Les Mémoires d’un fou

Rédaction
1839
Saisie par
Yvan Leclerc

Chapitrage

Les Mémoires d’un fou

Rédaction
1839
Saisie par
Yvan Leclerc

VIII

IX

Il y a des choses insignifiantes qui m’ont frappé fortement et que je garderai toujours comme l’empreinte d’un fer rouge, quoiqu’elles soient banales et niaises. Je me rappellerai toujours une espèce de château non loin de ma ville, et que nous allions voir souvent. – C’était une de ces vieilles femmes du siècle dernier qui l’habitait. Tout chez elle avait conservé le souvenir pastoral ; – je vois encore les portraits poudrés, les habits bleu ciel des hommes, et les roses et les œillets jetés sur les lambris avec des bergères et des troupeaux. – Tout avait un aspect vieux et sombre : les meubles, presque tous de soie brodée, étaient spacieux et doux ; – la maison était vieille ; d’anciens fossés, alors plantés de pommiers, l’entouraient, et les pierres qui se détachaient de temps en temps des créneaux allaient rouler jusqu’au fond.

Non loin était le parc planté de grands arbres, avec des allées sombres, des bancs de pierre couverts de mousse, à demi brisés, entre les branchages et les ronces. – Une chèvre paissait et, quand on ouvrait la grille de fer, elle se sauvait dans le feuillage.

Dans les beaux jours, il y avait des rayons de soleil qui passaient entre les branches et doraient la mousse çà et là.

C’était triste, le vent s’engouffrait dans ces larges cheminées de briques et me faisait peur, – quand le soir surtout les hiboux poussaient leurs cris dans les vastes greniers.

Nous prolongions souvent nos visites assez tard le soir, réunis autour de la vieille maîtresse, dans une grande salle couverte de dalles blanches, devant une vaste cheminée en marbre. Je vois encore sa tabatière d’or pleine du meilleur tabac d’Espagne, son carlin aux longs poils blancs, et son petit pied mignon enveloppé dans un joli soulier à haut talon orné d’une rose noire.

Qu’il y a longtemps de tout cela ! La maîtresse est morte, ses carlins aussi, sa tabatière est dans la poche du notaire ; – le château sert de fabrique, et le pauvre soulier a été jeté à la rivière.

APRÈS TROIS SEMAINES D’ARRÊT

... Je suis si lassé que j’ai un profond dégoût à continuer, ayant relu ce qui précède.

Les œuvres d’un homme ennuyé peuvent-elles amuser le public ?

Je vais cependant m’efforcer de divertir davantage l’un et l’autre.

Ici commencent vraiment les Mémoires...

Ce site dédié à Flaubert a été fondé en 2001 par Yvan Leclerc, professeur de littérature du XIXe siècle à l’Université de Rouen, qui l'a animé et dirigé pendant vingt ans. La consultation de l’ensemble de ses contenus est libre et gratuite. Il a pour vocation de permettre la lecture en ligne des œuvres, la consultation des manuscrits et de leur transcription, l’accès à une riche documentation, à des publications scientifiques et à des ressources pédagogiques. Il est également conçu comme un outil pédagogique à la disposition des enseignants et des étudiants. La présente version du site a été réalisée en 2021 par la société NoriPyt sous la responsabilité scientifique de François Vanoosthuyse, professeur de littérature du XIXe siècle à l’Université de Rouen Normandie. Les contributeurs au site Flaubert constituent une équipe internationale et pluridisciplinaire de chercheurs.

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