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S. A. de NEANTES
Revue du progrès, mars 1863

HISTOIRE COURANTE
Salammbô

Nous ne parlerons pas de Salammbô de M. Flaubert. Cet ouvrage, n'offrant ni les tendances, ni la nouveauté littéraire et morale de La Sorcière, nous laissons à notre collaborateur, M. Lamquet, le soin d'en parler plus au long ; nous contentant pour nous de dire franchement que nous ne sommes en aucune façon admirateurs de ces sortes d'ouvrages, où le roman, mal venu, embrouille l'histoire, et où le réalisme puéril et surabondant des détails les plus inutiles surcharge, alourdit et embarrasse l'ensemble. Avoir la prétention de ne pas omettre la moindre description des mœurs et des localités est, selon nous, absurde. Autant l'exactitude est nécessaire, obligatoire ; autant la minutie est blâmable. Peindre le laid et le beau est le droit de tout auteur ; mais ne peindre de parti pris que le laid et l'horrible dénonce la faiblesse d'une imagination qui cherche un scandale plutôt qu'un succès littéraire. Et puis, selon nous, toute œuvre doit être humaine et avoir un but moral. Or, dans ce roman, il n'y a aucune vraie passion, aucun sentiment ; et nous ne voyons pas quelle idée a pu présider à la composition de Salammbô. En somme, dans son sujet, cet ouvrage nous est indifférent : dans son exécution il nous est peu sympathique.

[Document saisi par Virginie Basquin, 2002. Mise en ligne par Emmanuel Vincent, 2006.]


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