REVUE
RECHERCHE
Contact   |   À propos du site
Retour
Sommaire Revue n° 17
Revue Flaubert, n° 17, 2018 | Flaubert sans frontières. Les traductions des œuvres de Flaubert
Ce numéro réunit les actes du colloque qui a suivi la mise en ligne de la base de données «Flaubert sans frontières»
Numéro dirigé par Florence Godeau et Yvan Leclerc

Enjeux sociaux, politiques et économiques de la circulation
des traductions des œuvres de Flaubert en Turquie

Emine Bogenç Demirel
Professeure à l’Université Technique de Yıldız, Istanbul

Lale Arslan Özcan
Maître de conférences adjointe à l’Université Technique de Yıldız, Istanbul

Pınar Güzelyürek Çelik
Assistante de recherche à l’Université Technique de Yıldız, Istanbul

Hande Ersöz Demirdağ
Enseignante et chercheure à l’Université Technique de Yıldız, Istanbul

Fulya Marmara
Assistante à l’Université Technique de Yıldız, Istanbul
[…] Et quant à moi j’ai toujours voulu, comme bien d’autres écrivains, m’identifier à la fois à l’écrivain en colère, irritable, et à celui qui, nourrissant une telle tendresse pour ses semblables, les comprend mieux que quiconque. Si bien qu’à chaque fois que je le relis, je m’entends dire :
M. Flaubert, c’est moi !
Orhan Pamuk[1]

 

La voix narrative inventée par Gustave Flaubert lui a permis de plonger dans les pensées de ses personnages. Il a eu une grande influence partout dans le monde littéraire, y compris en Turquie. À travers cette technique de narration, appelée style indirect libre, Flaubert a su inventer de nouveaux chemins et a su sensibiliser son lecteur ‒ et même celui qui n’est pas encore prêt ‒ à découvrir ce langage narratif moderne. Sans plus attendre, découvrons à présent le parcours de Flaubert en Turquie.

1. Contexte en question

Notre objectif est de présenter un panorama du transfert culturel des traductions de Flaubert dans l’espace littéraire turc. Vu l’ampleur et la densité des relations franco-turques dans les domaines culturel et politique, l’influence de la littérature française sur l’espace littéraire turc est un fait non discutable. Considérée comme un médiateur entre la civilisation occidentale et une nation qui tend vers les valeurs universelles, la traduction des œuvres flaubertiennes nous montre un rapport précieux entre la traduction et la situation sociale. Cette idée nous mène inévitablement vers un processus relationnel et dynamique qui se construit mutuellement dans certaines conjonctures entre les enjeux socio-politiques et économiques et la réception de Flaubert en Turquie.

Nous allons réaliser notre étude en nous référant à l’analyse bibliographique des traductions en turc, à l’analyse du profil des traducteurs et des maisons d’édition. Ainsi il nous sera possible de discerner les modalités de la circulation des traductions. Les références apportées en lien entre l’histoire et la situation socio-politique, économique de l’époque et les aspects les plus variés de l’acte de l’écriture, seront notre point de repère.

2. Approche méthodologique et quelques postulats

La réception de Flaubert dans le champ littéraire turc pourrait être abordée tout en profitant des notions et concepts de la sociologie de la traduction, plus particulièrement les notions empruntées à Pierre Bourdieu (habitus, champ, positionnement) et à Gisèle Sapiro (circulation internationale des idées /circonstances /acteurs).

Le rapport entre un original et sa traduction conduit à poser une série de questions proprement sociologiques qui portent sur les divers enjeux, les fonctions des traductions et les habitus des traducteurs, des maisons d’édition. D’après Johan Heilbron et Gisèle Sapiro, « pour comprendre la traduction comme pratique sociale et comme vecteur des échanges culturels internationaux, il est nécessaire de réintégrer dans l’analyse tous les acteurs ‒ individus et institutions ‒ qui en sont partie prenante »[2]. Quant à la réception, elle est « médiatisée par les modalités de la publication et de la diffusion »[3]. En particulier, il serait indispensable d’élargir notre analyse à toutes sortes de contraintes, de médiateurs qui pèsent sur ces échanges d’importation et de réception dans le pays d’accueil.

