Wilhelm Müller – Franz Schubert
     


L'allée de tilleuls
à Croisset, chez Flaubert

Der Lindenbaum

(Le Tilleul)

 

1822

       
     
[Les arbres] les tilleuls de la cour bruissaient, frémissaient doucement, remuaient au vent, agitaient leur feuillage contre la vitre de la classe. Personne ne marchait plus dans la rue, en bas sous les fenêtres. [f° 1_116v]
       
     
Le poème de Wilhelm Müller, écrit en 1822, a été mis en musique par Franz Schubert. Il appartient au cycle de lieder intitulé Le voyage d'hiver (Deutsch 911, n° 5, 1827). Devenu aussi célèbre qu'un chant populaire, ce lied a contribué à faire du tilleul l'arbre romantique par excellence.
Cela explique peut-être la correction faite par Flaubert, en plus de la référence autobiographique : il y avait une allée de tilleuls à Croisset sous les fenêtres de son cabinet de travail.
       
     

Der Lindenbaum

Am Brunnen vor dem Tore,
Da steht ein Lindenbaum,
Ich träumt' in seinem Schatten
So manchen süßen Traum.
Ich schnitt in seine Rinde
So manches liebe Wort,
Es zog in Freud' und Leide
Zu ihm mich immer fort

Ich mußt' auch heute wandern
Vorbei in tiefer Nacht
Da hab' ich noch im Dunkel
Die Augen zugemacht.
Und seine Zweige rauschten,
Als riefen sie mir zu:
"Komm her zu mir, Geselle
Hier find'st du deine Ruh'!"

Die kalten Winde bliesen
Mir grad' ins Angesicht,
Der Hut flog mir vom Kopfe,
Ich wendete mich nicht.
Nun bin ich manche Stunde
Entfernt von diesem Ort,
Und immer hör' ich's rauschen:
"Du fändest Ruhe dort!"

Le tilleul

Près de la fontaine, à la porte de la ville,
S'élève un tilleul ;
Dans son ombre,
J'ai fait tant de doux rêves.
Dans son écorce,
J'ai gravé tant de mots d'amour ;
La joie comme la peine
Toujours vers lui m'ont attiré.

Mais aujourd'hui encore j'ai dû partir
Dans la nuit profonde;
Alors dans l'obscurité,
J'ai à nouveau fermé les yeux.
Et ses rameaux bruissaient
Comme pour m'appeler :
« Viens donc à moi, compagnon
Ici, tu peux trouver le repos ! »

Les vents froids
M'ont fouetté le visage,
Mon chapeau s'est envolé,
Mais je ne me suis point retourné.
Aujourd'hui, je me trouve
Bien loin de cet endroit,
Mais je continue à entendre ce bruissement:
« Là-bas, tu trouverais le repos ! »


Traduction de Charlotte Ronsiek