Jean-Nicolas Bouilly
     

Jean-Nicolas Bouilly

1763-1842

       
     
Petits livres d'enfance qui excitent sa sensibilité – charité vieux soldats – Bouilly [F° Plan_5]
       
     

        Littérateur et auteur dramatique français, né à la Couldraye, près de Tours, en 1763, mort à Paris en 1842.

Une carrière opportuniste

         Après avoir étudié le droit à l'université d'Orléans, il fut reçu avocat au parlement de Paris ; mais, au moment où Bouilly commençait son stage, le parlement, en pleine disgrâce, se réfugia à Troyes, au grand désespoir de l'orateur en herbe. Bouilly se lia alors avec Mirabeau et Barnave, et devint un libéral sincère, à ce qu'il croyait, à ce qu'il disait du moins ; car, possédant déjà, à un degré fort prononcé, la science de l'équilibre, sa fibre patriotique ne l'empêcha pas de donner à l'Opéra-Comique, en 1790, Pierre le Grand, dont nous parlerons plus bas. La royauté perdant tout prestige, l'habile Bouilly se hâta de composer, en 1791, Jean-Jacques Rousseau à ses derniers moments. Le public de la Comédie-Italienne applaudit. L'année suivante, Bouilly retourna dans sa ville natale, où il remplit les fonctions d'administrateur du département d'Indre-et-Loire, de juge au tribunal civil et d'accusateur public. C'est par allusion à ces tristes fonctions que, quelqu'un ayant dit un jour dans un foyer de théâtre que Bouilly connaissait bien la scène, le vicomte de Ségur riposta par cette sanglante épigramme : « J'en conviens ; cependant il connaît bien mieux la Loire. »
    Après la chute de Robespierre, Bouilly fut rappelé à Paris, et fit partie de la commission de l'instruction publique. Il contribua beaucoup, ainsi que ses collègues, Parny, La Ghabeaussière, etc., à l'organisation des écoles primaires, accepta la place de sous-chef dans le bureau de morale et d'esprit public au ministère de la police générale, et donna sa démission en 1799.
    La littérature dramatique, à laquelle il se consacra alors, lui valut d'honorables succès. Se trouvant désormais à l'abri de ces défaillances que le besoin de vivre explique sans les excuser, Bouilly changea pourtant encore une fois d'opinion, et écrivit les Contes aux enfants de France, plate flagornerie royaliste. Disons, pour les excuser, si une lâcheté peut être excusable, que ces contes renferment une morale pure et des fictions ingénieuses ; qu'ils ont le mérite de ne pas effrayer l'imagination. Leur côté faible est une affectation de sensiblerie qui a valu à Bouilly le surnom de poëte lacrymal.


    Notre jugement sur Bouilly serait entaché de sévérité si, après avoir infligé à ses faiblesses d'homme politique le blâme qu'elles méritent, nous n'accordions à son caractère d'homme privé les éloges qui lui reviennent. Bouilly, méprisable citoyen, fut un homme de mœurs pures et un ami parfaitement sûr ; si les qualités peuvent pallier les défauts, voilà les siennes : c'est au lecteur à le juger. Il n'est pas besoin d'autre renseignement. Cependant, comme lui-même en a fourni d'autres au directeur du Biographe, notre devoir est de le laisser parler : tant pis pour lui si l'air bonhomme qu'il affecte de s'y donner paraît empreint de quelque hypocrisie. Voici sa lettre en réponse à une demande de renseignements qu'on lui faisait pour écrire sa biographie :
« J'ai résisté dans ma vie à de brillantes séductions, que m'offraient de puissants personnages qui avaient essayé de m'attacher auprès d'eux. Je suis un vieil indépendant qui ne connaît que son paisible foyer, et ce droit si précieux, et si rare d'agir comme il me plaît, de placer mes affections où bon me semble et de laisser errer mon imagination à sa guise ; enfin de me nicher à mi-côte parmi les réputations littéraires, et là de cueillir de simples fleurs des champs, que je n'échangerais pas contre les plus brillants lauriers... » Et plus loin : ... « Voilà, monsieur, quel est le vieil homme qui se met à nu devant vous. Il n'est pas, vous le voyez, du nombre de ceux-là qui se sont hissés jusqu'au sommet du Parnasse ; il n'a cherché qu'un petit coin, délicieusement ombragé, où, soit erreur soit raison, il se regarde comme un des heureux de la terre. Ainsi que mon ancien ami Ducis, grand et noble modèle à suivre en fait d'indépendance, je puis dire sans crainte d'être démenti :
       
