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Sommaire Revue n° 16
Revue Flaubert, n° 16, 2018 | Flaubert et le «mythe perdu» de la prostitution
Numéro dirigé par Éléonore Reverzy

La figure de la prostituée, de Flaubert aux «petits naturalistes».
Échanges et transactions mercantiles et littéraires

Élise Guignon
Doctorante contractuelle à l’Université de Picardie Jules Verne
Voir [Résumé]

 

Si l’on s’accorde traditionnellement à reconnaître chez les « petits naturalistes » une allégeance sans faille à Zola, certains travaux de recherche, dans les dernières décennies, ont montré une filiation directe entre ces auteurs et Gustave Flaubert. Sylvie Thorel-Cailleteau, dans La Tentation du livre sur rien, dégageait cet objectif commun qui reliait les écrivains précités, consistant à réussir à écrire le néant. Jean de Palacio spécifiait, d’ailleurs, dans la préface de cet essai, que « le Naturalisme, sous sa forme la plus avancée et la plus extrême, dérive, non du modèle zolien, mais du modèle flaubertien. »[1] En effet, les preuves de l’admiration des « petits naturalistes » pour Flaubert affluent, notamment dans leur correspondance ; Henry Céard déclare, par exemple : « J’ai vécu dans Flaubert, par Flaubert... et c’est par l’admiration de ce maître, par l’étude de son caractère en complet accord avec sa littérature que je vaux peut-être un peu dans les lettres. Je professe pour la mémoire de ce magnifique indépendant et de ce forcené travailleur le seul culte de ma vie. »[2] Des thèmes sont, par conséquent, communs, et le maître de Croisset a ainsi ouvert la voie à de nouvelles expérimentations, notamment typologiques. Le personnage de la prostituée en est un exemple. La prédominance du roman de filles dans les parutions « naturalistes » de la seconde moitié du XIXe siècle ne commence effectivement pas avec la publication en 1880 de l’épisode des Rougon-Macquart consacré à la prostitution, Nana, mais s’est amorcé bien avant – dès 1876, Joris-Karl Huysmans offrait au public sa Marthe, histoire d’une fille. Il apparaît en réalité que le modèle fondateur de la prostituée se rencontre chez Flaubert, et les « petits naturalistes » vont faire jouer les variations flaubertiennes, de la prostituée au « grand cœur », encline au lyrisme et au mal romantique, la Marie de Novembre, à la courtisane charmante mais sotte et étroite d’esprit, la Rosanette de L’Éducation sentimentale. Nous verrons que les « petits naturalistes » ont toujours à l’esprit les prostituées du « solitaire de Croisset », lorsqu’ils s’intéressent à la peinture de cette femme érigée en figure symbolique du XIXe siècle. Toutefois, il serait réducteur de ne voir dans leurs travaux que la reproduction fidèle et quasi-plagiaire d’épigones ; les mutations littéraires, sociales, économiques, politiques et idéologiques, si rapides en cette seconde moitié du XIXe siècle, vont affecter la représentation du personnage de la prostituée. Là où Flaubert s’érigeait déjà en maître de l’ironie et de la distanciation, les « petits naturalistes » vont aller encore plus loin dans le détournement et l’inversion de modèles littéraires existants, tout en redoublant de cynisme. La déclaration d’amour de Flaubert à la gent prostitutionnelle ne saurait être appliquée à ces écrivains : « C’est peut-être un goût pervers, mais j’aime la prostitution et pour elle-même, indépendamment de ce qu’il y a en dessous. Je n’ai jamais pu voir passer aux feux du gaz une de ces femmes décolletées sous la pluie, sans un battement de cœur. »[3] Ne subsiste chez les « petits naturalistes » que l’hypothétique perversité, mais le battement de cœur a disparu. Car le détournement et l’inversion du modèle flaubertien, s’ils engendrent le rire et le grotesque, sont également précurseurs du décadentisme et nous renseignent sur un élément primordial de la psychologie de la fin du XIXe siècle, celui d’un pessimisme toujours grandissant. Le désenchantement et les désillusions des « petits naturalistes » sont projetés sur le personnage de la prostituée, catalyseur des angoisses fin-de-siècle, puisqu’elle est à la fois femme, représentante de ce sexe en train d’évoluer et, doucement, de prendre son indépendance, perturbant la vision de l’Homme, et en même temps être humain voué à la consommation, en cela vivier de mercantilisme et de capitalisme. Ici, cependant, encore une fois, pensée flaubertienne et pensée « petit-naturaliste » se rejoignent ; la fin de L’Éducation sentimentale, conclusion peut-être déceptive, est conjuguée à tous les temps par les « petits naturalistes ». Questionnement sur le désir et même, en allant plus loin, questionnement ontologique, ce dénouement n’aura de cesse d’alimenter les réflexions des « petits naturalistes » ; mystère soudainement résolu et révélation de l’impossibilité de la sortie de la quotidienneté et de l’ennui du monde, ou ode à la futilité et au désir inassouvi, il porte en germe l’instant fondamental et le choix crucial à faire par ces écrivains, entre l’écriture de l’espoir et l’écriture du désespoir.

Avant d’entrer dans le détail, nous aimerions préciser deux points. Nous engloberons ici, sous l’appellation « petits naturalistes », un grand nombre d’écrivains ; ceux qui se sont, de leur propre chef, rangés sous la bannière de ce mouvement, que ce soit les Médaniens (Paul Alexis, Henry Céard, Léon Hennique, et nous conserverons les œuvres de Guy de Maupassant et de Joris-Karl Huysmans comme très significatives au vu de la représentation de la prostitution, bien qu’ils soient très individualisés et partant plus vraiment assimilables au groupe des « petits naturalistes »), ou que ce soit les autres auteurs, moins connus, souvent plus jeunes, et ayant par la suite été rattachés à d’autres mouvements (Paul Adam, Robert Caze...) : en définitive, tous les auteurs ayant pu être considérés à un moment ou à un autre comme naturalistes et pour lesquels la prostitution est l’un des thèmes de prédilection. Évidemment, nous ne saurions avancer l’idée que ce regroupement montre une homogénéité chez ces auteurs et un manque d’originalité flagrant ; bien au contraire, nous pensons que chacun d’entre eux mérite d’être étudié et relu pour ses caractéristiques d’écriture propres. Cette réunion, le temps d’un article, ne cherche à mettre au jour que des constantes liées surtout à une thématique et à un moment d’écriture communs.

De plus, nous adopterons une terminologie simplifiée pour parler des prostituées ; sans entrer dans des distinctions très concrètes – et fort intéressantes, mais là n’est pas notre propos –, nous considérerons comme prostituée toute femme qui utilise son corps en vue d’un échange matériel, que cette transaction lui permette de mener une vie luxueuse (courtisanes telles que Rosanette) ou assure tout juste sa subsistance (les derniers mois de prostitution de Lucie Thirache dans Chair molle, amours tarifées au coin de rues mal famées et payées quelques sous). En bref, nous choisissons de nous concentrer sur la femme-corps à vendre dans sa globalité.

