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Sommaire Revue n° 17
Revue Flaubert, n° 17, 2018 | Flaubert sans frontières. Les traductions des œuvres de Flaubert
Ce numéro réunit les actes du colloque qui a suivi la mise en ligne de la base de données «Flaubert sans frontières»
Numéro dirigé par Florence Godeau et Yvan Leclerc

Le sort de Madame Bovary en Slovaquie.

Trois traductions au XXe siècle.

Jana Truhlářová
Enseignante de littérature française à l´Université Comenius de Bratislava (Slovaquie)
Voir [Résumé]

Trois traductions de Madame Bovary ont paru en Slovaquie au cours du XXe siècle (1928, 1948, 1963).

Ce fait ne semble pas trop surprenant à première vue, mais il faut souligner qu'en Slovaquie l'existence de trois ou plus que trois versions traduites d'une même œuvre reste très rare, en particulier quand il s'agit d'un roman[1].

En réalité, peu de romans de la littérature mondiale ont eu droit à leur deuxième voire troisième traduction, ce sont surtout des romans de la littérature classique russe, tels Guerre et Paix de Tostoï ou Crime et Châtiment de Dostoïevski. Pour ce qui est la prose française, il n’y a, à ma connaissance, que Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry qui a été traduit à plusieurs reprises.

Le fait que nous disposons en Slovaquie de trois traductions de Madame Bovary peut donc être qualifié dans cette perspective d’exception qui mérite d'être analysée non seulement du point de vue traductologique et littéraire, mais aussi comme phénomène social, touchant l'histoire culturelle et révélant en plus des traits symptomatiques pour l'évolution de notre propre culture.

Dans cet article, je m’intéresserai à ces trois traductions en posant quelques questions : pourquoi ce livre parmi tant d’autres a-t-il attiré une attention particulière ? Quelles étaient la visée prétendue de sa publication et la stratégie éditoriale à chacune des trois époques de la parution ? Quels étaient le public concerné et le rapport avec le sous-titre du roman « Mœurs de province » ? quel était l'impact possible sur les lecteurs, et bien sûr, quelles étaient, finalement, la qualité et la lisibilité de ces traductions ?

Mentionnons deux choses nécessaires pour la compréhension de la situation en Slovaquie :

‒ Premièrement, aucun texte intégral de Flaubert n'a été traduit en Slovaquie avant cette première parution de Madame Bovary en 1928, donc avec le décalage de plus d'un demi-siècle depuis la publication du roman en France. Le seul texte traduit et publié en slovaque avant cette date est la version raccourcie de la nouvelle Bibliomanie dans une revue d’audience locale, Vydrove besiedky, en 1912[2].

‒ Deuxièmement, la traduction de la littérature vers la langue slovaque reste en général peu systématique jusqu'à 1918, c'est-à-dire jusqu'à la chute de l'Empire austro-hongrois dont la Slovaquie faisait partie, avec le hongrois pour langue officielle. Après la formation de la première République tchécoslovaque (28 octobre 1918), le slovaque est pour la première fois reconnu comme langue officielle de l'État, de nombreuses maisons d'éditions sont créées et les traductions de toutes les littératures européennes connaissent leur épanouissement.

Pour pouvoir parler du « sort » assez compliqué de Madame Bovary en Slovaquie, nous sommes donc obligés de mentionner brièvement la situation de la culture slovaque elle-même dans ces époques, ainsi que les opinions et les sentiments des traducteurs et des écrivains.

 

Les trois traductions de Madame Bovary sont les suivantes :

1) 1928, sous le titre de Madame Bovary, traduit par Juraj Slávik (pseudonyme Neresnický), préface de Pavel Bujnák, édition annotée, Bratislava, SPKK (Spoločnosť priateľov klasických kníh). Kníhtlačiarenský účastinársky spolok, 387 p., collection « Knižnica SPKK », vol. 5, éditeur E.B. Lukáč. Deuxième édition en 1933.

 

 

2) 1948, Pani Bovary (sous-titre Vidiecke mravy. Mœurs de province), traduit par Zora Jesenská, traductrice du russe, du français et de l'anglais, Turčiansky svätý Martin, Živena ; collection « Knihy Živeny » (éditeur Z. Jesenská), vol. 42, 4 000 exemplaires, sans préface, sans notes. Le prénom de l'auteur est slovaquisé en Gustáv Flaubert.

 

 

3) 1963, Pani Bovaryová, traduit par Soňa Hollá, postface Anton Vantuch, vers traduits par Viliam Turčány, Martin, SVKL (Slovenské vydavateľstvo krásnej literatúry), éd. annotée, collection « Hviezdoslavova knižnica » vol. 90, 12 000 exemplaires, rééditions 1964 (Martin, SVKL, 14 000 exemplaires) ; 1976 (Bratislava, Slovenský spisovateľ, 15 000 exemplaires) ; 1989 (dans Œuvres choisies en 3 volumes, Bratislava, Tatran, 13 500 exemplaires) ; 2006 (Bratislava, Petit press).

 

 

Comme nous le voyons, c'est la dernière traduction de 1963 qui est diffusée jusqu'à aujourd'hui, en quatre rééditions dont la plus récente date de 2006 : le roman de Flaubert mériterait bien sûr une nouvelle traduction.

Cette troisième traduction est préparée d'après l'édition française de Madame Bovary, Paris, Joseph Gibert, 1924. Pour les deux premières, nous ne savons pas quelles éditions originales ont servi aux traducteurs.

Quelles sont donc les circonstances dans lesquelles se sont trouvées les traductions de Flaubert en Slovaquie ? Et quelle était, plus généralement, l'attitude de la littérature et de la culture slovaque envers le romancier ?

Trois traductions – trois époques différentes

1. 1908 - 1928 Juraj Slávik : une trop longue attente

 

La première traduction de Madame Bovary, celle de Juraj Slávik, a paru en 1928 et c'est le premier roman de Flaubert publié en slovaque. Or, le texte intégral du roman avait été traduit et préparé pour la publication vingt ans plus tôt, en 1908-1910 (et devait en plus inaugurer une collection de romans de la littérature française, conçue par le traducteur Slávik et le critique littéraire Pavol Bujnák), mais à cause de la situation peu favorable pour la réception des littératures « occidentales » par le milieu littéraire et culturel slovaque de l'époque, sa publication avait été finalement refusée, en partie pour des raisons de qualité de la traduction. En réalité, des autorités de la littérature slovaque, réunies dans l'Association des éditeurs slovaques de la ville de Martin (centre de la culture littéraire nationale depuis la moitié du XIXe siècle, où se trouvaient la bibliothèque et d’autres institutions nationales, comme Matica slovenská), se sont rigoureusement opposés à la publication en raison de « la morale discutable » du roman[3].

Le roman a finalement paru en 1928 avec une préface importante de Pavol Bujnák expliquant les circonstances précédant sa publication.

 

La situation de la culture slovaque dans la seconde moitié du XIXe siècle

 

Pour mettre rapidement en évidence ces circonstances, il faut rappeler qu'à cause de la situation politique de la Slovaquie, faisant partie de l'Empire autro-hongrois et ayant pour langue officielle le hongrois, la littérature slovaque de l'époque, comme celle des décennies précédentes du XIXe siècle, était toujours orientée par des valeurs « nationales » et « morales ».

