Bernardin de Saint-Pierre
   


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Paul et Virginie
 

Une végétation luxuriante

       
     
[Emma] essaya de semer des graines dans le jardin pour voir pousser des arbres. Elle enfouit en terre un noyau de pêcher, mais rien ne sortit l'année suivante et elle eut même du mal à en retrouver la place. [f° 1_125v]
       
     

          Comme Virginie dirigeait toujours au bien d'autrui ses actions même les plus communes, elle ne mangeait pas un fruit à la campagne qu'elle ne mît en terre les noyaux ou les pépins. « Il en viendra, disait-elle, des arbres qui donneront leurs fruits à quelque voyageur, ou au moins à un oiseau. » Un jour donc qu'elle avait mangé une papaye au pied de ce rocher, elle y planta les semences de ce fruit. Bientôt après, il y eut plusieurs papayers, parmi lesquels il y en avait un femelle, c'est-à-dire, qui porte des fruits.

          Au pied du rocher la Découverte de l'amitié est un enfoncement d'où sort une fontaine, qui forme, dès sa source, une petite flaque d'eau, au milieu d'un pré d'une herbe fine. Lorsque Marguerite eut mis Paul au monde, je lui fis présent d'un coco des Indes qu'on m'avait donné. Elle planta ce fruit sur le bord de cette flaque d'eau, afin que l'arbre qu'il produirait servît un jour d'époque à la naissance de son fils. Madame de La Tour, à son exemple, y en planta un autre, dans une semblable intention dès qu'elle eut accouché de Virginie. Il naquit de ses deux fruits deux cocotiers qui formaient toutes les archives de ces deux familles ; l'un se nommait l'arbre de Paul, et l'autre, l'arbre de Virginie. Ils crûrent tous deux, dans les mêmes proportions que leurs jeunes maîtres, d'une hauteur un peu inégale, mais qui surpassait au bout de douze ans celle de leur cabane. Déjà ils entrelaçaient leurs palmes et laissaient pendre leurs grappes de cocos au dessus du bassin de la fontaine. [...]
Virginie aimait à se reposer sur les bords de cette fontaine, décorée d'une pompe* à la fois magnifique et sauvage.

 

*Pompe ici signifie « arrangement somptueux ».
Emma fait un contresens et va se baigner « sous la pompe » de l'abreuvoir.

       
Liens
    Le texte intégral de Paul et Virginie est consultable sur Wikisource.
Ici même vous trouverez une notice sur Paul et Virginie, sur Bernardin de Saint-Pierre, et trois autres passages auxquels Flaubert fait allusion dans ses brouillons : l'enfance, le bain, l'amitié.