L’approfondissement d’une thématique flaubertienne

Prostituées et femmes honnêtes : les deux faces d’une féminité complexe

 

Il apparaît chez Flaubert que la distinction entre la prostituée et la femme honnête, si elle est primordiale, connaît toutefois des limites fluctuantes et ténues. Déjà, la femme honnête, dans le roman flaubertien, est mariée à un bourgeois et ne travaille pas pour vivre (pas de commerçantes, d’ouvrières...), ce qui, si cela est censé l’opposer radicalement à la prostituée, crée déjà deux premiers points communs : tout d’abord, elle vit grâce à un homme auquel elle a donné son corps. En effet, la femme, dans le mariage bourgeois, offre son corps afin de procréer en échange d’une certaine sécurité financière, plus ou moins assurée, comme le montre l’exemple de la faillite d’Arnoux dans L’Éducation sentimentale, amenant sa famille à se retirer en Bretagne, loin du luxe parisien qu’elle a connu. Deuxièmement, elle dispose d’un certain temps libre, notamment en journée, lui laissant le temps de converser (visites, formation de salons), comme la prostituée, mais aussi le devoir de se parer et de prendre soin de son apparence, cela afin d’honorer son mari ; elle doit être une preuve tangible de sa réussite sociale (comme le montre Philippe Perroud dans Les Dessus et les Dessous de la Bourgeoisie). On remarquera d’ailleurs que les bourgeoises se livrant à l’adultère (Madame Bovary, puis Juliette Meuriot ou encore Mme Duhamain, les exemples ne manquent pas) pâtissent de cette oisiveté et de ce soin vain apporté à leur personne, raison de plus pour chercher à commettre l’adultère. Toutefois, l’exemple de Marie Arnoux, dans L’Éducation sentimentale, est problématique. La dernière entrevue qui la met face à Frédéric laisse comprendre au lecteur qu’elle l’a aimé, sans en rien laisser paraître, jusqu’au fameux épisode de la maladie de son fils Eugène. C’est cette résistance et cette résignation qui font son charme selon Frédéric, la rendant inaccessible. Il ne cesse ainsi de la comparer à Rosanette : « La fréquentation de ces deux femmes faisait dans sa vie comme deux musiques : l’une folâtre, emportée, divertissante, l’autre grave et presque religieuse ; et, vibrant à la fois, elles augmentaient toujours »[4]. Marie Arnoux est placée du côté du sacré, elle est intouchable, véritable relique féminine, tandis que Rosanette fait goûter à Frédéric toutes les joies de la jeunesse parisienne. Elles ne peuvent cependant exister l’une sans l’autre, et sont totalement complémentaires. Frédéric aurait-il autant aimé Mme Arnoux s’il n’avait eu l’occasion de la comparer à Rosanette ? Malgré cette vénération pour sa personne, il n’a de cesse de l’attirer dans l’univers de la prostitution :

Les prostituées qu’il rencontrait aux feux du gaz [...] les grisettes à leur fenêtre, toutes les femmes lui rappelaient celle-là, par des similitudes ou par des contrastes violents. Il regardait, le long des boutiques, les cachemires, les dentelles et les pendeloques de pierreries, en les imaginant drapés autour de ses reins, cousues à son corsage, faisant des feux dans sa chevelure noire[5].

Par le biais d’images mentales, Frédéric fait revêtir par Mme Arnoux les marchandises qui s’offrent à sa vue, faisant d’elle un mannequin, une poupée de son malléable à souhait, à la manière de Renée dans La Curée. Cette réification va en augmentant, puisque l’échange qu’Arnoux met en place entre les deux femmes passe par le biais de bibelots :

Cette confusion était provoquée par des similitudes entre les deux logements [...] une foule de petits cadeaux, des écrans, des boîtes, des éventails allaient et venaient de chez la maîtresse chez l’épouse, car, sans la moindre gêne, Arnoux, souvent, reprenait à l’une ce qu’il lui avait donné, pour l’offrir à l’autre[6].

Le decorum qui entoure Rosanette et Marie engendre encore davantage de collisions entre les deux perceptions de Frédéric, et toutes deux finalement sont à vendre (Frédéric n’a de cesse de tenter d’acheter Marie en renflouant Arnoux). Dans Paris au XIXe siècle, Lucette Czyba signale que « Pour le bourgeois français comme pour le (riche) étranger [...], la lorette n’est qu’un objet de luxe parmi d’autres objets de luxe, dans la jouissance desquels se résume “l’existence parisienne” »[7]. Cette confusion entre deux femmes censées être opposées réapparaît dans les récits « petits naturalistes », par exemple chez Paul Alexis, dans Madame Meuriot, mœurs parisiennes ; elle y est cependant poussée à l’extrême, et c’est un Frédéric bien sûr de lui et bien téméraire que nous retrouvons. Juliette Meuriot, âgée de trente-trois ans, a une histoire d’amour avec son voisin Gustave, jeune homme de dix-neuf ans ; ce dernier s’étonne qu’elle ne sache pas lui prodiguer les mêmes plaisirs charnels que les prostituées qu’il a coutume de fréquenter :

L’absence de certains raffinements, obtenues des autres pour un supplément de cadeau, quelquefois gratis, lui était une privation et le déconcertait. Précoce, de goût perverti, il ressemblait à celui qui, n’ayant jamais bu que des vins frelatés, ferait le dégoûté devant un cru naturel. L’audace lui vint, tout à coup, de solliciter certaines choses.
« Veux-tu, dis... »
Tout en implorant de la voix, il l’attirait, avec violence, de façon à ne lui laisser aucun doute. Elle resta étonnée : Léon, en seize ans de mariage, ne lui en avait jamais autant demandé. Cependant, avec des répugnances, elle consentit à essayer.
‒ Non ! tu ne sais pas !
Il la repoussait avec dépit. Alors, sans défense devant les désirs de cet enfant, elle voulut recommencer :
‒ Attends ! tu vas voir !
‒ Non, c’est inutile, va.
Cette fois, d’elle-même, Juliette s’abattit sur lui ; et, y mettant l’abnégation nécessaire, elle le satisfit, en fermant les yeux. Puis, se détournant, le visage dans son mouchoir, elle se sauva dans le cabinet de toilette[8].

La morale sous-jacente – les femmes osant pratiquer la fellation pour « un supplément de cadeau » voire « gratis » correspondent à des « vins frelatés », les autres à des « crus naturels »... – insiste sur la supposée corruption qui est en train de naître chez Mme Meuriot : afin de satisfaire à tout prix son jeune amant, elle accepte de verser dans les pratiques habituellement réservées au milieu de la prostitution. Cela laisse à Gustave la possibilité de la mépriser toujours davantage ; en effet, si les personnages masculins ne cessent de faire correspondre prostituées et femmes honnêtes, ce n’est que pour assouvir leur désir et se débarrasser d’une vision idéale de la femme. En s’assurant de leur supposée dépravation – dans un sens tout dix-neuviémiste s’entend – , ils accèdent au corps de la femme, dans toute sa disponibilité. Est en jeu la domination de la gent masculine sur le corps féminin, et la fille « perdue » ou qui se vend n’a plus aucune ressource, l’opinion commune la jugeant infréquentable. On se souvient du mépris de Frédéric à l’encontre de Rosanette lorsqu’il lui avoue son amour pour Marie Arnoux : « On ne meurt pas pour les trahisons d’une femme de ton espèce. Quand elles deviennent trop monstrueuses, on s’en écarte ; ce serait se dégrader que de les punir ! »[9]. Flaubert qui, on le sait, avait un dégoût viscéral de la doxa, s’amuse donc à créer un effet de perspective quant à la vision de la prostituée, en variant les points de vue des personnages sur cette dernière. Ici, Frédéric, après avoir amplement profité du statut de Rosanette, la rejette avec les paroles toutes bien-pensantes d’un bourgeois bien assis dans la société du XIXe siècle. Les femmes qui sont confrontées à cette frontière perméable entre prostitution et contrition sont elles aussi amenées à s’interroger sur leur place, ainsi de Madame Bovary lors d’une soirée qu’elle passe à Rouen en compagnie de Léon : « Quant aux femmes Emma s’aperçut vite, au timbre de leur voix, qu’elles devaient être, presque toutes, du dernier rang. Elle eut peur alors, recula sa chaise et baissa les yeux »[10], une pudeur qu’elle partage avec Lucie Thirache, chez Paul Adam, qui, alors qu’elle doit se rendre pour la première fois en maison et quitter sa vie de travailleuse, dévisagée par un homme, « sous ce regard [...] détourna la tête. »[11] Flaubert, et à sa suite les « petits naturalistes », jouent du regard des femmes sur leur condition, qu’elles soient honnêtes ou prostituées, mais surtout du regard des hommes sur les femmes qui leur sont offertes (qu’elles le désirent, et contre rémunération, ou non). C’est, chez la femme, un même objectif qui est toutefois poursuivi, celui du plaisir qu’elle peut procurer ; ce plaisir, plus libéré – a priori car l’art de la séduction et de la simulation sont très travaillés de leur côté – chez les prostituées, est l’une des motivations des auteurs à représenter la prostituée, pour avoir à dépeindre des scènes où la sensualité est présente, et au niveau des personnages, à rechercher la compagnie de prostituées.