3. Flaubert dans le champ littéraire turc

Le transfert culturel des traductions de Flaubert est présenté dans l’espace littéraire turc par le biais des graphiques créés à partir des références bibliographiques. Les deux graphiques ci-dessous nous montrent la fréquence des œuvres de Flaubert traduites en turc et l’apparition de ces traductions selon les décennies. Grâce à ces graphiques, nous obtenons plusieurs observations dont l’une d’elles est particulièrement remarquable : l’entrée tardive des œuvres flaubertiennes dans la littérature turque. Par exemple, les données sur l’œuvre Madame Bovary dans les graphiques révèlent que même si l’on a commencé à la traduire beaucoup plus fréquemment en Turquie après les années 1980, il régna étrangement un silence absolu sur Flaubert dans les premières années de la République de Turquie. C’est une époque où la traduction a été considérée comme un médiateur très important entre le peuple turc et l’idéologie fondatrice, autrement dit le mouvement moderniste pour lequel la France était un véritable point de référence. Néanmoins, nous remarquons que même cette œuvre qui est la plus traduite et la plus connue en Turquie par rapport aux autres avait été traduite en 1935 pour la première fois.

Figure 1. Œuvres traduites de Flaubert en Turquie en fonction de leurs fréquences (1935-2016)

 

Figure 2. Évolution des traductions des œuvres flaubertiennes selon les dates

 

Afin de comprendre la raison de ce fait, dans cette partie de notre recherche, nous allons essayer de nous focaliser sur la condition sociale où la première rencontre de Flaubert et les lecteurs turcs a eu lieu.

 

3.1. Yeni Adam [Le nouvel homme], symbole de la Turquie moderne

À la suite de notre recherche, nous avons vu que le lecteur turc a rencontré Flaubert tard si on le compare avec les autres écrivains français. Nous savons qu’il y avait un grand intérêt envers la langue et la culture françaises dans les premières années de la République et la volonté de reconstruction identitaire sur le modèle occidental était délibérément favorisée. Toutefois, nous pouvons nous demander pourquoi les œuvres de Flaubert, furent traduites si tardivement. Les raisons potentielles de cette entrée tardive semblent à première vue dues à un manque d’intérêt. En examinant cette question de plus près, on comprend que les données nous conduisent à penser à la mentalité qui a fondé la Turquie moderne au début du XXe siècle.

À cette époque, le but de la Turquie moderne avait été exprimé de la manière suivante : « Le chemin le plus droit […] est celui de la civilisation »[4] . Pour atteindre cet objectif, le peuple turc avait défini ses identités individuelles et collectives à nouveau et donc, une rupture immédiate avec la culture orientale avait eu lieu. Sur cette toile de fond, la littérature et évidemment la traduction ont été considérées comme les moyens les plus importants de ce changement identitaire. En s’éloignant de la littérature ottomane profondément influencée par le persan et l’arabe, on a essayé de promouvoir une langue littéraire afin de créer le citoyen prototypique qui serait prêt pour cette nouvelle époque, ce nouveau pays et cette nouvelle identité. Il a fallu une acculturation humaniste qui guiderait les Turcs soumis au destin vers la création de leur propre destin. C’est justement à cet effet qu’un prototype idéal a été créé. Ce citoyen prototypique a été nommé le nouvel homme et ce changement identitaire a entraîné un phénomène nommé le nouvel homme.

Cette nouvelle définition de l’individu dans le pays annonçait le refus des qualités banales que l’on attribuait aux peuples orientaux. On a écrit sur le nouvel homme, on a même publié une revue intitulée Yeni Adam [Le nouvel homme] en turc. La définition du Nouvel Homme, extrait d’un article, peut nous donner une idée sur le conditionnement social en Turquie de l’époque en question, visant à recréer une identité nationale purifiée des qualités attachées inéquitablement aux peuples orientaux :

Le Nouvel Homme
[Le nouvel homme] croit en lui-même avant tout : sa propre connaissance et sa propre puissance constituent la base de la grande existence à laquelle il s’attache.
Le nouvel homme n’attend rien des cieux […].
Du côté sentimental, il est artistique et du côté de la pensée, il est positif. Quant à la foi, il est matérialiste. Le destin, la fatalité, la destinée sont des choses qu’il ne reconnaît pas. Il crée le sort, il guide le destin et le forme. Il prépare le bonheur. Il est le créateur de lui-même et le vivifiant de lui-même parce qu’il croit en sa créativité.
Le cerveau du nouvel homme est une machine de création qui fonctionne inlassablement. […] Il fait son travail avec une connaissance profonde. Ses pensées sont adaptées au monde d’aujourd’hui parce qu’il est déjà prêt à harmoniser ses pas dans l’itinéraire vertigineux de ce nouveau monde[5].
 

