Assiettes peintes : réponses

 

Repérer et regrouper les éléments qui se modifient

 
   

Ces extraits proviennent du fichier où sont regroupés les passages concernant les assiettes peintes.

    1 - À 13 ans son père l'amena au couvent / l'amena lui-même à R[ouen] pr
       2 - Quand elle eut 13 ans à peu près son père l'amena lui-même à R[ouen] à la ville pour la mettre en pension au couvent
       3 - Lorsque elle eut 13 ans, son père l'amena lui-même à la ville, pour la mettre au couvent

    cabaret / auberge
       on descendit... on leur servit / ils descendirent... on leur servit
       un soir / le soir
       au dessert / au dîner / à souper
       assiettes de fayence / de porcelaine brune / assiettes de fayence peintes / assiettes peintes

  1 - on la voyait sur l'une d'elle avec une gde robe à queue qui traînait sur les pavés / et les cheveux frisés
       2 - Sur l'une d'elle, on la voyait avec une gde robe à queue
       3 - [rien...]

  1 - au bas des assiettes les explications de chaque scène avaient dix lignes, et étaient d'une fine écriture fine  brisée çà et là par le tranchant des couteaux
       2 - dont les lignes étaient brisées çà et là / interrompues de raies brunes
       3 - les explications légendaires coupées çà et là par l'égratignure des couteaux
       4 - les explications de chaque tableau dont les lignes nombreuses étaient brisées / coupées çà et là par la coupure / l'égratignure des couteaux
       5 - les explications légendaires coupées çà et là par l'égratignure des couteaux

  1 - les explications [...] glorifiaient toutes les forces de la Religion et les pompes de la Cour / les délicatesses du coeur
       2 - les explications légendaires [...] glorifiaient toutes la Religion, les délicatesses du coeur et les pompes de la Cour
 

 
   
 
 

Les corrections qui concernent le récit ou l'histoire

 
   

  Les invraisemblances
Robe à grande queue sur les pavés
Scène "intime " entre Louis XIV et Mlle de la Vallière dans la rue (sur les pavés)
Scène très précise, nombreux détails raffinés sur de la porcelaine brune
Dix lignes de texte + scène complexe à deux personnages sur une même assiette

  Les description et précisions inutiles
Grande robe à queue (nous dirions : à traîne ) / cheveux frisés

  Autocensure
    "embrassant d'une main un crucifix, tandis qu'elle repoussait de l'autre Louis XIV qui s'avançait, le chapeau bas"

La scène représentée illustre de manière allégorique le choix de Mlle de La Vallière, maîtresse du roi Louis XIV, qui quitta la Cour et se fit religieuse au Carmel. Mlle de La Vallière était entourée de légendes et fort populaire.

Cette scène est tout à fait en cohérence avec les idées qu'Emma se fait des rapports entre l'homme et la femme – femme-fée de son enfance, femme reine ou amante de ses lectures romantiques.
Flaubert n'abandonnera pas tout : la robe à traîne de Mlle de La Vallière se retrouvera plus loin, dans le roman (voir déplacements) - mais pas la scène du crucifix.
L'image d'un grand roi s'abaissant en public devant une femme est sans doute un sujet sensible, peu acceptable depuis la Restauration.
Certes, la Royauté s'incline devant la Religion mais n'a pas besoin de femme médiatrice ou donneuse de leçon.
On verra dans la suite du chapitre plusieurs autres abandons de ce qui a trait à la politique ou au catholicisme.

 
   
 
 

Les corrections qui concernent le style

 
   

  Suppression des assonances
Quand elle eut 13 ans son père l'amena lui-même à R[ouen] pour la mettre en pension au couvent
Lorsque elle eut 13 ans son père l'amena lui-même à la ville pour la mettre au couvent

  Suppression des ambiguïtés
– à 13 ans, son père l'amena
– on descendit... on leur servit / ils descendirent... on leur servit

  L'allégement de la syntaxe
tandis que... qui ...

  La recherche du mot juste - les bégaiements de l'auteur
cabaret / auberge
au dîner / à souper
assiettes de fayence / de porcelaine brune / assiettes de fayence peintes / assiettes peintes
coupées par le tranchant / la coupure / l'égratignure des couteaux

Reprise de l'amena sans aucun changement ni de mot, ni de place.