 

Vers une banalisation de la sensualité ?

 

D’emblée, la description physique de la prostituée souligne sa sensualité et son suppposé appétit sexuel. Ainsi, la Vatnaz, surprise lors d’une de ses conversations avec Arnoux par Frédéric, est décrite en ces termes :

Et elle lui faisait la moue, en avançant ses grosses lèvres, presque sanguinolentes à force d’êtres rouges. Mais elle avait d’admirables yeux, fauves avec des points d’or dans les prunelles, tout pleins d’esprit, d’amour et de sensualité. Ils éclairaient, comme des lampes, le teint un peu jaune de sa figure maigre[12].

Dans le visage de la future féministe, qui n’est pas considérée comme une jolie femme, sont proéminents les yeux, par leur beauté, et la bouche, trop peinte. Le maquillage est réservé aux prostituées, comme marque évidente du désir de séduire. Le rouge des lèvres apparaît encore chez Huysmans :

Marthe parut : le charivari cessa. Elle était charmante avec son costume qu’elle avait elle-même découpé dans des moires et des soies à forfait. Une cuirasse rose, couturée de fausses perles [...] serrait ses hanches mal contenues dans leur prison de soie ; avec son casque de cheveux opulemment roux, ses lèvres qui titillaient, humides, voraces, rouges, elle enchantait, terriblement séduisante[13] !

Le sémantisme de la dévoration est toujours présent (« sanguinolentes » à « voraces »), les lèvres rouges dénotent l’appétit, et partant le désir sexuel ; cette appétence se traduit à l’encontre de l’homme, qui doit se méfier de la femme. On pense à la « double manducation »[14], énoncée par Jean de Palacio dans Figures et formes de la décadence : la bouche et le sexe féminin seraient deux trous pourvus de dents permettant à la femme de croquer l’homme, de le dévorer et de l’assimiler. En cela, la prostituée flaubertienne annonce non pas seulement la naissance du naturalisme, mais également du décadentisme, haut lieu de l’angoisse masculine face à la femme-ogresse. Il est d’ailleurs significatif que dans les romans dans lesquels les prostituées survivent et même réussissent (L’Éducation sentimentale, Marthe précédemment citées), les femmes soient dotées de ces attributs, tandis que dans Chair molle, dont le dénouement apparaît sous la forme d’un document déclarant officiellement la mort de Lucie Thirache, les lèvres ne soient pas menaçantes :

Des cheveux châtains, frisés très bas sur le front, ramenés en touffes épaisses devant les oreilles, où pendent de grands anneaux d’argent ; en ce cadre, une figure aux joues pleines toutes blanchies de veloutine, des lèvres courtes et charnues vernissées de rouge vif laissant voir la blancheur mate des dents larges et hautes, des yeux couleur de bronze s’enfonçant en des orbites bistrées[15].

Lucie, qui va mourir sous les coups répétés d’attaques de syphilis, a des lèvres qui ne convoient aucune charge symbolique, et seule la manière dont l’artifice a été réalisé est mise en avant, « vernissées de rouge vif ». Ce vernis dont se parent les prostituées, élément de séduction superfétatoire, est métaphorique de la carapace qu’elles endossent afin de faire croire qu’elles ne sont pas des femmes comme les autres, qu’elles seraient plus libres, avec des désirs plus forts, des aspirations moins conservatrices et moins traditionnelles. Or, si les femmes honnêtes cherchent à sortir de leur carcan et à trouver une forme de folie et de plaisir hors de la monotonie de leur vie, les prostituées ne cherchent, de leur côté, qu’à recréer un petit cocon bourgeois, un noyau familial correspondant au schéma classique. Ces aspirations ne sont pas écoutées, la plupart du temps, par les hommes qui les côtoient et qui cherchent en elles à sortir du quotidien ; Marie, dans Novembre, ne cherchait rien d’autre que l’amour absolu, vierge après des années de prostitution : « Mais personne ne s’est soucié d’elle, de son cœur, de ses envies. »[16] La même plainte face à l’indifférence des clients et à l’incompréhension dont les filles de joie sont victimes se retrouve dans La Sortie d’Angèle. Cette femme de trente ans, durant sa journée de permission hors de la maison close, discute avec son ancienne amie Flora, et en se plaignant du miché qui l’a lâchée, lui fait part de ses plans d’avenir :

Pourquoi n’était-ce pas elle qu’il épousait ! Elle aurait fait une bonne ménagère tout comme une autre. C’était même son ambition de devenir popotte, de se ranger, de trouver un homme avec lequel elle vivrait très honnêtement. Elle et lui feraient des économies et ils iraient vieillir à la campagne[17].

Cette antinomie entre les désirs apposés à la prostituée par la vision des hommes et ses réelles ambitions était déjà présente chez Flaubert, d’autant plus présents chez Rosanette, qui, amourachée de Frédéric, a donné prétexte à l’un des plus célèbres collages de la littérature de la seconde moitié du XIXe siècle. À la fin du roman, Rosanette, devenue veuve Oudry, a d’ailleurs réussi à obtenir ce qu’elle souhaitait, une situation stable, l’accès au confort et au luxe, ainsi qu’une certaine respectabilité, en tant que femme mariée. En réalité, qu’est-ce qui a vraiment changé, Rosanette, ou la vision que Frédéric a d’elle ? Il semble qu’elle a toujours été la même, seulement, les choix de perception de Frédéric ont changé. Qu’on se remémore la scène où Rosanette fume le narguilé :

Puis une langueur la saisit ; et elle restait immobile sur le divan, un coussin sous l’aisselle, le corps un peu tordu, un genou plié, l’autre jambe toute droite. Le long serpent de maroquin rouge, qui formait des anneaux par terre, s’enroulait à son bras. Elle en appuyait le bec d’ambre sur ses lèvres et regardait Frédéric, en clignant les yeux, à travers la fumée dont les volutes l’enveloppaient. L’aspiration de sa poitrine faisait gargouiller l’eau[18].

et celle où, exaspéré et surpris, Frédéric éberlué note ses faits et gestes : « Rosanette commençait par baiser frénétiquement son poupon ; et, prise d’une sorte de délire, allait et venait, essayait de traire la chèvre, mangeait du gros pain, aspirait l’odeur du fumier, voulait en mettre un peu dans son mouchoir. »[19] Tout d’abord double de Salammbô, générant chez Frédéric un imaginaire orientalisant, Rosanette se transforme en Bouvard et Pécuchet, voulant tout tenter, tout toucher, excessivement, dans ce simulacre de retour à la nature. Rosanette se fait le modèle littéraire des pensionnaires de la maison Tellier, déversant leur besoin d’affection en épanchements de baisers sur les canards et la petite communiante qu’elles rencontrent successivement : « Lorsque rentra la petite fille, ce fut sur elle une pluie de baisers ; toutes les femmes la voulaient caresser, avec ce besoin d’expansion tendre, cette habitude professionnelle de chatteries, qui, dans le wagon, les avait fait toutes embrasser les canards. Chacune l’assit sur ses genoux [...] la serra dans ses bras en des élans d’affection véhémente et spontanée. »[20]

En définitive, la représentation de la prostituée flaubertienne, qui joue des rapports entre représentations positives mais fantasmées, négatives mais normatives, est retravaillée et poussée à l’excès chez les écrivains « petits naturalistes ». Toutefois, cet excès se transforme et certains points montrent une réelle indépendance vis-à-vis de l’écriture flaubertienne, voire une contradiction à son égard.