 De moi toujours je fus propriétaire.
J'achèverai ma marche à petites journées, avec ma vieille allure, et peut-être rencontrerai-je sur mon chemin quelque jeune femme qui me saluera comme son vieux conteur, et soutiendra mes pas chancelants, et, lorsque je me serai pour toujours endormi, plus d'une jeune fille viendra laisser tomber sur ma tombe une fleur de sa couronne virginale en disant : Il fut notre fidèle ami. » Cet hommage vaut bien les inscriptions en lettres d'or, ornées de riches écussons, et je pourrai, du fond de mon tombeau, répondre avec Virgile :
        mihi tum quam molliter ossa quiescant!
»
 

Catalogue des œuvres

        Voici maintenant le catalogue des œuvres théâtrales de Bouilly ; on y trouvera peut-être une réponse assez piquante à la lettre que l'on vient de lire, si l'on veut seulement en remarquer quelques dates : Pierre le Grand, comédie-lyrique en quatre actes, musique de Grétry (Opéra-Comique. 13 janvier 1790). Un couplet, où l'on faisait l’éloge du roi, fut bissé, à la demande du parterre, et la reine Marie-Antoinette fit présent à l'auteur d'une tabatière ornée de son portrait et de celui du roi. Plus tard, Bouilly offrait cette tabatière à la Société des jacobins de Tours ; Jean-Jacques Rousseau à ses derniers moments, comédie-lyrique en un acte et en prose (Comédie-Italienne, 1791). À la seconde représentation, le buste de Jean-Jacques Rousseau fut couronné sur le théâtre, tandis que l'orchestre jouait l'ouverture du Devin du village ; la Famille américaine, opéra-comique en un acte, musique de Dalayrac (Opéra-Comique, 20 février 1796) ; le Jeune Henri, opéra-comique en deux actes, musique de Méhul (Opéra-Comique, 1er mai 1797). L'admirable musique de Méhul fut applaudie à tout rompre ; le pitoyable livret de Bouilly, perpétuelle allusion à l'éducation du Dauphin, fut sifflé avec un ensemble admirable, distinction délicate dont le parterre a donné d'autres exemples ; René Descartes, comédie en deux actes et en prose (Théâtre de la Nation, 1797), oeuvre estimable qui n'obtint pas tout le succès qu'elle méritait. Cette pièce a été traduite en allemand la même année ; la Mort de Turenne, mélodrame en trois actes, avec Cuvelier (1797) ; Léonore ou l’Amour conjugal, fait historique en deux actes et en prose, musique de Gaveaux (théâtre Feydeau, 17 février 1798), Grand succès. Beethoven s'est inspiré de ce poëme, dont il a tiré son opéra de Fidelio ; l'Abbé de L’Épée, comédie historique en cinq actes et en prose (Comédie-Française, 14 décembre 1799) ; les Deux Journées, comédie lyrique en trois actes et en prose, musique de Chérubini (théâtre Feydeau, 15 janvier 1800) ; Zoé ou la Pauvre petite, comédie lyrique en un acte, musique de Plantade (Opéra-Comique, juin 1800) ; Florian, ; Téniers, comédie en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles, avec Pain (Vaudeville, 1800) ; Une Folie, opéra-comique en deux actes et en prose, musique de Méhul ; Berquin ou l’Ami des enfants, comédie en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles (Vaudeville, 1802) ; Héléna, opéra-comique en trois actes, avec Reverony Saint-Cyr, musique de Méhul (Opéra-Comique, 1er mars 1803) ; Fanchon la vielleuse, comédie lyrique en trois actes, avec Pain (Vaudeville, 1803) ; le Désastre de Lisbonne, drame héroïque en trois actes et en prose (Porte-Saint-Martin, 1804) ; l'Intrigue aux fenêtres, opéra-comique en un acte et en prose, avec Dupaty, musique de Nicolo (Opéra-Comique, 24 février 1805) ; Madame de Sévigné, comédie en trois actes et en prose (Comédie-Française, 6 juin 1805) ; les Français dans le Tyrol, fait historique eu un acte et en prose (Comédie-Française, 1806) ; Agnès Sorel, comédie en trois actes et en prose, mêlée de vaudevilles, avec Dupaty (Vaudeville, 1806) ; Cimarosa, opéra-comique en deux actes et en prose, musique de Nicolo (Opéra-Comique, juin 1808) ; Haine aux femmes, comédie-vaudeville en un acte, avec Joseph Pain (Vaudeville, 1808). Succès de vogue. La pièce, reprise au Gymnase, produisit un effet tout contraire ; plus d'un spectateur, s'étonna, à vingt ans de distance, de trouver si fade l'ouvrage qui l'avait charmé ; Françoise de Foix, opéra-comique en trois actes et en prose, avec Dupaty, musique de Berton (Opéra-Comique, janvier 1809). La partition est digne à tous égards de l'auteur d'Aline et de Montana et Stéphanie ; le Petit courrier ou Comment les femmes se vengent, comédie en deux actes et en prose, mêlée de vaudevilles, avec Moreau (Vaudeville, 1809) ; la Vieillesse de Piron, comédie en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles (1810) ;  la Belle au bois dormant, féerie-vaudeville en deux actes, avec Dumersan (Vaudeville, 1811) ; Robert le Diable, vaudeville en deux actes, avec Dumersan (1812) ; le Séjour militaire, opéra-comique en un acte, avec Dupaty, musique de M. Auber (Opéra-Comique, 27 février 1813). C'est la pièce de début du célèbre compositeur ; le Prince en goguette ou la Faute et la leçon, comédie en deux actes et en prose, mêlée de couplets, avec Désaugiers (1817) ; la Manie des romans, comédie ; les Jeux floraux, opéra en trois actes, musique de Léopold Aimon (Opéra, 16 novembre 1818) ; Valent/ne de Milan, drame lyrique en trois actes,1 musique posthume de Méhul (Opéra-Comique, 28 novembre 1822). La partition avait été terminée par M. Daussoigne ; les Deux Nuits, opéra-comique en trois actes, avec Scribe, musique de Boieldieu (Opéra-Comique, 10 mai 1829).
 
