Correspondance de Flaubert
Flaubert à Philippe Leparfait, Paris, 17 novembre 1874
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À PHILIPPE LEPARFAIT

 

[Paris, 17 novembre 1874.]

mardi soir, minuit, 17 9bre [novembre]

 

Mon cher ami,

le Sexe faible a dû, aujourd'hui être porté à la censure.

Weinschenk a peur pr le ministre, mais si on supprime le mot ministre, le rôle n'existe plus et la pièce devient incompréhensible. Le général peut être un général suisse (suisse – oh très bien). Mais ministre est irréductible. – c'est à prendre ou à laisser.

Écris à ton père ce que tu jugeras convenable. Tu connais la question aussi bien que moi. & il s'agit de tes intérêts plus que des miens. –

Si ton père et Beauplan nous soutiennent (& ils peuvent nous soutenir puisque les censeurs ne relèvent que d'eux, & d'eux seuls quoi qu'on en dise) nous sommes sauvés. Sinon, non.

En désespoir de cause, j'écris (encore une fois) à d'Osmoy ! et je préviens R. Duval pr qu'il parle à son cousin Chabaud-Latour. Je ne puis faire davantage.

Je sais pertinemment que Weinschenk compte sur un gd succès d'argent. Le Sexe Faible est son dernier enjeu. & il fera tout ce que je voudrai. Mais si la censure me supprime le général ministre, bonsoir !

Je ne cache point que je suis gorgé d'amertume et que je commence à en avoir assez, & même à en avoir trop !

Il ne serait peut-être pas mal que tu fasses le voyage de Paris ?Dimanche. Ça en vaut la peine. Au reste, c'est ton affaire.

Je prévois que ton père ne va pas te répondre, moyen commode de se tirer des pas difficiles, et que le Sexe Faible sera arrêté par la Censure. Mais ils ne s'en repentiront.

 

Je t'embrasse ton

Gve Flaubert