Détournement et inversion des représentations de la prostituée chez les « petits naturalistes » : au paroxysme de l’ironie et du silence

La disparition complète d’un idéalisme agonisant

 

Sylvie Thorel-Cailleteau spécifie, dans Naturalisme et décadence : une approche du roman entre 1857 et 1914, que « les naturalistes ont glosé L’ Éducation sentimentale plus abondamment que Madame Bovary ; ils y ont bien vu un point de non-retour, une œuvre dont il serait impossible de se remettre. »[21] En effet, les références au roman de 1869, nous l’avons déjà vu, sont omniprésentes – on sait que Zola lui-même, représentant le plus célèbre du naturalisme, vouait une admiration sans pareille à ce roman du désenchantement. Toutefois, plus encore qu’une glose, qui supposerait une réécriture à la limite du pastiche voire une paraphrase ininterrompue, les « petits naturalistes » cherchent à aller plus loin que leur maître flaubertien, en dépassant, notamment, les limites de la bienséance, et en cherchant à provoquer réellement – il n’est pas assuré que la provocation soit un objectif de Flaubert, qui se préoccupe avant tout d’esthétique, alors que des auteurs comme Robert Caze par exemple, très politisés, souhaitent réellement bouleverser les esprits et la morale.

Il susbiste encore, chez Flaubert, une certaine admiration pour les prostituées, nous l’avons vu, et une certaine tendresse, qui se manifeste lors de quelques descriptions. Par exemple, dans son œuvre de jeunesse, Novembre, la prostituée Marie exerce une véritable fascination chez le jeune homme qui est le protagoniste du récit :

Je touchai à son peigne, je l’ôtai, ses cheveux se déroulèrent comme une onde, et les longues mèches noires tressaillirent en tombant sur ses hanches. Je passais d’abord ma main dessus, et dedans, et dessous ; j’y plongeais le bras, je m’y baignais le visage, j’étais navré. Quelquefois je prenais plaisir à les séparer en deux, par derrière, et à les ramener devant de manière à lui cacher les seins ; d’autrefois je les réunissais tous en réseau et je les tirais, pour voir sa tête renversée en arrière et son cou tendre en avant.

Plus loin, le narrateur déclare, en mentionnant le rejet des grisettes par le héros, qu’« il ne pouvait se résigner à monter dans une mansarde, pour embrasser une bouche qui vient de déjeuner avec du fromage, et prendre une main qui a des engelures »[22]. Si elle exerce dans un bouge, Marie a conservé toute sa beauté, et ses conditions de travail ne semblent pas avoir eu de prise sur ses attraits (à l’instar de la duchesse de Sierra Leone dans La Vengeance d’une femme, chez Barbey d’Aurevilly). Le plaisir que prend le jeune homme à manipuler ses cheveux, description teintée de sensualité et de poésie (les chevelures baudelairiennes ne sont pas bien loin !), constituent un hapax dans la représentation de la prostituée dans la littérature dite réaliste ou naturaliste de la seconde moitié du XIXe siècle : à la fascination exercée par la prostituée Marie, les « petits naturalistes » préféreront l’immersion chez les mangeuses de fromage aux lèvres gercées par le froid... Les déambulations de Lucie Thirache dans Chair molle sont ainsi ravalées au plus grand primitivisme et à la plus grande satisfaction immédiate et sans fioritures du client : « Elle se livrait à tous et partout, sans mépris pour les minimes profits. Elle se donnait le soir dans l’encoignure des grandes portes, sur les bancs des boulevards déserts, contre les arbres du rempart. »[23] Là où les prostituées, chez Flaubert, peuvent se permettre des choix chez les hommes qui les possèderont, Lucie n’a plus cette alternative. Elle ne peut opérer de sélection ni qualitative, ni quantitative. Cause et conséquence de cet exercice fatigant, chronophage et ressenti comme avilissant, le physique de Lucie se dégrade rapidement :

Elle ne se frisait plus ; ses cheveux, collés sur le front par une pommade luisante, couvraient la peau jaunie. Ses bottines éculées restaient embouées durant des jours, gardant la glaise des remparts ; et, sous ses vêtements tachés, seul, le jupon blanc à broderies, battait encore, comme une enseigne de sa propreté professionnelle. Elle mettait un chapeau, ne le quittait point ; mais c’était seulement parce qu’il autorisait l’exigence d’un tarif plus élevé[24].

La différence avec la description de Marie est flagrante ; au lexique de la sensualité et de l’attraction succède celui de la saleté et du devoir professionnel. Dès le début de deux romans des auteurs que sont Gustave Flaubert et Paul Adam, L’ Éducation sentimentale d’un côté et Chair molle de l’autre, les apparitions des femmes qui se prostituent, à la fois dans la vie des clients et dans la perspective du lecteur, révèlent une dichotomie fondamentale : à la déclaration d’un rival de Frédéric Moreau sur le corps de la Maréchale, prouvant par là qu’il l’a possédée : « Que devient-elle, cette brave Rose ! ... a-t-elle toujours d’aussi jolies jambes ! »[25], s’oppose la remarque peu accueillante d’un des clients du 7, rue Pépin où va officier Lucie Thirache : « Encore une, sur le ventre de qui il en passera ! »[26]. Si la visée est la même – montrer que le corps de ces femmes est la propriété de tous – les manières montrent une bien grande différence : Rosanette est saisie, métonymiquement, par une partie du corps qui est valorisée (de « jolies » jambes), et Lucie est ramenée au ventre, siège organique bien moins reluisant (digestion, procréation), et, par un effet d’euphémisme, à son sexe. De plus, là où Frédéric s’insurge de la réflexion faite à l’encontre de sa future maîtresse, développant des restes, ridicules certes mais présents tout de même, de chevalier servant de littérature courtoise, autour de Lucie, seuls les ricanements des autres hommes répondent à l’attaque qui est faite. Dégradation sociale, par les clients qu’elles côtoient et leur manière d’exercer (des salons privés aux maisons closes médiocres et à la rue), la dégradation est donc également de l’ordre des idéaux et de la représentation qui est faite de la femme et de son pouvoir de fascination.

