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COLLOQUE INTERNATIONAL, 2 et 3 juin 2016

Argumentaire

Depuis 2013, Florence Godeau, professeur de littérature comparée à l’Université Jean Moulin-Lyon 3 et Yvan Leclerc, professeur à l’Université de Rouen, directeur du Centre Flaubert, composante du CÉRÉdi, co-dirigent une base de données en ligne intitulée « Flaubert sans Frontières », qui vise à constituer une bibliographie exhaustive de toutes les traductions des œuvres de Flaubert parues dans le monde depuis les origines jusqu’à aujourd’hui. Cette base de données, financée par le CÉRÉdI, comporte actuellement 2.200 références (février 2016).
Elle est alimentée par 29 contributeurs, répartis dans tous les pays du monde. Ils sont pour la plupart professeurs d’université dans leur pays, spécialistes de Flaubert et/ou de traductologie.

Les 2 et 3 juin 2016, un colloque international réunira une vingtaine de ces collaborateurs : à partir de cette « cartographie » évolutive des traductions de Flaubert, qui autorise et facilite de multiples formes d’investigation scientifique, il s’agira d’élaborer une réflexion sur les problématiques liées à ces traductions et sur les enjeux de leur expansion mondiale, suivant plusieurs orientations possibles.
La base de données bibliographiques ouvre en effet de multiples pistes de recherches, tant dans le domaine de la traduction stricto sensu que dans celui des études flaubertiennes ou comparatistes. En effet, si l’on ne parle plus guère aujourd’hui d’« études d’influence », force est de constater que la création littéraire, en France comme à l’étranger, est redevable d’un vaste mouvement de lectures croisées, au sein desquelles la réception de l’œuvre de Flaubert par des écrivains de toutes nationalités revêt un rôle de premier plan.
Plusieurs phénomènes doivent ainsi être pris en compte pour retracer l’histoire de ces lectures, dont certaines ont donné lieu à des adaptations, des réécritures, des citations plus ou moins explicites d’œuvres de Flaubert. Ces productions protéiformes excèdent largement le phénomène en soi fondamental que fut, par exemple, l’impact de Madame Bovary et, plus largement, du « bovarysme » (voir Le bovarysme et la littérature de langue anglaise, colloque organisé en 2002 par Nicole Terrien et Yvan Leclerc, publié aux Presses de l’Université de Rouen, 2004).

Les traductions : quand ? où ? par qui?

1) La « première réception » de Flaubert à l’étranger (ou en d’autres termes, la réception contemporaine, ou quasi contemporaine, des publications de Flaubert en France) concerne, pour l’essentiel, les pays européens, anglophones et germanophones. Elle fut le propre d’une élite intellectuelle, capable de lire Flaubert en français (par exemple en Grande-Bretagne et en Irlande). Mais cette réception fut aussi plus lointaine, en Russie, par exemple, ou au Brésil : Machado de Assis, promu par la suite écrivain national, lisait Flaubert en français. Cette première réception fut aussi le socle de traductions précoces, dont la base de données mise en ligne pourra permettre d’analyser l’impact de manière plus précise : on pourra par exemple recenser les œuvres qui furent traduites en tout premier lieu, en prenant en compte leur contexte éditorial, les traducteurs choisis, etc.

2) La « seconde réception » de Flaubert concerne des pays qui ont découvert son œuvre plus tardivement, et qui se sont donc fondés sur la notoriété déjà bien établie de l’auteur. On peut aussi observer des liens entre l’histoire politique de certains pays et la découverte ou redécouverte, de ce fait beaucoup plus tardive qu’ailleurs, de l’œuvre de Flaubert.

3) Enfin, l’étude de la réception contemporaine permet d’aborder le phénomène des retraductions multiples. La base de données rend possibles des études statistiques, et elle permet de recenser les œuvres qui demeurent encore aujourd’hui méconnues à l’étranger, de distinguer les traductions destinées à un public élargi ou à de jeunes lecteurs, des traductions savantes dotées d’un apparat critique érudit.
On pourra également évaluer de manière plus précise l’impact culturel de la multiplication des traductions : que donne-t-on à lire de Flaubert, en traduction, à l’étranger, dans les collèges, les lycées, les cursus universitaires ?
Cette réception contemporaine inclut non seulement les traductions, mais aussi les adaptations (au cinéma, à la télévision, voire sur internet…) Cette « réception créatrice », d’une extrême richesse, offre aux chercheurs un champ d’investigation immense, à commencer par l’étude des lectures faites en français ou dans leur langue maternelle par des écrivains qui se reconnaissent « influencés » par l’œuvre de Flaubert, ou qui ont écrit des textes ouvertement inspirés par celle-ci.
Enfin, et par surcroît, la comparaison et l’analyse des traductions (étude monolingue, plurilingue, diachronique, synchronique, par traducteur, par œuvre, etc.), dont l’importance n’échappe à personne, sera singulièrement facilitée et enrichie par les possibilités d’investigation par croisement de critères autorisées par la base de données.