation par le socialisme : « Quand ils sortent du christianisme, ils commencent leur phase humanitaire par la Profession de Foi du Vicaire Savoyard. Puis ils entrent dans le Socialisme, pleins de candeur et d’enthousiasme. » (fo 44) (souligné par Flaubert).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 44. 
[Page entièrement barrée, écrite sur papier bleu]

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[…] « Mais bientôt désillusion théorique et expérimentale – Puis les enfants l’épreuve sur la nature brute, l’enfance, = éducation ». Flaubert marque bien l’enchaînement Christianisme, Humanitarisme, Profession de Foi, Socialisme, Éducation.

2) Dans un brouillon du chapitre IX sur la religion (fo 1083v), on retrouve ce lien entre Philosophie-Religion-Éducation : après « l’impossibilité de l’accord entre la Foi & la raison » (il s’agit bien du sujet du Vicaire savoyard), « ils finissent par ne plus croire – la Religion les embête comme le reste. Mais leur cœur s’est élargi. Ils sont devenus fénelonien & Vicaire Savoyard. Par sensibilité, besoin d’aimer, ils adoptent deux enfants, un petit garçon & une petite fille dont ils se proposent de faire l’éducation.» (souligné par nous).


Bouvard et Pécuchet - Brouillons, vol. 8, folio 1083v. 
[Page entièrement barrée]

http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=8913

 

En marge, un ajout introduit l’idée d’exclusion: « l’adoption de deux enfants doit venir immédiatement après l’expulsion du château ». Bien évidemment, l’expulsion hors du château préfigure le rejet des deux bonshommes hors de la communauté après l’échec de l’éducation et après leur conférence. Flaubert profite de la Profession de foi du vicaire savoyard aussi bien pour lier le chapitre de la Philosophie et celui de la Religion que pour établir une passerelle entre la Religion et l’Éducation.

3) Un brouillon du chapitre VIII (fo 874v) montre le rôle de Rousseau dans la sortie hors de la philosophie : « L’inquiétude de Pascal & de J. Jacques (voy. Vic. Savoyard) vient de leur égoïsme ou de leur peur, de leur mauvaise foi mais non de l’amour de la vérité »[16], et ensuite « dégoût profond de la philosophie. – Les philosophes tous charlatans ».


Bouvard et Pécuchet - Brouillons, vol. 7, folio 874v. 
[Page entièrement barrée]

http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=8495

 

Tout se cristallise autour de « la conférence finale » dans le IVe scénario (fo 16).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 16. Quatrième scénario

http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6784

 

Après le numéro (8) correspondant à la lapidation, vient « une descente de gendarme (9) ». Le numéro (10), en bas de la page, concerne la Copie. Et une note de régie indique en bas du folio : « l’adoption doit avoir eu lieu dès le commencmt du ch. VII IX de ce moment où ils sont dans les idées de J.-Jacques ». Ainsi, Flaubert déplace la Profession de foi tout au début de ce chapitre IX (futur chapitre X) (fo 16).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 16. 
Quatrième scénario. Titre

 

En face du chapitre de la Religion, nous avons maintenant dans la marge la mention (6) : « Rousseau » avec la première occurrence de « Socialisme contemporain », « St Simonisme », et « le dogme du Progrès » (fo 16).


Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 16. 
Quatrième scénario. En marge

 

Tout est bouclé et revient en bon ordre maintenant. La structure devient aussi plus solide dans l’étape suivante (fo 17).