 

La disparition progressive de la parole de la prostituée

 

À cette dépossession progressive de la séduction et du regard plus ou moins valorisant que les hommes portent sur elles s’ajoute une dépossession de la psyché et des idées et sensations propres aux prostituées. Dans Novembre, les nuits du héros et de Marie sont pleines de fougue et de passion, ne réussissant pas à conjurer les aspirations romantiques de Flaubert : « Et elle s’appuya la bouche sur mon cou, y fouillant avec d’âpres baisers, comme une bête fauve au ventre de sa victime. »[27] Outre les prémisses d’une vision décadente de la femme se révèle la volonté de l’auteur de donner à sa prostituée un goût pour le plaisir et la luxure, et une véritable attirance pour l’homme qui est avec elle, et qui apparaît comme un élu. Or, chez les « petits naturalistes », cette communion possible – déjà menacée lorsque Frédéric, en pleurs, ment à Rosannette lors de leur première nuit d’amour en lui faisant croire que ses larmes proviennent d’un excès de bonheur ! – s’annule totalement. L’un des passages les plus érotiques de cette littérature est celui... de l’évocation d’une masturbation :

Toujours étendue sur le lit, Angèle avait ouvert sa chemise sur la poitrine et demeurait absorbée dans la contemplation de ses seins. Ses yeux verts restaient amoureusement fixés sur les deux globes de chair. [...] Elle avait raison, bien raison de se trouver belle, de s’admirer, de s’aimer. Ses seins de femme qui n’a pas été mère et n’a pas envie de le devenir se tenaient droits, fermes et solides. [...] Coquettement Agèle caressa ses seins qui se hérissèrent sous le toucher des mains et laissèrent voir un grain de beauté situé entre chacun d’eux, juste au milieu de la poitrine. Angèle sourit. Puis elle emprisonna dans ses dix doigts repliés son sein gauche dont l’extrémité rosée pointa entre les index et les majeurs. [...] Un léger frisson vint la chatouiller très doucement, elle ferma les yeux et grinça des dents. Il y avait longtemps qu’elle n’avait été aussi heureuse. Cette bonne sensation avait duré l’espace d’une demi-seconde. Angèle ne chercha pas à se l’expliquer ; mais, avec beaucoup d’égoïsme, elle se dit qu’on pouvait trouver la félicité en s’abîmant dans la contemplation et dans l’adulation de soi-même[28].

Dans ce passage, Robert Caze rompt toute possibilité d’ouverture, aussi intellectuelle que physique, de la prostituée vers les êtres qui l’entourent. Il se souvient ici du chapitre VII de Nana, durant lequel, sous les yeux du comte Muffat, Nana, face à son miroir, se contemple amoureusement, oubliant totalement la présence de son amant :

Un des plaisirs de Nana était de se déshabiller en face de son armoire à glace, où elle se voyait en pied. Elle faisait tomber jusqu’à sa chemise ; puis, toute nue, elle s’oubliait, elle se regardait longuement. C’était une passion de son corps, un ravissement du satin de sa peau et de la ligne souple de sa taille, qui la tenait sérieuse, attentive, absorbée dans un amour d’elle-même[29].

Si nous nous référons au comportement d’Angèle et à celui de Nana, le seul plaisir que peut réellement connaître la prostituée est clos sur elle-même : contemplation de son corps, sérénité et détente dans la solitude, jouissance par la masturbation. Dans la suite de La Sortie d’Angèle, nous pouvons vérifier, en effet, que ni son miché, ni son client régulier, Gachon, ne sont susceptibles de procurer à Angèle aucun plaisir, qu’il soit de l’ordre de la compagnie, de la conversation, ou de la sexualité. La prostituée ne peut compter que sur elle-même. La focalisation zéro permet au lecteur une intrusion dans l’intimité d’Angèle, qui , si l’on excepte ce subterfuge narratif, est un personnage qui ne se livre pas, par le dialogue, aux autres personnages, et qui ne permet pas, même par le biais de l’omniscience, un accès réel à ses pensées et à son moi profond. Le personnage d’Angèle est replié dans ses émotions, dans la carapace qu’elle s’est forgée pour échapper aux souffrances de son métier, de son rapport aux hommes, et l’hermétisme est conservé par le narrateur, bloquant le passage du lecteur à l’intime d’Angèle. Chez Flaubert, même si le personnage de Rosanette est représenté comme futile, parfois antipathique, et énigmatique, une connexion est toutefois présente, sous forme de clin d’œil entre le personnage, le narrateur, et surtout le lecteur, comme si le personnage de Rosanette, par une forme d’auto-réfléxivité inattendue, sortait du livre et de la fonction-personnage pour communiquer avec le lecteur. Lorsque Rosanette pose pour le peintre qui exécute son portrait, d’après la commande de Frédéric, elle est vêtue d’un accoutrement désuet et inadéquat. Mais là où une Lucie Thirache, par exemple, n’aurait pas supporté le ridicule, Rosanette en rit. Le peintre lui déclare : « Cette attitude majestueuse va bien à votre genre de beauté »[30], et le narrateur, orientant notre regard vers Rosanette, ajoute : « Elle avait une robe écossaise avec un gros manchon et se retenait pour ne pas rire. »[31] Cette auto-dérision de Rosanette nous apparaît primordiale ; il ne semble pas qu’elle apparaisse chez d’autres personnages de prostituées (les femmes de la maison Tellier par exemple ont à première vue le goût de la farce, mais se formalisent très vite !). Contrairement à ce que certains critiques ont pu dire de Rosanette (« Flaubert décrit donc Rosanette comme les autres objets, sans aucune intériorité, sauf, jusqu’à un certain point, très limité, quand elle devient mère »[32]), il nous semble que ce membre de phrase, aussi anecdotique puisse-t-il apparaître, dote Rosanette d’un psychologie plus profonde, et plus développée que les prostituées auxquelles est donné naissance par la suite. En dépouillant encore davantage le personnage d’humour, de potentiel sympathique, et en lui ajoutant par conséquent plus de médiocrité, les « petits naturalistes » avancent dans le sacrifice du personnage-reflet-de-moi-même-lecteur, et vont encore plus loin que Flaubert dans la destruction des attentes et des poncifs narratifs. Les prostituées chez les « petits naturalistes » sont également dépossédées de leur parole, et de leur histoire. Rosanette raconte à Frédéric sa première fois avec un micheton, Marie narre également son enfance, sa jeunesse et ce pourquoi elle en est arrivée à travailler en maison. Chez les « petits naturalistes », le récit de vie, presque l’amamnèse du personnage, est donné soit par le narrateur, soit par le biais des personnages extérieurs ; ainsi, dans La Fin de Lucie Pellegrin, ce sont les commères du quartier, prostituées également, qui racontent à la nouvelle venue l’existence de Lucie, agonisant alors dans son appartement sale et insalubre :

Cette Lucie Pellegrin, que l’autre Adèle n’avait vue que deux ou trois fois, Héloïse et Marie la frisée la savaient par cœur, [...] mais c’était la grande Adèle qui en savait le plus sur son compte, elle qui se disait du même quartier, de la même rue, qui avait connu Lucie « honnête », qui l’avait vue « débuter » qui en huit ans l’avait plus de vingt fois perdue de vue et retrouvée, enfin avec laquelle elle se trouvait en froid, depuis un an, « sans se souvenir au juste pourquoi. » Cette Lucie Pellegrin, toutes trois se plaisaient à la raconter, l’expliquer, à la discuter pour leur nouvelle camarade, pour la femme de province devenue depuis peu une femme de Paris. [...] Il ne fallait pas dire que Lucie Pellegrin n’était pas jolie, se récrièrent les trois femmes. C’était tout ce qu’on voudrait, une sotte, une sans cœur, une rouleuse, mais elle était belle. Sans l’admirable régularité de son visage, d’où lui serait venue sa réputation !
Elle est née vers le bas de l’avenue de Saint-Ouen, dans une ruelle de chiffonniers, près des fortifications...[33]

Par le détour du discours narrativisé (« la savaient par cœur », « en savait le plus », « à la raconter, l’expliquer, à la discuter »), les congénères de Lucie, au crépuscule de sa vie, se l’approprient, et, si elles fournissent au lecteur nombre de renseignements, elles ôtent au personnage, d’ailleurs malade et ne pouvant plus qu’à peine s’exprimer, sa voix propre ; elles peuvent de plus modifier l’histoire, selon leur bon vouloir – et leur jalousie face à cette femme qui a triomphé dans le métier les amène à ne pas la rendre la plus glorieuse possible. Le récit qui commence, avec la mention géographique de sa naissance, est, quant à lui, froid et factuel – Lucie Pellegrin n’a pas le loisir d’agrémenter sa propre biographie, et de faire part de son ethos.

