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Madame Bovary, citations, mentions, allusions

Antoine Blondin

« La course est un rude voyage où la vie rêvée précède une démarche qui ne suit pas toujours.
« J’y songeais précisément entre Elbeuf et Lyons-la-Forêt, où Gustave Flaubert a situé Madame Bovary. Cette reine de l’évasion et des faux départs aurait aimé accrocher à la selle des coureurs ses rêves qui n’ont pas fui. Peut-être l’héroïne vieillissante serait-elle venue rejoindre le héros sur le retour dans une auberge proche d’Amiens, avec la certitude poignante que, cette fois, il s’en irait à l’aube. »
Antoine Blondin, Tours de France, Chroniques de L’Équipe 1954 – 1982, édition établie et présentée par Stéphanie Rysman, La Table Ronde, 2001.
(Citation envoyée par Alain Cresciucci, 2014.)

Alejandro Zambra

Ce court roman (166 p.) est l’oeuvre d’un auteur chilien né à Santiago en 1975. Ses deux précédents romans Bonsaï et La vie privée des arbres ont été traduits en plus de dix langues. Alejandro Zambra est professeur de Littérature et de théorie littéraire, poète et romancier.
À neuf ans, en 1985, le narrateur rencontre Claudia, douze ans, pendant un tremblement de terre. Elle lui demande d’espionner Raul, un voisin, et il s’acquitte consciencieusement de cette tâche. Vingt ans plus tard, le narrateur, plus ou moins séparé de sa femme, est devenu écrivain. Il retrouve Claudia et fait de cette histoire le sujet de son nouveau roman. Les relations père-fils, les processus de la mémoire, les souvenirs fictifs ou véritables sont des étapes qui lui permettent grâce à la fiction d’essayer d’accéder à la vérité.
Quelques citations se rapportent à Flaubert et à Madame Bovary.
« Au lieu d’écrire, j’ai passé la matinée à boire des bières et à relire Madame Bovary. Aujourd’hui je me dis que c’est ce que j’ai fait de mieux ces dernières années. »
À 11-12 ans, à l’Institut national, le narrateur doit lire Madame Bovary et rédiger un devoir en moins d’une semaine: « J’ai la certitude que ces professeurs cherchaient non pas à nous enthousiasmer, mais à nous dissuader, à nous éloigner des livres pour toujours. » « Madame Bovary était un des rares romans que nous avions chez moi. » « La prose de Flaubert me faisait tout simplement piquer du nez.» Son père lui conseille de lire les deux premières pages puis les deux dernières! «Si tu n’arrives pas à finir, au moins tu connais l’assassin. » Il se procure alors une cassette du film. « Je m’en suis tiré avec un 3,6 aussi, pendant un certain temps, ai-je associé Madame Bovary à ce 3,6. » En vue des contrôles, le travail de repérage de tous les personnages, y compris les plus secondaires est important. « Il y avait une certaine beauté dans le geste, car nous n’étions alors que des personnages secondaires, des enfants par centaines qui sillonnaient la ville. »
Alejandro Zambra, Personnages secondaires [Formas de volver a casa, 2011, trad. de l’espagnol (Chili) par Denise Laroutis], Paris, Éditions de l’Olivier, 2012 (p. 59-63).
(Citation envoyée par Jeanne-Marie Labbé, 2014.)

Nietzsche

« Le croiriez-vous, toutes les héroïnes de Wagner, sans exception, aussitôt qu’on les a débarrassées de leur affublement héroïque, ressemblent à s’y méprendre à Madame Bovary ! - On comprendra que réciproquement il était loisible à Flaubert de traduire son héroïne en scandinave ou en carthaginois, pour l’offrir ensuite, ainsi mythologisée, pour servir de livret, à Wagner. Oui, tout compte fait, Wagner ne semble pas s’être intéressé à d’autres problèmes qu’à ceux qui intéressent aujourd’hui les petits Parisiens décadent. Toujours à cinq pas de l’hôpital ! Véritables problèmes modernes! véritables problèmes de grandes villes ! n’en doutez pas ! »
(« Le cas Wagner », citation envoyée par Marie-Paule Dupuy, 2011.)

