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Sommaire Revue n° 16
Revue Flaubert, n° 16, 2018 | Flaubert et le «mythe perdu» de la prostitution
Numéro dirigé par Éléonore Reverzy

Salammbô, mœurs de Carthage,

ou une histoire de la prostitution sacrée

Atsuko Ogane
Professeure à l’Université Kanto Gakuin (Yokohama)
Voir [Résumé]

 

Dans son article intitulé « Sacralisation et désacralisation du sexe chez Flaubert », Yvan Leclerc précise : « Pendant son voyage en Orient, Flaubert fait l’expérience de la fusion entre érotisme et mysticisme, l’une des formes de ce qu’il appelle « la grande synthèse ». […] C’est là-bas, logiquement, qu’il médite des sujets de romans à entreprendre dès son retour, avec pour dénominateur commun les interférences entre les modes charnels et spirituels de l’amour. »[1]. Dans la fameuse lettre écrite à Louis Bouilhet de Constantinople, nous trouvons trois projets de romans traitant de « l’amour inassouvissable sous les deux formes de l’amour terrestre et de l’amour mystique » : Une nuit de Don Juan, Salammbô et Madame Bovary. C’est sur cette terre biblique imprégnée de religions antiques que Flaubert a passé une nuit avec Kuchiouk-Hanem, almée-prostituée, qui « rentre absolument dans la nature »[2], rêvant à Holopherne et Judith, autre pseudo-prostituée religieuse, et qu’il a découvert l’enjeu d’un de ses premiers romans : la « prostitution sacrée ». Mais quelle était pour lui la portée de cette notion de prostitution sacrée ? Comment l’a-t-il représentée ? En partant de cette figure, notamment celle qui apparaît dans Salammbô, nous aimerions voir les enjeux qui la lient étroitement à l’esthétique flaubertienne.

Mœurs de Phéniciens et Babyloniens : la prostitution sacrée

Dès l’origine, l’idée de Salammbô, qui remonte à l’année 1850, lors du voyage en Orient avec Maxime Du Camp, est liée à celle de la prostitution sacrée sous le titre d’Anubis :

À propos de sujets, j’en ai trois, qui ne sont peut-être que le même et ça m’emmerde considérablement : 1° Une nuit de Don Juan à laquelle j’ai pensé au lazaret de Rhodes ; 2° l’histoire d’Anubis, la femme qui veut se faire baiser par le Dieu. – C’est la plus haute, mais elle a des difficultés atroces ; 3° mon roman flamand de la jeune fille qui meurt vierge et mystique entre son père et sa mère, dans une petite ville de province, au fond d’un jardin planté de choux et de quenouilles, au bord d’une rivière grande comme l’Eau de Robec. – Ce qui me turlupine, c’est la parenté d’idées entre ces trois plans. Dans le premier, l’amour inassouvissable sous les deux formes de l’amour terrestre et de l’amour mystique. Dans le second, même histoire, seulement on s’y baise et l’amour terrestre est moins élevé en ce qu’il est plus précis. Dans le troisième, ils sont réunis dans la même personne, et l’un mène à l’autre ; seulement, mon héroïne crève d’exaltation religieuse après avoir connu l’exaltation des sens[3].

Le nom d’« Anubis » figure dans un calepin de jeunesse des années 1845-1849. Intitulé « Anubis » en grosses lettres au milieu du haut de la page, ce feuillet présente trois sources concernant le même épisode du dieu Anubis au temple d’Isis, originellement raconté par Flavius Josèphe. Grand lecteur de Montaigne dès ses années de jeunesse, Flaubert a dû y remarquer la confusion du mysticisme et de l’érotisme :

Josèphe, Antiq. Jud. XVIII, 4 / Fontenelle dialogue des morts Pauline & Carrilhoë[4]  / « Paulina, femme de Saturninus, matrone de grande réputation à Rome, pensant coucher avec le dieu Sérapis, se trouva entre les bras d’un sien amoureux par le macquerellage des prestres de ce temple. (Montaigne, Apologie de Sebond, Liv. II, ch. XII, p. 653)[5]

Il s’agit de l’histoire de la femme de Saturninus, noble et vertueuse, victime d’un stratagème des prêtres associés à une criminelle, pour satisfaire le jeune chevalier Decius Mundus dans le temple d’Isis. Cet épisode a pu inspirer à Flaubert l’idée de la prostitution sacrée qu’il développera dans le chapitre XI, « Sous la tente », où Salammbô se rend, incitée par Schahabarim, grand prêtre de Tanit, pour récupérer le voile de la Déesse ; elle y connaît une hiérogamie[6], son étreinte confondant Mâtho et Moloch. Dans un fragment du chapitre I où se remarquent les trois premiers noms de Salammbô (Pyra, Hanna, Sallambo), Flaubert supprime l’origine romaine du personnage en surchargeant « matrones » par « vierges » :

profitant d’un ancien usage religieux, ils exigeaient que les matrones vierges vinssent se prostituer dans le temple de Tanith – elles y allaient voilées – de sorte qu’on ne connaissait pas leurs figures ensuite[7]. (f° 200r°)

L’origine de la prostitution dans le temple d’Isis est ainsi liée directement au point culminant de l’« état mystique  ψ » de l’héroïne. Reliant cette expression avec un autre « ψ », Flaubert ajoute une remarque intéressante : «  ψ  s’allie très bien à l’idée des prostitutions religieuses. » Connaissant l’existence et la nature des prostitutions religieuses en Orient, dans ce folio, il lie nettement le mysticisme de l’héroïne avec la prostitution sacrée. En témoigne le fait qu’il souligne une relation triangulaire dans laquelle Salammbô atteint l’état mystique : « la baisade sous le voile », « devant Narav sous la tente ». Ce fragment scénarique semble contemporain du premier et du deuxième scénario général : en marge du deuxième scénario en collaboration avec Louis Bouilhet, Flaubert signale à la main l’indication essentielle : « expliquer la nature sacrée du voile. » Le « voile » signifiant le zaïmph, voile sacré de Tanit[8], l’idée scandaleuse de la baisade sous le voile sacré s’accentue quand elle se consomme sous les yeux du rival, dans la tente qui symbolise le temple ou l’autel où se trouve le voile dérobé.

Outre cette genèse de Salammbô, on notera l’identité ethnologique des prêtresses de Tanit mentionnée à plusieurs reprises dans le roman. Quand les Mercenaires approchent de Sicca, les prêtresses de Tanit leur sautent aux yeux :

Enfin, le septième jour, après avoir suivi pendant longtemps la base d’une montagne, on tourna brusquement à droite ; […] Soudain la ville entière se dressa ; des voiles bleus, jaunes et blancs s’agitaient sur les murs, dans la rougeur du soir. C’étaient les prêtresses de Tanit, accourues pour recevoir les hommes. Elles se tenaient rangées sur le long du rempart, en frappant des tambourins, en pinçant des lyres, en secouant des crotales, et les rayons du soleil, qui se couchait par derrière, dans les montagnes de la Numidie, passaient entre les cordes des harpes où s’allongeaient leurs bras nus. Les instruments, par intervalles, se taisaient tout à coup, et un cri strident éclatait, précipité, furieux, continu, sorte d’aboiement qu’elles faisaient en se frappant avec la langue les deux coins de la bouche. D’autres restaient accoudées, le menton dans la main, et, plus immobiles que des sphinx, elles dardaient leurs grands yeux noirs sur l’armée qui montait[9]. (II, p. 594)

