Denis - Antoine - Luc Frayssinous
     


Liberti - sermon (détail)

Défense du Christianisme

 

1825

       
     
Le soir avant la prière, on faisait dans l'étude une lecture religieuse. C'était, pendant la semaine, quelque résumé d'Histoire sainte ou les Conférences de l'abbé Frayssinous. [I, ch. 6]
       
     

        Les Conférences de Denis Frayssinous, évêque d'Hermopolis, furent prêchées à Saint-Sulpice, sous l'Empire et sous la Restauration, et publiées en 1825 sous le titre Défense du christianisme.

Prêcher à des fils de Voltaire...

        L'auteur de ces Conférences s'était parfaitement rendu compte de son époque et de ses aspirations. Au lieu de jeter de fiers mépris à la raison, comme de Maistre, son audacieux contradicteur, il était bien plus opportun de tenter de la soumettre en lui exposant les dogmes chrétiens. Ce n'était plus la tâche des prédicateurs du XVIIe siècle, insistant seulement sur les conséquences morales des dogmes, prescrivant d'autorité l'accomplissement de devoirs admis, et portant dans les sciences intimidées un effroi qui en arrêtait l'essor. Les intelligences n'étaient plus soumises.
         Frayssinous sentit, tout d'abord, qu'il fallait conquérir l'assentiment des esprits rebelles et hostiles ; aussi il défendit la religion chrétienne comme les Pères. Ses Conférences engagèrent une controverse périlleuse avec la raison elle-même prise pour juge de la foi ; elles purent se soutenir sans aucune intervention de personnalité. Attaqué comme philosophe ennemi du christianisme, Voltaire fut loué comme poète et comme écrivain dans la même chaire. Frayssinous avait affaire à des fils de Voltaire : il sut faire à la liberté d'examen sa part ; il sut tenir à la jeunesse de l'Empire et de la Restauration un langage affectueux et bienveillant. Cette modération n'a pas été léguée à tous ses émules.

Le succès

        Les Conférences de Frayssinous furent commencées dans l'église des Carmes, après le concordat ; elles traitèrent de l'évidence du christianisme. Continuées dans l'église de Saint-Sulpice, elles obtinrent une célébrité inattendue, bien que restreinte, grâce à la violence avec laquelle l'orateur attaquait les opinions régnantes, et grâce aussi à son talent. Asseoir le dogme catholique sur la philosophie avait, au commencement de ce siècle, tout le piquant de la nouveauté et du paradoxe. Malgré l'éloge de Napoléon (prononcé sur les injonctions de la police, assure-t-on), ces Conférences, qui avaient donné lieu à quelques discussions, furent interdites.
         Reprises en 1814, après le retour des Bourbons, elles eurent un nouveau succès, qui s'affirma plus nettement en 1815. Les Conférences données à Bordeaux en 1816 ne furent goûtées que par quelques esprits lettrés, ce qui fit dire au prédicateur : « Le goût n'est pas bon en province. » Tels sont les faits purement historiques qui se rapportent à ces fameuses Conférences. Elles ont été remaniées pour l'impression, qui n'a pu reproduire ni l'action de l'orateur ni l'esprit du temps. Les circonstances ayant changé, ces discours ont perdu une partie de leur intérêt et n'ont gardé qu'une valeur littéraire. Elles font assister aux efforts intellectuels du siècle, à ses luttes morales, à cette guerre des idées qui se perpétue encore de nos jours.
        L'abbé Maury a rendu à ces Conférences l'hommage suivant : « Notre nouvel apologiste de la religion, dit-il, toujours clair malgré les abstractions de la métaphysique, la profondeur de l'érudition et l'enchaînement serré de la dialectique, y déploie, avec autant de mesure que de succès, tous les mouvements oratoires qui s'allient naturellement aux sujets qu'il traite. Un pareil mélange de raisonnement et d'éloquence soutient l'attention, ranime l'intérêt et contribue puissamment au triomphe de la vérité, non seulement sans ralentir, mais encore en augmentant la force et par là même l'effet des preuves qu'il rend beaucoup plus sensibles. »
        L'abbé de Lamennais, qui devait attaquer plus tard avec violence l'esprit de modération de Frayssinous, écrivait en 1819 dans le Conservateur : « Un orateur semble être suscité par la Providence pour confondre l'incrédulité, en lui ôtant tous les moyens de se refuser à l'évidence des preuves de la religion. Grave, précis, nerveux, il excelle dans le genre qu'il a créé. L'erreur se débat vainement dans les liens dont l'enchaîne sa puissante logique. On peut, après l'avoir entendu, n'être pas persuadé, il est impossible qu'on ne soit pas convaincu, et, à l'impression qu'il produit, on dirait qu'il montre à ses auditeurs la vérité toute vivante. »

Le style

        Les Conférences de Frayssinous, sous le rapport du style et de la diction, se distinguent par une douceur, une pureté, un atticisme qui révèlent une étude approfondie et assidue des sermons et des écrits de Fénelon et de Massillon. Deux défauts regrettables sont néanmoins à signaler : l'élégance y devient souvent afféterie, et la clarté diffusion. On est surpris de l'exorbitant emploi que l'orateur a fait du mot soleil ; c'est presque du sabéisme. Les exclamations pullulent ; les périphrases roulent à flots ; le style se distend et se ramollit à ce point, que la pensée s'y noie et s'y absorbe. En général, le caractère de ces sermons n'est pas le nerf et la puissance de dialectique ; c'est plutôt le charme, la grâce tendre et séduisante.

Source : Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle
par Pierre Larousse

       
Liens
    Sur le site Gallica de la BnF, on trouve en mode image les deux volumes des Conférences.
Ici-même vous pouvez lire l'article du Dictionnaire Larousse consacré à Frayssinous. ainsi qu'un extrait : Ordre et beautés de la nature