BOUVARD ET PÉCUCHET
PLANS ET SCÉNARIOS : Tableau génétique | Hors tableau || BROUILLONS : Tableau génétique
Afficher un folio
Chargement de l'image en cours ...
Bouvard et Pécuchet - Brouillons, vol. 2, folio 121v
[Page entièrement barrée]
25.
Deux fois par jour,  [au crépuscule] il prenait son arrosoir et le balançait sur les
plantes comme s'il les eût encensées. A mesure qu'elles verdissaient sous l'eau qui
tombait en pluie fine, il lui semblait se désaltérer & renaître avec elles.
Puis cédant à une / sorte d'/ ivresse, il arrachait la pomme de l'arrosoir & versait
à plein goulot, copieusement.
Au bout de la charmille, près de la dame en plâtre s'élevait une manière de
cahutte faite de de rondins. Pécuchet y enfermait ses instruments – & il passait
là des heures délicieuses à épelucher des graines, à écrire des étiquettes, à mettre
en ordre ses potiches. Pour se reposer, il s'asseyait devant la porte sur une
caisse, & alors projetait des embellissements
Il avait créé au bas du perron, deux corbeilles de géraniums; entre les quenouilles
et les cyprès il planta des tournesols & comme les platebandes étaient couvertes de
boutons d'or & toutes les allées de sable neuf, le jardin éblouissant par une abondance de
couleurs jaunes.
                                                                                                           les
Une idée ingénieuse lui vint : celle de tailler en forme de paons, deux ifs [dans la
les plus gros
grande avenue]. Il prit leurs dimensions, fit une épreuve, & adressa plusieurs
lettres à Dumouchel, secrètement. Enfin le commissionnaire de Bretteville apporta
                                                                                arbres
une boîte. Le lendemain soir, chacun des deux ifs ressemblait à une boule, fichée
sur un bâton. Un cornet & deux billes en porcelaine (c'était l'envoi de Dumouchel)
figurèrent
figuraient le bec & les yeux; après quoi, Pécuchet attendit Bouvard dans une
grande anxiété. Voyant qu'il ne comprenait pas, il fut obligé de lui dire
- « Mais ce sont des paons ! »
- « Oui ! oui ! en effet ! »  & Bouvard les admira.
     bientôt            en                ne pouvant être complètement vidée*
Mais la couche de briques, fourmilla bientôt de [illis.] de larves malgré les amas
de feuilles mortes contre les châssis, la peinture de leurs bois s'opposait à la chaleur ;
de même le barbouillage des cloches empêchait l'action du soleil ; & sous les uns comme
sous les autres il ne poussa que des végétations rachitiques. Les boutures ne reprirent
pas. Les greffes se décollèrent, la sève des marcottes - s'arrêta,  les arbres / trop abreuvés /
avaient le blanc dans leurs racines. - & les semis furent une désolation.
Il avait piétiné sur les graines, pr qu'elles adhérassent mieux à la terre, Mais
elles ne purent germer dans un sol durci par cette manoeuvre [ & rendu
imperméable. ]
Il laissa passer les dégels sans découvrir ses artichauts.] Au printemps tous
les artichauts 
 étaient perdus.
Les choux le consolèrent. Un surtout lui donna des espérances. [ C'était le roi du
jardin  potager.] Il s'épanouissait, montait, finit par être prodigieux et
absolument incommestible. N'importe ! Pécuchet fut content d'avoir
élevé un monstre.
[Transcription de Florence Vatan ]