Lord Byron
     

Le combat du Giaour

et du Pacha

       
     
And now the foe their covert quit,
And call his vassals to submit;
But Hassan's frown and furious word
Are dreaded more than hostile sword,
Nor of his little band a man
Resigned carbine or ataghan,
Nor raised the craven cry, Amaun!
In fuller sight, more near and near,
The lately ambushed foes appear,
And, issuing from the grove, advance
Some who on battle-charger prance.
Who leads them on with foreign brand,
Far flashing in his red right hand?
"Tis he! 'tis he! I know him now;
I know him by his pallid brow;
I know him by the evil eye
That aids his envious treachery;
I know him by his jet-black barb:
Though now arrayed in Arnaut garb
Apostate from his own vile faith,
It shall not save him from the death:
'Tis he! well met in any hour,
Lost Leila's love, accursed Giaour!
En ce moment l’ennemi quitte les rochers qui le couvraient et ordonne aux voyageurs de se rendre ; mais le regard et la parole d’Hassan sont plus redoutés des siens que le glaive des assaillants ; personne ne dépose la carabine ou le yatagan et ne pousse le cri du lâche : « Aman ! ».
Les derniers des brigands ont quitté leur embuscade et tous réunis se rapprochent de plus en plus ; plusieurs sortent à cheval du bosquet de pins. Quel est celui qui les conduits tous, tenant une épée de forme étrangère qui étincelle dans sa main sanglante ?
« C’est lui ! c’est lui ! je le reconnais maintenant : je le reconnais à son front pâle et à ce regard funeste qui l’aide dans ses trahisons ; je le reconnais à sa barbe noire comme le jais : le costume d’un Arnaute qu’il a revêtu, apostat de sa vile croyance, ne le sauvera pas de la mort : c’est lui ! sois le bienvenu à toute heure, amant de la perfide Leïla, Giaour trois fois maudit ! »
As rolls the river into ocean,
In sable torrent wildly streaming;
As the sea-tide's opposing motion,
In azure column Proudly gleaming
Beats back the current many a rood,
In curling foam and mingling flood,
While eddying whirl, and breaking wave,
Roused by the blast of winter, rave;
Through sparkling spray, in thundering clash,
The lightnings of the waters flash
In awful whiteness o'er the shore,
That shines and shakes beneath the roar;
Thus - as the stream, and Ocean greet,
With waves that madden as they meet -
Thus join the bands, whom mutual wrong,
And fate, and fury, drive along.
The bickering sabres’ shivering jar;
And pealing wide or ringing near
Its echoes on the throbbing ear,
The deathshot hissing from afar;
The shock, the shout, the groan of war,
Reverberate along that vale
More suited to the shepherds tale:
Though few the numbers - theirs the strife
That neither spares nor speaks for life!
Ah! fondly youthful hearts can press,
To seize and share the dear caress;
But love itself could never pant
For all that beauty sighs to grant
With half the fervour hate bestows
Upon the last embrace of foes,
When grappling in the fight they fold
Those arms that ne'er shall lose their hold:
Friends meet to part; love laughs at faith;
True foes, once met, are joined till death!

Quand un fleuve roule jusqu’à l’Océan l’impétueux torrent de ses noires ondes, souvent on voit les vagues de la mer lui opposer une force égale, et s’élevant fièrement en colonne azurée fait remonter bien loin le courant parmi les flocons d’écume et les flots furieux qui s’entrechoquent tourbillonnante sous le souffle de l’hiver : d’humides éclairs brillent à travers une étincelante fumée ; les eaux mugissent comme le tonnerre et se précipitent avec une formidable vitesse sur la côte qui brille et s’ébranle sous le choc.