Ce sont des prêtresses de Vénus, la Vénus carthaginoise « dominatrice de la contrée » (II, p. 595). Leurs instruments – tambourins, lyres, crotales – attestent qu’elles appartiennent à la même lignée que les prêtresses de la grande Déesse, dont Cybèle ou Astarté. Leurs yeux immobiles et leurs regards de sphinx préfigurent ceux de Salomé à la fin de sa danse rituelle dans un brouillon d’Hérodias : « regard de sphinx », « sans fatigue. sans émotion », « Un être qui n’est plus humain », « une idole enchanteresse, charmante & pernicieuse »[10] (f° 648r°) Plus tard, dans les galeries du temple de Tanit où ils ont pénétré, Spendius et Mâtho aperçoivent ces prêtresses avec les mêmes instruments : « On apercevait, sous des bosquets de térébinthe, des édicules de forme différente. […] De petites cellules s’ouvraient au bord. Des tambourins et des cymbales étaient accrochés à leurs colonnes de cèdres. Des femmes dormaient en dehors des cellules, étendues sur des nattes. Leurs corps, tout gras d’onguents, exhalaient une odeur d’épices et de cassolettes éteintes ; elles étaient si couvertes de tatouages, de colliers, d’anneaux, de vermillon et d’antimoine, qu’on les eût prises, sans le mouvement de leur poitrine, pour des idoles ainsi couchées par terre » (V, p. 632). Parce que la prostitution se consomme dans le jardin ténébreux d’arbustes symboliques, Shahabarim, privé de sa virilité, « suivait d’un œil mélancolique les hommes qui se perdaient avec les prêtresses au fond des térébinthes » (X, p. 723). Dans le temple de Tanit, ce sont elles qui se chargent des enfants destinés aux sacrifices « jusqu’au jour solennel de les amuser et de les nourrir » (XIII, p. 785).

Le jour des noces de Salammbô et Narr’Havas, les prêtres de Tanit, des lyres à la main sont suivis des prêtresses :

[…] les prêtresses les suivaient dans des robes transparentes de couleur jaune ou noire, en poussant des cris d’oiseau, en se tordant comme des vipères ; ou bien au son des flûtes, elles tournaient pour imiter la danse des étoiles, et leurs vêtements légers envoyaient dans les rues des bouffées de senteurs molles. On applaudissait parmi ces femmes les Kedeschim aux paupières peintes, symbolisant l’hermaphrodisme de la Divinité […]. D’ailleurs le principe femelle, ce jours-là, dominait, confondait tout : une lasciveté mystique circulait dans l’air pesant ; déjà les flambeaux s’allumaient au fond des bois sacrés ; il devait y avoir pendant la nuit une grande prostitution ; trois vaisseaux avaient amené de la Sicile des courtisanes et il en était venu du désert. (XV, p. 831)

Néanmoins, dans ces descriptions des prêtresses de Tanit, le narrateur n’explique pas exactement ce qu’est « une grande prostitution » pratiquée par ces prêtresses, elles ne sont décrites qu’en groupe. Elles n’ont pas de figure individualisée et servent surtout à indexer des mœurs de Carthage. Plus le narrateur détaille la description en recourant à un lexique précis (par exemple l’emploi du mot phénicien « Kedeschim » ainsi que la description des « cellules »), plus nous sommes déconcertés, comme si nous nous trouvions en pleine « querelle de Salammbô ». Dans Sources et méthode, préparé par Flaubert, il note : « les Kedeschim (voy. Isaïe) » à côté d’une note sur « l’hymne au soleil. »[11] C’est grâce à Salomon Munk ou à la Bible que nous comprenons la signification du défilé : « les personnes qui se livraient à ces abominations s’appelaient saintes ou consacrées », d’autant plus que c’est aux Dieux ou à la Déesse qu’on consacre sa virginité. Il explique ce mot phénicien קדש « Kadesch », au féminin קדשה « Kedescha », concernant le sacrifice de la jeunesse des deux sexes et leur coutume infâme au temple à la déesse d’Asthoreth ou Astarté : « ce mot phénicien, qui ne diffère que par une voyelle du mot hébreu קדוש (Kadosch », saint, s’emploie dans la langue hébraïque dans le sens de prostitué. »[12] L’apparition des « Kedeschim aux paupières peintes » dans le défilé introduit une prostitution répandue dans l’ancienne Carthage. Cette opacité narrative pour le lecteur moderne s’accentue quand Hamilcar Barca n’accepte pas, pour des raisons politiques, qu’elle devienne une vraie prêtresse :

Son père n’avait pas voulu qu’elle entrât dans le collège des prêtresses, ni même qu’on lui fît rien connaître de la Tanit populaire. Il la réservait pour quelque alliance pouvant servir sa politique, si bien que Salammbô vivait seule au milieu de ce palais ; sa mère depuis longtemps était morte. (III, p. 611)

Dans sa vie de purifications, de jeûne et d’abstinence, « l’âme pleine de prières », Salammbô ignore « les simulacres obscènes » de Tanit. Sans être une vraie prêtresse de Tanit, elle pratique la vie rituelle et chaste d’une prêtresse, mais finira par s’acheminer vers la « prostitution sacrée ». En l’absence de Mâtho, Giscon l’accuse avec véhémence : « Ah ! j’étais là ! s’écria-t-il. Je t’ai entendu râler d’amour comme une prostituée » (XI, p. 744). Flaubert présente donc deux niveaux de prostitution sacrée, l’une propre à la Tanit populaire pour les prêtresses, avec les simulacres obscènes et les instruments de musique de la déesse, l’autre liée à la Tanit adorée par Salammbô « en sa figuration sidérale » (III, p. 611).

Cette division de la notion de prostitution dans la version définitive remonte au stade des scénarios partiels. Les prêtresses de Tanit sont décrites dans le chapitre XIII du scénario partiel, à l’occasion du sacrifice de Moloch où apparaissent les « troupeaux » de chaque religion : « processions. Siccah – tabernacles sur des chars. Collèges de prêtres, différents, Ceux de Tanit. eunuques, blanc, pâles, maigre, faibles tristes » ; « les prêtresses de Tanit. troupeau des enculés » (f° 203r°) ; « Ques uns sortaient de leurs maisons & les abandonnaient. Les Femmes de Tanit a vendr* les caresse*& les nourriss* très bien », « collèges des prêtresses de Tanit avec le collège des Enculés » (f° 205r°). Elles sont appelées « Femmes de Tanit » et vendent leurs caresses en professionnelles. Comme toujours chez Flaubert, les mots sont plus explicites dans le manuscrit.

L’explication est plus claire également dans les deux scénarios partiels du chapitre III concernant l’opposition d’Hamilcar au désir de Salammbô de devenir prêtresse de Tanit : « Sall. avait voulu être prêtresse. mais Hamil. préférait qu’elle restât vierge et libre pr la marier & faire une alliance avantageuse » (f° 187r°) ; « elle avait voulu être prêtresse mais H. préférait qu’elle restat vierge & libre pr la marier & faire une alliance avantageuse. – il n’y a pas dans la République qqu’un d’assez ht placé. les gds d’ailleurs exècrent son père » (f° 198r°). Si le lecteur moderne considère que les prêtresses mènent une vie chaste et solitaire, cette explication doit paraître étrange ou plutôt contradictoire, car Salammbô ne pourrait garder sa virginité ni sa liberté en entrant dans le collège des prêtresses de Tanit. La raison principale est signalée plus explicitement en marge d’un des brouillons du chapitre III, comme l’ajout d’un passage : « elle avait voulu se faire prêtresse. Mais H. sort, par pudeur, ou préférant la marier à qqu’un de haut pr se faire un appui » :

H. d’ailleurs n’avait pas voulu parce qu’il eut fallu la prostituer bien que souvent la prostitution fut plus fictive que réelle. – quel était le sens de cette prostitution / Mais en la refusant son corps à la déesse. il se trouvait que sa personne entière n’en était que plus consacrée. la pensée dévouée à Elle était comme un sacrifice permanent. & ses idées s’étaient fixées sur la forme la plus idéale de la Déesse à savoir la Lune. elle ignorait les symboles obscènes, chaque divinité étant comme un palais où il y avait des logements pr tout le monde (f° 284r°).