 

Bouvard et Pécuchet - Plans et scénarios, folio 17. Quatrième scénario

http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/trans.php?corpus=pecuchet&id=6785

 

La Profession de foi du Vicaire savoyard est transférée tout au début de chapitre X : « Mais leur cœur s’est élargi. S’ils ne sont plus catholiques, ils restent chrétiens, du moins dans la mesure du Vicaire Savoyard et par sensibilité, besoin d’affection, ils adoptent deux enfants, un petit garçon & une petite fille qu’ils marieront plutard. – avec qui ils ont communié. Système d’éducation. Deux points de départ. 1° l’enfant est corrompu. péché originel d’où castoiement 2° la Nature est toujours bonne donc la laisser faire. Méthodes diverses d’enseignement : Jacotot – Lancasterienne. Pestalozzi. etc.... idées fouriéristes. – Ils sont pleins d’amour, veulent le bonheur de l’Humanité » (fo 17 ; soulignés par Flaubert).

La note de lecture sur la Profession de foi du vicaire savoyard (g226, vol. 6, fo 028r°) résume la profession de foi prononcée par le vicaire : l’essence de la matière, l’union des deux substances, la religion mystique de Rousseau, la vanité de la Révélation, la critique de la révélation et des miracles faits pour prouver la doctrine, etc.


Dossiers de Bouvard et Pécuchet - Documentation préparatoire–Notes de lecture, g 226, vol. 6, fo 028r :
http://dossiers-flaubert.ish-lyon.cnrs.fr/cote-g226_6_f_028__r____

 

Pendant notre enquête de 2013 dans la bibliothèque de Flaubert, nous avons trouvé non seulement un marque-page laissé au début de la Profession de foi du Vicaire savoyard dans l’Émile, édition que possédait Flaubert, mais aussi trente marques écrites et des annotations manuscrites dans cet essai philosophique, ce qui prouve le grand intérêt de l’écrivain et sa préparation pour la note de lecture[17]. On peut constater que la note de lecture établie par Flaubert présente simplement le résumé des idées sans anticiper sur son rôle structurant dans le roman. Cela dit, au moment de la lecture de la Profession de foi, Flaubert n’a pas encore programmé le chapitre sur l’Éducation, ni l’enchaînement des trois derniers chapitres. C’est au moment de la rédaction des plans qu’il s’est aperçu de l’utilité de ce discours philosophico-religieux-éducatif, et c’est pourquoi la Profession de foi du vicaire savoyard ne figure que dans les plans et dans trois brouillons de ces chapitres.

 

La Profession de foi du Vicaire savoyard n’apparaît qu’au début de la rédaction des plans, mais apparemment elle a motivé et lié d’une manière plus lisse le chapitre sur la philosophie au dernier chapitre sur l’Éducation pour passer à la Copie interminable. Elle avait non seulement inspiré l’auteur pour l’articulation ultime de la structure du roman, mais aussi pour les sujets de leur conférence finale, les utopies socialistes et l’humanitarisme de l’époque contemporaine, influencés par le néo-catholicisme de J.-J. Rousseau. Après l’imbécillité des sciences, l’imbécilité des villageois, vient l’imbécillité de la Copie par Bouvard et Pécuchet. Flaubert atteint alors la finalité absolue, la représentation de l’imbécillité de l’univers : c’est la seule sagesse qu’il a fini par trouver au bout de sa plume.

 

 

