L'éducation des filles au XIXe siècle par les congrégations religieuses
     

Les sacrements

au Sacré-Cœur de Paris

(1816-1874)

       
      La confession - La communion - La Première Communion - La demande de pardon - L'époux mystique - La cérémonie - Prévenir les déceptions.
 
     
        La pratique des sacrements est un autre moyen bien utile pour entretenir chez les élèves « la vie de la grâce ». Au début du XIXe siècle, l'influence des jansénistes, encore très forte, éloigne une grande partie des Chrétiens de la pratique fréquente des sacrements. Dans leurs pensionnats, les Jésuites tentent de mettre fin à cette attitude. Les Dames du Sacré-Coeur font de même avec leurs élèves. Elles essaient de leur faire prendre l'habitude de s'approcher régulièrement des sacrements.
     

La confession

Elle se plaisait beaucoup à aller à confesse - quoique la plupart du temps elle ne sût quoi trouver dans sa conscience. Souvent de peur d'être renvoyée trop tôt elle inventait des petits péchés tant elle aimait à rester là la tête baissée, dans l'ombre, les mains jointes - à genoux - sa bouche collée contre la grille du confessionnal à parler bas à travers la grille. [f° 1_136]
     

        D'après le Règlement, [les élèves] doivent se confesser au moins une fois par mois. Celle qui le désire en fait la demande à sa première maîtresse suffisamment à temps pour que l'on puisse faire passer une liste au Confesseur. Mais le désir n'est pas le seul mobile. C'est un devoir. Les maîtresses vérifient donc sur leurs listes que toutes les élèves sont bien allées à confesse à leur tour ; elles en rendent compte à la maîtresse générale.
        À partir de 1826, on décide de fixer un jour par mois pour la confession de celles qui n'ont pas encore fait leur première communion. Il faudra les aider à s'y préparer « avec un grand soin ». Elles apprennent à faire l'examen de leurs fautes et « se pénètrent bien des motifs qui peuvent exciter une douleur sincère et véritable ».
 


La communion

       La communion est l'objet d'une dévotion particulière. Très souvent dans les « Journaux du Pensionnat » revient cette réflexion de la maîtresse, qui n'oublie jamais de noter : « Aujourd'hui tout le pensionnat a eu le bonheur de communier ». Le règlement note sept fêtes où toutes les classes doivent approcher de la Sainte Table : Noël, Pâques, la Pentecôte, l'Assomption, la fête du Sacré-Coeur, la Toussaint, l'Immaculée Conception. Les élèves peuvent communier individuellement plus souvent, mais jamais sans une longue préparation. Elles doivent, bien sûr, s'être confessées avant.
        La veille des communions générales, « on fera l'instruction ou la lecture du soir sur l'excellence du sacrement de l'Eucharistie, les dispositions qu'il faut y apporter et les fruits qu'on peut en retirer ». Les élèves peuvent aller se recueillir devant le Saint-Sacrement pendant une demi-heure, la veille de leur communion.
         De même, le lendemain matin, elles ont la permission d'arriver un quart d'heure à l'avance à la messe pour mieux se préparer au sacrement qu'elles vont recevoir. Elles doivent être totalement absorbées par ce grand moment dont leur attention ne saurait se distraire. Pour qu'elles ne perdent pas le bénéfice de leur confession, « on engage les élèves à éviter la dissipation et à supprimer toute récréation trop bruyante entre leur confession et leur communion ».
        La même concentration doit suivre la grand moment de la communion. Elles sont alors des temples vivants où le Corps de Jésus-Christ a été déposé. Elles doivent donc user de leur corps avec modération, respect et dignité. « Les jours de communion, les élèves se font un devoir et une habitude de les passer dans le recueillement, et loin de se livrer à la dissipation, elles s'occupent de pieux entretiens avec leurs compagnes et ne font que se prêter aux jeux les plus modérés et les moins bruyants ».
        À l'importance que prend chaque communion, on peut juger de la dimension donnée à la célébration de la Première Communion.
 