Depuis le mouvement pour la formation de la langue et littérature nationales conduit dans les années 1840-1850 par le linguiste et idéologue Ľudovít Štúr (1815-1856) et par la génération des écrivains romantiques (nommés d'après lui Štúrovci ‒ les disciples de Štúr) qui proclamaient l'idéalisme national comme programme, la culture slovaque au cours du XIXe siècle tenait sa principale orientation d’une sorte d'idéalisme postromantique, soulignant avant tout l'idée nationale et la fonction éducative de la littérature. À partir des années 1880, l'un des principaux idéologues de cette orientation s’appelle Svetozár Hurban Vajanský (1847-1916), écrivain et grande figure de la vie littéraire slovaque jusqu'à la Première guerre mondiale, fils du proche collaborateur de Štúr, Jozef Miloslav Hurban.

La littérature selon lui devait être moralement irréprochable et devait servir l’idéal national. L’utilité de la littérature était considérée en raison directe de son rôle éducatif. Son rôle social ainsi que la fonction de la vérité dans l’art étaient ainsi diamétralement opposés aux conceptions du roman qui émergeaient à l'époque en Europe occidentale, notamment en France.

Évidemment, les écrivains français de la seconde moitié du XIXe siècle, Flaubert et surtout Zola, étaient connus parmi les littéraires, les chercheurs et les futurs écrivains slovaques, au moins depuis la fin des années 1870. D’abord surtout grâce à des traductions allemandes ou à la presse hongroise (la connaissance du français même parmi les érudits restait plutôt rare) et plus tard grâce au contact du milieu scientifique et littéraire tchèque, celui de Prague, plus urbain et plus ouvert. Le roman Madame Bovary, par exemple, existait dans une bonne traduction tchèque depuis 1892.

Dans les années 1880-1891, à Prague, l’association des étudiants et intellectuels slovaques, réunis au sein de Detvan, discutait de la notion du « réalisme » dans l’art et du problème du « pessimisme ou optimisme » dans ce courant littéraire, sous l'influence de la littérature occidentale et des nouvelles théories positivistes. Parmi les membres de Detvan se trouvaient plusieurs futurs grands écrivains slovaques de l'entre-deux- guerres, comme Martin Kukučín, Ladislav Nádaši Jégé, Jozef Gregor Tajovský, Dušan Makovický, Albert Škarvan. Leurs échanges ont dû fortement déterminer la future orientation de la littérature slovaque dans les années 1890-1914[4].

Or, ces dicussions et surtout l'admiration pour les « nouvelles idées » étaient très mal accueillies par le camp conservateur de la critique slovaque. Ce fut le cas de l'essai polémique sur l'évolution de la littérature slovaque sous l'influence du positivisme, écrit par le jeune critique Jaroslav Vlček[5] auquel le parti conservateur, représenté par J.M. Hurban, S.H. Vajanský et J. Škultéty, reprochèrent de vouloir « à tout prix nous rendre doux Darwin, Voltaire et le matérialisme occidental sous le voile de la science»[6]  ; plus tard, dans les années 1880-1890, eut lieu la célèbre polémique au sein de l'association Detvan sur l'œuvre et la conception naturaliste d'Émile Zola[7].

Ces polémiques acharnées, et leurs conséquences, à savoir le refus de « zolisme comme conséquence de voltarianisme »[8], conjuguées à l'orientation vers le monde slave, russe en particulier, ont entravé pour longtemps les possibilités de s'approprier les grands mouvements de la littérature européenne de l'époque.

Oskar Čepan, spécialiste de l'histoire du réalisme slovaque des XIXe et XXe siècles, écrit à ce sujet dans son livre Stimuly realizmu :

Si dans les littératures occidentales évoluées, le réalisme se formait parallèlement à l'évolution des nouvelles idées, ou en Russie en liaison avec les mouvements politiques radicaux, en Slovaquie ces nouvelles impulsions étaient accueillies en tant qu'idées déjà toutes faites. Cette évidente anomalie a son origine dans le faible fondement social de la littérature slovaque et dans les réflexes de défense de l'idéologie romantique qui voulait empêcher que des éléments étrangers pénètrent dans notre milieu national[9].

Et cette situation ne change guère au tournant du XXe siècle jusqu'à la Première guerre mondiale.

Si nous revenons à l'année 1910, au moment du refus de publier la traduction de Madame Bovary, nous voyons bien que la société slovaque de la première décennie du XXe siècle était encore préoccupée par l'identité nationale dans la Hongrie dominante et par le rôle moralisateur de la littérature. Dans cette situation, elle n'acceptait point, voire refusait violemment, le type de littérature montrant la « dégradation morale », telle que la pratiquaient Zola, les frères Goncourt ou Flaubert. Pour les idéologues et l'élite littéraire slovaque de l’époque, ces auteurs, et Zola en particulier « était une sorte de démonstration exemplaire (ou le synonyme) de la décadence et de la dépravation de la littérature occidentale », comme le constate l’historien de la littérature Vladimír Petrík dans sa monographie sur Ladislav Nádáši[10].

Quant à Flaubert, il était mentionné plus rarement et traité avec moins de violence, mais il était, pour ainsi dire, « membre du club »…

Comme le dit d'ailleurs Jozef Felix (1913-1977), le grand romaniste slovaque et futur excellent traducteur, entre autres de Salammbô en 1940 :

Aux obstacles fondamentaux que devaient franchir les traductions en Slovaquie (peu de possibilités de publier, orientation nationale ou bien orientation vers des littératures slaves, surtout russe), s'ajoutait un autre obstacle, à savoir la prolifération du mythe de l'Occident « pourri » et « matériel » versus le mythe du « pur » Est slave, idéal et hautement moral. Ce mythe va devenir l'un des obstacles principaux à l'évolution de notre littérature traduite, et il sera même une sorte de barrière, qui à l'époque de l'essor prodigieux de la littérature occidentale, surtout française, ne permettra pas de la considérer à sa juste valeur. Ce mythe […] va perdurer le long du XIXe siècle jusqu'à la Première guerre mondiale […] et il sera cause que le roman Madame Bovary sera obligé d'attendre 20 ans avant d'être imprimé et diffusé[11].

L’une des raisons officielles avancée pour refuser de publier ce roman était la qualité de la traduction, ainsi que nous l’avons dit, mais en fait l’obstacle principal était l’immoralité du livre et son appartenance à la littérature occidentale. Bohumila Ferenčuhová, historienne des contacts franco-slovaques au début du XXe siècle, ajoute un autre obstacle : les autorités littéraires slovaques (Vajanský et le critique littéraire Jozef Škultéty), probablement, « ne désiraient pas que le roman soit lu par les femmes et les filles slovaques », car ils préféraient les laisser dans une position traditionnelle, patriarcale, à l'écart des discussions sur l'émancipation féminine que le roman aurait naturellement suscitées[12].

C'est pourquoi le critique Pavol Bujnák commence sa préface à la traduction enfin publiée en 1928, par cette phrase :

Il y a vingt ans que nous avons commis avec Neresický un acte horrible, un attentat contre notre littérature et contre les bonnes mœurs qui s'y reflètent, en nous décidant de donner à la nation ce célèbre roman de mauvaise réputation[13].

Et il continue sur le même ton ironique, en expliquant les vrais raisons de cet acte :

Quelle était notre intention ? Nous le disons clairement : nous avons pensé moins au grand public des lecteurs, qu'aux écrivains auxquels nous avions voulu montrer les vrais chemins de l'art. Nous avions voulu, dans notre idéalisme, réformer, accélérer l'évolution lente de notre littérature, et aussi épater nos cercles littéraires. […] Nous avions alors préparé l'œuvre. Mais notre instance littéraire suprême, Vajanský, ne trouvait pas bon de faire paraître la traduction, sans doute à cause des mœurs décrites, pour ne pas blesser le sentiment frêle de notre nation[14].

