Correspondance de Flaubert
Flaubert à Julia Daudet, Croisset, 07 avril 1879
Correspondant
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À JULIA DAUDET

 

[Croisset, 7 avril 1879].

 Lundi 7.

 

Madame & chère confrère,

Je ne saurais vous dire le plaisir que m'a causé L'Enfance d'une Parisienne. si le mot charmant n'était pas banal, je l'écrirais. Sans appareil scientifique, sans surcharge de couleurs, sans prétention à l'idéal & sans ou au naturalisme, vous faites sentir ce que vous avez ressenti. Il m'a semblé parfois en vous lisant, que j'avais été autrefois une petite fille. jouant aux Tuileries, marchant dans la rue de Rivoli, & vivant dans cette bonne vieille maison avec ses ornements-Empire et ses gdes armoires.

C'est un régal pr qui aime la Littérature en soi que de lire des choses pareilles. La race de votre style est très noble & très délicate. – si artiste, sans en avoir l'air ! Voilà le difficile 

– Dans vos Pensées détachées, j'en ai trouvé plusieurs qui m'ont semblé éblouissantes de vérité & de tournure, comme celle sur les jets d'eau. Les deux pièces de vers que j'aime le mieux sont : « à mon fils » et « la Chambre aux joujoux » & dans les Études Littéraires, j'ai relu avec un nouveau chatouillement d'amour-propre tout ce qui me ce concerne.

Je ne pourrai pas aller vous remercier avant un mois ou six semaines, car je ne puis faire encore que qques pas dans mon Cabinet.

Le Temps ne donne pas le roman de votre mari. Prquoi ? Dite-lui donc (à votre mari) de m'écrire un peu. – Serrez-lui la main de ma part, & permettez-moi Madame de baiser la vôtre, en vous priant de me croire

 

votre très respectueux & affectionné serviteur  &

(& copain)

Gve Flaubert