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Alfred ASSOLLANT
Courrier du Dimanche, 30 novembre 1862

Partie littéraire
Causerie

[…] Mais l’événement littéraire de cette semaine est la publication du fameux Salammbô, de M. Gustave Flaubert. Imaginez Carthage antique ressuscitée – cette Carthage dont il ne nous restait que le nom – Hamilcar trahi par Hannon et le Sénat, et forcé de lâcher Rome, qu’il tenait à la gorge ; les mercenaires livrés à des orgies ruineuses en attendant qu’on paye leur solde ; les Gaulois, les Campaniens, les Thraces, les Grecs, les Numides, se révoltant à la fois et menaçant Carthage ; les fantassins se ruant dans la plaine, précédés par la cavalerie numide ; le choc des éléphants immenses, armés de tours ; les multitudes écrasées, les femmes éventrées, les héros crucifiés ; les prêtres excitant la vierge Salammbô, fille d’Hamilcar, à sauver son pays comme Judith ; le sauvage amour de Mathô, le géant libyen, pour la vierge timide ; le palladium de Carthage, perdu et recouvré par des prodiges de force, d’adresse et d’amour ; la rivalité amoureuse de Mathô, de Nar’havas ; les mercenaires enfermés dans le défilé de la Hache, et détruits jusqu’à l’avant-dernier ; et, pour dernier tableau, le farouche Mathô, prisonnier, précipité du haut de soixante marches dans la rue, poursuivi par le fouet des bourreaux, piqué par les poignards et les poinçons de tout un peuple rugissant, haletant, furieux, mourant enfin aux pieds de la superbe Salammbô, qui lui a donné son honneur pour sauver Carthage, et l’entraînant avec lui dans la mort. Voilà un très pâle résumé de ce livre prodigieux, qui laissera certainement une trace éternelle dans la littérature française. […]


[Mise en ligne par Hélène Hôte, 2011]


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