ÉTUDES CRITIQUES
RECHERCHE
Contact   |   À propos du site

DANCOURT
La Gazette de France, 16 mars 1881

LES LIVRES

I. Bouvard et Pécuchet, roman posthume de Gustave Flaubert. (1 vol. gr. in-18. A. Lemerre, éditeur à Paris, 27, passage Choiseul.)
II. Causes criminelles et mondaines de l’année 1880, par Albert Bataille, (1 vol. gr. in-18. Dentu, éditeur.)

Voici une primeur : demain seulement sera mis en vente le roman posthume de Gustave Flaubert, ce Bouvard et Pécuchet dont la curiosité s’est déjà occupée, et sur lequel les opinions se sont déjà nettement partagées. C’est le chef-d’œuvre de Flaubert, disent les uns ; c’est une simple mystification littéraire, disent les autres. Mon avis, c’est que Bouvard et Pécuchet ne mérite ni cet excès d’honneur ni cette indignité, tout en ayant une incontestable valeur littéraire, et tout en étant visiblement la dernière expression d’un esprit absolu, adversaire féroce du poncif et des sots, qui n’est pas fâché de se venger en quatre cents pages, sur le dos du public, des colères, des impatiences, des dégoûts provoqués par le spectacle de la bêtise humaine. On va crier à l’exagération, au paradoxe : eh bien ! s’il me fallait désigner l’ordre littéraire auquel appartient Bouvard et Pécuchet, si l’on me demandait de nommer l’œuvre de laquelle il procède plus ou moins directement, je répondrais sans hésiter : C’est le Faust. Et si l’on insistait en ajoutant : — Lequel ? — Je dirais : Tous les deux. Bouvard et Pécuchet, c’est le Faust de l’imbécillité : supposez que Goethe eut eu la vision complète de Joseph Prudhomme, au lieu d’Henri Monnier ; Goethe aurait laissé quelque chose de pareil au Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert ; la cristallisation de la sottise, l’ineptie taillée à facettes, l’idiotie coulée en bronze.

— Mais, en ce cas, on a raison de dire qu’il s’agit d’une mystification ?

— Peut-être. Le second Faust aussi ressemble à une mystification. Il n’en contient pas moins les admirables pages d’Hélène. Mais, sans plus de préambule, entrons dans le vif de l’analyse.

Bouvard et Pécuchet débute avec cette simplicité épique de l’Iliade et de tous les poèmes primitifs. C’est l’été, par 33 degrés de chaleur, boulevard Bourdon, un dimanche, deux hommes paraissent :

« L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes. Le plus grand, vêtu de toile, marchait le chapeau en arrière, le gilet déboutonné et sa cravate à la main. Le plus petit, dont le corps disparaissait dans une redingote marron, baissait la tête sous une casquette à visière pointue.

Quand ils furent arrivés au milieu du boulevard, ils s’assirent, à la même minute, sur le même banc. Pour s’essuyer le front, ils retirèrent leurs coiffures que chacun posa près de soi ; et le petit homme aperçut, écrit dans le chapeau de son voisin : “Bouvard” ; pendant que celui-ci distinguait aisément dans la casquette du particulier en redingote le mot : “Pécuchet”.

— Tiens, dit-il, nous avons eu la même idée, celle d’inscrire notre nom dans nos couvre-chefs.

— Mon Dieu, oui, on pourrait prendre le mien à mon bureau ! — C’est comme moi, je suis employé. Alors ils se considérèrent. »

Le résultat de cet examen est une amitié subite, de même que dans la chanson connue :


Je suis Alsacienne,
Je suis Alsacien.
Quand une Alsacienne
Trouve un Alsacien,
La main dans la sienne
Fait tomber sa main.