La Première Communion

        La Première Communion est sans doute l'événement le plus important dans la vie des ces jeunes personnes. Toutes ne la font pas au pensionnat. Beaucoup y entrent, l'ayant déjà faite. Les pensionnaires qui n'ont pas encore eu cette joie sont l'objet d'une préparation minutieuse, par laquelle on essaie de leur faire bien comprendre toute l'importance du geste qu'elles vont accomplir. De cette Première Communion dépendront toutes les autres.
        C'est la Supérieure qui fixe le jour de la Première Communion, chaque année. Le Règlement de 1820 précise qu'elles doivent avoir lieu vers Pâques. En fait, c'est au mois de Marie que cette célébration a lieu le plus souvent, ainsi qu'aux fêtes mariales comme l'Annonciation, l'Assomption ou l'Immaculée Conception. Il est possible de faire des exceptions, par exemple, en raison du départ prématuré d'une élève, afin qu'elle ne quitte pas le pensionnat sans avoir accompli ce geste si important.
        Quand est fixée la date de la Première Communion, les maîtresses remettent à la maîtresse générale la liste des élèves de leur classe qui sont en âge de la faire. Elles décident ensemble de celles qui seront admises à s'y préparer. La lecture de la liste des élèves fait souvent figure de palmarès. En faire partie est une faveur qui récompense la sagesse et la régularité. Celles qui n'en ont pas été jugées dignes malgré leur âge peuvent encore se racheter par une conduite exemplaire. Elles prennent alors la préparation en cours de route. Mais toutes doivent redoubler d'efforts pendant la période de deux mois qui est consacrée à cette préparation. Celles qui se montrent par trop dissipées peuvent être exclues de la Première Communion ou en voir le jour repoussé à une date ultérieure. Durant les deux mois qui précèdent, les premières communiantes reçoivent donc des instructions particulières. À compter du jour de la proclamation des futures communiantes, celles-ci sont séparées du reste du pensionnat aux récréations, au réfectoire et à l'ouvrage.

La demande de pardon

        Huit jours avant le jour fatidique, elles passent un examen devant la maîtresse générale et le confesseur qui « admet à ces sacrements celles qu'il en juge capables ». Les élèves qui ont passé victorieusement ce dernier obstacle écrivent alors à leurs parents pour les avertir du jour de leur Première Communion : « Elles leur demanderont de la manière la plus touchante et la plus respectueuse le pardon de leurs fautes et leur bénédiction ».
Si les parents habitent la ville où leur fille est en pension, on leur demande de passer au pensionnat la veille de la retraite. « Lorsqu'ils seront arrivés, après les premiers compliments, elles se mettront à genoux devant eux et leur demanderont le pardon de leurs fautes et leur bénédiction. »
        Le même jour, la maîtresse générale se présente à la classe en compagnie des maîtresses. Elle sépare du reste du pensionnat les premières communiantes, ainsi que celles qui préparent leur Confirmation. Avant de les faire entrer en retraite, elles leur demande d'embrasser leurs compagnes. Elles règlent ainsi le contentieux qui peut exister entre elles, en « s'accordant mutuellement le pardon de leurs fautes ». La maîtresse chargée de diriger leur retraite les prend alors en charge. Elle les emmène directement à l'église pour dire le Veni Creator. Elle leur donne aussi quelques minutes « pour demander à Dieu la grâce de bien faire la retraite pour se mettre sous la protection de la Sainte Vierge. »
        La retraite dure cinq jours, au cours desquels elles font une dernière Confession. « Le jour où les élèves s'approcheront du tribunal pour recevoir l'absolution, on leur fera mettre un voile blanc, afin de leur imprimer un plus grand respect et une plus haute estime de la grâce qu'elles vont recevoir ». Ce voile blanc est le signe de la pureté de leur âme qui doit rester immaculée jusqu'au moment tant espéré où elles recevront enfin Jésus. Pour qu'elles soient en paix avec tous, la veille du grand jour après le souper, les premières communiantes se rendent auprès de la Communauté, accompagnées de la maîtresse générale et de la maîtresse qui leur a fait la retraite. Elles reçoivent la bénédiction de la Supérieure après avoir demandé aux religieuses le pardon de leurs fautes.
        À Paris, cette cérémonie se faisait devant Madame Barat, lorsqu'elle était présente. « La préparation de la Première Communion était l'objet de sa plus grande sollicitude », raconte une religieuse. « Elle aimait à réunir ses heureuses enfants autour d'elle dans un bosquet, une prairie, etc. Et là, son coeur s'épanchait, et, par ces (sic) paroles embrasées, elle excitait la ferveur dans leurs âmes. La veille du grand jour, elle recevait les excuses de ses enfants, entourée des maîtresses. » Une anecdote traduit bien l'importance donnée à la perfection de cette pureté qui doit habiter ces jeunes fille la première fois qu'elles vont recevoir Jésus-Christ en elle. « En 1827, elles s'avancèrent, après qu'elles se furent relevées, et demandèrent (à Madame Barat) de les embrasser : « Non, mes enfants, leur dit-elle. Oh ! non, vous êtes toutes pures, je ne permets pas de vous toucher, je laisse ce droit à Notre Seigneur qui va descendre demain dans ces nouveaux tabernacles ; je craindrais de les souiller. »