Faire de sa fille une des prêtresses de Tanit ne signifie donc pas lui donner une vie chaste et pure, mais lui faire consacrer « son corps à la déesse », « la prostituer » dans le temple. Il s’agit du sacrifice du corps et de l’âme, d’un esclavage au nom de la Déesse. Avec la note de régie « –quel était le sens de cette prostitution », Flaubert se demande comment faire comprendre au lecteur le sens de cette prostitution antique sans utiliser le mot « prostituer ». C’est sans doute en ce sens qu’il faut lire « la prostitution » dans le passage suivant : « Mais la Rabbet jalouse se vengeait de cette virginité soustraite à ses sacrifices, et elle tourmentait Salammbô d’obsessions d’autant plus fortes qu’elles étaient vagues, épandues dans cette croyance et avivées par elle » (III, p. 611). Éloignée de la vie des Carthaginois, Salammbô conçoit une image de la prêtresse qui diffère de la vie qu’elle mène en réalité. Autrement dit, elle attend de la Déesse une consécration de l’âme, et non celle du corps, comme les prêtresses de Tanit. L’âme et le corps se divisent dans ce roman, particulièrement pour ce qui est la notion de la prostitution dans les moeurs de Carthage.

Le « Chapitre d’explications », constitué en 1858 au retour du voyage en Tunisie pour faciliter la lecture de Carthage, confirme plus explicitement encore la profession des prêtresses et des prêtres de l’époque, qui sont désignés comme « prostitué(e)s », « courtisane » dans l’enceinte de Tanit, ou représentés attendant la visite des hommes dans leurs « cellules », comme dans le bordel. Il y est question d’un dieu Baal « à qui les femmes se prostituaient ». En vue du défilé des prêtres et des prêtresses, « les Prostitués mâles s’occup[aient] avec les courtisanes de Tanit à broder des voiles pour la déesse dans la quatrième enceinte. » (p. 923) :

Tout le long du troisième jardin, les prêtresses vêtues de robes jaunes se tenaient dans des cellules, assises par terre, les jambes croisées. Elles exhalaient la senteur des idoles. Leur poitrine nue, grasse d’onguents luisait au soleil. Et chantant des hymnes et roulant leurs yeux comme des globes d’argent clair [où brillait un diamant noir], elles murmuraient à voix basse un hymne d’amour pour appeler les hommes. D’autres, la tête couverte d’un voile, erraient en tremblant sous les feuillages[13]. (p. 922)
Il y avait autour du temple une quantité d’autres édifices, des bâtiments pour les choses du culte, des maisons pour les prêtres, la chapelle d’Elissa, fondatrice de Carthage, le simulacre obscène de Baal-Peor à qui les femmes se prostituaient, et un grand trou noir où l’on versait à de certains jours des vases pleins d’eau douce et des vases pleins d’eau de mer. (p. 922)

Quels documents Flaubert a-t-il consultés en matière de prostitution sacrée ? Dans Sources et méthode, établi pour répondre à l’archéologue Froehner pendant la « querelle de Salammbô », il renvoie à Hérodote et à la Bible de Cahen : « Prostituées de Tanit : / Hérodote et Rois II, 23, 7 : « Il démolit les maisons des prostituées qui étaient dans la maison de l’Éternel, dans lesquelles les femmes faisaient des tentes pour l’Archera. » Sur les prostitués mâles, id., Cahen, t. II ». Rappelons qu’il a signalé à l’incipit de Sources et méthode l’importance de la Bible : « Ce qui me manquait de précis sur Carthage, je l’ai pris dans la Bible (traduction de Cahen) »[14]. Le même passage est repris dans le Carnet 0, carnet censé être des notes pour Hérodias, recollection de feuillets découpés : « La prostitution sacrée s’exerçait dans le temple. Rois XXIII. 7. Josias détruisit les cellules »[15] (f° 9v°). Le terme « cellule » a pu provenir de ce contexte de la prostitution sacrée. Salomon Munk indique aussi le même passage des Rois[16]. Mais c’est dans le passage de l’Histoire où Hérodote s’indigne d’une loi babylonienne scandaleuse que la prostitution sacrée est le plus minutieusement présentée. Nous citons entièrement ce passage qui a pu donner à Flaubert une idée des mœurs de la prostitution sacrée :

CXCIX. Les Babyloniens ont une loi bien honteuse. Toute femme née dans le pays est obligée, une fois en sa vie, de se rendre au temple de Vénus, pour s’y livrer à un étranger. Plusieurs d’entre elles dédaignant de se voir confondues avec les autres, à cause de l’orgueil que leur inspirent leurs richesses, se font porter devant le temple dans des chars couverts. Là elles se tiennent assises, ayant derrière elle un grand nombre de domestiques qui les ont accompagnées, mais la plupart des autres s’asseyent dans la pièce de terre dépendante du temple de Vénus, avec une couronne de ficelles autour de la tête. Les unes arrivent, les autres se retirent. On voit en tous sens des allées séparées par des cordages tendus : les étrangers se promènent dans ces allées, et choisissent les femmes qui leur plaisent le plus. Quand une femme a pris place en ce lieu, elle ne peut retourner chez elle que quelque étranger ne lui ait jeté de l’argent sur les genoux, et n’ait eu commerce avec elle hors du lieu sacré. Il faut que l’étranger, en lui jetant de l’argent, lui dise : J’invoque la Déesse Mylitta. Or les Assyriens donnent à Vénus le nom de Mylitta. Quelque modique que soit la somme, il n’éprouvera point de refus, la loi le défend ; car cet argent devient sacré. Elle suit le premier qui lui jette de l’argent, et il ne lui est pas permis de repousser personne. Enfin quand elle s’est acquittée de ce qu’elle devoit à la Déesse, en s’abandonnant à un étranger, elle retourne chez elle. Après cela, quelque somme qu’on lui donne, il n’est pas possible de la séduire. Celles qui ont en partage une taille élégante et de la beauté ne font pas un long séjour dans le temple ; mais les laides y restent davantage, parce qu’elles ne peuvent satisfaire à la loi ; il y en a même qui y demeurent trois ou quatre ans. Une coutume à-peu-près semblable s’observe en quelques endroits de l’île de Cypre[17].