Dans la suite, Bujnák affirme que la même intention « de donner l'exemple à nos écrivains »[15] reste actuelle en cette année 1928, et que « de nos jours, quand notre littérature se ranime […], l'art de Flaubert va produire peut être un effet plus efficace qu'il y a 20 ans. »[16]

La préface du roman est ainsi une première analyse littéraire sérieuse de l'œuvre de Gustave Flaubert en Slovaquie, préparée à l'aide des sources françaises. Elle est imprégnée, certes, de l'esprit positiviste de la critique contemporaine et trop fidèle à Guyau, Brunetière, Bourget, et surtout au Flaubert d’Émile Faguet, mais elle décrit pourtant les plus fines nuances de l'œuvre du romancier d'une manière précise et sans parti pris.

Dans la conclusion de la préface, Bujnák constate encore :

Telles beautés formelles, on ne les connaît peut-être pas chez nous. La mélodie de la phrase, la musique de la parole, c'est peut être seul Vajanský qui en comprend quelque chose […], les autres n'en savent rien : en écrivant un roman ou une nouvelle ils voient leur rôles uniquement dans le fait de raconter l'histoire […] et c'est pourquoi nous avons voulu attirer l'attention aussi sur ces aspects de l'art de Flaubert, même si la traduction ne sait pas toujours les reproduire[17].

Or, malgré ce dessein noble de l'entreprise, « éduquer les écrivains », l'impact désiré sur les romanciers slovaques est resté relatif, car, d'un côté, la méfiance envers l'auteur français se poursuivait, et de l'autre côté, et c'est plus important peut-être, la traduction de Slávik est en effet restée loin derrière les perfections du style de l'original.

Il est vrai que la traduction littéraire de Madame Bovary était la première de cette importance pour Juraj Slávik (1890-1969), âgé d’à peine de vingt ans alors, futur poète, critique, homme politique et diplomate slovaque, mais qui avait déjà des connaissances solides du français et de la littérature française[18].

Sa traduction était intégrale et annotée, ce qui n'était pas habituel à l'époque. Les notes explicatives concernent soit des réalités peu connues dans le contexte slovaque, par exemple le système scolaire français du XIXe siècle, comme trimestre ou baccalauréat[19], soit le texte lui-même, le traducteur indiquant humblement, dès la première note, que certains mots ou expressions du texte sont intraduisibles ou n'ont pas trouvé d'équivalent slovaque[20]. D'après B. Ferenčuhová, citant les mémoires de Slávik, il discutait des difficultés du texte avec les littéraires et connaisseurs de la langue française, avant tout avec sa tante, l’écrivaine slovaque Elena Maróthy-Šoltésová, le critique P. Bujnák, son épouse et d’autres interlocuteurs, et il n’a achevé son texte qu’après un séjour de plusieurs mois à Paris[21].

Le manque d'expérience du traducteur face à un original aussi complexe est pourtant visible : Slávik a commis de nombreux glissements de sens, des traductions littérales ; il a employé souvent des mots « naturalisant » les réalités du monde rural français en les rapprochant des faits de la campagne slovaque : par exemple la ferme traduit par lazy[22] (hameau), alors qu’il existe le mot équivalent farma ; chaumière traduit par koliba[23], mot qui évoque les bergeries des montagnes de la Slovaquie centrale, au lieu du mot neutre chalupa ; il lui arrive d’utiliser des mots empruntés au monde rural russe (le père Rouault traduit comme báťa Rouault), ou encore des expressions appartenant à la phraséologie populaire slovaque pour transposer des passages pleins d'esprit[24]. Mais surtout, le traducteur n'était pas suffisamment apte à transmettre les finesses du style, tout le côté visuel, tout cet art musical et poétique[25].

D'après les critères traductologiques contemporains, on considérerait sans doute cette traduction comme manquée, mais il est clair qu'il faut prendre en considération les circonstances historiques, le peu d'expériences avec le style de Flaubert dans la littérature slovaque, et naturellement, la valeur culturelle de cet acte éditorial et son fonctionnement plus général. En plus, nous devons apprécier le fait que dans la plupart des passages, malgré la nuance un peu « rurale » de son style, le traducteur a pourtant bien saisi et transmis l'intention ironique de l'auteur[26].

Nous avons très peu d'informations sur la réception et l'impact immédiats de cette traduction, à part quelques comptes rendus dans la presse contemporaine qui en disent également peu, dont celui, quelques mois après la parution du livre, dans Slovenské pohľady, la plus ancienne revue littéraire slovaque, par Mária Štechová, qui a très bien compris les différents niveaux du roman et qui décrit d'une manière précise l'art de Flaubert :

Il est clair que Flaubert connaît tout ce qu'il doit connaître, mais il n'en utilise en virtuose que ce peu – l'essentiel ‒ dont il a besoin. C'est dans les réductions de soi-même que se montrent les maîtres[27].

Quant à l'évaluation de la traduction, elle est brève, mais exacte :

Traduit par Juraj Slávik. J'admire son courage d'avoir entrepris, il y a déjà plusieurs années, la traduction en slovaque du fameux livre. Je n'aime pas son slovaque : il me paraît provincial, lourd pour transposer une expression aussi fragile qu'est la diction flaubertienne[28].

Une autre réaction immédiate dans Slovenské pohľady est due à Andrej Kostolný[29], critique littéraire et lui-même traducteur du français, qui évoque dans son compte rendu uniquement la préface de Pavol Bujnák, en soulignant ses « mots précieux sur la perfection musicale des phrases de Flaubert »[30], lesquelles peuvent servir de modèle, mais il ne dit pas un mot sur la traduction.

Le roman a paru en réédition quelques années plus tard, en 1933, mais nous ne trouvons aucun commentaire à cette occasion, pas plus sur la traduction de Slávik (devenu entretemps homme politique respecté, puis l'émigré aux États Unis après 1948) que sur la préface de Bujnák.

Beaucoup plus tard, en 1972, le romaniste et traducteur Jozef Felix, en résumant l'évolution de la traduction slovaque au XXe siècle, se sent obligé de dresser un constat critique, malgré l'admiration qu’il éprouve pour cet acte éditorial audacieux :

Cette traduction fourmille d'expressions formellement maladroites, elle est écrite dans un style tellement brut, elle contient tant de calques et de vulgarismes qu'elle ne pouvait fonctionner autrement que comme parodie de l'art d'écrire de Flaubert (et non comme exemple dont parle la préface)[31].

C'était sans doute vrai, l'exemple n'a pas fonctionné, partiellement à cause de cette « langue brute », mais beaucoup plus probablement à cause des préjugés envers l'auteur qui persistaient dans l'espace culturel slovaque.