     


L'époux mystique

Les comparaisons de fiancé, d'époux, d'amant céleste, & de mariage éternel qui reviennent dans les sermons lui soulevaient parfois dans l'âme des douceurs inattendues, et la rendaient attentive à qque chose de lointain qui remuait en elle comme un galop de coursiers que l'on entend venir de l'horizon
comme une source cachée que l'on entend couler au fond d'un bois. [f° 1_120v - def_73]
     

        Pendant la préparation, les maîtresses ont d'ailleurs quelque fois tendance à présenter cet événement comme une sorte de mariage mystique avec l'Époux divin. On leur demande de faire plusieurs actes avant cette Première Communion  : un acte de foi, un acte d'humilité, mais aussi un acte de désir. Dans un cahier destiné aux élèves qui préparent leur Communion, daté de 1858, cet acte de désir est présenté sous la forme d'un dialogue entre l'âme et Jésus-Christ  :
« L'âme  :
Jésus-Christ  :
L'âme  :
Le voilà, le moment solennel, il approche.
Oui, je viens, me désires-tu ?...
Oh  ! si je vous désire ! Venez, approchez, volez vers moi, descendez dans mon coeur et rendez-moi moins indigne d'approcher de votre table auguste, ô mon Dieu ! ».


La cérémonie

        Au matin de ce jour solennel tant désiré, les premières communiantes sont éveillées par ces paroles : « Haec dies quam fuit dominus ». À quoi elles répondent : « Exultemus et laetamur in ea ». Elles revêtent leur robe et leur voile blanc ainsi qu'un couronne de fleurs blanches. À l'Église, elles occupent « une place distinguée au milieu de leurs compagnes ». Elles sont les premières à s'avancer vers la Sainte Table. Les maîtresses « leur céderont volontiers la place, afin de hâter leur bonheur ». Le Journal du Pensionnat de Paris décrit ainsi la Première Communion du 25 mars 1824 :
        « Au moment de la Communion, elles approchèrent toutes ensemble de la Sainte Table et offrirent alors un spectacle touchant. Notre Seigneur du haut du sanctuaire semblait les convier lui-même à ce banquet sacré et, porté par son pontife, il descendit pour la première fois dans ces jeunes coeurs qu'il s'était préparé depuis longtemps. La foi et la ferveur des enfants éclata alors d'une manière sensible : prosternées, anéanties en la présence de leur Dieu, leurs douces larmes, leurs soupirs peignaient leurs sentiments et excitaient l'envie de leurs plus jeunes compagnes. »
        L'après-midi, pendant les Vêpres, les nouvelles communiantes et celles qui ont déjà fait leur Communion, renouvellent les voeux de leur baptême. Une des premières communiantes prononce au nom de toutes la formule de rénovation. Puis elles vont deux à deux prêter serment sur les Évangiles. « Je renonce à Satan, à ses pompes et à ses oeuvres, je me donne à Jésus-Christ pour toujours. »
        Avant le Salut, les élèves vont en procession à la Chapelle de la Sainte Vierge. De nouveau, une des premières communiantes parle au nom de ses compagnes agenouillées. Elle prononce cette fois l'acte de Consécration à la Vierge Marie.
        À partir de ce jour, les premières communiantes sont à nouveau autorisées à se mêler aux autres pensionnaires. Pendant la récréation de l'après-dîner on leur demande de rester ensemble à proximité de la maîtresse qui a dirigé la retraite. Elles peuvent participer aux distractions, mais avec précaution : « Elles veilleront soigneusement sur elles-mêmes pour ne pas perdre le fruit de la Première Communion et n'oublieront pas que si dans ce jour elles peuvent se prêter à la joie, c'est à une joie calme et modeste, qui exclut la dissipation. »
        Dès le souper, elles reprennent le cours habituel des exercices avec leurs compagnes. Cependant, le lendemain matin, pour la messe d'action de grâce, elles revêtent à nouveau leurs uniformes blancs. Elles portent encore leurs voiles blancs pendant toute la journée.

