Le Candidat

Comédie en quatre actes représentée sur le théâtre du Vaudeville les 11, 12, 13 et 14 mars 1874

Rédaction
1873
Première édition
Paris, Georges Charpentier, 1874
Saisie par
François Lapèlerie

Chapitrage

Le Candidat

Comédie en quatre actes représentée sur le théâtre du Vaudeville les 11, 12, 13 et 14 mars 1874

Rédaction
1873
Première édition
Paris, Georges Charpentier, 1874
Saisie par
François Lapèlerie

ACTE PREMIER – SCÈNE II

SCÈNE III

MUREL, GRUCHET, MADAME ROUSSELIN, ONÉSIME, LOUISE, MISS ARABELLE, un livre à la main.

MUREL, présentant son bouquet à Mme Rousselin : Permettez-moi, madame de vous offrir...
MADAME ROUSSELIN, jetant le bouquet sur le guéridon à gauche : Merci, monsieur !
MISS ARABELLE : Oh ! les splendides gardénias !... et où peut-on trouver des fleurs aussi rares ?
MUREL : Chez moi, miss Arabelle, dans ma serre !
ONÉSIME, avec impertinence : Monsieur possède une serre ?
MUREL : Chaude ! oui, monsieur !
LOUISE : Et rien ne lui coûte pour être agréable à ses amis !
MADAME ROUSSELIN : Si ce n’est, peut-être, d’oublier ses préférences politiques.
MUREL, à Louise, à demi-voix : Votre mère aujourd’hui est d’une froideur !...
LOUISE, de même, comme pour l’apaiser : Oh !
MADAME ROUSSELIN, à droite, assise devant une petite table : Ici, près de moi, cher vicomte ! Approchez, monsieur Gruchet ! Eh bien, a-t-on fini par découvrir un candidat ? Que dit-on ?
GRUCHET : Une foule de choses, madame. Les uns...
ONÉSIME, lui coupant la parole : Mon père affirme que M. Rousselin n’aurait qu’à se présenter...
MADAME ROUSSELIN, vivement : Vraiment ! c’est son avis ?
ONÉSIME : Sans doute ! et tous nos paysans qui savent que leur intérêt bien entendu s’accorde avec ses idées...
GRUCHET : Cependant, elles diffèrent un peu des principes de 89 !
ONÉSIME, riant aux éclats : Ah ! ah ! ah ! les immortels principes de 89 !
GRUCHET : De quoi riez-vous ?
ONÉSIME : Mon père rit toujours quand il entend ce mot-là.
GRUCHET : Eh ! sans 89, il n’y aurait pas de députés !
MISS ARABELLE : Vous avez raison, monsieur Gruchet, de défendre le Parlement. Lorsqu’un gentleman est là, il peut faire beaucoup de bien !
GRUCHET : D’abord on habite Paris pendant l’hiver.
MADAME ROUSSELIN : Et c’est quelque chose ! Louise, rapproche-toi donc !... Car le séjour de la province, n’est-ce pas, monsieur Murel, à la longue, fatigue ?
MUREL, vivement : Oui, madame ! (bas à Louise.) On y peut cependant trouver le bonheur !
GRUCHET : Comme si cette pauvre province ne contenait que des sots !
MISS ARABELLE, avec exaltation : Oh ! non ! non ! Des cœurs nobles palpitent à l’ombre de nos vieux bois ; la rêverie se déroule plus largement sur les plaines ; dans des coins obscurs, peut-être, il y a des talents ignorés, un génie qui rayonnera ! (Elle s’assied.)
MADAME ROUSSELIN : Quelle tirade, ma chère ! Vous êtes plus que jamais en veine poétique !
ONÉSIME : Mademoiselle, en effet, sauf un léger accent, nous a détaillé tout à l’heure, le Lac de M. de Lamartine... d’une façon...
MADAME ROUSSELIN : Mais vous connaissez la pièce ?
ONÉSIME : On ne m’a pas encore permis de lire cet auteur.
MADAME ROUSSELIN : Je comprends ! une éducation... sérieuse ! (Lui passant sur les poignets un écheveau de laine à dévider.) Auriez-vous l’obligeance ?... Les bras toujours étendus ! fort bien !
ONÉSIME : Oh ! je sais Et même, je suis pour quelque chose dans ce paysage en perles que vous a donné ma sœur Elisabeth !
MADAME ROUSSELIN : Un ouvrage charmant ; il est suspendu dans ma chambre ! Louise, quand tu auras fini de regarder l’Illustration...
MUREL, à part : On se méfie de moi, c’est clair.
MADAME ROUSSELIN : J’ai admiré, du reste, les talents de vos autres sœurs, la dernière fois que nous avons été au château de Bouvigny.
ONÉSIME : [Ma mère y recevra prochainement la visite de mon grand-oncle, l’évêque de Saint-Giraud.
MADAME ROUSSELIN : Monseigneur de Saint-Giraud votre oncle !
ONÉSIME : Oui ! le parrain de mon père.
MADAME ROUSSELIN : Il nous oublie, le cher Comte, c’est un ingrat !] [[LA CENSURE ne permettant pas le mot évêque ni le mot monseigneur, Mme Rousselin : … Au château de Bouvigny, mais votre père nous oublie. C’est un ingrat.]]
ONÉSIME : Oh ! non ! car il a demandé pour tantôt un rendez-vous à M. Rousselin.
MADAME ROUSSELIN, l’air satisfait : Ah !
ONÉSIME : Il veut l’entretenir d’une chose... Et je crois même que j’ai vu entrer tout à l’heure maître Dodart.
MUREL, à part : Le notaire ! Est-ce que déjà ?...
MISS ARABELLE : En effet ! Et après est venu Marchais, l’épicier, puis M. Bondois, M. Liégeard, d’autres encore.
MUREL, à part : Diable, qu’est-ce que cela veut dire ?

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