En 1938 puis en 1946, le critique littéraire slovaque Alexander Matuška, admirateur de la littérature française, et notamment de Flaubert[32], déclare, à propos du « caractère national slovaque » et en fonction de son jugement des valeurs littéraires universelles :

On peut vraiment s'étonner de notre manière irrévocable de juger les valeurs, en les désignant pour nous (pour qui d'autre ?) et pour tous temps par des mots péremptoires et tranchants comme des couteaux, et cela seulement d'après le ouï-dire, sans les connaître suffisamment : Goethe ? Païen et coureur de femmes. Nietzche ? Impie et fou. Flaubert ? Une orientation malsaine ![33]
 

II. Pani Bovary 1948. Zora Jesenská et la disparition trop rapide

 

Pour toutes ces raisons, on met en chantier, après la Seconde guerre mondiale, une nouvelle traduction de Madame Bovary, qui paraît exactement vingt ans après la première, cette fois-ci publiée pour une maison d'édition féminine (Živena), et traduite par une femme érudite, excellente traductrice du russe, du français et plus tard de l'anglais, Zora Jesenská (1909-1972), aujourd'hui figure presque mythique, synonyme du refus du régime qui, comme Slávik, appartenait à une famille de littéraires : elle était nièce de l'écrivain de l'entre-deux-guerres Janko Jesenský.

Or, la traduction paraît sous une mauvaise étoile, en 1948, qui est l'année du coup d'État de Février et de la prise du pouvoir par les communistes en Tchécoslovqauie. « L'occident corrompu » et son « cosmopolitisme idéologique » sont une nouvelle fois, même si c’est pour des raisons différentes, mis à l'écart, et la traduction est publiée sans aucun commentaire, sans préface ni notes, et presque sans aucun écho dans la presse.

La seule référence se trouve dans un court texte sur le rabat de la couverture du livre résumant, assez tendancieusement d'ailleurs, le sujet du roman : « Aujourd'hui, presque cent ans après la parution de Madame Bovary, nous voyons clairement la cause de son échec : son effort ne s’appliquait à aucun travail […], sa poursuite du faux idéal du luxe devait se terminer par une chute. »[34]

Le seul à écrire un compte-rendu immédiatement après la parution du livre dans le quotidien Práca[35] est le traducteur et critique Jozef Felix, à l'époque éditeur dans la grande maison d'édition SVKL, mais son texte est court et plutôt centré sur l'analyse de la poétique de Flaubert que sur sa version slovaque. Pourtant, malgré la brièveté de l'article, et les temps peu favorables, Felix y défend une nouvelle fois cette conviction que la seconde traduction, comme la première, pourrait servir d'exemple à notre littérature, lui donner une dimension plus européenne, car « l'école de Flaubert peut même aujourd'hui nous enseigner sur la manière de saisir la réalité »[36] .

Après, s’installe un long silence. Nous n'avons à notre disposition aucune réaction ni dans la presse, ni par exemple dans les propos ou mémoires des écrivains ou littéraires de l'époque, probablement pour une double raison. D'une part, à cause d'un nouvel éloignement de la culture slovaque vis-à-vis des littératures occidentales dans les années 1950. L'attention se porte alors principalement sur la littérature russe et soviétique. Zora Jesenská, elle-même, abandonne la littérature française et se concentre sur des traductions des romans russes, par exemple Le Don paisible de M. Cholokhov en 1950. D’autre part, c'est sans doute la méfiance persistante face au pessimisme de Madame Bovary, renforcée dans ces années-là par l'idéologie staliniste antibourgeoise, et cela à tel point que la traduction, même si elle est réalisée avec une très bonne connaissance de la langue et de la poétique de Flaubert, s'est trouvée en marge de l’intérêt dominant. La situation va encore s'aggraver avec le propre sort de la traductrice[37], devenue persona non grata pour le régime après 1968. Son livre sera officiellement interdit, ainsi que toutes ses autres publications, et il va complètement disparaître de la mémoire culturelle.

Ainsi, la première réflexion sérieuse sur les qualités de la traduction de Madame Bovary par Zora Jesenská apparaît seulement après la réhabilitation officielle posthume de la traductrice en automne 1991, lors d'un colloque organisé par l'Union des écrivains et traducteurs. Michaela Jurovská, critique littéraire et traductrice du français de la plus jeune génération, constate dans sa conférence, publiée quelque mois plus tard[38] que « malgré quelques insuffisances, Madame Bovary de Jesenská saisit aussi ce qui est chez Flaubert sous-jacent, ce qui « tremble entre les lignes »[39], et elle précise : « Zora Jesenská possède sans aucun doute cette […] veine poétique sans laquelle on échoue en essayant de traduire un poète-romancier tel que Flaubert – elle a cette capacité à saisir l'effet de l'original. »[40] Bien que les phrases de Jesenská soient parfois plus expressives que celles de l'original, et qu’elles s'approchent assez souvent, comme celles de Slávik, du monde rural slovaque (par l'utilisation des mots régionaux[41] ou par l'expressivité de la syntaxe), le texte possède cette fluidité et cette couleur désirées par Flaubert[42]. M. Jurovská dit également à propos du style de la traductrice, au niveau de sa musicalité : « Jesenská suit la logique interne du texte de Flaubert, sa puissance esthétique, métaphorique, musicale et rythmique, ses images sont persuasives […] ou laconiques selon la tradition française des maximes ; ses phrases coulent de manière rythmique et ondulante, même chantante. »[43] Cette caractéristique pourrait aussi bien être appliquée à la phrase originale, et nous ne pouvons que souscrire à ce commentaire :

La traductrice suit également la logique interne des personnages de Flaubert et elle différencie leurs propos, par exemple, la langue parlée rurale de père Rouault qui est caractérisée non seulement par le lexique, mais aussi par la syntaxe et la cadence de la langue populaire („keď bola noha obviazaná, pán Rouault osobne pozval lekára, aby sa mu páčilo trošku si zajesť pred odchodom“)[44] .

L'esprit ou « l'âme » du texte de Flaubert y est donc saisi d'une manière appropriée, les phrases sont fluides et, comme le dit cette analyse, il y avait encore plus, ce « je ne sais quoi » qui porte les marques d’un style spécifique, souvent à la marge de la traductibilité et où le travail du traducteur touche à la création…

Or, cette particularité pose problème, en raison de plusieurs caractéristiques : la forte expressivité stylistique et lexicale, le constat que « le travail de la traductrice était souvent à la limite de sa propre création littéraire »[45], portant l’empreinte de son idiolecte, la « naturalisation » des éléments français ou normands par rapprochement avec des éléments de la campagne slovaque, et le nombre tout de même assez grand de dialectismes, archaïsmes, voire russismes (vigan pour peignoir), qui donne à la traduction un caractère un peu désuet.

En 1963, la maison d'édition Tatran (anciennement SVKL) où Jozef Felix travaillait comme éditeur de la collection de la littérature mondiale, insistait sur la nécessité d’une nouvelle édition du roman. Nous ne savons pas si Zora Jesenská, à l'époque encore traductrice active, « ne voulait pas, n'avait pas le temps, ou n'a pas eu la possibilité » comme le dit encore M. Jurovská[46] de remanier son texte de 1948, ce qu’elle a volontiers accepté pour ses traductions de Dostoïevski et de Gogol[47].

 

III. Pani Bovaryová, 1963. Soňa Hollá et l'expression neutre

 

C'est pourquoi paraît, en 1963, une troisième traduction, cette fois-ci, neutre, préparée par Soňa Hollá (1920-1995), traductrice avertie de la littérature française des XVIIIe et XIXe siècles, entre autre des Liaisons dangereuses de Laclos (1973) de Julie ou la Nouvelle Héloïse de Rousseau (1982) ou de L'Éducation sentimentale de Flaubert (1967)[48].