De même il se trouve que Bouvard est copiste, expéditionnaire, et que Pécuchet exerce le même métier. Ils ont à peu près les mêmes goûts et les mêmes opinions, étant tous deux aussi sots l’un que l’autre. Par exemple, tandis qu’ils sont assis sur le banc du boulevard Bourdon, un prêtre vient à passer. Écoutez ce trait délicieux de caractère : « L’ecclésiastique descendit avec lenteur l’avenue des maigres ormeaux jalonnant le trottoir, et Bouvard, dès qu’il n’aperçut plus le tricorne, se déclara soulagé, car il exécrait les jésuites. Pécuchet, sans les absoudre, montra quelque déférence pour la religion. »

Jamais deux imbéciles n’ont été pétris, créés, rendus, avec un relief plus puissant. La conversation se poursuit : « Ils dénigrèrent le corps des ponts et chaussées, la régie des tabacs, le commerce, les théâtres, notre marine et tout le genre humain ». Finalement, ils dînent ensemble, et deviennent inséparables. Un matin un héritage inattendu tombe à Bouvard : quinze bonnes mille livres de rentes, d’un parrain qui se croit son père. Joie de Bouvard, qui s’écrie : « Nous nous retirerons à la campagne ». Joie de Pécuchet, qui néanmoins, « ne voulant pas vivre aux crochets de Bouvard », attend sa retraite, avant de le suivre. Enfin, acquisition d’une propriété, dans le Calvados, où les deux imbéciles vont successivement passer en revue toutes les branches connues de la philosophie, de la littérature, de l’industrie, de l’agriculture, etc., etc.

Cette revue, c’est tout le roman, d’un comique glacé qui, par instants, prend sur les nerfs et provoque des agacements fiévreux. Par exemple, Bouvard et Pécuchet ont essayé de l’agriculture. Ils ont échoué, et Bouvard s’écrie qu’il n’y comprend plus rien :

« — Les auteurs, dit-il, nous recommandent de supprimer tout canal direct. La sève, par-là, se trouve contrariée et l’arbre forcément en souffre. Pour se bien porter, il faudrait qu’il n’eût pas de fruits. Cependant ceux qu’on ne taille et qu’on ne fume jamais en produisent, de moins gros, c’est vrai, mais de plus savoureux. J’exige qu’on m’en donne la raison ! — et non seulement chaque espèce réclame des soins particuliers, mais encore chaque individu, suivant le climat, la température, un tas de choses ! Où est la règle, alors ? et quel espoir avons-nous d’aucun succès ou bénéfice ?

Bouvard lui répondit :

— Tu verras dans Gasparin que le bénéfice ne peut dépasser le dixième du capital. Donc on ferait mieux de placer ce capital dans une maison de banque. Au bout de quinze ans, par l’accumulation des intérêts, on aurait le double sans s’être foulé le tempérament.

Pécuchet baissa la tête.

— L’arboriculture pourrait bien être une blague !

— Comme l’agronomie ! répliqua Bouvard.

Ensuite, ils s’accusèrent d’avoir été trop ambitieux, et ils résolurent de ménager désormais leur peine et leur argent. »

On a déjà la clef du livre de Gustave Flaubert : c’est, en résumé, la raillerie tragique de l’éternelle prétention des imbéciles à tout savoir sans avoir rien appris, à tout connaître, tout élucider, tout approfondir ; à ne jamais vouloir s’en rapporter à la foi ni à l’expérience des siècles. C’est l’orgueil de la bêtise, dans son plein épanouissement.

Rien ne lasse ce duo de crétins ; un jour ils s’avisent de faire des conserves de fruits, de poissons, de viandes. Et ils s’applaudissent d’avoir « fixé les saisons ». Les conserves pourrissent, mais ils ne se lassent pas. Ils s’enfoncent de plus en plus dans l’analyse chimique ; ils en viennent à soupçonner des fraudes dans toutes les denrées alimentaires : « Ils chicanaient le boulanger sur la couleur de son pain. Ils se firent un ennemi de l’épicier, en lui soutenant qu’il adultérait ses chocolats. Ils se transportèrent à Falaise, pour demander du jujube, — et, sous les yeux mêmes du pharmacien, soumirent sa pâte à l’épreuve de l’eau. Elle prit l’apparence d’une couenne de lard, ce qui dénotait de la gélatine.