Enfin, les prostituées populaires, peu présentes chez Flaubert, et dans L’ Éducation sentimentale notamment, principalement peuplée de courtisanes qui réussissent socialement, apparaissent tout de même, sous les traits de femmes ayant pénétré dans les Tuileries, au cours de la journée du premier chapitre de la troisième partie, durant la révolution de 1848 : pendant que les révolutionnaires prennent possession de la bâtisse et détruisent les objets qui la composent (un vandalisme que Flaubert, amateur de chefs-d’œuvre architecturaux et artistiques en tous genres, ne pouvait supporter), les prostituées sont chargées de détruire, symboliquement, les signes honorifiques de la Patrie : « les rubans de la Légion d’honneur [qui] firent des ceintures aux prostituées »[34]. Flaubert dégage ainsi la dévalorisation et la déchéance d’un système politique, qui, porté sur la poitrine en signe ostentatoire de réussite, de mérite, devient l’apanage de femmes peu considérées, et le fait qu’elles le portent comme ceintures, proches de leur sexe et autour du ventre, comporte une symbolique forte : la « ceinture » fait en effet partie du paradigme morphologique du « ceint », comme « l’enceinte » ; la prostituée étant généralement, dans la littérature, celle qui ne procrée pas, ce qui inscrirait la stérilité de la patrie, de l’honneur, de l’engagement politique, la futilité des espérances et des implications pour la vie de la Cité. Plus loin, on retrouve une autre prostituée : « Dans l’antichambre, debout sur un tas de vêtements, se tenait une fille publique, en statue de la Liberté, – immobile, les yeux grands ouverts, effrayante. »[35] Autre détournement, à la fois celui de l’art de la statuaire que représente cette femme, et de la Liberté : à la fois avènement possible d’une nouvelle société, égalitaire et libre, ou preuve de l’aliénation de cette nouvelle République – puisque la prostituée, enchaînée par son corps et la nécessité de l’utiliser pour subsister, n’est définitivement pas libre. Le symbole républicain réapparaît lors de l’épilogue du roman de Robert Caze, Femme à soldats : Margot, qui a vécu grâce à divers collages avec des militaires, meurt d’une maladie pulmonaire. Son cercueil[36], devant le bar qu’elle venait d’acheter suite à son mariage avec un militaire retraité et ses économies, est recouvert d’un drapeau tricolore : Margot a bien aidé la patrie, en permettant aux militaires d’assouvir leurs désirs physiques, et cette fois-ci, si le drapeau est encore ridiculisé – représentant la vanité de l’idée de patrie et du corps armé en général –, c’est aussi la fille qui disparaît, perd sa vie propre, pour n’être ramenée qu’à sa fonction : « fille à soldats » – là où chez Flaubert, la prostituée se parait et, disons-le familièrement, prenait au sens propre comme au figuré, du galon ! L’accusation et la volonté de dénoncer le système social et le gouvernement, notamment par l’intérêt donné à l’armée, sont donc différentes et ont changé de forme chez Robert Caze : là où le peuple s’arrogeait le pouvoir de détourner les symboles politiques, chez cet auteur, ils lui sont apposés et la patrie englobe l’individu pour le fondre dans le néant, ne laissant que sa propre marque.

Le « petit naturalisme », par l’élection du personnage de la prostituée, a donc l’occasion de faire montre d’un pessimisme grandissant, tout fin-de-siècle.

Vers un pessimisme grandissant : désenchantement et désillusion fin-de-siècle

Une prostitution généralisée

 

Les contextes historique (disparition d’autorités oppressives mais constituantes, Dieu et le roi, la mort de Dieu étant notamment promulguée par Nietzsche par le biais de son célèbre « Dieu est mort »[37], dans Le Gai savoir) et idéologique de la seconde moitié du XIXe siècle ont des répercussions dans la littérature, et tout particulièrement chez les auteurs dits « naturalistes». Maupassant et Céard sont de grands lecteurs de Schopenhauer, et leurs œuvres peuvent être lues comme des développements de cet axiome schopenhauérien : « La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui : ce sont là les deux éléments dont elle est faite, en somme »[38]. La moindre action induit la souffrance, et l’inaction la plus courante dans les récits de Flaubert puis des naturalistes correspond bien à cet ennui ontologique des personnages de la seconde moitié du XIXe siècle. La prostituée se retrouve au centre de cet antagonisme entre souffrance et ennui ; ou bien, elle engendre l’angoisse, en tant que femme fatale, dominatrice, symbole d’une domination à venir de la femme sur l’homme, par l’émancipation financière, sexuelle et philosophique, ou bien elle est associée à l’ennui, car elle n’est qu’un produit identique à tant d’autres. Flaubert est assez ambigu sur le sujet :

Vous ne comprenez rien à la Prostitution, à ses poésies amères, ni à l’immense oubli qui en résulte. Quand vous avez couché avec un homme, il vous reste quelque chose au cœur, mais à nous, rien. Cela passe, et un homme de quarante ans, pourri de vérole, peut arriver à sa maîtresse plus vierge qu’une jeune femme à son premier amant. [...] Être jalouse des filles, c’est l’être d’un meuble. Tout se confond en effet dans un Océan dont toutes les vagues sont pareilles[39].