NOTES

[1] Yvan Leclerc, La Spirale et le monument, essai sur Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert, SEDES, 1988, p. 124-127.
[2] Mitsumasa Wada, Roman et éducation. Étude génétique de Bouvard et Pécuchet de Flaubert, thèse de Doctorat, Jacques Neefs dir., Saint-Denis, Université de Université de Paris-VIII - Vincennes, 1995.
[3] Mitsumasa Wada analyse le même sujet  en examinant le dossier pédagogique et il remarque le mimétisme entre l’auteur et ses personnages et celui entre l’écriture et son sujet. Voir« Éduquer et écrire : le dossier pédagogique de Bouvard et Pécuchet  », dans Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critiques et premières réalisations numériques / textes réunis par Rosa Maria Palermo Di Stefano, Stéphanie Dord-Crouslé et Stella Mangiapane, Messine, Andrea Lippolis Editore, 2010, p. 229-236.
[4] Claudine Gothot-Mersh, « Le roman interminable : un aspect de la structure de Bouvard et Pécuchet », dans Flaubert et le comble de l’art, Nouvelles recherches sur Bouvard et Pécuchet, Paris, CEDES, 1981, p. 17.
[5] Op. cit., p. 16.
[6] Bouvard et Pécuchet, avec des fragments du « second volume », dont le Dictionnaire des idées reçues, éd. de Stéphanie Dord-Crouslé, coll. « GF », Flammarion, 1999 (p.  237-238). Toutes les références de Bouvard et Pécuchet renvoient à cette édition (dorénavant donnée entre parenthèses dans le texte avec l’abréviation BP).
[7] Tomoko Mihara analyse l’échec de nos deux bonshommes dans la Communauté chavignollaise du point de vue du savoir, de l’autorité et l’opinion publique : ils échouent dans la lutte d’érudition et de pouvoir, car « ni le publique ni l’autorité ne les apprécient ». D’après elle, pour réussir à monter plus haut comme Hommais dans « la massification sociale » au XIXe siècle, il faudrait « mener l’opinion publique » et être apprécié par « l’autorité » (« Le savoir, l’autorité et le public dans Bouvard et Pécuchet de Flaubert, Revue Flaubert, no 11, 2011, « Fiction du savoir, savoirs de la fiction dans Bouvard et Pécuchet, » http://flaubert.univ-rouen.fr/revue/article.php?id=89. Dans son autre article sur le même sujet de la Communauté dans Bouvard et Pécuchet, T. Mihara remarque l’illusion utopique de la communauté plutôt socialiste en renvoyant aux Vitalistes et aux Organicistes dans XIXe siècle (« La Communauté et l’Autre dans Bouvard et Pécuchet de Flaubert », Études de langue et littérature française, n° 78, Société Japonaise de Langue et Littérature Française, Tokyo, 2001, p. 130-142.
[8] Flaubert, Bouvard et Pécuchet, édition critique par Alberto Cento, précédée des scénarios inédits, Librairie A.-G. Nizet, Paris, 1964, p. 18. Les plans et scénarios sont en ligne sur le site Flaubert : http://flaubert.univ-rouen.fr/bouvard_et_pecuchet/chantier/roman_final/BPframe1.html. Yvan Leclerc signale le parallélisme entre l’accumulation de leur bêtise et  celle de l’hostilité publique des Chavignollais : « Le chapitre X, « summum de toutes leurs études », marque aussi le summum de la haine publique accumulée tout au long des chapitres par les Chavignollais dont ils se sont faits, systématiquement (par esprit de système) leurs ennemis. Dans les marges des scénarios, Flaubert décline patiemment toutes les raisons que les personnages ont de leur en vouloir, de les faire payer plus tard », La Spirale & le monument, essai sur Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert, SEDES, 1988, p. 77.
[9] Claudine Gothot-Mersh remarque l’importance de la dimension morale dans cette indication, d’autant plus que la phrase suivante est : « On prétend qu’ils démoralisent les deux enfants et on les leur retire » (op.cit., p. 16).
[10] Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes, I, Les confessions, autres textes autobiographiques, « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1959, p. 493 : « Je sentis les premiers effets de ce système par les sourdes accusations de la cotterie holbachique, sans qu’il me fut possible de savoir ni de conjecturer même en quoi consistoient ces accusations.  »