3.2. Flaubert et l’Orientalisme

Quand nous lisons les lignes de Flaubert dans ses Notes de voyage, nous pouvons comprendre que pour les intellectuels turcs, ces lignes reflètent une mémoire disparue où ils avaient été emprisonnés dans des clichés orientalistes :

Vu le sultan à son entrée dans la mosquée de Fondoukli ; la place devant la mosquée encombrée de chevaux et d’officiers étranglés dans des redingotes. Il faut encore plusieurs générations pour qu’ils s’y habituent.
[…] le costume européen domine, pour les hommes seulement, il est vrai !
Adieu mosquée ! Adieu, femmes voilées ! Adieu, bons Turcs dans les cafés !... [6]

Dans l’œuvre de Flaubert, l’image turque est dominée par la croyance, et par le désaccord avec le monde moderne. Tous ces éléments nous amènent à penser que ce point de vue en opposition avec la nouvelle identité turque était l’une des raisons entraînant la mise à l’écart de Flaubert de la littérature turque pendant des décennies[7].

 

3.3. Flaubert et les premières critiques dans le champ littéraire turc

La première critique envers le style réaliste de Flaubert appartient à Haldun Taner, l’un des intellectuels les plus importants de son époque.

Il faut être très injuste pour supposer que la prose de Chateaubriand et Le Rouge et le Noir de Stendhal soient inférieurs à Madame Bovary. [...] Flaubert est-il celui qui a utilisé pour la première fois la méthode objective en littérature ? Il n’est pas nécessaire de chercher bien loin ; son contemporain et son compatriote Mérimée qui a su rester calme et imperturbable même dans les histoires d’amour passionnées, n’a-t-il pas écrit ses fameuses nouvelles à une époque où personne ne connaissait Flaubert ? Ne voyons-nous pas déjà souvent les descriptions que nous louons chez Flaubert, et qui font vraiment que l’homme se sente vivant, dans l’œuvre de Balzac ?[8]

La revue Varlık montre que des enjeux moraux ont retardé l’entrée de Flaubert dans la littérature turque :

Publiée par Hilmi Kitabevi [...] la traduction de Madame Bovary a causé beaucoup de discussions [...] l’œuvre n’avait pas été intégralement traduite. Tout en donnant raison aux critiques, le traducteur l’a retraduit. La fameuse plaidoirie de maitre Senard au procès de Flaubert intenté pour « délit d’outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs » a été traduite et ajoutée à la fin de la traduction. En plus, l’éditeur, İbrahim Hilmi, a écrit une préface de 21 pages sur Gustave Flaubert et sur l’œuvre afin de faciliter la compréhension[9].

On note un désaccord entre le mouvement moderniste de la jeune République et la perspective orientaliste qui apparaît de temps en temps dans les œuvres de Flaubert. Il est possible que ce conflit ait influencé les préférences concernant la traduction. Par ailleurs, grâce aux critiques, nous pouvons constater qu’il fallait habituer la société à remarquer la subtilité littéraire de Flaubert pour mieux analyser l’histoire d’Emma et pour l’accepter.

4. Profil des traducteurs et des maisons d’édition

En vue de présenter l’ampleur et la qualité du travail réalisé par les traducteurs, nous pouvons diviser ce processus en deux périodes : la première période concerne les premières traductions des œuvres de Flaubert et se situe entre 1935 et 2000 ; la deuxième période est comprise entre 2000 jusqu’à nos jours.

Tout en prenant en compte qu’une étude bio-bibliographique exhaustive des traducteurs dépasserait largement le cadre du présent article, nous devons quand même présenter plus en détail certains traducteurs et donner plus d’informations sur leur carrière afin de mettre en évidence d’une façon plus nette leur profil intellectuel.