Soňa Hollá appartenait à la plus jeune génération des traducteurs professionnels, qui ont étudié la philologie à l'Université Comenius (pour Soňa Hollá, c'était le latin et le français dans les années 1939-1943) et qui ont eu la chance de devenir traducteurs dans les années 1960, beaucoup plus propices que les décennies précédentes aux traductions de la littérature mondiale. De plus, cette génération a suivi à partir du début des années 1960 le programme de l'« école slovaque de la traduction »[49] qui portait attention à la fidélité maximale à l'original du point de vue du sens, du style et de la forme, et se souciait de garder un équilibre entre la mise en valeur des éléments « étrangers » (donc liés à des réalités qui n'avaient pas d'équivalent en traduction) et leur assimilation au contexte slovaque.

Michaela Jurovská, dans l'article mentionné, compare la traduction de Hollá avec celle de Jesenská : « la version de Hollá est souvent plus précise du point de vue de la signification et plus contemporaine ou neutre quant à l'usage du lexique, mais elle est aussi plus incolore et esthétiquement plus plate »[50].

La question se pose de savoir si l'expressivité résulte d’un effet volontaire dans la transposition du style de Flaubert, ou si la transposition du style de manière neutre (mais où l'ironie et l'impassibilité sont beaucoup plus sous-jacentes) ne rend pas mieux compte de la « modernité du romancier », ainsi que de sa musicalité.

Malgré le jugement prononcé ci-dessus, c'est finalement cette traduction qui a fait connaître le roman de Flaubert au large public de plusieurs générations, car sa lisibilité ou sa « modernité » a donné lieu à nombreuses rééditions. L'éditeur et aussi le public ont eu sans doute confiance en l'art de la traductrice en lui donnant la traduction d’un autre grand roman de Flaubert, L'Éducation sentimentale en 1967, lui aussi réédité à plusieurs reprises.

Sans trop de bruit, cette troisième traduction de Madame Bovary rend donc finalement hommage à l'art de Flaubert, même si le travail de la traductrice est, malheureusement, resté presque sans écho dans l'immédiat ainsi que dans la postérité[51].

Mais ce qui est surtout important, c'est que cette traduction, qui est fine, qui coule sans engorgements, nous montre enfin, si j'ose dire, que le roman de Flaubert sous-titré « mœurs provinciales » parle effectivement de la province, mais de la province normande des petit-bourgeois et non de la province des chaumières de la Slovaquie centrale. On se rend parfaitement compte que son auteur, même s'il a passé sa vie à la campagne, était un intellectuel mondain. Ici, le docteur Bovary s'appelle enfin Charles et non Karol, et l'on peut en slovaque jouer avec l’effet sonore de Charbovari. Grâce à tous ces procédés, l'ironie sous-jacente ou mordante de l'auteur peut s'y épanouir dans sa plénitude, comme dans l'introduction de Charles au début du roman[52], ou dans la scène entre le médecin et madame Homais lors de l'agonie d'Emma[53], ou dans beaucoup d'autres passages du texte.

Après avoir comparé le passage mentionné ci-dessus (3 partie, chapitre VIII) [54] chez les trois traducteurs, nous nous sommes rendu compte qu'ils ont tous compris le jeu de mots et l'intention ironique profonde de la scène, mais la solution la plus neutre – et donc la plus cruelle ‒ est celle de S. Hollá, chez laquelle la réplique est sèche et mordante comme un rasoir, en froid contraste avec les circonstances de l'agonie d'Emma, et donc la plus proche, comme je le suppose, de l'intention de Flaubert.

 

Voilà le sort des trois traductions de Madame Bovary. Le temps est venu d’une nouvelle traduction, préparée à partir des nouvelles éditions françaises annotées et préfacées, mais cette question dépasse naturellement notre analyse…

Quels arguments en déduire ? Quelle était l'attitude des intellectuels et du public averti non-francophone envers le roman et son auteur ?

Gustave Flaubert dans les réflexions de la critique littéraire slovaque

On ne peut pas dire qu’après de débuts difficiles, Flaubert soit plus tard opprimé par les traducteurs et par la scène littéraire slovaque. C'était plutôt le contraire.

En 1932 paraît à Bratislava une monographie intitulée Gustave Flaubert, analyse érudite de Josef Kopal, professeur tchèque à l'Université Comenius, spécialiste de la littérature française du XIXe siècle, disciple de Lanson ; et sa monographie, écrite en tchèque, était sans doute abondamment répandue parmi les étudiants francophones et les autres lecteurs intéressés.

En 1940 paraît la traduction de Salammbô déja mentionée, préparée de manière excellente par Jozef Felix[55] et plus tard, en 1962, aussi la réedition du roman avec une longue préface analytique sur l'art de Flaubert[56].

À l'époque de l'après-guerre sont successivement traduits pratiquement tous les grands textes de Flaubert à l'exception du Dictionnaire des idées reçues et quelques proses juvéniles. La première est la traduction de L'Éducation sentimentale en 1951 (traduit par Viktor Kochol) qui n'etait pas en réalité distribuée, puis Trois contes (M. Bártová, 1956) ; Bouvard et Pécuchet (Štefan Horváth, 1967, Ladislav Franek, 1989) ; nouvelle traduction de L'Éducation sentimentale (Soňa Hollá, 1967) ; Tentation de saint Antoine (Štefan Horváth, 1967) en passant par des réeditions, y compris l'édition de Salammbô en écriture brail (1976, Levoča), la pièce Candidat (Diliza, 1987), jusqu'aux proses juvéniles Novembre (Eva Piecková, 1989), et Mémoires d'un fou (Eva Mládeková. 1989), ainsi que d'une grande partie de la correspondance (dans Œevres choisies en 3 volumes, 1989), publiée sous le nom de Lettres sur l'art et la littérature (Listy o umení a literatúre) traduite, éditée et annotée par Juraj Groch, dans laquelle on porte notamment attention à la genèse des œuvres dans les lettres de Flaubert à Louise Colet, à Louis Bouilhet et à George Sand. L'importante édition des Œuvres choisies en trois volumes paraît en 1989, elle est annotée, éditée et dotée d'une préface érudite par Štefan Povchanič, spécialiste de la prose française du XIXe siècle, professeur à l'Université Comenius de la plus jeune génération. En 1982 paraît aussi une monographie du critique littéraire Albín Balgin intitulée : Traja majstri (Trois maîtres). Flaubert. Tchekhov, Thomas Mann (1982) avec trois protraits d'écrivains. Et il ne faut pas oublier les préfaces importantes dans nombreuses traductions, avant tout celles de Anton Vantuch pour Madame Bovary en 1963 et pour Bouvard et Pécuchet en 1967. Et bien sûr paraissent nombreux ouvrages synthétiques sur l'évolution du roman au XIXe siècle qui analysent l'œuvre de Flaubert ; avant tout L’Histoire de la littérature française écrite par les chercheurs slovaques istoireh[57].

Quant à l‘impact de Flaubert sur la réflexion littéraire et sur la littérature proprement dite, il était plus visible dans les années 1960 où l‘intérêt était surtout lié à la discussion autour le nouveau roman et sa réflexion sur L'Éducation sentimentale. Ainsi, plusieurs écrivains slovaques de l'époque donnent leurs variations de « l'éducation sentimentale » dans la prose, avant tout Pavol Vilikovský par son premier roman L'Éducation sentimentale au mois de mars (1965)[58], ou Dušan Kužel dans ses proses[59], jeune Vincent Šikula[60] ou encore Milan Zelinka[61]. Plus tard paraît aussi le recueil de poésie de Jana Pácalová intitulé tout simplement L‘éducation sentimentale[62].