  La place des mots
- on la voyait avec une grande robe / sur l'une d'elle on la voyait / on la voyait sur l'une d'elle / [suppression]

  Les enchaînements
Aucun adverbe indiquant le temps ou la cause (ex : alors - ensuite...)

Mais le début du paragraphe « Quand elle eut treize ans » va entraîner la suppression, sur le folio du copiste de « A douze ans elle avait lu P. et V. »
 

 
   
 
 

Les corrections qui concernent la composition générale

   

  L'économie de moyens

    « Son père l'amena lui-même »
Flaubert attire l'attention sur « lui-même » – qui d'autre aurait pu l'amener ? – mais l'important est l'absence de la mère, ce qui est étonnant pour la présentation d'Emma au couvent : l'éducation des filles et la religion était plutôt du domaine de la mère.
Une soirée familiale aurait nécessité un développement. Mais la mère n'existe dans le roman que pour mourir vite et fournir à Emma une cause de douleur romantique intéressante.

 
   
 
 

Les déplacements et les rappels

   

  Souvenirs

       Elle eut dans ce temps-là le culte de Marie Stuart, et des vénérations enthousiastes à l'endroit des femmes illustres ou infortunées. Jeanne d'Arc, Héloïse, Agnès Sorel, la belle Ferronnière et Clémence Isaure, pour elle, se détachaient comme des comètes sur l'immensité ténébreuse de l'histoire, où saillissaient encore çà et là, mais plus perdus dans l'ombre et sans aucun rapport entre eux, saint Louis avec son chêne, Bayard mourant, quelques férocités de Louis XI, un peu de Saint-Barthélemy, le panache du Béarnais, et toujours le souvenir des assiettes peintes où Louis XIV était vanté.
[I, 6 - § 6 - Emma au couvent]

  Le roi et sa maîtresse - la reine et son amant

        Cependant, au haut bout de la table, seul parmi toutes ces femmes, courbé sur son assiette remplie, et la serviette nouée dans le dos comme un enfant, un vieillard mangeait, laissant tomber de sa bouche des gouttes de sauce. Il avait les yeux éraillés et portait une petite queue enroulée d'un ruban noir. C'était le beau-père du marquis, le vieux duc de Laverdière, l'ancien favori du comte d'Artois, dans le temps des parties de chasse au Vaudreuil, chez le marquis de Conflans, et qui avait été, disait-on, l'amant de la reine Marie-Antoinette entre MM. de Coigny et de Lauzun. Il avait mené une vie bruyante de débauches, pleine de duels, de paris, de femmes enlevées, avait dévoré sa fortune et effrayé toute sa famille. Un domestique, derrière sa chaise, lui nommait tout haut, dans l'oreille, les plats qu'il désignait du doigt en bégayant ; et sans cesse les yeux d'Emma revenaient d'eux-mêmes sur ce vieil homme à lèvres pendantes, comme sur quelque chose d'extraordinaire et d'auguste. Il avait vécu à la Cour et couché dans le lit des reines !
[I, 8 - Bal à la Vaubyessard]

  L'homme aux pieds de la femme

        L'Homme du monde aux pieds de Marie, par M. de ***, décoré de plusieurs ordres
[II, 14 - Les lectures d'Emma pendant sa convalescence]

  Le rejet du monde et de ses plaisirs

        [...] et dans l'orgueil de sa dévotion, Emma se comparait à ces grandes dames d'autrefois, dont elle avait rêvé la gloire sur un portrait de la Vallière, et qui, traînant avec tant de majesté la queue chamarrée de leurs longues robes, se retiraient en des solitudes pour y répandre aux pieds du Christ toutes les larmes d'un coeur que l'existence blessait.
[II, 14 - La convalescence d'Emma]

        [...] Quant au souvenir de Rodolphe, elle l'avait descendu tout au fond de son coeur ; et il restait là, plus solennel et plus immobile qu'une momie de roi dans un souterrain.
[II, 14 - La convalescence d'Emma]
 

 
   
 
   

  L'ordre des brouillons
La question ne se pose pas pour cette séquence. On voit nettement le passage entre les plans, le brouillon, le manuscrit définitif, le copiste.

  En conclusion :
Flaubert construit ses séquences en élaguant impitoyablement tout mot, tout détail, tout idée inutile.
Mais, du même coup, il les enrichit par la densité de son texte épuré.
Par sa volonté de faire une oeuvre rigoureuse dans sa composition - en même temps que belle à entendre - il compose un roman entier comme un poème.