Après ce triomphe, leur orgueil s’exalta. Ils achetèrent le matériel d’un distillateur en faillite — et bientôt arrivèrent dans la maison, des tamis, des barils, des entonnoirs, des écumoires, des chausses et des balances, sans compter une sébile à boulet et un alambic tête-de-maure, lequel exigea un fourneau réflecteur, avec une hotte de cheminée ». Ici il me semble entendre un lecteur récalcitrant : — Entre nous, trouvez-vous bien intéressant de connaître par le menu les diverses occupations, toutes plus idiotes les unes que les autres, de Bouvard et de Pécuchet ? — Ma foi, répondrai-je, je vous ai prévenu, lecteur. Le second Faust non plus n’est pas le dernier mot de l’intéressant, et le roman de Gustave Flaubert a sur le second Faust une supériorité autrefois affirmée par Musset :

Car le sien a pour lui qu’il n’est pas historique.

L’état de la physiologie, les mystères de l’organisme humain arrivent aussi à préoccuper les deux crétins si amoureusement décrits par l’auteur de Salammbô. La lecture des livres de science, loin de les éclairer, ne fait que brouiller leurs idées et troubler leur jugement. Bouvard, à l’occasion d’un rhume, se figure qu’il a une fluxion de poitrine, puis il croit qu’il est attaqué de la pierre. Pécuchet partage ces terreurs. La vie pour eux devient horrible. Ils regardent leur langue, se tâtent le pouls, se purgent, se privent de tout plaisir : « Pécuchet imagina que l’usage de la prise était funeste. D’ailleurs, un éternuement occasionne parfois la rupture d’uni anévrisme, — et il abandonna la tabatière. Par habitude, il y plongeait les doigts ; puis, tout à coup se rappelait son imprudence. Comme le café noir secoue les nerfs, Bouvard voulut renoncer à la demi-tasse ; mais il dormait après ses repas et avait peur en se réveillant, car le sommeil prolongé est une menace d’apoplexie. Puis vient l’étude de la cosmographie : les deux nigauds se livrent à des calculs prodigieux sur la grosseur du soleil, la grosseur de Sirius, la vitesse de la lumière, et le tout se termine par ce désir ambitieux, mais hélas ! stérile de Pécuchet :

« — N’importe, je voudrais bien savoir comment l’univers s’est fait. »

J’en passe, et des pires, car Bouvard et Pécuchet ont bien d’autres ambitions de Prométhée-Prudhomme. Il n’y a pas à dire ! ils veulent tout savoir, et les secrets de la génération des êtres, et ce qu’était le monde avant le déluge ; ils n’y réussissent pas, ai-je besoin de le dire ? Alors ils se rabattent sur l’histoire, lisent pêle-mêle Augustin Thierry, M. de Genoude, etc., etc., ne digèrent rien, et restent plus ignorants après qu’avant. Quant à l’histoire spéciale de la Révolution française, c’est bien pis : « Ils n’avaient plus sur les hommes et les faits de cette époque une seule idée d’aplomb. » Dégoûtés, rompus, moulus, ahuris, Bouvard et Pécuchet passent de l’histoire au roman. Je recommande dans le volume tout ce chapitre (pages 166 et suivantes). Il est excellent, plein de bons et rapides jugements : seulement, ici, l’auteur s’est oublié. Le dilettante littéraire l’a emporté sur l’observateur, et il n’a pas pris garde que deux ânes bâtés comme Bouvard et Pécuchet étaient parfaitement incapables de formuler des remarques aussi justes que celle-ci, par exemple, sur le théâtre historique : « Il existe pour le théâtre une histoire convenue, que rien ne peut détruire. Louis XI ne manquera pas de s’agenouiller devant les figurines de son chapeau ; Henri IV sera constamment jovial, Marie Stuart pleureuse, Richelieu cruel ; enfin, tous les caractères se montrent d’un seul bloc, par amour des idées simples et respect de l’ignorance, si bien que le dramaturge, loin d’élever, abaisse ; au lieu d’instruire, abrutit. » Ceci est du Flaubert : ce n’est plus du Pécuchet ni du Bouvard.