La prostituée, clairement et explicitement réifiée (c’est un meuble !), est donc assimilable à l’ennui, car il n’est pas possible d’opérer de distinction entre toutes les filles qui se présentent. En même temps, Flaubert déclarait ne pouvoir voir passer une fille sans éprouver un battement au cœur, action et souffrance ! Plus qu’une réelle indifférence pour les prostituées, c’est la conscience d’une prostitution sociale généralisée qui inquiète Flaubert et les « petits naturalistes » à sa suite. L’angoisse de la syphilis, maladie imputable dans l’opinion commune à la prostituée, se mêle à l’émergence d’un sentiment de maladie sociale, gangrène qui corrompt toutes les classes, et tous les individus, les mêlant dans une même charpie sociétale. Sur la syphilis contractée par Pécuchet, quinquagénaire vierge découvrant le sexe avec la jeune servante qu’il croit chaste, Sylvie Thorel-Cailleteau déclare : « Ils éprouvent par là le mal du siècle, que Flaubert représente dans le texte par la syphilis qui frappe Pécuchet aussitôt perdue sa virginité : la syphilis figure aussi le frottement aux idées modernes et la corruption qui en découle »[40]. Prostitution des femmes, prostitution des idées, prostitution aussi des littérateurs, car nombreux sont ceux qui fonctionnent à la commande et doivent plier leurs convictions esthétiques et idéologiques à la demande des éditeurs et du lectorat. Flaubert déclare encore à cet effet : « La crinoline a dévoré les fesses, notre siècle est un siècle de putains, et ce qu’il y a de moins prostitué jusqu’à présent, ce sont les prostituées. »[41] Nombreux sont les écrivains qui parsèment l’œuvre des « petits naturalistes » et se collent ou fréquentent des prostituées, seul refuge vers l’authenticité, et dérivation de la stérilité vers un corps concret et matériel : dans la Marthe de Huysmans, Le Martyre d’Annil de Robert Caze, Un Collage de Paul Alexis... L’auteur projette son sentiment d’impuissance et manque d’individualité sur la prostituée, qui, paradoxalement, accède bien plus à l’individualité et à l’originalité, grâce aux focus réalisés sur elles par les écrivains. Une fascination qui tient à la fois de la figure métaphorique de la prostituée, emblème de ce siècle, et de son pouvoir de corruption, sa dangerosité et son désir d’émancipation. À cet effet, Hilde Olkrik signale que « la prostitution est donc l’expression exagérée même de la féminité qui est : frigidité sur fond de perversité érotique. »[42] La prostituée s’érige donc en quintessence et symbole de la gent féminine, à la fois détachée des plaisirs charnels que peut lui procurer l’homme (« frigidité »), tout en étant à même de susciter la luxure (« perversité érotique »). À cette dangerosité s’ajoute donc son émancipation, et la volonté de travailler seule, comme le fait Madame Olympe dans la nouvelle éponyme de Léon Hennique : « comme elle était à bout d’affection, avait eu des collages suspects, n’avait pas souvent mangé à sa faim, elle s’ancra en l’idée que l’amour pour l’amour ne signifie rien, qu’il faut être pratique, – et elle se décida de gagner sa vie à la sueur de son corps. »[43] L’homme ne devient plus qu’un gagne-pain, et, fondamentalement, la réification s’inverse. C’est donc bien l’homme qui est rejeté dans la multitude, tandis que la femme trouve des moyens de vivre par elle-même, et de devenir le pilier de son propre et singulier foyer. Ce personnage, malgré le conservatisme et le besoin de ranger tous les êtres à leur place, en catégories bien établies, aspire ainsi à modifier cette taxinomie, et les écrivains sont à la fois perturbés par cette perspective de changement de l’ordre des choses (les « petits naturalistes » sont, soit, des célibataires allant voir les prostituées pour l’hygiène, soit des bourgeois plutôt bien établis dans la société, quoi qu’ils en disent), et en même temps regardent avec fascination cette modification de l’image de la femme.

 

Une renaissance par la clôture

 

Point d’orgue de cette fascination pour la prostituée, l’excipit de L’Éducation sentimentale, dès 1869, donnait aux interactions entre prostituées et hommes cherchant à les rencontrer une valeur toute particulière :

C’était pendant celles de 1837 qu’ils avaient été chez la Turque.
On appelait ainsi une femme qui se nommait de son vrai nom Zoraïde Turc ; et beaucoup de personnes la croyaient une musulmane, une Turque, ce qui ajoutait à la poésie de son établissement, situé au bord de l’eau, derrière le rempart ; même en plein été, il y avait de l’ombre autour de sa maison, reconnaissable à un bocal de poissons rouges près d’un pot de réséda sur une fenêtre. Des demoiselles, en camisole blanche, avec du fard aux pommettes et de longues boucles d’oreilles, frappaient aux carreaux quand on passait, et, le soir, sur le pas de la porte, chantonnaient doucement d’une voix rauque.
Ce lieu de perdition projetait dans tout l’arrondissement un éclat fantastique. On le désignait par des périphrases : « L’endroit que vous savez, – une certaine rue, – au bas des Ponts. » Les fermières des alentours en tremblaient pour leurs maris, les bourgeoises le redoutaient pour leurs bonnes, parce que la cuisinière de M. le Sous-préfet y avait été surprise ; et, c’était, bien entendu, l’obsession secrète de tous les adolescents.
Or, un dimanche, pendant qu’on était aux vêpres, Frédéric et Deslauriers, s’étant fait préalablement friser, cueillirent des fleurs dans le jardin de Mme Moreau, puis sortirent par la porte des champs, et, après un grand détour dans les vignes, revinrent par la Pêcherie et se glissèrent chez la Turque, en tenant toujours leurs gros bouquets.
Frédéric présenta le sien, comme un amoureux à sa fiancée. Mais la chaleur qu’il faisait, l’appréhension de l’inconnu, une espèce de remords, et jusqu’au plaisir de voir, d’un seul coup d’œil, tant de femmes à sa disposition, l’émurent tellement, qu’il devint très pâle et restait sans avancer, sans rien dire. Toutes riaient, joyeuses de son embarras ; croyant qu’on s’en moquait, il s’enfuit ; et, comme Frédéric avait l’argent, Deslauriers fut bien obligé de le suivre.
On les vit sortir. Cela fit une histoire qui n’était pas oubliée trois ans après.
Ils se la contèrent prolixement, chacun complétant les souvenirs de l’autre ; et, quand ils eurent fini :
– C’est là ce que nous avons eu de meilleur ! dit Frédéric.
– Oui, peut-être bien ! C’est là ce que nous avons eu de meilleur ! dit Deslauriers[44].

La tonalité aigre-douce de cet épilogue, à la fois plein de beauté et de désillusion – camaraderie et imaginaire exotique suscité par la maison close face à la futilité et à l’éphémère de ce bonheur –, a sonné comme un glas pour les « petits naturalistes », fascinés par L’Éducation sentimentale. Il apparaît comme une clôture des possibilités narratives à venir, et comme le paroxysme de la représentation du Rien, alors même qu’il est plein de Tout (les sollicitations visuelles, auditives et gustatives mentionnées, notamment, sont très nombreuses). Flaubert, par le biais de la prostituée, ferme définitivement tout épanchement lyrique et toute foi en l’avenir, mais donne l’impulsion à l’envie de savoir ce qui se passe dans la maison close. D’après Sylvie Thorel-Cailleteau, Flaubert influence directement le manque de reconnaissance et de postérité des « petits naturalistes »: « Il faut bien s’arrêter à ce point : rarement un écrivain aura condamné ses admirateurs à la stérilité autant que Flaubert, comme si sa faille, transmise à d’autres, s’était ouverte et les avait parfois engloutis – qu’on songe en particulier au sort étrange de Gabriel Thyébaut, à la difficulté même d’Alexis à écrire, à la semi-stérilité de Céard »[45]. L’ Éducation sentimentale, tout en suscitant la volonté d’imiter et d’égaler le maître, constitue un point de non-retour. Paul Alexis, très souvent considéré comme l’épigone de Zola, idolâtre Flaubert, et écrivit d’ailleurs une Éducation amoureuse, hommage explicite à ce dernier ; au sein de ce recueil, la nouvelle Bianca nous présente les amours d’un jeune homme et d’une prostituée. L’amour que le narrateur porte à Bianca est incommensurable, il l’aime profondément malgré ses défauts, mais la perd – elle le quitte subitement. Tout ce qu’il reste d’elle, à la fin de la nouvelle, est une rumeur recueillie par un ami : « Et Desruisseaux me jure ses grands dieux, qu’un jour, où il dînait avec les internes de l’hôpital, un d’eux lui a montré une blague à-tabac “en peau humaine”, tannée, faite avec de la peau de Bianca, après autopsie. »[46] La ressemblance des patronymes des deux amis (Deslauriers / Desruisseaux), nous oriente vers l’obsession de L’ Éducation sentimentale des « petits naturalistes » à chaque fois qu’il faut clore un récit. Or ici Paul Alexis fait le choix d’évoquer à la fois une discussion entre deux amis, mais tente de la réduire encore plus au néant : les prostituées ne sont plus vivantes et gaies dans une maison, mais réduites à une relique de pacotille, une hypothétique blague à tabac ; Bianca s’envole en fumée, aussi bien que les espoirs de la jeune génération lectrice de Flaubert et leurs écrits délaissés, provoquant leur quasi-absence de postérité...