Malgré cette attention, il n'est pas moins vrai que Gustave Flaubert reste toujours assez méconnu ou au moins pas suffisamment connu par le public intellectuel non-francophone en Slovaquie, surtout si l'on compare le nombre de traductions, réflexions, articles, synthèses, etc. avec celles sur les autres écrivains du XIXe siècle, tels Balzac, Zola ou Maupassant, présents beaucoup plus visiblement dans notre pensée littéraire. Pourquoi ? La réponse est partiellemment dans l'histoire de la réception de Flaubert en Slovaquie, que j'ai essayé de mettre en évidence, partiellement dans la complexité de la vision de l'homme dans le monde par l'auteur lui-même, plus étrangère peut-être à une société où l'individu et l'esthétisme étaient longtemps étouffés, partiellement aussi dans d'autres raisons inconnues…

Cependant, il y a autre chose, et c’est la lecture des romans par le large public, des multiples réeditions en nombreux exemplaires, le fait de l'épuisement de chaque réedition. Ainsi que nombreuses adaptations télévisés et théâtrales, en particulier de Madame Bovary, notamment sa plus récente mise en scène au Théâtre national slovaque en 2013, considérée comme l'une des meilleures représentations des dernières saisons (dont toutes les séances sont épuisées pour longtemps à l'avance), ce qui prouve une tendance plutôt opposée et mériterait une étude spécialisée.

Si alors nous devons constater pour conclure, que la mission noble et principale de Flaubert en Slovaquie, celle de « servir d'exemple à des écrivains », ne s'est réalisée que très partiellement, son œuvre était d'autant plus intérprété par d'autres représentants de la réception, tels lecteurs, hommes de théâtre, cinéastes.

Cela nous montre bien sûr, que le style et la perspicacité psychologique du « maître Flaubert » sont inimitables, mais aussi, que les chemins de l'appropriation d'un écrivain dans une autre culture vont souvent au delà des voies purement littéraires.

 

Littérature primaire

Flaubert, Gustave, Madame Bovary, Éd. annotée par Bernard Ajac, Paris, Gallimard, Flammarion, 1986.

Flaubert, Gustave, Correspondances, I-II-III, Paris, Bibliothèque Charpentier, 1925.

Flaubert, Gustave, Correspondance. Tome V, sous la direction de Yvan Leclerc, Paris, Gallimard, la Pléiade 2007.

Flaubert, Gustave, Œeuvres, éd. René Dumésil et Albert Thibaudet, Gallimard. « Bibliothèque de la Pléiade », 1951, 2 vol.

Flaubert, Gustave : Madame Bovary, traduction slovaque par Juraj Slávik, Bratislava, SVKL, 1928.

Flaubert, Gustave, Pani Bovary, traduction de Zora Jesenská, Martin, Živena, 1948.

Flaubert, Gustave, Pani Bovaryová, traduction de Soňa Hollá, Bratislava, SVKL, 1963.

Flaubert, Gustave : I-II-III, coll. « Zlatý fond svetovej literatúry », Bratislava, Tatran, 1989.

 

Littérature secondaire :

Bagin, Albín, Traja majstri.G. Flaubert. A. P. Čechov. Thomas Mann, Bratislava, Smena, 1982.

Biografický slovník. Martin, Matica slovenská, 1987-1992.

Bujnák, Pavol, Gustave Flaubert, Préface dans Gustave Flaubert, Madame Bovary, Bratislava, SVKL, 1928.

Čepan, Oskar, Stimuly realizmu, Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1984.

Felix, Jozef, « Flaubertov „kartáginský román“« (1962). dans : Felix, Jozef : V sprievode majstrov. Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1988, p. 365-389.

Felix, Jozef : « Francúzska literatúra u nás. (Poznámky k vydávaniu) ». (1966) dans Felix, Jozef, V sprievode majstrov, Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1988, p. 602-617.

Felix, Jozef : « Gustave Flaubert a jeho historická freska » (1941) ; « Črta o Flaubertovej Madame Bovary » (1948). dans Felix, Jozef, Na cestách k veľkým, Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1987, p. 316-322.

Felix, Jozef : « Slovenský preklad v perspektíve histórie a dneška ». (1972), dans Felix, Jozef, Literárne križovatky, Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1991, p. 254-305.

Jurovská, Michaela : « Jesenskej preklady francúzskej prózy ». Romboid, 27, 1992, n°. 4, p. 37-46.

Kopál, Josef, Gustave Flaubert, Bratislava, Univerzita Komenského, 1932.

Kovačičová, O. – Kusá, M. (ed.), Slovník slovenských prekladateľov umeleckej literatúry I-II. A-K,L-Z, Bratislava, SAV, 2015, 2017.

Matuška, Alexander, « K slovenskému národnému charakteru » (1946), dans Matuška, Alexander, Dielo I, coll. « Zlatý fond slovenskej literatúry », Bratislava, Tatran, 1990, p. 213-216.

Matuška, Alexander : « Vajanský prozaik » (1937) dans Matuška, Alexander, Dielo I, coll. « Zlatý fond slovenskej literatúry ». Tatran 1990, s.130-212.

Matuška, Alexander : « Česká a slovenská literatúra » (1938) dans Matuška, Alexander, Dielo II., coll. « Zlatý fond slovenskej literatúry », Bratislava, Tatran, 1990, p. 11-16.

Mikula, Valér (ed) : Slovník slovenských spisovateľov, Bratislava, Kalligram, 2008.

Petrík, Vladimír, Človek v Jégého diele, Bratislava, Tatran, 1979.

Povchanič, Štefan, « Medzník európskeho románu », préface dans Gustave Flaubert Pani Bovaryová, Novembre, Bláznove pamäti, vol. I, coll. « Zlatý fond svetovej literatúry », Bratislava, Tatran, 1989.

Sarte, Jean-Paul : Idiot de la famille I.-II. Paris, NRF Gallimard, 1971.

Truhlářová, Jana : « Émile Zola et le „naturalisme“ slovaque » dans : Zola en Europe centrale (ed. N. Bahchleitner, Tone Smolej, Karl Ziegerer), Valenciennes, Presses Universitaires de Valenciennes, 2011, p. 145-169.

Vantuch, A.- Povchanič, Š.- Kenížová-Bednárová, K. – Šimková, S., Dejiny francúzskej literatúry, Bratislava, Causa editio, 1995.

 

 