L’examen des réformateurs sociaux ne cause pas moins de déboires et de désillusions aux deux imbéciles. Ils sont forcés de s’avouer que J.-J. Rousseau professa des doctrines odieusement tyranniques : « Et voilà le pontife de la démocratie ! » s’écrient-ils, navrés. Et là-dessus « ils abordent le fouriérisme », qui ne les satisfait pas davantage. « Mais cependant, gémit Pécuchet, il y a des faits indiscutables ! On peut atteindre la vérité dans une certaine limite ! » Le désespoir les prend : ils « examinent la question du suicide », et délibèrent sur le genre de mort. La pendaison obtient leur préférence, théoriquement, toujours, car on pense bien que les deux niais sont incapables même d’une folie. Une circonstance fortuite achève de les détourner de ce projet funèbre. Ils passent devant l’église, le soir du 24 décembre : c’est la messe de minuit. Ils entrent. Ici, je cite, car la page, en dépit de son parti pris d’impassibilité, est touchante :

« Le serpent ronflait, l’encens fumait. Des verres, suspendus dans la longueur de la nef, dessinaient trois couronnes de feux multicolores, et au bout de la perspective, des deux côtés du tabernacle, des cierges géants dressaient des flammes rouges. Par-dessus les têtes de la foule et les capelines des femmes, au-delà des chantres, on distinguait le prêtre, dans sa chasuble d’or ; à sa voix aiguë répondaient les voix fortes des hommes emplissant le jubé, et la voûte de bois tremblait sur ses arceaux de pierre. Des images, représentant le chemin de la croix, décoraient les murs. Au milieu du chœur, devant l’autel, un agneau était couché, les pattes sous le ventre, les oreilles toutes droites.

La tiède température leur procura un singulier bien-être, et leurs pensées, orageuses tout à l’heure, se faisaient douces, comme des vagues qui s’apaisent.

Ils écoutèrent l’Évangile et le Credo, observaient les mouvements du prêtre. Cependant les vieux, les jeunes, les pauvresses en guenille, les mères en haut bonnet, les robustes gars à blonds favoris, tous priaient, absorbés dans la même joie profonde, et voyaient sur la paille d’une étable rayonner comme un soleil le corps de l’enfant-Dieu. Cette foi des autres touchait Bouvard en dépit de sa raison, et Pécuchet malgré la dureté de son cœur.

Il y eut un silence ; tous les dos se courbèrent, et, au tintement d’une clochette, le petit agneau bêla. L’hostie fut montrée par le prêtre, au bout de ses deux bras, le plus haut possible. Alors éclata un chant d’allégresse qui conviait le monde aux pieds du Roi des Anges. Bouvard et Pécuchet, involontairement, s’y mêlèrent, et ils sentaient comme une aurore se lever dans leur âme. »

Cette impression devrait être un réveil ; mais Bouvard et Pécuchet, en leur qualité d’ignorants, ambitieux et orgueilleux, sont des imbéciles incurables. Ils poursuivent de nouvelles chimères et finissent par s’y noyer. Je ne pousserai pas plus avant cette analyse déjà longue. Une dernière citation, cependant, c’est le sommaire d’un discours politique prononcé par Bouvard :

« Bouvard voit l’avenir de l’humanité en beau. L’homme moderne est en progrès.

L’Europe sera régénérée par l’Asie. La loi historique étant que la civilisation aille d’Orient en Occident, — rôle de la Chine, — les deux humanités enfin seront fondues.

Inventions futures : manières de voyager. Ballon. — Bateaux sous-marins avec vitres, par un calme constant, l’agitation de la mer n’étant qu’à la surface. — On verra passer les poissons et les paysages au fond de l’Océan. — Animaux domptés. — Toutes les cultures.

Avenir de la littérature (contre-partie de littérature industrielle). Sciences futures. — Régler la force magnétique.

Paris deviendra un jardin d’hiver ; — espaliers à fruits sur le boulevard. La Seine filtrée et chaude, — abondance de pierres précieuses factices, — prodigalité de la dorure, — éclairage des maisons, — on emmagasinera la lumière, car il y a des corps qui ont cette propriété, comme le sucre, la chair de certains mollusques et le phosphore de Bologne. On sera tenu de faire badigeonner les façades des maisons avec la substance phosphorescente, et leur radiation éclairera les rues.

Disparition du mal par la disparition du besoin. La philosophie sera une religion.

Communion de tous les peuples. Fêtes publiques.

