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Sommaire Revue n° 10
Revue Flaubert, n° 10, 2010 | Animal et animalité chez Flaubert
Numéro dirigé par Juliette Azoulai.

Avant-propos

Juliette Azoulai
Maître de conférences en littérature française à l'université Paris-Est Marne la Vallée

Du chien de la première Éducation sentimentale au perroquet de Félicité, en passant par le cochon de saint Antoine, le serpent de Salammbô et les chasses miraculeuses de saint Julien, le bestiaire flaubertien est d'une ampleur considérable, envahissant tout autant les œuvres littéraires que la correspondance : les autoportraits de l'artiste en animal (ours, chameau, huître, etc.) abondent au fil des lettres ainsi que les déclarations d'empathie à l'égard du règne animal. La Revue Flaubert se propose pour son 10e numéro d'interroger les modalités et les significations de cette présence animale au cœur de l'œuvre. Question complexe, ambivalente, dans la mesure où elle exige qu'on explore, comme le souhaitait Derrida dans le texte qu'il consacre à l'animalité, « l'épaisseur feuilletée d'[une] limite abyssale, [...] d'[une] frontière plurielle et surpliée »[1].

L'ensemble des contributions réunies dans ce numéro engage en effet une réflexion sur le « continent noir » de l'animalité, cet espace impossible à circonscrire qui traverse l'homme lui-même. Entre nature et culture, matière et esprit, sens et non-sens, dissemblance et ressemblance, l'animalité se tient dans une zone problématique, et étrangement pittoresque. Les apparitions animales, ou les semblances d'animaux, pour parler comme au Moyen Âge, sont des invitations à l'interprétation mais aussi et surtout à la contemplation. Car si l'art flaubertien s'apparente selon le mot de Barbey d'Aurevilly à celui de « l'enlumineur »[2], peut-être faut-il renverser l'insulte en louange, et voir dans ce foisonnement des motifs animaux, une incitation à s'arrêter dans les marges du texte — là où la virtuosité de l'exécution rejoint la grâce de l'Idée.

 

Les textes de Juliette Azoulai, Yvan Leclerc, Didier Philippot et Gisèle Séginger ont fait l'objet d'une communication au séminaire Paris 3-Paris 4, le 13 novembre 2010, lors de la séance consacrée à « Flaubert et l'animalité », dirigée par Juliette Azoulai et Didier Philippot.
Les articles de Corinne Saminadayar-Perrin et Jacques Berchtold sont issus de communications présentées au colloque « L'animal du XIXe siècle » (en octobre 2008), rencontre organisée par l'équipe « Littérature et civilisation du XIXe siècle » de l'université Paris Diderot-Paris VII. Nous remercions vivement Paule Petitier, directrice du colloque, de nous avoir mis en relation avec les auteurs de ces articles. 

 

NOTES

[1] Jacques Derrida, L'animal que donc je suis, Paris, Galilée, 2006, p. 52.
[2] Jules Barbey d'Aurevilly, « L'Éducation sentimentale. Histoire d'un jeune homme, par M. Gustave Flaubert », Gustave Flaubert, textes réunis et présentés par Didier Philippot, PUPS, coll. «Mémoire de la critique», 2006, p. 294.


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