Lecteur d’Hérodote, Flaubert lit l’Égypte[18] dès sa jeunesse, en 1845, et raconte à Louise Colet dans sa lettre de 1846, au commencement de leur amour[19], une coutume étrange des Numides consistant à brûler la peau du crâne des tout-petits pour les prémunir contre le soleil, qu’il a apprise dans Hérodote. Il a pu y lire aussi, décrite minutieusement, la coutume de la prostitution sacrée en l’honneur de la Déesse Mylitta. Sous l’invocation de la Déesse, les femmes sont obligées de s’abandonner à un étranger contre un paiement considéré comme sacré, car c’est à la Déesse qu’elles sacrifient leur corps. Ce n’est pas dans le temple proprement dit, mais dans un terrain encadré par une corde, qu’a lieu la prostitution. L’invocation est nécessaire pour rendre cet acte rituel. Dans De Dis Syris, source indiquée aussi par Flaubert pour l’hymne, Selden décrit le commerce sexuel dans le terrain sacré sans utiliser les termes exacts « hierodouleia » (prostitution sacrée) ni « porneia » (prostitution)[20]. L’essentiel est qu’il s’agit d’un commerce avec un étranger et qu’une femme ne peut rentrer chez elle qu’après avoir procuré une offrande sacrée à la déesse. Flaubert a pu avoir connaissance de ce « tribut de volupté » dans Religions de l’Antiquité qu’il a lu à la veille du décès de son meilleur ami Alfred Le Poittevin en 1848[21]. À propos du culte de la déesse à Ascalon en Syrie, il note : « C’est ici que les femmes devaient payer à la grande Mylitta, au moins une fois dans leur vie, un tribut de volupté, en se livrant à prix d’argent aux étrangers, près du temple de la déesse. Cette coutume étonne au premier abord, et semble tout-à-fait contraire aux mœurs asiatiques, aussi peu tolérantes pour les étrangers que rigoureuses pour les femmes. »[22] Flaubert a pu se souvenir de cette coutume d’offrir une prêtresse à un étranger pour gagner un objet sacré de Tanit, quand il note que « l’état mystique » de Salammbô « s’allie très bien à l’idée des prostitutions religieuses ». C’est donc conformément aux mœurs de la prostitution sacrée qu’elle est obligée de s’offrir à un étranger pour acquérir le voile sacré.

Sicca Venera, tente de Vénus

« J’ai seulement besoin d’aller à Kheff (à trente lieues de Tunis) et de me promener aux environs de Carthage dans un rayon d’une vingtaine de lieues pour connaître à fond les paysages que je prétends décrire. »[23] Dans sa lettre écrite le 23 janvier 1858, il confie à Marie-Sophie Leroyer de Chantepie son besoin de mener l’enquête à Sicca en Tunisie.

La rédaction de Salammbô, commencée le 1er septembre 1857, rencontre d’énormes difficultés, faute de renseignements et d’images de la contrée pour le deuxième chapitre sur El Kef, l’ancienne Sicca Venerea[24]. Malgré son insistance, le nom de Kef n’apparaît pas dans la dizaine de questions posées dans un mémorandum rédigé avant son départ pour la Tunisie. Plusieurs questions concernent les tombeaux, l’architecture et l’aqueduc romain ; une seule, la religion : «17. à Solyman un temple de Saturne »[25]. Sans penser à un seul moment au roman interrompu pendant son voyage, Flaubert se fait œil vivant, prenant des notes et dessinant des paysages dans son carnet de voyage, comme s’il aspirait l’air de la civilisation disparue[26] : c’est « une positivité, une fécondité paradoxales de la passivité en voyage dès lors qu’elle se fait réceptivité, disponibilité extatique au monde sensible »[27], comme l’écrit Didier Philippot.

Le roman reflète ce que Flaubert a noté dans son calepin. Sicca lui apparaît comme aux yeux des Mercenaires en marche : « on rencontrait, à des intervalles réguliers, de petits temples quadrangulaires, servant aux pèlerins qui se rendaient à Sicca. Ils étaient fermés comme des tombeaux » (II, p. 593). Flaubert rapporte ces notes de son voyage vers Kef, l’ancienne ville célèbre par ses temples et ses tombeaux : « Des ruines toutes pareilles et très fréquentes sur des éminences carrées, formées (sans doute) par les décombres et qui permettent de supposer les contours du monument. – Cela est très fréquent – […] Ce devait être de petits temples, des stations pour aller au Kef ? »[28] ; « Arrivé au Kef le soir, lundi 24 mai. – Un tombeau romain, sur la droite, je lis en passant : « Livius » »[29]. Là où des prêtresses de Tanit « restaient accoudées, le menton dans la main » pour accueillir des voyageurs ou des pèlerins, il note sa rencontre avec une Bédouine : « Sur ma route, à droite, je rencontre une petite Bédouine, le coude dans la main et la joue dans les trois doigts ! Qui lui a appris cette pose-là ? ». En approchant la montagne du Kef, il prend des notes sur la plaine : « désespérant d’uniformité » et sur les montagnes : un sommet avec des « mamelons transversaux » ; « D’en bas, à gauche, l’horizon qu’on a de la plaine est plein de montagnes. Plusieurs ont la forme de demi-lunes ou de seins – (une ressemble à la Hamman Lif) – mais d’en haut cet effet diminue. » Après les Citernes du Kef, « une ligne de montagnes rouges et noires, mamelonnées[30] ». Cette sensualité du paysage semble influencer sa description : « Sicca [est] une ville sacrée » où se dressait « le temple de la Vénus carthaginoise, dominatrice de la contrée. » (II, p. 595). La déesse est présentée maintenant dans un décor où se confondent mysticisme et sensualité :

Elle [vénus carthaginoise] semblait l’emplir de son âme. Par ces convulsions des terrains, ces alternatives de la température et ces jeux de la lumière, elle manifestait l’extravagance de sa force avec la beauté de son éternel sourire. Les montagnes, à leur sommet, avaient la forme d’un croissant ; d’autres ressemblaient à des poitrines de femme tendant leurs seins gonflés, et les Barbares sentaient peser par-dessus leurs fatigues un accablement qui était plein de délices. (II, 595-596).

De son âme et de son corps, de sa force et de sa beauté, cette Vénus carthaginoise pèse sur le paysage comme un corps féminin, sensuellement secoué de « convulsions », travaillé par sa « température », son « extravagance », et pour finir chargé de « délices ». L’écriture, qui devient elle-même la métaphore de la baisade, se place à l’intersection du matérialisme et de l’idéalisme. La similarité lexicale est frappante entre cette description de l’Orient et l’affirmation de Flaubert quant à l’indissociabilité de l’âme et du corps, du mysticisme et de l’érotisme, alors qu’il se plongeait dans la personnalité de son héroïne :

Je suis convaincu que les appétits matériels les plus furieux se formulent insciemment par des élans d’idéalisme, de même que les extravagances charnelles les plus immondes sont engendrées par le désir pur de l’impossible, l’aspiration éthérée de la souveraine joie. Et d’ailleurs je ne sais (et personne ne sait) ce que veulent dire ces deux mots : âme et corps, où l’une finit, où l’autre commence. Nous sentons des forces et puis c’est tout. Le matérialisme et le spiritualisme pèsent encore trop sur la science de l’homme pour que l’on étudie impartialement tous ces phénomènes[31].

Dans sa lettre écrite de Tunis, Flaubert insiste pour voyager « par terre » : « Je pars d’ici après-demain, et je m’en retourne en Algérie par terre, ce qui est un voyage que peu d’Européens ont exécuté. Je verrai de cette façon tout ce qu’il me faut pour Salammbô. – Je connais maintenant Carthage et les environs à fond. »[32] En faisant « un voyage que peu d’Européens ont exécuté », il a dû penser à la marche des Mercenaires qui firent le même trajet. Il veut décrire ce qu’ils ont vu de leurs yeux. S’il a noté le geste de la Bédouine à sa première vue de Kef, il a dû laisser entendre qu’il s’agissait de la ville du temple de la Vénus célèbre pour sa prostitution sacrée.