Les premières traductions ont été effectuées en général par des auteurs turcs qui orientent l’opinion culturelle, littéraire du pays après la constitution de la nouvelle République turque, comme Nurallah Ataç, Asım Bezirci, Sabahattin Eyüboğlu, et Tahsin Yücel. De même, les maisons d’édition publiant les premières traductions de Flaubert se situent parmi les plus reconnues publiquement pour la notoriété de leur politique éditoriale.

La première traduction de Flaubert en turc est effectuée par İsmail Hakkı Alişan [Eldem], sur lequel nous n’avons pas trouvé d’informations. La traduction de Salammbô a été publiée dans les éditions du Journal Vakit [Le temps], en 1935.

Ali Kami Akyüz, qui a réalisé la première traduction de Madame Bovary en format roman en 1936, est l’un des poètes connus de son époque. Il est l’oncle de Peyami Safa, l’une des figures importantes de la littérature turque. Akyüz a également traduit en 1936 Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre. En outre, il est le propriétaire de la revue Gündüz [La journée] qui est une revue d’art et de littérature publiée entre les années 1936-1940.

La maison d’édition Hilmi qui a publié cette traduction est fondée d’abord comme imprimerie en 1896. Ensuite, avec la République, elle est devenue une maison d’édition. Elle a également publié les œuvres des précurseurs littéraires turcs comme Hüseyin Rahmi Gürpınar, Halid Ziya Uşaklıgil.

Ce qui attire notre attention concernant cette maison d’édition, c’est qu’elle a utilisé la même couverture que la publication en français par les éditions Nelson en 1946.

Selon nos recherches, Asım Bezirci a traduit sous le pseudonyme de Fikret Arıel Trois contes. Bezirci est auteur, essayiste et critique, diplômé du Département de langue et de littérature turques de l’Université d’Istanbul, et il a exercé le métier de journaliste. Il a travaillé au sein du journal Gerçek [La vérité] quotidien politique. Bezirci a perdu la vie en 1993 lors du massacre de Sivas où furent brûlé des poètes, musiciens et auteurs, plus généralement des alevis, au cours d’un festival culturel. Ses œuvres sont en général des biographies concernant les grands auteurs turcs comme Nazım Hikmet, Orhan Veli Kanık, Rıfat Ilgaz et des anthologies de poésies. Il a traduit également Bertolt Brecht, Paul Éluard, Alain Robbe-Grillet et Jean-Paul Sartre.

 

 

Figure 3 et 4. Couvertures des maisons d’édition Hilmi et Nelson

 

La traduction Trois contes est publiée en 1955 par trois maisons d’édition : Ekicigil, Varlık et Işık. Excepté Varlık, les deux autres maisons d’édition l’ont publiée sous le pseudonyme d’Asım Bezirci : Fikret Arıel.

 

 

Figure 5. Asım Bezirci

 

La maison d’édition Ekicigil ayant publié cette traduction des Trois contes en 1955 appartenait à un producteur de cinéma et publiait généralement des revues et livres de cinéma. C’est la seule information que nous avons pu trouver concernant cette maison d’édition.

Şerif Hulûsi Kurbanoğlu, qui est le premier traducteur de L’Éducation sentimentale, est diplômé du Département de Langue et Littérature turques de l’Université d’Istanbul. Il a écrit des critiques dans les revues Ağaç [L’arbre], İnsani [Humain], Yeditepe [Septs sommets]. Il a également traduit Tchinguiz Aïtmatov, Desiderius Erasmus, André Gide, Lénine, Mao Tsé-Toung et Stendhal. Sa traduction est publiée aux Éditions Ak en 1964.

 

 

Figure 6. Couverture de la traduction de Trois Contes réalisée par Asım Bezirci

 

Cemal Süreya, poète et écrivain turc qui a traduit L’Éducation sentimentale, est diplômé de la Faculté des Sciences Politiques de l’Université d’Ankara. Il était le rédacteur en chef du magazine littéraire Papirus. Nous le connaissons en tant que précurseur et théoricien du courant İkinci Yeni Akım[10] [Deuxième courant nouveau]. En outre, il était le membre du Conseil consultatif au sein du Ministère turc des affaires culturelles et de l’Institut national de la langue turque (Türk Dil Kurumu).