Toutefois, une autre lecture de l’excipit de L’Éducation sentimentale, proposée par Jean Borie, peut amener un éclairage différent sur, à la fois l’interprétation de ce passage, et sa récupération par les « petits naturalistes ». Jean Borie insiste d’abord sur la disparition du désir : « C’est que Madame Bovary vivait pleinement le désir et ses mortelles illusions, tandis que Frédéric est destiné à en conduire le deuil : le deuil est le devoir des survivants. C’est là, me semble-t-il, le sens du mot éducation dans le titre : une éducation par le deuil, le chant funèbre du désir détruit. »[47] Toutefois, l’on ne peut résumer les œuvres des « petits naturalistes » à de multiples tombeaux perpétuant tristement cette disparition, puisque selon Jean Borie, la fin de L’Éducation, en elle-même, se départit de cette tonalité mortuaire : « C’est peut-être pourquoi la vraie fin de L’Éducation sentimentale [...] n’est pas triste, au contraire de la fin de la Recherche [...]. Frédéric aussi conduit un deuil, mais ils ne sont que deux, Deslauriers et lui, à marcher plutôt allègrement, plutôt distraitement, derrière le corbillard, et le cercueil est vide. »[48]

 

Les « petits naturalistes » ressemblent bien à ces conducteurs de deuil, deuil de Flaubert, deuil du romantisme, deuil de la littérature idéaliste, mais ce deuil est la conséquence logique de dons offerts aux générations suivantes : nouvelle littérature, de laquelle il est certes difficile d’être le digne successeur – toutefois la gageure est stimulante –, et plaisir pur de la lecture, de l’être-lecteur.

Clôture et mort, l’épilogue de L’Éducation sentimentale est également une naissance dans l’ironie et l’auto-dérision, au centre de laquelle se situe la prostituée : les « petits naturalistes » ont eu à cœur de pénétrer coûte que coûte dans la maison close, et de revivre indéfiniment le souvenir d’enfance de Frédéric et Deslauriers, tout en se l’appropriant, redessiné par leurs diverses lectures et expériences. Aussi les récits de ces auteurs sonnent-ils comme de variées et nostalgiques invitations chez la Turque, pleines de reconnaissance.

 

NOTES

[1] Préface de Jean de Palacio, in Sylvie Thorel-Cailleteau, La Tentation du livre sur rien – Naturalisme et décadence, Mont-de-Marsan, Éds. Interuniversitaires, 1994, p. VII.
[2] Henry Céard, cité par Sylvie Thorel-Cailleteau, Naturalisme et décadence : une approche du roman entre 1857 et 1914, thèse soutenue en 1992 à Paris IV, p. 879.
[3] Gustave Flaubert, Correspondance, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1980, t. II, p. 340.
[4] Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, op. cit., p. 219.
[5] Ibid., p. 125.
[6] Ibid., p. 219.
[7] Lucette Czyba, « Paris et la lorette », dans Roger Bellet, Paris au XIXe siècle. Aspects d’un mythe littéraire, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1984, p.109.
[8] Paul Alexis, Madame Meuriot, mœurs parisiennes, Paris, éd. Charpentier, 1891, p. 125.
[9] Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, op. cit., p. 531.
[10] Gustave Flaubert, Madame Bovary, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1980, Œuvres, t. I, p. 557.
[11] Paul Adam, Chair molle, dans Mireille Dottin-Orsini et Daniel Grojnowski, Un joli monde, romans de la prostitution, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2008, p. 372.
[12] Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, op. cit., p. 131.
[13] Joris-Karl Huysmans, Marthe, histoire d’une fille, dans Mirelle Dottin-Orsini et Daniel Grojnowski, Un Joli monde, romans de la prostitution, op. cit., p. 10.
[14] Jean de Palacio, Figures et formes de la décadence, Paris, Séguier, 1994, p. 64.
[15] Paul Adam, Chair molle, dans Mirelle Dottin-Orsini et Daniel Grojnowski, Un Joli monde, romans de la prostitution, op. cit., p. 376.
[16] Gustave Flaubert, Novembre, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1980, Œuvres de jeunesse, p. 810.
[17] Robert Caze, La Sortie d’Angèle, 2009, Tusson , co-éds. Du Lérot & Société Jurassienne d’Émulation, p. 234.
[18] Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, op. cit., p. 351.
[19] Ibid., p. 505.
[20] Guy de Maupassant, La Maison Tellier, in Mireille Dottin-Orsini et Daniel Grojnowski, Un Joli monde, romans de la prostitution, op. cit., p. 259.
[21] Sylvie Thorel-Cailleteau, Naturalisme et décadence : une approche du roman entre 1857 et 1914, op. cit., p. 175.
[22] Gustave Flaubert, Novembre, op. cit., p.789.
[23] Paul Adam, Chair molle, in Mireille Dottin-Orsini et Daniel Grojnowski, Un joli monde, romans de la prostitution, op. cit., p. 460.
[24] Id.
[25] Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, op. cit., p. 308.
[26] Paul Adam, Chair molle, in Mireille Dottin-Orsini et Daniel Grojnowski, Un joli monde, romans de la prostitution, op. cit., p. 379.
[27] Gustave Flaubert, Novembre, op. cit., p. 796.
[28] Paul Adam, Chair molle, op. cit., p. 215.
[29] Émile Zola, Nana, Paris, éd. George Charpentier, 1880, p. 236.
[30] Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, op. cit., p. 226.
[31] Id. Nous soulignons.
[32] Roger Bellet, Paris au XIXe siècle. Aspects d’un mythe littéraire, op. cit., p. 118.
[33] Paul Alexis, La Fin de Lucie Pellegrin, in Mireille Dottin-Orsini et Daniel Grojnowski, Un joli monde, romans de la prostitution, op. cit., p. 196.
[34] Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, op. cit., p. 391.
[35] Id.
[36] Robert Caze, Femme à soldats, Bruxelles, éd. Kistemaeckers, 1884, chapitre XI, p. 277.
[37] Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, Paris, Société du Mercure de France, 1901 p. 161.
[38] Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, Paris, éd. Félix Alcan, trad. Auguste Burdeau, 1912 p. 326.
[39] Gustave Flaubert, Correspondance, op. cit., t. II, p. 168-169.
[40] Sylvie Thorel-Cailleteau, La Tentation du livre sur rien – Naturalisme et décadence, op. cit., p. 273.
[41] Gustave Flaubert, Correspondance, op. cit., t. II, p. 518.
[42] Hilde Olrik, « Le Sang impur », Romantisme, « Sangs », n° 31, 1981, p. 172.
[43] Léon Hennique, « Madame Olympe », in L’affaire du grand 7 ; Benjamin Rozes ; Poeuf et autres nouvelles, Tusson, éd. Du Lérot, 2003, p. 123.
[44] Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, op. cit., p. 549.
[45] Sylvie Thorel-Cailleteau, La Tentation du livre sur rien – Naturalisme et décadence, op. cit., p. 109.
[46] Paul Alexis, L’Éducation amoureuse, Paris, éd. Charpentier, 1890, p. 133.
[47] Jean Borie, Frédéric et les amis des hommes, Paris, éd. Grasset, 1995, p. 58.
[48] Ibid., p. 275.


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