BOUVARD ET PÉCUCHET
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Bouvard et Pécuchet - Brouillons, vol. 2, folio 141v
[Page barrée aux deux tiers]
 
  25.
  Au bout de la charmille près de la dame en plâtre s'élevait une manière de
cahutte, faite en rondins. Pécuchet y enfermait ses instruments, & il passait là
des heures délicieuses à épelucher des graines, à écrire des étiquettes, à mettre
en ordre ses petits pots. Pour se reposer, il s'asseyait devant la porte sur une
caisse. & alors projetait des embellissements.

Il avait créé au bas du perron, deux corbeilles de géraniums : entre les cyprès & les
                                   tournesols
quenouilles, il planta des géraniums  - & comme les plate-bandes étaient couvertes de
boutons d'or, & toutes les allées de sable neuf, le jardin éblouissait par une abondance
de couleurs jaunes.
        Cependant                                               &                   réchauds
Mais bientôt la couche fourmilla de larves. malgré les amas de feuilles mortes contre
                     Sous les cloches châssis peints & sous les cloches peint/barbouillées
 On aurait dit que le vent s'amusait
                                          haricots
à jeter bas les rames des  petits
pois
. La salade en bordure nuisait
 
l'abondance la
aux oignons, l'excès de gadoue 
aux fraisiers, le défaut de pinçage
aux tomates. Après le dégel
tous les artichauts étaient perdus.

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les châssis, la peinture de leur bois s'opposait à la chaleur. De même le barbouillage des
cloches empêchait l'action du soleil. - & sous les unes comme sous
les autres, il ne poussa
que des végétations rachitiques. Les boutures ne reprirent pas, les greffes se décollèrent
la sève des marcottes s'arrêta, les arbres avaient le blanc dans leurs racines, & les
semis furent une désolation. Au printemps, tous les artichauts étaient perdus.
 Mais
Les choux le consolèrent. un surtout lui donna des espérances. Il s'épanouissait, montait
finit par être prodigieux et absolument incommestible. N'importe : Pécuchet fut
content d'avoir élevé un monstre.
Il manqua successivement les
brocolis, les salsifis, les navets
les aubergines & du cresson
en fontaine              
de fontaine qu'il avait voulu
élever dans un baquet
après le dégel, tous les art
ét perdus

Alors il tenta ce qui lui
semblait le summum du
jardinage, l..[illis.]..
                   l'élève du
                                   melon
Voulant réussir aux melons, il sema les graines de plusieurs variétés dans des assiettes
remplies de terreau qu'il enfouit dans sa couche. Puis il dressa une autre couche
et quand elle eut jeté son feu, y repiqua les plants les plus beaux avec des cloches
par dessus. Il fit toutes les tailles suivant les préceptes du bon jardinier, respecta les
fleurs, laissa se nouer les fruits, en choisit un sur chaque bras, supprima les autres ;
et dès qu'ils eurent la grosseur d'une noix, il glissa sous leur écorce une planchette
pr les empêcher de pourrir au contact du crottin. Il les bassinait  les retournait*
les aérait, essuyait avec son mouchoir la brume des cloches, & si des nuages paraissaient
il apportait vivement des paillassons. La nuit, il n'en dormait pas. Plusieurs
fois même, il se releva ; & pieds nus dans ses bottes, en chemise, grelottant, il
traversait tout le jardin pr aller mettre sur les bâches la couverture de son lit.
 
fort de tige, avec
de larges feuilles
& de grosses
nervures il était
le roi du potager
 Les cantaloups mûrirent. Au premier, Bouvard fit la grimace. Le second ne fut
pas meilleur, le troisième non plus. Pécuchet trouvait pr chacun une excuse
nouvelle, jusqu'au dernier qu'il jeta par la fenêtre, déclarant n'y rien comprendre.
En effet, comme il avait cultivé les uns près des autres des espèces différentes
les Surins s'étaient confondus avec les Maraîchers; le gros Portugal avec le gd Mogol
et le voisinage des pommes d'amour complétant l'anarchie, il en était
résulté d'abominables mulets qui avaient le goût de citrouilles.
[Transcription de Florence Vatan]