 

 

Figure 7. Cemal Süreya

 

La traduction de Süreya a été publiée d’abord par la maison d’édition Cem en 1971, par la maison d’édition Adam en 1982 et ensuite par les Éditions İletişim en 2007, et finalement en 2009 par la maison d’édition İlke. La maison d’édition Cem, fondée en 1964, est l’une des plus anciennes et prestigieuses maisons d’édition en Turquie. Adam, fondée en 1981, n’existe plus aujourd’hui. Cependant elle a à son actif des publications prestigieuses dans les domaines des sciences sociales, littérature, philologie et éducation.

 

 

Figure 8 et 9. Couverture des traductions de l’Éducation sentimentale réalisées par Cemal Süreya

 

Ferid Namık Hansoy, renommé comme traducteur de Jules Verne en Turquie, a réalisé la première traduction d’Un cœur simple en 1939. Après avoir travaillé plusieurs années dans le secteur public, Hansoy s’est lancé dans le métier de la traduction au sein de la revue Serveti fünun [Le trésor des sciences]. Il est l’auteur du dictionnaire Fransızca-Türkçe Sözlük [Dictionnaire de langue français-turc].

 

 

Figure 10. Ferid Namık Hansoy

 

La librairie Inkılâp, qui a publié cette traduction, est fondée en 1927. Jusqu’à nos jours, elle a publié environ 25.000 livres dans 44 domaines. L’une des plus grandes collections de Jules Verne est publiée par cette maison ainsi que les classiques turcs.

Nurullah Ataç, le co-traducteur de Madame Bovary[11], est essayiste et critique littéraire. Diplômé du Lycée de Galatasaray, il est parti en Suisse pour suivre des études supérieures. Ensuite, il s’est lancé dans la vie professionnelle en tant qu’enseignant de langue et culture françaises et en tant que traducteur littéraire. En 1945, il a été honoré en tant qu’interprète du Président de la République turque. À partir de cette date, sa carrière de fonctionnaire s’est accélérée. Ataç est connu en particulier pour ses écrits, critiques et essais sur la langue et la culture turques, les littératures grecque, française et russe, ainsi que sur le théâtre classique. Il a contribué à la purification de la langue turque et à la révolution linguistique. Étant le président du Bureau de traduction (Tercüme Bürosu), ses traductions ont marqué le mouvement d’occidentalisation du pays.

 

 

Figure 11. Couverture de la traduction d’Un cœur simple réalisée par Hansoy

 

Ataç effectue la traduction de Madame Bovary avec Sabri Esat Siyavuşgil, poète, écrivain, psychologue, encyclopédiste et traducteur. Il est parmi les fondateurs du courant littéraire Yedi Meşaleciler[12]. Siyavuşgil est renommé par sa traduction de Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand.

La traduction est publiée en 1968 aux éditions culturelles Türkiye İş Bankası fondées en 1956 par Hasan Âli Yücel, ministre de l’éducation de l’époque. Ces éditions publient la série des classiques traduits au Bureau de traduction (Tercüme Bürosu) fondé en 1940 au sein du Ministère turc de l’éducation afin d’amener le pays au niveau d’une civilisation moderne.

 

 

Figure 12. Nurullah Ataç

 

Cette traduction est republiée en 1967 aux Éditions Remzi qui ont été fondées en 1927. Ce qui est important pour ces éditions, c’est qu’en 1937, avant même l’initiative du Ministère de l’Éducation, elles ont entamé la publication des séries classiques et ont publié 250 livres sous le label Dünya Muharrirlerinden Tercümeler Serisi [Collection de traduction de la littérature mondiale].

 

 

Figure 13 et 14. Couvertures des traductions de Madame Bovary réalisées par Nurullah Ataç

 