Une note sur la prostitution pour Vénus Mylitta dans l’Histoire d’Hérodote nous révèle la provenance du nom du temple : il s’appelait « Succoth Bénoth, le temple de Vénus, ou plutôt les tentes des filles, à cause de l’usage qui s’y observait. Succothe signifie tente, maison. » À cela s’ajoute un éclaircissement sur le nom de Sicca :

Sicca Veneria, éloignée de cent vingt milles, ou environ, de Carthage, était une colonie Phénicienne. Or, il est très vraisemblable que les Phéniciens avaient reçu le culte de cette Vénus des Babyloniens. Non seulement on disait Succoth, mais encore Siccoth, terme fort approchant de Sicca. Ainsi Sicca Veneria signifiait les tentes de Vénus. Il y avait dans cette ville un temple de cette Déesse, dans lequel on observait les mêmes usages que dans celui de Mylitta à Babylone. […] C’est probablement ce temple qui avait donné le nom à la ville[33].

Dans Salammbô, l’ambiance de cette ville sacrée est présente : « Bien que Sicca fût une ville sacrée, elle ne pouvait contenir une telle multitude ; le temple avec ses dépendances en occupait, seul, la moitié. » (II, p. 595). Selden, en signalant l’existence du Dieu babylonien Succoth Benoth, essaie de traduire « Succoth Benothe » de Samarie en « tabernacula filiarum » (tabernacles des filles prostituées sacrées) et de dégager ainsi l’origine étymologique de ces cellules dans le nom « Sicca Véneria »[34].

Dans le « Sommaire de Polybe », Flaubert relève les faits historiques rapportés par l’historien et pour Sicca, seulement : « on leur promet qu’on les paiera tous à Sicca / à Sicca ils calculent »[35]. Dans le premier scénario, Flaubert n’indique pas même le nom de la ville. Dans le deuxième en collaboration avec Louis Bouilhet, le nom de Sicca n’apparaît pas, mais le camp est noté comme lieu de la récupération du voile sacré : « (peut-être doit-elle rester là quelques jours – ce sera une occasion de décrire le camp et les mœurs des Mercenaires – ». À ce stade, Flaubert ne semble ne s’intéresser à intégrer les mœurs de la prostitution sacrée de Sicca. Dans le sixième scénario, est noté dans le plan de Sicca : « filles publiques » « filles reviennent » (f° 180). C’est donc à partir du sixième scénario, avant de faire le voyage à Carthage, que Flaubert a commencé à intégrer ces mœurs mystérieuses de la prostitution sacrée à Sicca. Ce n’est donc pas un camp normal, mais une ville de prostitution. Dans un des brouillons du futur chapitre II (« III » figure en haut du folio), Flaubert note : « le 6e jour arrivent à Sicca : les prostituées en apercev l’armée, se regardent, du ht de la ville, poussent des cris en agitant leur voiles » ; « le camp n’etait pas un camp s’étendent partout les prostituées saintes. s’etablissent dans la plaine – horizon – la ville sur une hauteur. Nature profondement venerienne du pays – quel effet sur les mercenaires, ce qu’ils faisaient à quoi ils passaient leur temps jeux, causeries, etc. »[36] (f° 43). De même que l’image sensuelle du paysage de Keff perdure dans la description du roman, l’empreinte de cette ville étymologiquement vénérienne s’entrevoit à travers les mœurs des prostituées de Tanit à l’entrée de Sicca.

Pour les sources de la prostitution sacrée dans Salammbô, Flaubert a pu trouver bien des images parallèles dans les nombreux ouvrages lus pour la préparation de son roman, car dans l’Antiquité le culte de la déesse était très répandu. À part l’Histoire d’Hérodote, Rois II (23, 7) et De Diis Syris de Selden et Salomon Munk, recommandé en mars 1857 par Alfred Baudry[37] au moment où il préparait Salammbô, Flaubert a lu Dureau de la Malle qui mentionne la prostitution des vierges dans Recherches sur la topographie de Carthage :

Quant à la prostitution des vierges au temple de cette déesse, soit à Babylone, soit à Sicca-Veneria, et à leur procédé pour se faire une dot, pour acquérir un mari, le fait est trop connu pour qu’il ne suffise pas de le rappeler et d’avertir que ce scandale excita la juste indignation de Salvien et de saint Augustin, qui en profitèrent habilement pour détruire ce reste obstiné du paganisme qui résistait à leur zèle ardent et à leurs attaques incessantes[38].

Le passage précédent parle des plaines salées près de Carthage, « la lagune salée, nommée aujourd’hui la Sebka ». Son appellation spéciale Salinensis s’avère être donnée à « Astarté-Juno-Coeulestis ». Cette lagune salée, qui n’est jamais désigné de son nom dans le roman, introduit la scène de la terrasse où Salammbô commence l’invocation à Astarté et aux grandes déesses :

Autour de Carthage les ondes immobiles resplendissaient, car la lune étalait sa lueur tout à la fois sur le golfe environné de montagnes et sur le lac de Tunis, où des phénicoptères parmi les bancs de sable formaient de longues lignes roses, tandis qu’au-delà, sous les catacombes, la grande lagune salée miroitait comme un morceau d’argent.

Dans une des dissertations de l’Abbé Mignot (Mémoires de l’Académie des inscriptions) que Flaubert déclare avoir lues dans une lettre à Sainte-Beuve[39] pour la description de la chambre et dans une autre à Guillaume Froehner pour la toilette des femmes[40], la coutume infâme se retrouve :

 

Les Auteurs assurent que dans la Phénicie, aucune fille n’était mariée, qu’elle ne se fût préalablement prostituée à un étranger pour de l’argent en l’honneur de Vénus, & ce qu’elle avait gagné à ce commerce infame, était employé au culte de cette Déesse : cette coutume honteuse avait aussi lieu à Babylone, & les Phéniciens l’avaient portée dans l’île de Chypre & à Carthage : ce sacrifice une fois fait à Vénus ne se réitérait point, quelque chose qu’on fît, ou quelque argent que l’on offrît à une fille ; contente d’avoir payé ce tribut à la Déesse, elle ne se laissait plus séduire, & une fois mariée elle avait coutume de garder inviolablement la foi conjugale[41].

 

Il ne faut pas oublier Félix Lajard ni Apulée, chez lesquels reviennent de nombreuses descriptions du culte de cette déesse, sans parler du Sur la déesse syrienne de Lucien de Samosate : « J’ai vu, à Byblos, un grand temple de Vénus byblienne, dans lequel on célèbre des orgies en l’honneur d’Adonis. Je me suis fait initier à ces orgies. […] Les femmes qui ne veulent pas sacrifier leur chevelure payent une amende qui consiste à prostituer leurs charmes pendant une journée. Les étrangers seuls, du reste, ont droit à leurs faveurs, et le prix du sacrifice est offert à Vénus. »[42].

