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Le Journal amusant, 10 janvier 1863

Salammbô, traduit du carthaginois

Salammbô est une jeune personne très-propre, qui fait sa toilette avec « le sang d'un chien noir, égorgé par des femmes stériles, une nuit d'hiver, dans les décombres d'un tombeau ». C'est fort appétissant !

 

Elle a pour directeur de sa conscience un ex-monsieur qui a eu des malheurs dans sa jeunesse, et qui, pour l'encourager à la vertu, lui met sous les yeux les exemples de sa sœur aînée, madame Bovary.

 

Electrisée par ces bons conseils, mademoiselle Salammbô prend un fiacre à l'heure.

 

Elle se rend dans la tente d'un colonel de barbares de l'Ukraine pour lui redemander un voile de point d'Alençon, et l'épouse à la façon de Bovary, mon ami !

 

Hannon, général carthaginois, affligé de lèpre, éléphantiasis et autres maladies cutanées, boit, pour se guérir, de la purée de vipères. - On connaît les colles réalistes, mais celle-là est un peu forte.

 

De nombreuses batailles émaillent le récit : c'est toujours la même, traduite de César. - L'auteur y introduit force éléphants, mais personne ne s'y trompe.

 

- Avez-vous lu Salammbô, madame ?
- Excusez-moi, monsieur, je n'entends pas le... carthaginois.

 

SalammbÔ. - Je suis princesse, ma sœur, et vous n'êtes qu'une médecine !
Madame Bovary. - Une médecine facile à prendre, ma sœur ; mais vous, je plains les gens forcés de vous avaler !

 

- Monsieur, vous ne mangez pas ?
- Madame, je viens de lire les derniers chapitres de Salammbô, et je crois que j'ai dîné pour quelque temps.

 

- Moi, Courbet, j'ai peint ma Baigneuse et pas mal d'autres choses peu ragoûtantes ; mais, ma foi, monsieur Flaubert, je ne me chargerais pas d'illustrer votre dernier ouvrage !

 

- Un livre nouveau de l'auteur de Madame Bovary, cela doit être assez folichon. Je vais lire cela avant de m'endormir.

 

Le sommeil du susdit monsieur après la lecture de Salammbô.

[Document saisi par Virginie Basquin, 2002. Mise en ligne par Emmanuel Vincent, 2006.]


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