[11] Correspondance, édition établie, présentée et annotée par Jean Bruneau et Yvan Leclerc, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1973-2007, t.  II, p. 359, lettre à Louise Colet du 20  juin 1853 (souligné par Flaubert). L’expression « une conjuration d’Holbachique » plaît tellement Flaubert qu’il écrit aussi à Louis Bouilhet en 1855 : « Je tourne au Rousseau. Double effet de la solitude et de la masturbation. Nous finirons par croire à une conjuration d’Holbachique, tu verras » (lettre à Louis Bouilhet du 16 septembre, op. cit., p. 594). Les opinions de Flaubert vis-à-vis de Rousseau sont toutefois très complexes et elles changent selon les époques et selon les sujets. Dans sa jeunesse, il admire les Confessions et recommande même à son ami leur lecture pour apprendre « la vraie école de style » (Corr., t. I, p. 30, lettre à Ernest Chevalier du 28 octobre 1838). Mais on sait bien que dans sa maturité, il montre souvent un profond dégoût pour ce philosophe et il écrit à Edma Roger des Genettes en janvier 1860 : « Or, j’aime le grand Voltaire autant que je déteste le grand Rousseau. » Il reproche à la littérature contemporaine « les chloroses gothiques que Rousseau, Chateaubriand et Lamartine [nous] ont transmises » (Corr., t. II, p. 509, lettre à Louise Colet du 15 janvier 1854). Et c’est contre « la bêtise démocratique » et contre le cléricalisme contemporain qu’il tonne le plus : « Si on avait continué par la grande route de M. de Voltaire, au lieu de prendre par Jean-Jacques, le néo-catholicisme, le gothique et la Fraternité, nous n’en serions pas là.» (Corr., t. III, p. 708, lettre à Jules Duplan du 15 décembre 1867).
[12] Claudine Gothot-Mersch, op. cit., p. 16.
[13] Corr. II, p. 358, lettre à Louise Colet du 20 juin 1853.
[14]   Rousseau, Œuvres complètes, t. I, Les Confessions, op. cit., p. 634-635.
[15] On peut remarquer qu’il change de jugement à l’égard de ce philosophe au moment de la rédaction du chapitre X : «  Je pioche le plan de mon chapitre X et dernier ! [...] Je relis tout l’Émile de Rousseau. Il y a bien des bêtises ! Mais comme c’était fort pour le temps, et original ! – Ça me sert beaucoup » (Corr., t. V, p. 792, lettre à sa nièce Caroline du 23-24 janvier 1880) ; « P[écuchet] apprend à un enfant le dessin et commence (suivant la recommandation de J.-J. Rousseau dans Émile) par le dessin d’après nature » (Corr., t. V, p. 800, lettre à sa nièce Caroline du 28 janvier 1880) et Flaubert pose ainsi la question à sa nièce Caroline : « Quelles sont les bêtises qu’il [Pécuchet] peut faire, et pourquoi ? »
[16] Flaubert résume dans ce passage le scepticisme du Vicaire savoyard contre les philosophes : «  Il n’y en a pas un seul qui venant à connoitre le vrai et le faux ne préferât le mensonge qu’il a trouvé à la vérité découverte par un autre. Où est le philosophe qui pour sa gloire ne tromperoit pas volontiers le genre humain ? » ; «  Portant donc en moi l’amour de la vérité pour toute philosophie, et pour toute méthode une règle facile et simple qui me dispense de la vaine subtilité des argumens, je reprends sur cette règle l’examen des connoissances qui m’intéressent, résolu d’admettre pour évidentes toutes celles auxquelles dans la sincérité de mon cœur je ne pourrai refuser mon consentement, pour vrayes, toutes celles qui me paroitront avoir une liaison nécessaire avec ces premières, et de laisser toutes les autres dans l’incertitude, sans les rejeter ni les admettre, et sans me tourmenter à les éclaircir quand elles ne mènent à rien d’utile pour la pratique. » Souligné par nous. Voir Rousseau, Œuvres complètes, t. IV, Émile, op. cit., « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1969, p. 568-570.
[17] Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation, t. 1- t. 3, dans Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, nouv. éd., classée par ordre de matières, 38 vol., Paris, 1788-1793, conservées dans la bibliothèque de Flaubert à Canteleu. La Profession de foi du Vicaire savoyard se trouve dans le tome 12, l’Émile dans le tome 3. Le marque-page se trouve à la page 43. 


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