Auguste Renoir

« J’ai parcouru Madame Bovary. C’est l’histoire d’un crétin dont la femme veut devenir quelque chose et, quand on a lu ces 300 pages, on ne peut pas s’empêcher de se dire à soi-même: “Mais je me fous de tous ces gens-là!” »
Cité par Ambroise Vollard, En écoutant Cézanne, Degas, Renoir [1938], Paris, Grasset, coll. «Les Cahiers Rouges», 2003, p.270.
(Citation envoyée par Augustin de Butler, 2010.)

Éric Chevillard

« Ce jeune garçon n’a aucune envie de lire le gros roman inscrit au programme de son cours de français. Flaubert d’ailleurs ne lui a rien demandé. Quant à Emma, lasse de son rôle, afin de complaire surtout à ce monde décidément dépourvu de passion, elle est résolue cette fois à avaler la dose d’arsenic fatale dès son entrée en scène, dans sa robe de mérinos bleu garnie de trois volants. »
Éric Chevillard, L’Autofictif, L’Arbre Vengeur éditeur, 2009, p. 66.
(Citation envoyée par Louis Watt-Owen, 2009.)

Stevenson

« Quand Flaubert a écrit Madame Bovary, je crois qu’il visait un réalisme quelque peu morbide, et, ô merveille !, le livre s’est transformé entre ses mains en un chef-d’oeuvre d’une exigence morale impressionnante. En fait, lorsque les livres sont conçus dans un état de tension extrême, l’esprit bouillonnant à neuf fois la puissance neuf, comme électrisé par l’effort, notre être se trouve soulevé, emporté par une force si violente qu’une vérité, une beauté, ne peuvent manquer d’être exprimées quand bien même le dessein premier était banal, ou vil. De la puissance peut jaillir la douceur, mais une chose mauvaise pauvrement exécutée restera, de fond en comble, mauvaise – cela dit pour décourager les scribes cagneux aux poignets faibles qui devraient avoir honte d’exercer leur métier. »
Robert-Louis Stevenson, « La Moralité de la profession d’écrivain », Fortnightly Review, avril 1881, traduit in Essais sur l’art de la fiction, édition de Michel Le Bris, La Table Ronde, 1988.

Jean-François Chassay

«Je m’appelle Charles Bodry. Né en 1974. L’orthographe de mon nom est inhabituelle, je passe mon temps à la corriger et je ménage mes soupirs qui en disent trop long sur mon perpétuel agacement. Mais je n’y peux rien, cela me vient d’un grand-père au caractère détestable qui, pour marquer son désaccord profond avec le reste de sa famille [les Beaudry], décida d’inscrire ce désaccord dans son nom, comme d’autres se font tatouer la peau pour souligner l’amour porté à maman, Manon ou Roger. […] Quant à moi, mon prénom a une origine littéraire, merci à mon père pour sa culture, mais pour la finesse on repassera. Ne pouvant me prénommer Emma, pour un petit garçon le préjudice aurait été important, il a suggéré, avec l’accord de ma mère et par amour pour Madame Bovary, de m’appeler Charles. Je trouvais cela bien héroïque, jusqu’à ce que je lise le roman à 16 ans en me disant que mon père aurait pu préférer Les Trois Mousquetaires et me prénommer D’Artagnan, parce que l’identification à Charles passait plutôt mal. En tout cas, depuis, je ne peux plus porter de casquette» (p.25-26).
Jean-François Chassay, Les Taches solaires. Roman, Montréal, Boréal, 2006, 366p.

Michael Delisle

(< Benoît Melançon)
 «J’ai vaincu l’inanité de ma banlieue [au sens nord-américain du terme] en arpentant des musées, en assistant à des performances déjantées, en lisant et relisant et relisant des poèmes qui demeuraient hermétiques. Je le dis à mes étudiants: on n’est plus seul à déprimer quand on a lu Madame Bovary, et la présence de ce livre, c’est déjà ça, c’est déjà mieux.»
«La mémoire de la Rive-Sud. Michael Delisle. Propos recueillis par Michel Nareau», Liberté, 308, été 2015, p.10.

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