George Gordon Byron (1788-1824)
     

Le Giaour

fragment d'histoire turque

 

1813

       
     
Et vous y étiez aussi, sultans à longues pipes, pâmés sous des tonnelles, aux bras des bayadères, djiaours, sabres turcs, bonnets grecs [...]
Madame Bovary, I, Chap. 6
       
     

L'origine et le sens du mot

GHIAOUR ou GIAOUR ou DJIAOUR s. m.
        Nom par lequel les Turcs désignent les infidèles et surtout les chrétiens. « Il faut avouer que les GHIAOURS ont de l'esprit, disent les vieux Turcs en hochant la tête ; et c'est ce qui les irrite et les inquiète. » (G. Perrot.)
        Étymologie
        Ghiav étant un mot persan qui veut dire veau, le ghiavour ou ghiaour, comme disent les Turcs, c'est l'homme au veau, l'homme au veau d'or ; c'est le païen, c'est l'infidèle, c'est un peu plus qu'un chien, mais un peu moins qu'un homme, et infiniment moins qu'un vrai croyant. Les musulmans, en effet, ont toujours eu le plus grand mépris pour les incroyants. Jusqu'en ces derniers temps, ils les ont astreints à se coiffer d'un turban noir, leur ont refusé le droit de témoigner en justice, ou tout au moins ne le leur ont permis qu'avec certaines restrictions, leur ont interdit l'usage des voitures dans la ville, et sur les grands chemins, etc. Tout cela est horriblement intolérant ; mais comme il n'est pas dit, après tout, que les ulémas aient brûlé les hérétiques ni même les infidèles, nous n'avons aucun droit, nous chrétiens, de leur reprocher leur barbare fanatisme.
        De plus, le respect de l'opinion d'autrui entre de plus en plus dans les mœurs turques, nos institutions tendent à s'implanter en Turquie, et les mahométans, en gens d'esprit, au lieu de songer à nous emprunter nos superstitions, songent sérieusement à s'assimiler notre civilisation.
        Quant au mot giaour, les gens bien élevés ne se le permettent plus, et le code correctionnel, qui n'est pas tendre, le punit comme une grossière injure. En cela, ces gens que nous traitons de barbares sont en progrès sur nous, puisque nous n'avons pas complètement renoncé à les traiter d'infidèles.

Source  : Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle
par Pierre Larousse
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N. B. Aujourd'hui, "Gaouri" s'emploie toujours, au sens de non-musulman, Européen. Il a souvent un sens péjoratif.


 

The Giaour, a fragment of a Turkish Tale

poème de Lord Byron.

        Poème anglais de Byron. Un événement où Byron joua un rôle lui donna la première idée de ce poème ; mais quant au fait d'avoir été lui-même l'amant de la jeune esclave, son héroïne, rien n'est moins exact. La jeune fille dont Byron sauva les jours à Athènes était, d'après le témoignage de M. Hobhouse, la maîtresse de son domestique. Relativement aux détails fournis sur cette affaire par le marquis de Sligo, on peut consulter les Mémoires de Thomas Moore.
 
        Tout le sujet du poème roule sur le supplice de Leïla, une esclave du musulman Hassan, que ce maître farouche, sur un soupçon de jalousie, fait enfermer dans un sac de cuir et jeter à la mer. La mort de Leïla est vengée par le Giaour qui l'aime. Celui-ci tue Hassan dans un combat singulier, et, désespéré d'avoir perdu sa maîtresse, il se fait caloyer.
        « Ce poème, dit Byron dans son avertissement, repose sur des circonstances moins fréquentes aujourd'hui qu'autrefois en Orient, soit que les femmes soient plus circonspectes que dans les vieux temps, soit que les chrétiens se montrent moins entreprenants ou plus habiles. »
 
        Le Giaour, publié au mois de mai 1813, fut payé à l’auteur 525 livres sterling. Il augmenta encore la réputation de Byron, si glorieusement inaugurée par les deux premiers chants de Child Harold. On peut remarquer que, dans le Giaour, le premier des poèmes-romans de lord Byron, sa versification reflète une partie de son enthousiasme pour le Christabel de Coleridge. Walter Scott, dans le Lai du dernier ménestrel, avait adopté déjà ce rythme irrégulier. Quant à la composition fragmentaire de l'ouvrage, l'idée en fut suggérée à lord Byron par le poème alors nouveau et en vogue de M. Rogers, Christophe Colomb. La prédilection de Byron pour l'Orient datait, du reste, de plus loin, et depuis longtemps il était familiarisé avec l'histoire des Ottomans. « Le vieux Knolles, disait-il avant sa mort à Missolonghi, est un des livres qui m'ont procuré le plus de jouissance lorsque j'étais enfant. Je crois qu'il a beaucoup contribué à faire naître en moi le désir de visiter le Levant, et peut-être lui dois-je le coloris oriental qui est un des caractères de ma poésie. »
 
