Correspondance de Flaubert
Flaubert à Louise Colet, Croisset, 22 juillet 1853
Correspondant
Notice

 

À LOUISE COLET

 

[Croisset, 22 juillet 1853.]

nuit de vendredi, 1 h.

 

Oui, j’arriverai lundi prochain chez toi, vers 6 h. .

Comme il faut que j’aille deux jours à Nogent, je préfère partir dès le lendemain mardi & revenir le mercredi soir. Je resterai avec toi jusqu’au mardi de l’autre semaine : ma mère sera partie seule à Trouville. Je l’irai rejoindre.

Bouilhet ne viendra pas. Je l’ai vu hier. Il était un peu malade. Ses bacheliers à la fin de l’année l’occupent plus que jamais. – Comme il a voulu se supprimer le tabac, il est dans une gde démoralisation & agacé nerveusement au suprême degré. – Hier il se purgeait, & avait un œil tout enflé. – Toutes les fois qu’il lui a fallu se mettre en train à un Fossile, il a été indisposé.

 

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J’ai eu aujourd’hui un gd succès. Tu sais que nous avons eu hier le bonheur d’avoir Mr Saint-Arnaud. – Eh bien, j’ai trouvé ce matin, dans le J. de R. [Journal de Rouen], une phrase du maire lui faisant un discours, laquelle phrase j’avais, la veille, écrite textuellement dans ma B. [Bovary] (dans un discours de préfet, à des Comices agricoles). Non seulement c’était la même idée, les mêmes mots, mais les mêmes assonances de style. Je ne cache pas que ce sont de ces choses qui me font plaisir. – Quand la littérature arrive à la précision de résultat d’une science exacte, c’est roide. – Je t’apporterai, du reste, ce discours gouvernemental & tu verras si je m’entends à faire de l’administratif & du Crocodile.

 

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J’ai mis de côté Delisle, Les Fantômes, la pièce sur Vétheuil, etc.

Ne compte pas sur les photographies. La collection n’est pas complète. Il me manque encore 7 ou 8 livraisons qui ne sont pas parues (je m’étais trompé, parce qu’ils publient sans suivre l’ordre des numéros). Lorsque j’aurai tout, je t’apporterai tout ; ça vaudra mieux.

 

Adieu donc, pauvre tendrement chérie. – À bientôt, dans qques heures ton  G.

t’embrassera.