Les contes moraux : réponses
 

La micro-séquence  [extraits des brouillons]

   

  Les caractéristiques de cette littérature

Son coeur ensuite s'était attendri / ému aux sensibilités / charités enfantines qui garnissent /emplissaient / peuplent des livres du Second Âge
(Exemples de la Jeunesse, Veillées du Château, Jeunes marins célèbres et autres) tous pleins d'actions / histoires vertueuses de bienfaisance et de dévouement - actions d'éclat littérature vertueuse - morales en action,
sont comme la fleur d'oranger qui parfument la littérature d'eau sucrée

  Les "héros" de ces contes et leurs actions

personnages sensibles,
Jeunes marins célèbres
enfants / jeunes filles se sacrifiant pour leurs mères,
serviteurs / domestiques se dévouant pour leurs maîtres
riches / jeunes demoiselles faisant l'aumône à de vieux militaires invalides à la porte des châteaux
princesses inconnues de sang royal dans la chaumière / cabane d'un garde chasse - qui visitent les paysans tandis qu'une calèche
petits garçons qui se jettent dans les incendies
chiens du Mont St-Bernard, sauvant les voyageurs dans la neige
Androclès - hommes qui pansant la patte des lions
enfants perdus. Mères retrouvées. Orphelins sur la paille
 

   
 

Analyser

   

  Qualités personnelles et actions louées dans ces contes

Courage, désintéressement, attention aux autres, compassion, dévouement, sensibilité.
Actes qui impliquent de mettre en jeu sa vie, de payer de sa personne pour autrui :
actes d'héroïsme et d'éclat, sauvetage dans la neige, dans les incendies, en mer.

  Aspects du monde réel

Problèmes sociaux : Les guerres et leurs conséquences : invalides, veuves, orphelins, séparation et perte des proches.
Pauvreté et même misère, enfants perdus ou orphelins sur la paille, malheur.

Quelles classes sociales sont évoquées ? Princesses de sang royal, jeunes filles riches, maîtres.
Anciens soldats réduits à la pauvreté, paysans, garde-chasse, domestiques, serviteurs.

Rapports entre les classes : qui aide qui ? Les riches font la charité aux pauvres, les serviteurs se dévouent pour leur maître, les animaux et les enfants se portent au secours des autres.
 

   
 

Les développements dans la suite du roman

   

  Les intermittences de la charité

Hippolyte le pied-bot et l'aveugle ne bénéficieront pas de la bienveillance d'Emma.
Elle est parfois, pendant un cours moment, charitable. Mais les commentaires impitoyables du narrateur ou son ironie dissipent aussitôt tout malentendu :

Les bourgeoises admiraient son économie, les clients sa politesse, les pauvres sa charité.
Mais elle était pleine de convoitises, de rage, de haine.
[II, 5 - Après le départ de Léon]

Alors, elle se livra à des charités excessives. Elle cousait des habits pour les pauvres ; elle envoyait du bois aux femmes en couches ; et Charles, un jour en rentrant, trouva dans la cuisine trois vauriens attablés qui mangeaient un potage.
[II, 14 - La convalescence d'Emma]

Du reste, elle enveloppait tout maintenant d'une telle indifférence, elle avait des paroles si affectueuses et des regards si hautains, des façons si diverses, que l'on ne distinguait plus l'égoïsme de la charité, ni la corruption de la vertu.
[II, 14 - La convalescence d'Emma]

Cependant, elle soupira :
– Ce qu'il y a de plus lamentable, n'est-ce pas, c'est de traîner, comme moi, une existence inutile ? Si nos douleurs pouvaient servir à quelqu'un, on se consolerait dans la pensée du sacrifice !
Il se mit à vanter la vertu, le devoir et les immolations silencieuses, ayant lui-même un incroyable besoin de dévouement qu'il ne pouvait assouvir.
– J'aimerais beaucoup, dit-elle, à être une religieuse d'hôpital.
– Hélas ! répliqua-t-il, les hommes n'ont point de ces missions saintes, et je ne vois nulle part aucun métier..., à moins peut-être que celui de médecin...
[III, 1 - Retrouvailles avec Léon]

  À quels échos du monde sera-t-elle attentive ? Aucun.

  Comment mettra-t-elle en action ces leçons de vertu ?
La vie d'Emma n'est pas un modèle de vertu.
Analyse des occurrences :

Les mots morale, dévouement, etc., appartiennent plutôt au vocabulaire de Homais ou des discours officiels.
Pour Emma, c'est un rôle de composition qu'elle joue, par intermittence, avec les uns ou les autres. Pour le reste, elle se repend d'être restée vertueuse.
L'évocation de la vertu sont les angles d'attaque des hommes qui désirent Emma. Rodolphe avec un discours provocateur tonne contre le devoir et fait l'éloge de la passion ; Léon, dans un discours plein d'hypocrisie, vante le sacrifice et le dévouement.
 

   
 

Les suppressions

      Les personnages disparus
Le Robinson suisse avec ses trois garçons ainsi que Joseph (lire les notices) n'apparaissent que dans les plans et scénarios. Androclès disparaît assez vite.
Sans doute parce qu'ils sont inutiles à la construction du personnage d'Emma : il n'en restera aucune trace, même cachée, dans son caractère ou sa psychologie.
Emma ne peut en rien s'identifier avec ces personnages masculins, vivant dans des époques et des lieux qui n'évoquent rien pour elle. Elle n'y trouve donc "aucune consommation immédiate".

  La séquence disparue
Emma adulte va adopter un mode de vie très différent et même opposé à ce qui a enchanté sa jeunesse.
Si Flaubert laisse subsister ce passage sur la lecture des contes moraux, il lui faudra justifier ce revirement, donc imaginer des séquences qui ne feraient que retarder et alourdir la progression du roman.
Comme pour les contes de fées, ou les développements sur Paul et Virginie, l'esthétique du roman, fondée sur l'économie de moyens semble dicter ces suppressions.