        Byron prétendit en d'autres temps avoir entendu raconter l'histoire qui forme le sujet de ce poème par un de ces improvisateurs qui chantent ou récitent de merveilleuses aventures dans les cafés. « Je ne sais, dit M.-B. Laroche, un des meilleurs traducteurs de Byron, à quelle source l'auteur de ce singulier ouvrage a puisé ses renseignements. Quelques-uns de ses épisodes peuvent se trouver dans la Bibliothèque orientale de d'Herbelot ; mais, pour la vérité des mœurs, la richesse des descriptions, la puissance d'imagination, il laisse bien loin toutes les imitations européennes. »
 

Les tableaux inspirés par l'œuvre

        
Le Giaour, tableau d'Ary Scheffer.
 
        L'artiste s'est inspiré du passage suivant du poème de lord Byron : « Quand l'hymne ébranle le chœur et que les moines s'agenouillent, il se retire à l'écart. Voyez sous le porche sa figure éclairée par cette torche solitaire et vacillante. Là, il s'arrête jusqu'à ce que tout soit terminé. Il écoute l'a prière, mais n'en prononce aucune. Là, quand l'harmonie élève ses louanges les plus éclatantes vers le ciel, voyez cette joue livide, cette expression glacée, mélange de défi et de désespoir !  »
        Ary Scheffer a rendu cette scène sombre et pathétique avec beaucoup d'énergie. Le Giaour, appuyant son poing sur son front livide, a une physionomie des plus expressives. Les moines qui prient, dans le fond du tableau, formeraient un contraste plus saisissant avec le personnage principal, s'ils étaient plus en évidence.
        Ce tableau a figuré au salon de 1833 et à l'exposition posthume des œuvres du maître, en 1859. À cette dernière date, il appartenait à Mme Pescator. Il a été lithographié par M. Max Fajans.
        Avant Scheffer, Horace Vernet avait traduit un épisode du Giaour de Byron, son tableau a été gravé par Jazet.
 

 Le Giaour, tableau d'Eugène Delacroix.


        L'épisode retracé dans cette composition est celui où le Giaour, poursuivant les ravisseurs de sa maîtresse, arrive jusqu'au bord de la mer, tout frémissant de ne pouvoir s'élancer après la barque qui les emporte. Il a lancé son cheval sur la pente rapide du rivage, mais l'abîme s'est interposé tout à coup entre lui et les fugitifs. Les flots mouvants se rient de sa colère, et leur voix couvre sa voix. Son poing crispé par la rage s'élève impuissant vers le ciel. Au souffle qui vient de la mer, son turban se déroule et fouette l'air. Ce cavalier est superbe dans son attitude violente ; son cheval est d'une couleur et d'un dessin un peu aventurés, mais la mer est magnifique, l'ensemble a une harmonie puissante.
        Cette toile, de petite dimension, a été exposée au Salon de 1850.
 

Combat du Giaour et du Pacha

         En 1855, Delacroix exposa le Combat du Giaour et du Pacha, composition remarquable par l'éclat des costumes et la vivacité fiévreuse de l'exécution, mais quelque peu décousue, et qui, suivant M. Th. Gautier, serait très inférieure à une peinture sur le même sujet, exécutée par le même maître, qu'avait possédée Alexandre Dumas père.

Source  : Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle
par Pierre Larousse
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Liens
   

Portraits et images de la vie de Byron – Biographie de Byron
Poésies de Lord Byron (en anglais)
Wikisource propose le texte intégral en anglais.

Sur ce site, vous trouverez trois extraits de l'œuvre : Le rendez-vous du Giaour et de Leila, la mort de LeilaLe combat du Giaour et du PachaLe Giaour six ans plus tard : Un héros romantique.

Le Giaour a été traité par plusieurs peintres dont Théodore Géricault, Horace Vernet, Ary Scheffer, Gustave Wappers, Eugène Delacroix.