Correspondance de Flaubert
Flaubert à Caroline Commanville, Croisset, 15 octobre 1874
Correspondant
Notice

 

À SA NIÈCE CAROLINE

 

[Croisset, 15 octobre 1874.]

 Jeudi.

 

Il me semble, mon loulou, que : puisque tu ne resteras que 15 jours dans le pauvre Croisset, tu pourrais bien activer tes emménagements, afin de venir ici plus promptement. Une semaine et demie pr faire tes paquets ! Ça me semble « exagéré ». Allons, dépêche-toi ! voyons ! et arrive !

J'ai peur d'être, pendant que tu seras près de moi, appelé à Paris ? Ce sera, y compris l'aller & le retour, quatre jours de moins à jouir de ta compagnie.

Samedi prochain, je vais voir la ferme de Lisors. Un des jours de la semaine prochaine j'irai à Rouen pr conférer avec le jardinier Beaucantin, auquel j'ai demandé un rendez-vous. Je prépare actuellement mon Ier ch. (l'agriculture et le jardinage). L'introduction est faite. C'est bien peu comme nombre de pages, mais enfin je suis en route ! ce qui n'était pas commode. Mais quel livre ! Hier au soir, à minuit, j'en suais à grosses gouttes, bien que ma fenêtre fût ouverte. Le difficile dans un sujet pareil c'est de varier les tournures. Si je réussis, ce sera, sérieusement parlant, le comble de l'Art.

Lundi, R-Duval [Raoul-Duval] est venu m'inviter à dîner pr le lendemain, & mardi j'ai fait chez lui un dîner très gentil avec Mr & Me Lapierre, & Lizot, qui n'a pas été officiel. Me Lapierre trouve que le jeune Baudry est devenu si ennuyeux qu'il en est infréquentable. Elle ne peut plus le voir sans dormir immédiatement.

 

Adieu, pauvre chat. Active tes préparatifs & viens causer longuement dans le cabinet de

Vieux.

 

Julie m'ennuie à force de me demander quand viendra « Me Commanville ». La voilà rassurée. Ce qui ne l'empêche pas de toujours pousser des soupirs, comme un accompagnement de sa claudication.