Correspondance de Flaubert
Flaubert à Caroline Commanville, Paris, 13 septembre 1874
Correspondant
Notice

 

À SA NIÈCE CAROLINE

 

[Paris, 13 septembre 1874.]

Dimanche

 

Ma chérie

Je serai revenu à Croisset jeudi, – pas avant, car il faut que je reste ici jusqu'à mercredi pr assister à une Ire de Cluny qui m'intéresse.

j'ai hier passé mon après-midi à une répétition pr juger du mérite de divers acteurs, & je recommence demain & mercredi, ce même exercice.

J'ai trouvé une actrice qui vient de Rouen & qui a du talent, Me Larmet. – j'ai refusé un acteur pr le rôle du Ministre. – & j'attends avec impatience l'audition de Mlle Kléber, destinée à celui de la Cocotte.

Malgré tes répugnances & ton sinistre pressentiment, je crois que Le Sexe faible peut réussir. – D'ailleurs, prquoi ne pas faire jouer une chose que l'on trouve bien – & puis, je deviens de jour en jour plus indifférent à ce que On peut dire. Car on me semble de plus en plus bête. On n'est jamais content. On ne sait qu'il veut. Enfin, j'exècre cet insaisissable on ! . . .  et la moindre page de B & P [Bouvard et Pécuchet] m'inquiète plus que le sort du Sexe faible.

Le notaire Duplan a été (à propos de B. & P.) charmant pr moi. j'ai passé avant-hier deux heures chez lui. & il m'a écrit, séance tenante, quatre pages de renseignements sur les testaments. – mon pet petit ami Guy de Maupassant doit demain m'en donner sur les copistes de ministère.

Je viens de finir, aujourd'hui même, de corriger la dernière épreuve de Salammbô avec appendices. – Les Charpentier reviennent de Dives, mardi.

Voilà, pauvre chat, toutes les nouvelles. Quant à aller te voir samedi prochain, franchement, je ferai mieux de rester dans mon humble asyle ! d'ailleurs, dimanche prochain, je dînerai chez Me Lapierre, qui m'avait invité pr aujourd'hui.

– & puis, mon pauvre loulou, avec tous ces trimbalages, le roman n'avance pas, – et je voudrais bien avoir fini mon introduction avant de revenir à Paris, vers la fin d'octobre.

Mais quand Frankline sera partie, qui t'empêche de venir me faire une visite ? – note que je vais avoir Banville, pendant un jour. – puis Popelin & Giraud. Si je vais à Dieppe, je ne ferai plus rien.

en désespoir de cause, j'irai si tu ne viens pas !

donne-moi des détails sur la quête. Comment va Ernest ? L'eau Bonnes lui fait-elle du bien ? – mes compliments à Me Winter. écris-moi pr la fin de la semaine.

adieu, pauvre chérie. je t'embrasse bien tendrement.

ta vieille Nounou