NOTES

[1] La situation est différente pour les traductions de la poésie. Pour ce qui est la littérature française, certains recueils ou certains poèmes de Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine ou Apollinaire connaissent jusqu'à dix versions. En ce qui concerne le théâtre, il existe plusieurs traductions de certaines pièces de Molière, Corneille, Hugo, Musset (trois versions de Lorenzaccio), etc.
[2] Nouvelle traduite sous le nom de Sberateľ Jaime (« Collectionneur Jaime »). Traduit par R. Vydrove besiedky 1912, n° 1, p. 16-21 ; n° 2, p. 38-42. Nous n'avons aucune information sur la motivation de ce choix. Les premières notices et articles sur Flaubert dans la presse slovaque datent de 1908 et sont rédigés par J. Slávik, traducteur de Madame Bovary: Turgenev a Flaubert (Správa o ich priateľstve). Národné noviny, 10.9.1908, -s (Juraj Slávik) ; Shakespeare, Goethe, Flaubert. Prúdy 1913/1914, n° 5, p. 213.
[3] Voir à ce sujet l’article de Bohumila Ferenčuhová : « Štúdiá a literárne začiatky » (Les études et les débuts littéraires), dans Slavomír Michálek et al., Juraj Slávik Neresnický. Od politiky cez diplomaciu po exil, Bratislava, Prodama, 2006, p. 48-65. Monographie collective sur la vie et l'œuvre de Juraj Slávik.
[4] Comme le souligne l’historien de la littérature slovaque Oskar Čepan dans son livre Stimuly realizmu (Les stimulus du réalisme), Bratislava, Tatran, 1984, p. 253-254.
[5] Jaroslav Vlček, Literatúra na Slovensku, jej vznik, rozvoj, význam a úspechy (La littérature en Slovaquie, ses origines, son évolution, son importance et ses succès), Prague, 1881. L'Article postule une vision positiviste de l'évolution littéraire avec un ton âprement anti-romantique.
[6] Jozef Miloslav Hurban, Slovenské pohľady, 1, 1881, p. 405, cité d'après Oskar Čepan, Stimuly realizmu, ouvr. cité. p. 24 -25. Toutes les citations du slovaque sont traduites vers le français par l'auteure de l'article.
[7] Polémique autour de l'œuvre d'Émile Zola entre les jeunes écrivains Ladislav Nádaši-Jégé et Martin Kukučín, épaulé par Vajanský dans les années 1880-1890. La majorité de la critique littéraire slovaque, sous l'égide de Vajanský, se positionnait envers Zola et les autres écrivains français de l’époque d’une manière très critique et même hostile. Voir à ce sujet Jana Truhlářová: « Émile Zola et le „naturalisme“ slovaque » dans Zola en Europe centrale (ed. N. Bahchleitner, Tone Smolej, Karl Zieger), Valenciennes, Presses Universitaires de Valenciennes, 2011, p. 145-169.
[8] S. H. Vajanský « State o slovenskej literatúre », polémique avec J. Vlček, Slovenské pohľady, 1, 1881, p. 279-285, cité d’après O. Čepan, ouvr. cité, p. 25.
[9] Ibid., p. 26.
[10] Vladimír Petrík, Človek v Jégého diele, Bratislava, Tatran, 1979, p. 41.
[11] Jozef Felix, « Slovenský preklad v perspektíve histórie a dneška » (Traduction slovaque dans les perspectives de l’histoire et de l’époque actuelle, 1968), dans Jozef Felix, Literárne križovatky, Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1991, p. 283-284.
[12] Bohumila Ferenčuhová, ouvr. cité p. 57.
[13] Pavol Bujnák, préface intitulée « Gustave Flaubert », in Gustave Flaubert, Madame Bovary, traduit par Juraj Slávik, Bratislava, SPKK, 1928, p. I. Neresický est le pseudonyme de Juraj Slávik.
[14] Id.
[15] Id.
[16] Ibid, p. II.
[17] Ibid., p. XXX.
[18] Juraj Slávik (1890-1969, pseudonyme Neresnický) a appris le français et d’autres langues (anglais, allemand, hongrois, latin) dans sa famille d'érudits protestants, son père étant prêtre luthérien en Slovaquie centrale. Dès sa jeunesse, il publie des articles sur la littérature française et de petites traductions (surtout des nouvelles de Maupassant) dans les revues slovaques. En 1910-1912, il étudie le droit à l'École du Droit à Paris et assiste à des conférences au Collège de France (H. Bergson). Après la création de la République tchécoslovaque en 1918, il devient un homme politique slovaque, diplomate à partir de 1935, pendant la Seconde guerre mondiale proche collaborateur d’Edvard Beneš à Londres, après 1945 ambassadeur de Tchécoslovaquie à Washington, après février 1948, il reste aux États Unis. Auteur de quelques recueils de poésie, de mémoires (Moja pamäť-Živá kniha, New York, 1955), et de quelques traductions dans les revues : des nouvelles de Maupassant, de M. Prévost, de J. Renard, une partie de La Légende des siècles de V. Hugo, et quelques traductions de la poésie polonaise (J. Slowacki) et russe (Lermontov).
[19] Gustave Flaubert, Madame Bovary, traduit par Juraj Slávik, Bratislava, SVKL, 1928, p. 8, p. 251.
[20] Ibid., p. 1.
[21] Bohumila Ferenčuhová, ouvr. cité, p. 57.
[22] Gustave Flaubert, Madame Bovary, Paris, Flammarion, 1986, p. 86 ; traduction, ouvr. cité, p. 27.
[23] Gustave Flaubert, Madame Bovary, ouvr. cité, p. 303, traduction, ouvr. cité, p. 251.
[24] « car s'il savait passablement ses règles, il n'avait guère d'élégance dans les tournures », ibid., p. 64 ; « Bo ač sa dobre narezal úlohy, nemal moc filipa », ibid., p. 4.
[25] À titre d'exemple, mentionnons la description du cortège nuptial dans le chapitre IV, Première partie : « La mairie se trouvant à une demi-lieue de la ferme, on s’y rendit à pied ; et l'on revint de même, une fois la cérémonie faite à l'église. Le cortège, d'abord uni comme une seule écharpe de couleur, qui ondulait dans la campagne, le long de l'étroit sentier serpentant entre les blés verts, s'allongea bientôt et se coupa en groupes différents qui s'attardaient à causer », Gustave Flaubert, Madame Bovary, ouvr. cité, p. 86. Traduction : « Do obecného domu, vzdialeného od lazu na pol míle, šlo sa pešo, z kostola vrátili sa po obradoch tiež tak. Sprievod spojený v jedon-jediný pestrý pás, vlnil sa zprvu pozdĺž úzkeho chodníka vinúceho sa v zelenom obilí – pozdejšie dĺžil sa, alebo rozpadol v jednotlivé grupy, postávajúce v rozhovore », Gustave Flaubert, Madame Bovary, ouvr. cité, p. 28.
[26] Par exemple dès le début du roman en introduisant Charles Bovary, ou dans les propos du médecin pendant l'agonie d'Emma (3e partie, chap. VIII,) et dans beaucoup d'autres passages.
[27] Mária Štechová, « Flaubert. Madame Bovary v slovenskom preklade », Slovenské pohľady, 45, n° 6-8, 1929, p. 520-521.
[28] Ibid., p. 28.
[29] Andrej Kostolný, « Na margo Bujnákovej štúdie o Flaubertovi », Slovenské pohľady, 45, 1929, n° 1. p. 59-60.
[30] Ibid., p. 59.
[31] Jozef Felix, « Naša prekladová literatúra » (Notre littérature de traduction), dans Jozef Felix, Literárne križovatky, ouvr. cité p. 299.
[32] Voir Jozef Felix, « A. Matuška a francúzska literatúra » (A. Matuška et la littérature française), dans Jozef Felix, Domov i svet, Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1986, p. 271-273.
