Correspondance de Flaubert
Flaubert à Ernest Feydeau, Croisset, 18 juillet 1859
Correspondant
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À ERNEST FEYDEAU

 

[Croisset, 18 juillet 1859.]

Lundi 18

 

Eh bien ! vieux lubrique, vieux Valmont, vieux Cardoville, infect Noirceul & père Jérôme, souilles-tu suffisamment le département de la Haute-Garonne ? Emplis-tu les [illis.] ravines des éjaculations de ton indomptable broquette ? Combien de chèvres as-tu déshonorées, combien de caméristes séduites, de pâtres violés & de tables d'hôte éblouies ? Tu dois être bon là-bas, parlant javanais, avec tes grandes guêtres & ton costume espagnol ?

Terrifies-tu les bourgeois ? Soutiens-tu un peu les principes ?

J'éclate de curiosité relativement à cette chose forte que tu as faite avant ton départ de Paris. & je te ferai, à ce propos, observer, mon bichon, que tu m'as écrit un un mot qui ne l'était pas – (fort) « cela ne s'écrit pas. » Mais tonnerre de Dieu, tout s'écrit ! au contraire ! Plus une chose est forte, plus il faut on doit l'écrire.

— & le style qu'est-ce que nous en faisons ? Feydeau, tu faiblis ! tu n'es qu'un homme !

Et à moi aussi la Pine me brûle ! bien que je n'aie pas eu de chaude-pisse. — Par ces chaleurs atroces, mon cher Monsieur, [illis.] lorsque je vais pour expectorer mes urines le canal me cuit d'une façon outrageante ! C'est peut-être le désir qu'a mon vi [vit] d'avoir qque rafraîchissement

Je n'ai reçu du sieur Amyot aucun papier.

Travaille ton plan – au milieu des monts – & pense à ceci que je livre à tes méditations. L'histoire vraie ne signifie rien. Change, raccourcis, allonge ! & ne te préoccupe pas de reproduire exactement les faits ou les caractères. – & puis, mon vieux, prends garde à ceci : tu as déjà dans Daniel, un duel, un incendie, des tempêtes & une mort dans un tombeau. Tu vas avoir, dans Catherine, un enlèvement classique. Atténue-le d'avance. Autrefois Autrement tu rentrerais dans les la spécialité des grands Effets, ce qui va un peu avec les Pensées Fortes ?

J'aurai dans une quinzaine, fini mon Ve chapitre. restent encore dix ! – & avant de passer au VIe, je vais revenir sur le IVe, qui décidément m'embête.

Adieu, vieux, – Amuse-toi. Mes souvenirs affectueux à ton compagnon. Vous touchez-vous ?

 

Je t'embrasse

Gve Flaubert