On ira dans les astres, — et quand la terre sera usée, l’humanité déménagera vers les étoiles. »

Tel est ce livre singulier, sur lequel il y aura lieu de revenir, car j’ai tenu surtout à en donner l’impression générale, et il m’a fallu laisser de côté bien des épisodes curieux, bien des types incidents, curieux à analyser. J’ai comparé Bouvard et Pécuchet à une sorte de Faust bourgeois. Il n’était même pas besoin d’aller chercher si loin un point de comparaison : M. Gustave Flaubert avait déjà un équivalent de Bouvard et Pécuchet dans son œuvre, c’est La Tentation de Saint-Antoine. Le procédé de composition est à ce point identique, le défilé des descriptions et des analyses est à ce point pareil, que le dernier livre de l’auteur pourrait aussi bien prendre pour titre : la Tentation de Bouvard et Pécuchet. Mais je m’aperçois que je n’ai pas encore instruit le lecteur du dénouement palpitant de ce singulier roman. Lorsque Bouvard et Pécuchet sont, comme on dit, au bout de leur rouleau, lorsque, suivant la propre expression de Flaubert, « tout leur a craqué dans la main », ils forment un projet suprême. Voici ce projet. Flaubert est mort avant d’avoir pu développer cette dernière partie du livre. Comme pour le discours politique cité plus haut, il ne s’agit ici que du sommaire, de la matière que le romancier devait traiter :

« Bouvard et Pécuchet n’ont plus aucun intérêt dans la vie.

Bonne idée nourrie en secret par chacun d’eux. Ils se la dissimulent. — De temps à autre, ils sourient quand elle leur vient, — puis, enfin, se la communiquent simultanément :

Copier, comme autrefois.

Confection du bureau à double pupitre. — (Ils s’adressent pour cela à un menuisier. Gorju, qui a entendu parler de leur invention, leur propose de le faire. — Rappeler le bahut.)

Achat de registres et d’ustensiles, sandaraque, grattoirs, etc.

Ils s’y mettent. ».

Le roman finit donc comme il a commencé ; la dernière page nous montre les deux personnages exactement aussi avancés qu’à la première. C’est la moralité de l’œuvre.

L’analyse de Bouvard et Pécuchet m’a entraîné assez loin. Je ne veux cependant pas remettre à huit jours l’annonce d’un volume qui inaugure certainement une série, et qui équivaut à un annuaire de physiologie. Il a pour titre : Causes criminelles et mondaines, et l’auteur est M. Albert Bataille, qui depuis plusieurs années déjà rédige dans le Figaro le compte rendu des tribunaux. Avant lui, deux hommes d’esprit ont entrepris une œuvre analogue : M. Frédéric Thomas, sous le titre : les Petites causes célèbres, et plus récemment, M. Norbert-Billiart, sous le titre : Le monde judiciaire. Seulement c’étaient des recueils périodiques, tandis que le volume de M. Albert Bataille n’est pour ainsi dire que la quintessence des causes célèbres de l’année écoulée. C’est assez dire que tout l’avantage, au point de vue intéressant, est acquis d’avance au volume nouveau.

On y retrouvera l’affaire Mario Bière, l’affaire de Tilly, le procès de Mlle Sarah Bernardt contre la Comédie-Française, l’affaire de la bande Abadie, l’affaire Estoret, l’affaire Kaulla, d’autres procès encore, et enfin les causes désormais historiques amenées par l’exécution des décrets du 29 mars contre les religieux : le procès de MM. Henri Cochin et de Lassus, le procès de Mme la duchesse de Chevreuse et celui de Mgr Cotton, évêque de Valence. Tout cela est raconté avec une clarté et une vivacité de style qui ne laissent pas un seul instant l’intérêt suspendu. Il y a dans M. Albert Bataille un observateur qui sait voir vite et juste : telle silhouette de ce livre est un portrait qui ne s’efface plus de la mémoire, tant le relief en est précis et le contour sûr.

Les Causes mondaines et criminelles sont précédées d’une préface par M. Fernand de Rodays. On y retrouve la plume alerte qui, en 1871-72, écrivit cette jolie série de portraits : les Préfets de la République. Ils sont bien loin, les préfets de M. Thiers. Pourquoi M. de Rodays ne leur donnerait-il pas un pendant : les Préfets de M. Gambetta ?



https://www.retronews.fr/journal/la-gazette-de-france/16-mars-1881/379/1455581/3
[Document saisi par Biagio Magaudda, 2019.]


Mentions légales