Dans le roman, si son père Hamilcar hésite à prostituer sa fille, c’est Schahabarim, le grand prêtre de Tanit qui l’incite à se donner pour reprendre le zaïmph. Mais Salammbô ne comprend pas l’allusion de son maître religieux et pose des questions qui montrent son ignorance :

 

 Mais s’il refuse ?
Le prêtre la considéra fixement, et avec un sourire qu’elle n’avait jamais vu.
« Oui, comment faire ? » répéta Salammbô.
Il roulait entre ses doigts l’extrémité des bandelettes qui tombaient de sa tiare sur ses épaules, les yeux baissés, immobile. Enfin, voyant qu’elle ne comprenait pas :
« Tu seras seule avec lui.
— Après ? dit-elle.
— Seule dans sa tente.
— Et alors ? »
Schahabarim se mordit les lèvres. Il cherchait quelque phrase, un détour.
« Si tu dois mourir, ce sera plus tard, dit-il, plus tard ! ne crains rien ! et quoi qu’il entreprenne, n’appelle pas ! ne t’effraye pas ! Tu seras humble, entends-tu, et soumise à son désir qui est l’ordre du ciel !
— Mais le voile ?
— Les Dieux y aviseront », répondit Schahabarim.
[…]
Il la fit se mettre à genoux, et, gardant la main gauche levée et la droite étendue, il jura pour elle de rapporter dans Carthage le manteau de Tanit. Avec des imprécations terribles, elle se dévouait aux Dieux, et chaque fois que Schahabarim prononçait un mot, en défaillant, elle le répétait.
Il lui indiqua toutes les purifications, les jeûnes qu’elle devait faire et comment parvenir jusqu’à Mâtho. (X, p. 727)

Même si le camp où Salammbô doit rejoindre Mâtho n’est plus Sicca, l’expression « Seule dans sa tente » rappelle l’appellation de Sicca, tente de Vénus où se pratique la prostitution sacrée. Au nom des Dieux, Schahabarim oblige Salammbô à perdre sa virginité avec un étranger d’une autre race, à être « soumise à son désir qui est l’ordre du ciel ! ». Suivant la coutume, une invocation est nécessaire pour réaliser ce rite, et elle ne manque pas de se livrer aux imprécations, aux purifications et aux jeûnes ordonnés. Le rite religieux dans le temple de Tanit prépare l’étreinte sous la tente, prostitution sacrée aux yeux des Dieux. Ou plutôt, le batifolage avec le Python avant le départ au camp préfigurant la baisade sous la tente, la prostitution sacrée habite déjà dans le temple même de Tanit.

De la peinture des mœurs à la synthèse

Peut-on lire maintenant Salammbô sous l’aspect d’un roman de prostitution sacrée ? Quelle est la relation entre Salammbô et cette pratique dans le roman ? Les descriptions des mœurs des prêtresses de Tanit ou de Vénus ne sont pas très nombreuses, mais il existe un autre ouvrage que Flaubert a emprunté en juin 1857 à la Bibliothèque municipale de Rouen pour Salammbô : La Géographie de Strabon, qui nous révèle l’importance de la prostitution sacrée sur le mont Éryx, au temple de Vénus :

Il y a encore pareillement quelques habitans sur l’Eryx, autre colline très élevée, où se voit un temple de Vénus fort célèbre, et jadis rempli de femmes consacrés à la déesse tant par les Siciliens eux-mêmes que par des étrangers. Mais aujourd’hui le temple, ainsi que le reste de l’habitation, est presque désert ; et l’on n’y trouve plus ce grand nombre de femmes vouées à la divinité du lieu. C’est à cette divinité que les Romains ont dédié le temple dit de Vénus Erycine, situé en avant de la porte Colline, et entouré d’un portique remarquable[43].

La note de bas de page explique qu’il s’agit de prostitution sacrée : « De femmes consacrées à la déesse. Littéralement, d’esclaves – sacrées. On désignait par cette dénomination, des femmes consacrées à Vénus. L’argent qui provenait de leur commerce avec quiconque les payait, était réservé pour l’entretien et le service du temple de la déesse »[44].

Dans l’Histoire de Polybe, le mot « Eryce » est mentionné seulement deux fois pour « Eryx » dans la guerre des Mercenaires : « Le Traité de paix conclu & ratifié, Amilcar conduisit l’armée du camp d’Eryce à Lilybée, & se démit là du commandement » (chap. XV) ; « […] les seuls qui étaient restés à ce chef après la désertion de ceux qui s’etaient rangés sous les enseignes des Romains au camp d’Eryce » (chap. XVII).

Le nom de ce mont n’apparaît pas aux premiers stades des plans et scénarios. Mais dès le stade des brouillons, Flaubert le note dans l’incipit et il restera dans la version définitive : « Les soldats qui l’avaient accompagné en Sicile se donnaient un grand festin pr célébrer le jour anniversaire de la bataille d’Eryx. »[45] (f° 1r°). Hannon regrette de ne pas avoir déserté chez les Romains « avec les deux mille Gaulois du temple d’Eryx » (VI, p. 649). Le nom d’Éryx ne paraît être que la désignation du lieu de bataille. Pourtant, juste après les exhortations de Schahabarim et la résolution de Salammbô d’aller seule dans la tente du Libyen, ce mont Éryx apparaît accompagné d’une allusion au temple de Vénus :

C’était l’époque où les colombes de Carthage émigraient en Sicile, dans la montagne d’Eryx, autour du temple de Vénus. Avant leur départ, durant plusieurs jours, elles se cherchaient, s’appelaient pour se réunir ; enfin elles s’envolèrent un soir ; le vent les poussait, et cette grosse nuée blanche glissait dans le ciel, au-dessus de la mer, très haut.
Une couleur de sang occupait l’horizon. Elles semblaient descendre vers les flots, peu à peu ; puis elles disparurent comme englouties et tombant d’elles-mêmes dans la gueule du soleil. Salammbô, qui les regardait s’éloigner, baissa la tête. (X. p. 727-728)

Les colombes de Carthage, pures et blanches, s’envolent le soir vers le temple de Vénus Érycine, comme Salammbô part au soir dans la tente où l’attend la consécration de son corps et de son âme, qui provoquera sa mort. C’est Salammbô elle-même qui s’engloutit dans les bras de Mâtho, mais aussi de Moloch, dieu du Soleil : elle tombe dans « la gueule du soleil ». Cela préfigure son destin, lors du festin des noces, après la mort de Mâtho : « Le soleil s’abaissait derrière les flots, ses rayons arrivaient comme de longues flèches sur le cœur tout rouge. L’astre s’enfonçait dans la mer à mesure que les battements diminuaient ; à la dernière palpitation, il disparut. » (XV, p. 836)

Lecteur passionné de Creuzer, Flaubert a pu connaître le temple du mont Éryx et la légende des colombes :

Sur le mont Eryx était un antique et riche temple de la déesse, où les femmes se prostituaient en son honneur, au milieu de ses fêtes. Dans l’enceinte de ce temple on nourrissait, comme à Paphos, des troupes nombreuses de colombes. Quand la déesse s’en allait visiter la Libye, les colombes, disait la légende populaire, disparaissaient avec elle du mont Eryx. C’était la fête du départ. Au bout de neuf jours la déesse revenait, lorsqu’une colombe, suivie bientôt de toutes les autres, traversait la mer et s’envolait dans son temple. C’était la fête du retour. La colombe était donc consacrée à la Vénus Erycine, aussi bien qu’à la Vénus de Cypre, aussi bien qu’aux divinités analogues de la Phénicie et de la Syrie[46].

Flaubert a pris des notes sur cette légende dans le Banquet de savants d’Athénée lors de la préparation de Salammbô en 1857 : « à Eryx en Sicile les pigeons disparaissent à jour fixe comme pr accompagner la Deesse qui va alors en Libye. neuf jours après il arrive un pigeon qui a traversé la mer & vient voler dans le temple. bientot après les autres arrivent. – on fait une gde fete – “tout cet endroit là exhale pr lors une odeur de beurre. »[47] Est-ce un hasard si des colombes de Tanit s’envolent, comme pour accompagner la Déesse qui va visiter la Libye, lorsque Salammbô part vers la tente d’un Libyen ? À leur retour, il y aura une fête.

