FOLIO 55 (copiste) : Paul et Virginie - Assiettes - Couvent
   
 

[Les caractères en rouge indiquent ce qui sera modifié
dans le texte édité. Les corrections en bleu
ont été portées sur le folio du copiste.
]
 

 

        Avant qu'elle ne se mariât, elle avait
cru avoir de l'amour, mais le bonheur qui au-
rait dû résulter de cet amour n'étant pas venu, il
fallait qu'elle se fut trompée, songeait-elle ; et Emma
cherchait à savoir ce que l'on entendait au juste, dans
la vie, par les mots de félicité, de passion et d'ivresse
qui lui avaient paru si beaux dans les livres.
 
VI 
      A douze ans, elle avait lu Paul et Virginie
et elle avait rêvé la maisonnette de bambous, le
nègre Domingo, le chien fidèle, mais surtout l'amitié
douce de quelque bon petit frère, qui va chercher pour
vous des fruits rouges dans des grands arbres plus hauts
que des clochers, ou qui court pieds nus, sur le sable,
vous apportant un nid d'oiseau.
             Lorsqu'elle eut treize ans, son père l'amena
lui-même à la ville, pour la mettre au couvent. Ils
descendirent dans une auberge du quartier St Gervais,
ils eurent à leur souper des assiettes peintes, qui repré-
sentaient l'histoire de Melle de Lavallière ; Les explica-
tions légendaires coupées çà et là, par l'égratignure
des couteaux glorifiaient toutes la Religion, les
délicatesses du coeur et les pompes de la Cour.
             Loin de s'ennuyer au couvent les premiers
temps, elle se plut au contraire dans la société des
bonnes Soeurs, qui pour l'amuser, la conduisaient
dans la Chapelle où l'on pénétrait du réfectoire, par
un long corridor. Elle jouait fort peu durant les
récréations, ce qui lui valut l'estime de ses maîtresses,
d'autant qu'elle
comprenait bien le cathéchisme et
que c'est elle qui répondait toujours au Vicaire, dans