       
     

Prévenir les déceptions...

        Quand sa première communion fut faite, elle eut un grand espoir de moins - sûre qu'elle était maintenant de n'avoir plus à attendre de la Religion aucune sensation nouvelle. - elle voulut pourtant la recommencer - à chaque fois le plaisir s'affaiblissait. [f° 1_136]
     

      Toujours dans le cahier de préparation à la Première Communion de 1858, se trouve un récit dont il est difficile de déterminer s'il s'agit véritablement d'un témoignage personnel sur l'événement ; ou si ce texte a pour but de prévenir les déceptions, en persuadant a priori celles qui vont communier pour la première fois, qu'il se passe quelque chose « quand même ». Il n'y a que la foi qui sauve. Ce texte qui présente les réflexions d'une jeune fille quelque temps après le jour historique a cependant des accents de vérité :
      « Que Dieu est bon et humble quand il vient dans nos coeurs : il se tait. Je croyais, moi, petite fille, que Notre Seigneur allait me dire mon défaut dominant et de quoi il fallait que je me corrige. Mais pas du tout. En allant à la Sainte Table, on tremble. Mais une fois qu'on y est à genoux, on ne crains plus. Puis, quand la Sainte Hostie se pose sur nos lèvres, on ne vit plus, mais c'est Jésus qui vit en nous. On ne voit plus rien, mais on a l'instinct de retourner à sa place. J'y suis restée quelques instants sans rien éprouver ; je craignis d'avoir fait une Communion tiède : Notre Seigneur ne me disait rien. Pour me contenter, je me faisais des questions, je me répondais moi-même. Mais cependant j'espère bien que c'est Jésus qui m'a répondu.
        « Puis arriva le soir. Quand je me couchai, je me représentai Jésus tout petit et comme il était dans mon cœur, je l'endormis dans mon petit lit, près de moi. Le matin, comme nous voyons (sic) notre couronne et que nos coeurs étaient encore purs, nous croyons (sic) communier encore à la Chapelle. Ses (sic) Dames y allèrent seules et nous n'entendîmes point le signal de la veille qui nous avait fait avancer. Nous vîmes Monsieur l'aumônier refermer sur Notre Seigneur la petite porte dorée qui s'était ouverte exprès pour nous la veille ! Le lendemain, nous quittâmes nos couronnes et nous reprîmes nos robes de tous les jours. Oh ! qu'elles nous semblaient sombres. Mais nous songions que dans quelques jours, nous recevrions encore une fois Jésus. Le jour chéri arriva. Oh ! je fis comme à ma Première Communion  ! Je me rappelais et je rappellerai toujours ce beau jour qui ne se renouvellera jamais. »
          En effet, tout est fait pour rendre ce jour unique entre tous les jours à passer au Pensionnat ; éventuellement pour qu'il reste dans leur mémoire comme un des plus beaux de leur vie.

[Citations du Règlement de 1806-1820, A.G.S.C. Rome]
M.- D. Nobécourt, p. 270 à 280.

Extraits de : Un exemple de l'éducation des filles au XIXe siècle
par les congrégations religieuses : le Sacré-Cœur de Paris (1816-1874)

Thèse de l'École des Chartes, 1981,
par Marie-Dominique Nobécourt.

       
Liens
   
La première communion, un rite initiatique pour accéder au royaume de Dieu  : collection de Michel Chomarat à la Bibliothèque Municipale de Lyon.
Vous pouvez lire ici même des extraits concernant l'enseignement - les récréations - les lectures.