Dans un des brouillons de Salammbô, sous le titre « II. (Religion) (culte) », Flaubert consigne un folio sur les idées religieuses qui précèdent les notes sur les Fêtes : « on donnait un bouc aux fem* sacrés comme prix de leurs prostitution / la circoncision a le même sens que la prostitution. c’est le sacrifice de la chair, l’initiation à la vie »[48]. Flaubert, fasciné par la prostitution de son temps, étudie la prostitution sacrée de l’Antiquité, qu’elle soit moderne ou antique. Il y voit la perpétuation d’un sacrifice : « Il se trouve, en cette idée de la prostitution, un point d’intersection si complexe, luxure, amertume, néant des rapports humains, frénésie de muscle et sonnement d’or, qu’en y regardant au fond le vertige vient, et on apprend là tant de choses ! Et on est si triste ! Et on rêve si bien d’amour ! »[49]

Dans le « Sommaire de Polybe », Flaubert s’est limité aux faits historiques racontés. Au fur et à mesure qu’il intègre des documents précis sur la prostitution sacrée, l’histoire converge autour du culte de Vénus. Ces mœurs antiques sont connues de Flaubert dès sa jeunesse[50]. Dans l’incipit du roman, l’allusion au mont Éryx ouvre le seuil d’un monde antique où se dresse le temple de Vénus et où se consomme la prostitution sacrée. Dans le chapitre II, ce sont des prostituées de Tanit qui accueillent les Mercenaires à l’entrée de Sicca, tente de Vénus. Au chapitre III, ignorant la vérité des prostituées de Tanit, Salammbô est la proie de la Déesse qui se venge de cette vierge soustraite à ses sacrifices. La vie des prêtresses de Tanit ne se confond jamais avec celle de Salammbô, mais au fur et à mesure du roman, l’essentiel de la prostitution sacrée la rejoint : le sacrifice de son corps à la Déesse. L’activité collective des prêtresses de Tanit s’exerce en arrière-plan, parallèlement à celle de Salammbô allant avec un voile jaune comme une prostituée sacrée, sous la tente de Mâtho, temple symbolique, car Mâtho se confond en Moloch, Salammbô en Tanit, leur « baisade » se consomme sous le voile sacré. Selon la coutume, il s’agit d’un étranger à qui une vierge se donne contre une offrande à la Déesse. Pour Salammbô, cette offrande était le zaïmph. Le jour des noces, pendant que la prostitution se déploie parmi les prêtresses, Salammbô dans son « attitude hiératique » apparaît comme une grande prostituée entourée de musique rituelle : « les cymbales et les crotales sonnèrent plus fort, les tambourins tonnaient » (XV, p. 831). La « danse des étoiles » des prêtresses évoque celle de Salammbô qui figure uniquement dans une note de fragment scénarique : « Danse de Sallamb. symbolique, astronomique – elle s’adresse aux quatre points de l’horizon aux étoiles, elle est étoile elle-même », « puis ça se condense, danse voluptueuse, mais qui ne s’adresse à aucun homme. C’est le désir flottant infini, sur tous, la Passion en soi »[51]. C’est la danse de Volupté, danse de l’Idée voluptueuse, danse de la prostitution sacrée. Sous l’apparence de noces, se consomme un sacrifice : « Salammbô resplendissante se confondait avec Tanit et semblait le génie même de Carthage, son âme corporifiée » (XV, p. 832). Après avoir sacrifié tout son être à la Déesse, fatalement, elle ne peut que mourir. Parti des mœurs propres aux prêtresses de Vénus, le roman carthaginois de Flaubert atteint à la synthèse de la prostitution sacrée, âme et corps confondus dans un Orient où fusionnent mysticisme et érotisme.

 

 

