L'abbé Frayssinous
     

Denis-Antoine-Luc Frayssinous

évêque d'Hermopolis

(1705-1841)

       
     

        Originaire de Curière en Aveyron, Frayssinous fut quelque temps vicaire d'une paroisse ; il disparut pendant la tourmente révolutionnaire pour ne reparaître qu'en 1801.

Premières conférences sous l'Empire

        Le rétablissement du culte et les doctrines qui prévalaient alors dans l'esprit de Bonaparte suggérèrent au jeune abbé l'idée de faire à Paris des conférences, dans lesquelles il exposerait les vérités fondamentales du christianisme, et essayerait de détruire les objections dirigées contre elles par l'impiété. Ces conférences commencèrent en 1807 dans l'église des Carmes. Le premier consul les fit suspendre. Dès le début, l'orateur avait attaqué le régime tolérant qui lui rouvrait la chaire.
         Mais l'abbé Frayssinous ayant alors changé de ton, et hautement remercié l'Éternel « d'avoir employé une main puissante à relever les autels », s'attira la bienveillance de M. de Fontanes, qui le nomma inspecteur général de l'académie de Paris ; il recevait en même temps un canonicat au chapitre de Notre-Dame, et put continuer à Saint-Sulpice ses conférences de l'église des Carmes.
        Suspendu encore une fois en 1808, il ne remonta dans sa chaire qu'en 1814, et put alors lancer les plus terribles anathèmes contre le gouvernement déchu, l'incrédulité des temps et les odieux principes de la Révolution. Il jugea prudent de s'enfuir aux Cent-Jours, quoique Napoléon ne pensât guère à lui, et rentra avec les alliés.

Ministre des cultes à la Restauration

        En 1814, Louis XVIII l'avait nommé censeur royal, tout en lui conservant sa place d'inspecteur général ; il fit partie, en 1815, de la commission des études, surnommée le Quinquemvirat, puis donna sa démission, à cause du peu de zèle que ses collègues montraient, suivant lui, pour les bonnes doctrines. Le Panégyrique de saint Louis, prononcé à l'Académie française (1817), posa un premier jalon à sa candidature près de l'illustre compagnie, et lui valut le titre de prédicateur du roi. L'abbé Frayssinous se fit dès lors appeler M. de Frayssinous. Il était du bois dont on fait volontiers les évêques. Comme aucun siège n'était vacant, il fut sacré évêque d'Hermopolis, in partibus infidelium ; mais on pense bien qu'il ne songea guère à visiter son diocèse ; il resta à Paris, où l'attendait encore une haute dignité, celle de grand maître de l'Université, rétablie tout exprès pour lui. Ce fut lui qui prononça, à Saint-Denis, l'oraison funèbre de Louis XVIII. Enfin, en 1824, il reçut le portefeuille du ministère des cultes.
        On put alors se demander comment serait garantie la liberté promise par la charte aux cultes dissidents, placés ainsi sous la direction d'un évêque catholique, ardent zélateur de la communion à laquelle il appartenait, et hors de laquelle il n'y a point de salut. Il fit bien voir comment il entendait l'égale protection due à tous, et, en réponse aux exigences de l'opinion publique, le roi, bien loin de lui retirer son portefeuille, le fit comte et pair de France ; l'Académie lui offrit le fauteuil de l'abbé Sicard, l'instituteur des sourds-muets. [...]

Jugements sur l'oeuvre et l'action du personnage

        Peu de temps après, le nouvel académicien fit imprimer, sous le titre de Défense du Christianisme, les conférences qu'il avait faites sur la religion. On put alors juger ses titres littéraires, comme on avait jugé le ministre par ses mesures, et l'on vit leur peu de valeur. Froides copies des maîtres, ces conférences, que l'on réédite pourtant encore, n'offrent qu'une banale répétition de tout ce qui a été écrit en faveur du christianisme ; le style en est froid et sans relief ; on n'y rencontre rien de ce qui fait l'orateur ou même le dialecticien puissant, moins encore l'onction pénétrante du vrai croyant. Quant au ministre, avons-nous besoin de rappeler que c'est à lui qu'on doit l'envahissement des écoles publiques par les ordres religieux et surtout par les jésuites, que proscrivaient cependant les lois du royaume ? Les destitutions de professeurs, d'employés, de maîtres d'école, se sont multipliées sous son ministère dans une incroyable proportion ; la persécution dirigée contre l'enseignement mutuel, la désorganisation du collège de Sorrèze, une de nos plus belles institutions, ont complété son oeuvre néfaste.
        L'évêque d'Hermopolis attachait une importance extrême à la pompe extérieure, et en étalait autant que pouvait en comporter son caractère épiscopal. Les habits somptueux, les nombreux valets galonnés, les brillants équipages étaient fort du goût du petit abbé rouerguois, devenu l'un des grands dignitaires de l'Église. Comme grand maître de l'Université, il apportait dans l'exercice de ses fonctions officielles une solennité luxueuse ; il avait un train de prince pour aller présider à la Sorbonne. [...]

Fin de vie

        Lors de la révolution ministérielle qui eut lieu au commencement de 1828 et renversa M. de Villèle, Frayssinous conserva la moitié de son portefeuille, celle des affaires ecclésiastiques, dont on sépara complètement l'instruction publique pour en former un ministère particulier, auquel on appela M. de Vatimesnil. Le roi lui demanda son avis sur les ordonnances de 1830, qu'il préparait, et il s'y opposa. Plus tard, Charles X voulut solliciter pour lui du pape le chapeau de cardinal ; l'abbé refusa, disant qu'il n'en était pas digne. Après la révolution, il ne voulut accepter aucune dignité, et il se retira à Rome.
         C'est de là qu'il partit pour Prague, où la famille royale l'attendait pour guider l'éducation du duc de Bordeaux. Ce n'est qu'en 1838 qu'il revint à Paris, faible, languissant. Il retourna dans le Rouergue, où il mourut. Le duc de Bordeaux lui lit élever un monument funèbre, souvenir affectueux des leçons du précepteur.

Source : Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle
par Pierre Larousse

       
Liens
    Sur le site Gallica de la BnF, on trouve en mode texte les Conférences sur la Religion.
Ici-même vous pouvez lire l'article du Dictionnaire Larousse consacré aux Conférences de Fayssinous ainsi qu'un extrait : Ordre et beautés de la nature