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Hector BERLIOZ
Journal des Débats, 23 décembre 1862

Théâtre-lyrique

[...] À propos du grand art... littéraire, avez-vous lu Salammbô ? On ne s'aborde plus qu'avec cette question. Quant à moi, je ne l'ai encore lue que deux fois, mais je vais me mettre à l'étudier. Déjà j'en rêve la nuit, je sens mon cœur s'éprendre pour cette mystérieuse fille d'Hamilcar, pour cette vierge divine, prêtresse de Tanit, qui meurt d'horreur et d'amour pour le chef torturé des mercenaires, dédaignant son beau fiancé Narr'Havas... Je vois tourbillonner ces palais colossaux, toute cette architecture de géants, aux acclamations effrayantes de ces monstrueux sauvages barbouillés de civilisation... Et ces paysans carthaginois qui s'amusent à crucifier des lions ! ce style calme dans sa force immense et si coloré, qu'il donne au lecteur des éblouissements. J'entends d'ici de bonnes âmes, de braves bourgeois me crier : « Oh ! sans doute, vous devez aimer cela, vous ! - Parce que c'est horrible, n'est-ce pas ? Non, je l'aime, parce que c'est beau. »

[Document saisi par Virginie Basquin, 2002. Mise en ligne par Emmanuel Vincent, 2006.]


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