NOTES

[1] Yvan Leclerc, « Sacralisation et désacralisation de la sexualité chez Flaubert », en ligne à l’adresse suivante :
http://flaubert.univ-rouen.fr/etudes/leclerc_sacralisation.php
[2] Lettre à Louise Colet, Correspondance, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, p. 282. [désormais abrégé en Corr.]
[3] Lettre à Louis Bouilhet du 14 novembre 1850, Corr., t. I, p. 708.
[4] Flaubert semble copier une note en bas de page des Essais de Montaigne, « Apologie de Raymond Sebond », qui se trouve dans sa bibliothèque. « Carrilhoë » est un lapsus de Flaubert : il s’agit de « Callirhoé » dans la note des Essais, mais « Le Dialogue II des Morts anciens » de Fontenelle s’intitule : « Callirhée, Pauline » et dans la note, il s’agit de « Pauline et Callirhoé » et de « Paulina » dans l’« Apologie ». Voir Fontenelle, Nouveaux dialogues des morts, M. de Fontenelle, nouvelle édition, 1714, p. 82-86.
[5] Carnet 3, f°33v°, conservé à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. Gustave Flaubert, Carnets de travail, Pierre-Marc de Biasi éd. Balland, 1988, p. 144. En ligne sur Gallica. Souligné par Flaubert. Le nom du mari est « Saturninus », dans l’Apologie de Raymond Sebond aussi bien que dans l’Antiquité judaïque. Voir aussi la remarque de Ildikó Lőrinszky dans L’Orient de Flaubert, des écrits de jeunesse à Salammbô : la construction d’un imaginaire mythique, 2002, L’Harmattan, p. 11-31.
[6] Le terme « hiérogamie » est employé par Gisèle Séginger, « Mythes et religion dans les scénarios », Salammbô de Flaubert, histoire, fiction, textes réunis par Daniel Fauvel et Yvan Leclerc, Genève, Honoré Champion, 1999, p. 68.
[7] Manuscrit BNF, NAF 23662.
[8] Dans le premier scénario (181r°), Flaubert applique le terme « péplos » au voile sacré d’Astarté. C’est à partir du deuxième scénario en collaboration avec Louis Bouilhet qu’on peut noter l’expression « voile sacré ». Dans le troisième scénario (BMR, Ms g322-2v°), le voile est appelé « manteau ». En analysant la lettre de Constantinople, Juliette Azoulai relève la « fouterie mystique » en marge du cinquième scénario où le voile est appelé « le péplos » (L’Âme et le Corps chez Flaubert Une ontologie simple, Paris, Classique Garnier, p. 467). Le classement des plans et scénarios renvoie à Rêve d’Orient, Plans et scénarios de Salammbô, édition et introduction par Atsuko Ogane, Genève, Droz, 2016, p. 36. Manuscrit BnF, NAF 23662, f° 182r°.
[9] Salammbô, édition établie par Gisèle Séginger et Yvan Leclerc, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. III, p. 594-595. Toutes les références à Salammbô renvoient à cette édition et sont dorénavant données entre parenthèses directement dans le texte avec le numéro du chapitre.
[10] NAF 23663-2, f° 648r°. Dans notre étude, nous avons montré que Salomé, fille d’Hérodias, est décrite comme une prêtresse de Cybèle. Voir Atsuko Ogane, La Genèse de la danse de Salomé – L’“L’Appareil scientifique” et la symbolique polyvalente dans Hérodias de Flaubert, Tokyo, Presses universitaires de Keio, 2006, p. 159.
[11] BnF, NAF 23662, Sources et méthode, f° 157r°.
[12] Salomon Munk, Palestine : description, géographique, historique et archéologique, Paris, Firmin-Didot frères, 1845, p. 90. Voir Salammbô, p. 1288, note 2, XV.
[13] Le « Chapitre d’explications », dans Salammbô, op.cit.
[14] Gustave Flaubert, Œuvres complètes, Paris, Club de l’Honnête Homme, 1971, t. II, p. 489.
[15] Carnet de travail, édition critique et génétique établie par Pierre-Marc de Biasi, Paris, Balland, 1988, p. 739. En ligne sur Gallica. Dans sa présentation, Pierre-Marc de Biasi remarque que certaines notes pourraient concerner La Tentation de saint Antoine de 1874. Nous pourrons nous demander si ce folio remonte à l’époque de la rédaction de Salammbô ou s’il est antérieur, remontant à l’époque de La Tentation de saint Antoine (version de 49) où l’on peut noter la prostitution sacrée.
[16] Salomon Munk, op. cit., p. 90.
[17] Hérodote, Histoire d’Hérodote, traduite du grec, t. I, Paris, Guillaume Debure l’aîné, Imprimerie de C. Crapelet, 1802, p. 160-161.
[18] Lettre à Alfred Le Poittevin. Corr., t. I, p. 252.
[19] Lettre à Louise Colet du 6 ou 7 août 1846, Corr., t. I, p. 279.
[20] John Selden, De Dis Syris, Londini, Bibliopolarum corpori excudebat, 1617, t. II, chap. VI, p. 215-225.
[21]  Lettre à Maxime Du Camp du 7 avril 1848. Corr., t. I, p. 494.
[22] Frédéric Creuzer, Religions de l’Antiquité, traduit par J.D. Guigniaut, t. II, I partie, Paris, Treuttel et Wurtz, 1829, p. 25. La prostitution sacrée en Arménie à la déesse Anaïtis est aussi signalée. Voir p. 77-78.
[23] Corr., t. II, p. 795.
[24] Voir la note de Jean Bruneau, ibid., p. 1416. Voir aussi la note 19, Salammbô, op. cit., p. 1260. Voir aussi la note 1, Salammbô, édition préfacée, annotée et commentée par Jacques Neefs, Livre de Poche Classiques, Librairie Générale Française, 2011, p. 79.
[25] Voir la transcription de ce document dans Carnet de voyage à Carthage, texte établi par Claire-Marie Delavoye, Publications de l’Université de Rouen, 1999, p. 206. Pour la difficulté à laquelle Flaubert était confronté et la genèse de son titre, voir notre introduction de Rêve d’Orient, Plans et scénarios de Salammbô, édition et introduction par Atsuko Ogane, Genève, Droz, 2016, p. XIV-XVII. Manuscrit conservé à la Pierpont Morgan Library sous le nom de « Carthage, Notes diverses », New York, Misc Heineman, MA 6543.
[26] Yvan Leclerc, Salammbô, note, p. 1290 : « Le voyage répond donc à la nécessité concrète de mener l’enquête in situ en prenant des notes, mais aussi, plus largement, au désir de vivre dans le “milieu” qu’il ressuscite. »
[27] Didier Philippot, « Le Voyage en Orient, ou le lyrisme de la chair », Bulletin Flaubert-Maupassant, n° 31, 2016, p. 122-123.
[28] « Voyage en Algérie et en Tunisie », Salammbô, op. cit., p. 874-875. Claire-Marie Delavoye, Carnet de voyage à Carthage, op. cit., p. 189. L’éditrice remarque que les images d’une Bédouin et de petits temples quadrangulaires proviennent du souvenir du voyage. Mais il s’agit des prêtresses de Tanit, pas des « déesses de Tanit à Sicca ».
[29] Ibid, p. 877. Il s’agit des notes prises à Croisset le samedi 12 juin 1858 après son retour.
[30] Ibid., p. 875-877.
[31] Lettre à Marie-Sophie Leroyer de Chantepie du 18 février 1859. Corr., t. III, p. 16.
[32] Lettre à Jules Duplan du 20 mai 1858. Corr., t. II, p. 815.
[33] Histoire d’Hérodote, op. cit., p. 526-527. Voir la note 492.
[34] John Selden, De Dis Syris, op. cit., p. 215-225.
[35] Manuscrit BMR, Ms g322-2r°. Voir aussi notre transcription dans Rêve d’Orient, op. cit., p. 20.
[36] Manuscrit, BnF, NAF 23658.
[37] Lettre d’Alfred Baudry du 25 mars 1857, Corr., t. II, p. 1356. Flaubert se renseigne sur les livres concernant Carthage auprès de Baudry. Il lui recommande Appien, Polybe, Procope, Diodore de Sicile, Strabon, Dureau de La Malle, Shaw, Mémoires de l’Académie des inscriptions. C’est le début des recherches pour la préparation de Salammbô que Flaubert a entamées en février 1857, juste après l’acquittement du procès de Madame Bovary. Voir l’introduction de Rêve d’Orient, op. cit., p. IX-XIII.
[38] Dureau de la Malle, Recherches sur la topographie de Carthage, avec des notes, par M. Dusgate, Paris, Firmin-Didot frères, 1835, p. 167-168.
[39] Lettre à Saint-Beuve du 23-24 décembre 1862. Corr., t. III, p. 279.
[40] Lettre à Guillaume Froehner du 21 janvier 1863, Corr., t. III, p. 300.
[41] Abbé Mignot, « Vingt et unième mémoire sur les Phéniciens – Des mariages & des vêtements », Histoire de l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres, avec les Mémoires de littérature tirés des registres de cette académie, t. 40, Paris, de l’Imprimerie royale, 1780, p. 138. Voir aussi la note 3, Salammbô, édition préfacée, annotée et commentée par Jacques Neefs, op. cit., p. 99. Dans la légende de la fondation de Carthage, Elissa a été accompagnée de « 80 jeunes filles prostituées sacrées du sanctuaire d’Astarté ».
[42] Lucien de Samosate, Sur la déesse syrienne, dans Œuvres complètes, traduction par Eugène Talbot, Paris Hachette 1857, t. 2, p. 443-444. Dans les notes, il énumère les ouvrages qui traitent les sujets similaires : « Hérodote, Clio, CXIX, Justin, livre XVIII, chp. V ; Athénée, livre XII, § 11 ; Élien, Hist. div., livre IV. I ; Pomponius Méla, livre I, chp. VIII. »
[43] Géographie de Strabon, traduite du grec en français tome second. Paris, De l’Imprimerie Impériale. 1809, p. 376 : livre VI, chap. III « Description de la Sicile », Section VIII « Intérieur de l’île : Enna, l’Eryx, le temple de Vénus Erycine ». Flaubert l’a emprunté, et l’a rendu le 2 juin 1857.
[44] Ibid.
[45] BnF, NAF 23658.
[46] Religion de l’Antiquité, op. cit., t. II, IIe partie, p. 654. Voir la note 13, Salammbô, op. cit., p. 1270.
[47] « Notes de lecture pour Salammbô », transcription par Agnès Bouvier, Bibliothèque municipale de Rouen, ms g 476. Athénée, f° 1-10. Athénée, Banquet des savans, traduit par M. Lefebvre de Villebrune, Paris, Lamy, 1789-1791, 5 vol.
[48] BnF, NAF 23658, f° 59.
[49] Lettre à Louise Colet du 1er janvier 1853. Corr., t. II, p. 340.
[50] Cesare Lombroso, La Femme criminelle et la prostituée, traduit de l’italien par Louise Meille, texte présenté par Pierre Darmon, Grenoble, éditions Jérôme Million « Mémoires du corps », 1991, p. 199. En parlant de la prostitution aux temps anciens, il mentionne : « et avec une telle diffusion, surtout au commencement, […] tout prouve clairement que la pudeur et le mariage sont un produit tardif de l’évolution. »
[51] Rêve d'Orient, op. cit., p.  96. NAF 23662, f° 200r°.


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