        Nous donnons maintenant la liste des autres œuvres de Bouilly : la Rentrée de Sicard à l'institution nationale des sourds-muets, nouvelle en prose (1800, in-8°) ; Causeries d'un vieillard, (1807, in-12) ; Contes à ma fille (1809) ; Conseils à ma fille (1811, 2 vol. in-12) ; les Indemnités des gens de lettres ou les Encouragements de la jeunesse (1814, in-12) ; Grétry en famille ou Anecdotes littéraires et musicales relatives à ce célèbre compositeur, rédigées car A. Grétry neveu, précédées de son oraison funèbre par Bouilly (1815, in-12) ; les Jeunes femmes (1819, 2 vol. in-12) ; les Mères de famille (1823, 2 vol. in-12) ; Contes offerts aux enfants de France (première partie, 1824, in-12 ; deuxième partie, 1825, in-12) ; la Réunion-des trois écoles, à-propos en vers (1825), imprimé à la suite du discours que M. Belle prononça à la Société académique des enfants d Apollon ; Contes à mes petites amies ou Trois mois en Touraine (1827, in-12) ; le Portefeuille de la jeunesse ou la Morale de l'histoire enseignée par exemples (Paris, 1829-1831, 20 vol. in-18) ; les Adieux du vieux conteur (1835, in-12) ; Mes récapitulations (1836, 2 vol. in-12) ; Explication des douze écussons qui représentent les emblèmes et les symboles des douze grades philosophiques du rite écossais, dit ancien, et accepté par l'ill .-. F.-.,représentant du G.-. M .-. de l’ordre maç.-. en France... (1837, in-4°) ; les Jeunes élèves (1841, in-18) ; une Notice sur Cherubini et une pièce de vers (1842, in-8°) ; Nouvelles causeries d'un vieillard (1838, in-12) ; la Discrétion (1846, in-32) ; Petits contes d'une mère à ses enfants (1846, in-12). Bouilly a écrit aussi dans les Annales de la jeunesse (1817 et années suivantes).
        Le nom de Bouilly, à cause du genre particulier de littérature, qu'il a cultivé, est en quelque sorte passé en proverbe, et si l'on n'a pas ajouté quelques syllabes à son nom pour en faire un pendant de berquinade, c'est sans doute parce que le mot de Bouilly ne s'y prêtait pas.

Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle
par Pierre Larousse

       
Liens
    Le site Gallica de la BnF propose des oeuvres de J-N Bouilly :
Contes à mes petites amies, Les encouragements de la jeunesse, Contes à ma fille, etc.
Le projet Gutenberg permet de télécharger Léonore ou l'amour conjugal
et les Contes à mes petites amies dans le format de votre choix.

 I
ci-même, vous pourrez lire un conte moral : La chaumière de la veuve