De même que ces deux courants se lancent l’un contre l’autre avec une fureur insensée ; ainsi se joignent les deux troupes que de mutuelles injures, leur destin et leur âge poussent toutes deux en avant. Le cliquetis des sabres qui se heurtent et s’ébrèchent, les détonations lointaines ou rapprochées qui résonnent à l’oreille assourdie, le projectile mortel qui siffle dans l’air, le choc des combattants, leurs cris, les gémissements des blessés, tous ces bruits se répercutent le long de la vallée mieux faite pour retentir des chants des bergers.
Quoique les combattants soient peu nombreux, cette lutte est de celle dans lesquelles on n’accorde ni ne demande la vie.
Ah ! elle est énergique l’étreinte de deux jeunes coeurs qui se prodiguent de mutuelles caresses ; pourtant jamais, pour s’emparer de tout le bonheur que la beauté lui accorde en soupirant, jamais l’amour n’aura la moitié de la fureur que montre la haine dans le mortel embrassement de deux ennemis acharnés, quand, se saisissant au milieu de la mêlée ils enlacent leurs bras dans une étreinte que rien ne pourra dénouer.
Non ! des amis se rencontrent pour se séparer bientôt ; l’amour se rit des noeuds qu’il a formés ; mais quand de véritables ennemis sont une fois réunis, ils le sont même dans la mort

With sabre shivered to the hilt,
Yet dripping with the blood he spilt;
Yet strained within the severed hand
Which quivers round that faithless brand;
His turban far behind him rolled,
And cleft in twain its firmest fold;
His flowing robe by falchion torn,
And crimson as those clouds of morn
That, streaked with dusky red, portend
The day shall have a stormy end;
A stain on every bush that bore
A fragment of his palampore
His breast with wounds unnumbered riven,
His back to earth, his face to heaven,
Fallen Hassan lies - his unclosed eye
Yet lowering on his enemy,
As if the hour that sealed his fate
Surviving left his quenchless hate;
And o'er him bends that foe with brow
As dark as his that bled below.

Son cimeterre, brisé jusqu’à la garde, dégoutte encore du sang qu’il a répandu ; sa main, séparée du poignet serre convulsivement ce glaive qui a trahi son courage ; son turban, fendu à l’endroit le plus épais a roulé loin de lui ; sa robe flottante est hachée de coups de sabre et rouge comme ces nuages du matin, qui, rayés de lignes sombres, annoncent une tempête pour la fin du jour ; chaque buisson ensanglanté porte un lambeau de son châle aux couleurs splendides ; sa poitrine est couverte d’innombrables blessures : enfin, couché sur le dos, la face vers le ciel, gît le malheureux Hassan, tournant encore vers l’ennemi ses yeux tous grands ouverts, comme si sa haine inextinguible eût survécu à l’heur qui avait fixé son destin.

Sur lui se penche son ennemi avec un front aussi sombre que celui du cadavre.

'Yes, Leila sleeps beneath the wave,
But his shall be a redder grave;
Her spirit pointed well the steel
Which taught that felon heart to feel.
He called the Prophet, but his power
Was vain against the vengeful Giaour:
He called on Allah - but the word.
Arose unheeded or unheard.
Thou Paynim fool! could Leila's prayer
Be passed, and thine accorded there?
I watched my time, I leagued with these,
The traitor in his turn to seize;
My wrath is wreaked, the deed is done,
And now I go - but go alone.'

« Oui, Leila dort sous la vague, mais lui, il aura une tombe sanglante : l’âme de Leïla dirigeait l’acier qui a percé le coeur de son meurtrier. Il a invoqué le prophète ; mais Mahomet a été impuissant contre la puissance du Giaour : il a invoqué Allah, mais sa voix n »a pas été écoutée. Insensé musulman ! le ciel pouvait-il exaucer ta prière, toi qui as été sourd à celle de Leila ? J’ai épié l’occasion propice ; j’ai fait alliance avec ces braves pour surprendre le traître à son tour : ma rage est assouvie ; l’acte est consommé, et maintenant je pars… mais je pars seul.

Oeuvres complètes de Lord Byron
Les veillées littéraires illustrées, éd. J. Bry aîné, non datée
Traduction de Louis Barré

       
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