[33] Alexander Matuška, « K slovenskému národnému charakteru » (À propos du caractère national slovaque, 1946), dans Alexander Matuška, Dielo I, collection « Zlatý fond slovenskej literatúry », Bratislava, Tatran, 1990, p. 214 ; voir aussi Alexander Matuška, « Česká a slovenská literatúra » (Littérature tchèque et slovaque, 1938), dans Alexander Matuška, Dielo II, collection « Zlatý fond slovenskej literatúry, Bratislava, Tatran, 1990, p. 14.
[34] Le rabat de la couverture du livre Gustáv Flaubert, Pani Bovary. Vidiecke mravy. Martin, Živena. 1948, traduti par Zora Jesenská.
[35] Jozef Felix, « Flaubertova Madame Bovary », Práca, 3, 1948, n° 232, p. 4, également dans Jozef Felix, Na cestách k veľkým, Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1987, p. 316-322.
[36] Ibid., p. 322.
[37] Zora Jesenská (1909-1972), l'une des meilleures traductrices slovaques, partiellement du français (Charles-Louis Philippe, Le Père Perdrix, 1942 ; Simone de Beauvoir, Le Sang des autres, 1947 ; Madame Bovary, 1948 ; plus tard Christiane Rochefort, Hervé Bazin), mais surtout du russe (Léon Tolstoï, Guerre et Paix, 1944 ; Fjodor Dostoïevski, Les Frères Karamazov, 1942 ; Crime et châtiment, 1944 ; Alexeï Tolstoi, Le Chemin de la croix,1947 ; Nicolaï Gogol, Les Âmes mortes,1946 ; plus tard Mikhail Cholokhov, Le Don paisible, 1950 ; et surtout Boris Pasternak, Docteur Zivago, 1969, interdit). Elle est aussi pédagogue, l’une des initiatrices de « l’école slovaque de la traduction » (voir note n° 49). Après son refus ouvert de l'invasion par l'armée soviétique en Tchécoslovaquie en 1968, elle est mise à l'index, ne peut plus publier, ses anciennes traductions sont interdites et son nom ne peut plus figurer nulle part jusqu'à la chute du régime communiste en 1989. Les dernières traductions qu'elle préparait clandestinement ont paru sous les noms d'autres traducteurs, entre autre le roman d’Hervé Bazin, Les bienheureux de la Désolation (1973).
[38] Michaela Jurovská, « Jesenskej preklady francúzskej prózy », Romboid, 27, 1992, n° 4, p. 37-46.
[39] Ibid., p. 42.
[40] Id.
[41] Utilisation de mots régionaux comme krpce (p. 105) pour traduire « les savates » (p. 149) au lieu de l’expression plus neutre staré topánky ou baganče ; ou encore loktuša (p. 183) pour traduire « le béguin » (p. 217) au lieu du mot neutre čepiec.
[42] À titre d'exemple, citons le même passage de la description du cortège nuptial (première partie, chap. IV) : « Sprievod sprvu celistvý ako pestrá stuha, čo sa vlnila v poliach pozdĺž chodníka, hadiaceho sa medzi zeleným obilím, onedlho sa roztiahol a potrhal na rozmanité skupiny, ktoré zaostávaly v rozhovoroch. Huslista išiel popredku, s huslí mu vialy pestré stužky ; potom kráčali mladí manželia, rodina, priatelia, ako prišlo a deti ostávaly napokon, obtrhávali zvončeky s ovsa alebo sa hrali, ked ich nikto nevidel. Emine pridlhé šaty sa trošku vliekli po zemi ; zavše zastala si ich potiahnuť, a vtedy si orukavičkovanými prstami jemne sberala z nich bodliačiky, zatiaľ čo Karol s prázdnymi rukami čakal, kým bude hotová ». Gustáv Flaubert, Pani Bovary, Martin, Živena, 1948, p. 36.
[43] Michaela Jurovská ; ouvr. cité, p. 42.
[44] Ibid., p. 42. « Une fois le pansement fait, le médecin fut invité, par M. Rouault lui-même, à prendre un morceau, avant de partir », Gustave Flaubert, Madame Bovary, œuv. cit., p. 74.
[45] M. Kusá - O. Kovačičová (éd), Slovník slovenských prekladateľov umeleckej literatúry, Tome I. A-K. (Dictionnaire des traducteurs slovaques de la littérature), article « Zora Jesenská » (auteur e.m.), Bratislava, Veda, 2015, p. 300.
[46] M. Jurovská, ouvr. cité, p. 41.
[47] Voir à ce sujet la monographie d’Eva Maliti-Fraňová, Tabuizovaná prekladateľka Zora Jesenská, Bratislava, VEDA SAV, 2007.
[48] Parmi les traductions importantes de Soňa Hollá, mentionnons aussi Guy de Maupassant, Fort comme la mort (1948) ; Romain Rolland, Jean Christophe (1977) ; Honoré de Balzac, César Birotteau (1983), les frères Goncourt, Germinie Lacerteux (1986) ; et une dizaine d'autres ouvrages.
[49] « L'école slovaque de la traduction » n'est pas une école au sens propre, il s'agit de l'ensemble des pratiques de la traduction des œuvres littéraires initié par Jozef Felix, Zora Jesenská, Ján Ferenčík et mises en œuvre par les autres traducteurs dans les années 1960, en utilisant quelques principes fondamentaux, dont le principe de l'intégralité de l'œuvre traduite ou de l'équilibre des phénomènes « étrangers » et « locaux », sans pourtant limiter la créativité du traducteur.
[50] M. Jurovská, ouvr. cité, p. 41.
[51] À part l'article de M. Jurovská, il n'existe aucun compte rendu ni analyse de cette traduction de Soňa Hollá.
[52] « „Vstaňte“, povedal znovu profesor, „a povedzte mi ako sa voláte“.
Nováčik vybľabotal nezrozumiteľne svoje meno.
„Ešte raz!“
Ozvalo sa zasa akési nejasné bľabotanie, no prehlušil ho rehot triedy.
„Hlasnejšie!“ zakričal učiteľ. „Hlasnejšie“.
Tu nováčik so zúfalou odhodlanosťou otvoril ústa ako vráta a z plných pľúc, akoby niekoho volal, vyrazil slovo: Šarbovari.“ » Gustave Flaubert, Pani Bovaryová, Bratislava, Tatran, 1989, p. 40, traduit par Soňa Hollá.
[53] « Napokon pán Larivière bol už na odchode, ked ho pani Homaisová požiadala o radu, týkajúcu sa manžela. Akiste má čosi s mozgom, keď každý večer zaspí hneď po večeri.
„Ach, mozog ho veru nezaťažuje.“
A doktor otvoril dvere, usmievajúc sa trochu nad nespozorovaným vtipom » Gustave Flaubert, Pani Bovaryová, ouvr. cité, p. 280 (chapitre VIII, 3e partie, agonie d'Emma).
[54] « Enfin Monsieur Larivière allait partir, quand madame Homais lui demanda une consultation pour son mari. Il s'épassissait le sang à s'endormir chaque soir après le dîner.
— Oh! ce n'est pas le sens qui le gêne.
Et souriant un peu de ce calembour inaperçu, le docteur ouvrit la porte » (Gustave Flaubert, Madame Bovary, ouvr. cité, p. 397-398.
[55] Le livre était préparé pour la maison d' édition Elán dans la collection des « petits chef des auteurs mondiaux ». J. Felix y a fait publier également La symphonie pastorale de André Gide (1942) ou Le Silence de la mer (1946) de Vercors dans sa traduction.
[56] Jozef Felix, Flaubertov Kartáginský román. dans Gustave Flaubert, Salambo, Bratislava, Tatran, 1963, p. 254-271, aussi dans Jozef Felix, V sprievode majstrov. Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1988, p. 365-389.
[57] Cf. Anton Vantuch – Štefan Povchanič – Katarína Kenížová-Bednárová – Soňa Šimková, Dejiny francúzskej literatúry (Histoire de la littérature française), Bratislava, Causa editio, 1995.
[58] Pavel Vilikovský, Citová výchova v marci, Bratislava, Slovenský spisovateľ, 1965.
[59] Dušan Kužel, Vráti sa niekto iný (1964), Lampa (1991)
[60] Vincent Šikula, Povetrie, 1968.
[61] Milan Zelinka, Dych 1972.
[62] Jana Pácalová, Citová výchova, 2003.


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