FOLIO 74 : La Dumesnil - romans d'amour - moyen-âge
   
Il y avait au couvent une vieille fille nommée la Dumesnil qui
                                                     quinze      /  │travaillait
venait tous les mois, pendant huit jours, travailler à la lingerie.
                                                    huit
Protégée par l'archevêché comme appartenant de loin, à une ancienne
                                                                   dans sous
famille de gentilshommes ruinée  pendant la Révolution, elle mangeait
                                                             -[illis.]
au réfectoirà la table des Bonnes Sours, et faisait avec elles,
après le repas, un petit bout de Causette autour de poêle, avant
                                              Souvent
de remonter à son ouvrage. Les pensionnaires dans la journée
 s'échappaient de l'étude pr l'aller voir. elle savait par cour
des chansons galantes du siècle passé, qu'elle chantait à demi voix,
tout en poussant son aiguille. Elle contait des histoires, & vous
apprenait des nouvelles, faisait en ville vos commissions, et même
              en cachette   [illis.]
 
prêtait aux grandes   quelque roman bien amusant qu'elle avait
                             en cachette
toujours dans les poches de son tablier, et dont la bonne
                                        dévorait avidement
demoiselle, elle-même, les deux pieds sur sa chaufferette lisait
tranquillement  de longs chapitres, dans les intervalles de sa besogne.
Ce n'étaient qu'amours, amants, amantes, dames persécutées
s'évanouissant dans des pavillons solitaires, postillons qu'on tue à
tous les relais, chevaux qu'on crève à toutes les pages, forêts sombres,
                                                                                 &
troubles du cour, serments, sanglots, larmes et baisers, nacelles
au clair de lune, rossignols dans les bosquets, messieurs braves
comme des lions, doux comme des agneaux, vertueux comme on
ne l'est pas, toujours bien mis - et qui pleurent comme des
                                                                               se graissa
urnes. Pendant six mois, à quinze ans, Emma se roula donc
                             mains
           donc les doigts à tout cette poussière  [illis.]
l'esprit dans tout ce fond poudreux  des vieux cabinets de lecture
de province Avec Walter Scott plus tard, elle s'éprit de choses
historiques, rêva bahuts, salle des gardes et ménestrels.
                                                 quelque  un            / à tourelles /
Elle aurait voulu vivre dans quelque vieux manoir, entouré
d'un lac, au milieu des bois  comme ces châtelaines au long
                     corsage qui derrière le vitrail des ogives
                             
sous le trèfle des ogives