François-Guillaume Ducray-Duminil
     


Victor ! Oh mon Dieu ! Vous me l'avez rendu !

Victor ou

L'Enfant de la forêt

1796

       
     
Pendant six mois à quinze ans Emma dévora l'une après l'autre toutes les glorifications emphatiques des passions à manteau noir, depuis Caroline de Lichtfield jusqu'à Corinne en passant par Numa Pompilius, l'enfant de la forêt, les histoires d'Ann Radcliffe et Madame Cottin d'un bout à l'autre. [f°1_163v]
       
     

Résumé du roman

        Le héros de cette histoire, enfant abandonné, a été recueilli et élevé par le baron de Fritzierne, qui le traite comme s'il était son fils. Grandissant avec Clémence, la fille du baron, le jeune homme s'aperçoit qu'il l'aime en amant bien plus qu'en frère et qu'il est payé de retour. Cette découverte le réduit au désespoir ; car il comprend que, dans sa position, il ne peut aspirer à la main de la fille de son bienfaiteur.
        S'armant de courage, il prend la résolution de fuir et se dispose à la mettre à exécution, lorsqu'il entend des cris poussés par une femme que des brigands allaient assassiner ; il vole à son secours, suivi de son fidèle serviteur Valentin, et arrive à temps pour lui sauver la vie. Mme Wolf, qu'il vient d'arracher à la mort, est poursuivie par la vengeance de Roger, un brigand célèbre, la terreur du pays, qui vient attaquer le château. Son criminel projet échoue, grâce à la valeur de Victor qui le désarme et va le tuer, lorsque Mme Wolf arrête son bras et lui découvre qu'il allait commettre un parricide.
        Le jeune homme se rend auprès de son père, dont il se fait reconnaître, et le conjure d'abandonner son métier honteux ; Roger refuse, et Victor part en voyage afin de s'éloigner de Clémence. La fille du baron, désespérée à son tour, s'enfuit de la maison paternelle et veut ensevelir son amour dans la solitude. Elle se réfugie dans un ermitage désert, où le hasard amène le malheureux Victor. Les deux amants se retrouvent et se croient sur le point d'atteindre le but de leurs voux, puisque le baron de Fritzierne aime mieux consentir à leur union que de perdre sa fille, lorsqu'un nouveau coup du sort vient les frapper.
        Roger a été capturé et condamné à mort ; un de ses complices reconnaît Victor et le désigne à la vengeance populaire comme le fils du brigand. On le charge de chaînes et on le jette dans un cachot, malgré les pleurs de Clémence. La fille du baron court au palais du souverain, lui raconte ses malheurs et l'attendrit assez pour que ce prince daigne venir briser lui-même les chaînes de Victor. Tant d'émotions successives ont brisé le jeune homme. On craint pour ses jours, et le baron de Fritzierne succombe lui-même, épuisé par les épreuves qui l'ont assailli. La jeunesse de Victor triomphe du mal, et, après avoir pleuré son bienfaiteur, il épouse Clémence, qu'il n'a cessé d'adorer.
         
        La morale de ce roman n'est pas très neuve ; la voici : tôt ou tard, le vice reçoit sa punition, et la vertu sa récompense. Sans doute, les moyens employés pour amener cette conclusion ne sont pas toujours conformes à la vraisemblance ; mais ce défaut plaît aux enfants, amis du merveilleux, et il ne faut pas oublier que Ducray-Duminil, comme Berquin, est avant tout l'ami des enfants.
        Cet ouvrage est le produit d'une imagination vive, habile à combiner des aventures de mélodrame, pleine de sentiment et de naïveté ; les caractères y sont bien tracés et suivis ; le style est clair, assez correct, vif ; le seul reproche sérieux qu'on puisse adresser à l'auteur, c'est de n'avoir pas su éviter l'emphase.
        Victor ou l'Enfant de la forêt passe pour le chef-d'ouvre de Ducray-Duminil, qui sut jadis si bien intéresser la jeunesse.

Source  : Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle
par Pierre Larousse
.

       
Liens
    Le Projet Gutenberg propose le texte du roman.