Correspondance de Flaubert
Flaubert à Caroline Commanville, Croisset, 14 novembre 1874
Correspondant
Notice

 

À SA NIÈCE CAROLINE

 

[Croisset, 14 novembre 1874.]

Samedi 3 h.

 

Zola m'a écrit, hier, que je ferais bien de venir tout de suite à Paris, pour surveiller mes les engagements d'acteurs, avant ma lecture. Il me dit de prendre garde à Mlle Kléber – et de ne [pas] faire comme lui, c'est-à-dire de ne pas se me laisser leurrer, berner. De plus, Jules Godefroy m'a écrit ce matin qu'il tenait à ma disposition les notes agricoles que je lui avais demandées. Troisièmement Laporte vient tout à l'heure d'envoyer chercher Julio !

Donc, ma chérie, je m'en irai lundi avec un « des chapeaux » – & je dînerai chez toi.

Mon intention était de t'écrire une vraie lettre pr répondre aux choses gentilles que contenait la tienne. – Mais avais à peine avais-je la plume en main que Nion est entré. Sa visite a duré près de 3 heures ! Il en est 6, maintenant. Du reste, elle ne m'a pas ennuyé, car il m'a conté des potins de Rouen assez drôles.

J'attends immédiatement le jeune Philippe. Laporte, dînant demain rue de la Ferme, reviendra pour déjeuner. J'emploierai mon après-midi à faire mes paquets. Jamais je n'ai été moins content de partir. Tantôt quand j'ai vu Julio s'en aller, j'ai été pris d'un mouvement d'amertume inconcevable. Ce trimbalage régulier de Paris à Croisset et de Croisset à Paris me devient lourd ! & il faisait aujourd'hui un temps splendide. Je me suis promené pendant une heure sur la terrasse. Les feuilles des boules [de] neige étaient absolument comm pareilles à des feuilles d'or. Elles se détachaient sur le bleu du ciel avec une violence ∫∫tistique [artistique].

Adieu, pauvre chat, à bientôt.

 

Je t'embrasse à deux bras bien tendrement.

Ta vieille ganache d'oncle