En outre, Ataç et Siyavuşgil, Tahsin Yücel a aussi traduit Madame Bovary. Écrivain, essayiste et traducteur, Yücel est l’un des précurseurs qui ont fondé les disciplines parentes de la linguistique et de la sémiotique en Turquie. Il a consacré une étude à la Comédie humaine de Balzac. Il est le premier disciple du sémioticien Algirdas Julien Greimas et il a introduit la sémiotique en Turquie. Yücel a commencé sa carrière d’écrivain en tant que nouvelliste. Enfin il a écrit des romans autobiographiques. Ayant signé une centaine de traductions, Yücel a contribué prodigieusement à la diffusion et à la présentation des auteurs et de la littérature de langue française. Parmi les auteurs qu’il a traduits, nous pouvons citer Balzac, Barthes, Flaubert, Proust et Tournier. Yücel a obtenu plusieurs prix littéraires dont les plus importants sont : Prix de la meilleure traduction d’Azra Erhat, Prix de la meilleure nouvelle courte de Sait Faik, Prix du meilleur roman de Yunus Nadi. En 1997, Tahsin Yücel a été nommé au grade de commandeur dans l’ordre des Palmes académiques par le gouvernement français. Ses œuvres traduites en français sont Bıyık / La moustache, Vatandaş / Vatandas, Peygamberin Son Beş Günü / Les Cinq derniers jours du prophète.

 

 

Figure 15. Tahsin Yücel

 

Sa traduction a été publiée par trois différentes maisons d’édition : la première étant Varlık fondée en 1946, sa première mission était de présenter la littérature au lectorat turc. Elle a publié les œuvres des auteurs et poètes qui sont en général des précurseurs de différents genres littéraires dans la littérature turque. Elle a obtenu le Grand Prix du Ministère turc de la Culture pour ses activités littéraires.

Les éditions Ekin nous restent inconnues car nous n’avons pu trouver une information identifiable. Dernièrement, les éditions Can fondées en 1981 sont devenues l’une des éditions de renom. Ses publications se concentrent plus particulièrement sur la littérature d’Amérique Latine.

 

 

Figure 16 et 17. Couvertures des traductions de Madame Bovary publiées dans Varlık et Can

 

Sabahattin Eyüboğlu a traduit La tentation de saint Antoine. Il est écrivain, académicien et traducteur et également membre du Bureau de Traduction (Tercüme Bürosu). Il a traduit en turc de nombreux grands noms de la littérature et de la philosophie mondiales dont Aristophane, Albert Camus, Jean de La Fontaine, Franz Kafka, Omar Khayyám, Arthur Miller, Molière, Michel de Montaigne, Platon, François Rabelais, Bertrand Russell, Jean-Paul Sartre, William Shakespeare, et Paul Valéry. Sous le pseudonyme Hasan Güreh, il est aussi le premier traducteur en français de Nâzım Hikmet.

 

 

Figure 18. Sabahattin Eyüboğlu

 

Cette traduction de La tentation de saint Antoine est d’abord publiée par les éditions Cem en 1968, puis en 2006 dans les éditions culturelles Türkiye İş Bankası.

Lors de nos recherches il apparaît qu’environ 90 maisons d’édition ont publié les traductions de Flaubert. Vu l’ampleur de ces publications et pour ne pas alourdir notre article nous avons choisi les éditions les plus remarquables. Cependant il existe d’autres publications que nous n’avons pas pu analyser largement dans ce travail. Mais en guise d’exemple nous voudrions quand même citer quelques noms comme les éditions İletişim, Sel et NTV connues par la qualité de leurs publications.

 

 

Figure 19. Couverture de la traduction de La tentation de saint Antoine réalisée par Eyüboğlu

 

La maison d’édition Sel fondée en 1990, publie en général des livres politiques, sociaux et journalistiques. Elle a obtenu les prix de La liberté d’expression et de pensée de l’Union des institutions de publication de la Turquie en 2009 et en 2010 Le prix de la liberté de publier de l’Union internationale des éditeurs.

Les Éditions NTV appartenant à Doğuş, un holding faisant partie des plus puissantes entreprises de la Turquie, ont publié des bandes-dessinées, des classiques comme Le Procès de Kafka et Macbeth de Shakespeare.

 

 

Figure 20. Couverture de la traduction des Mémoires d’un fou publiée dans Sel

 

Nous n’avons pas pu traiter largement dans ce travail des maisons d’édition « anonymes » comme Ak, Işık, İlke et plusieurs autres car il nous était impossible de trouver des informations éditoriales : soit qu’elles aient cessé leurs activités ou qu’elles sont des petites entreprises ne pouvant jouer un rôle considérable dans le marché de l’édition. En guise d’exemple, la maison d’édition Kum Saati publie pour la première fois Madame Bovary en 2002 avec la traduction de Mustafa Bahar ; ensuite en 2009 avec la traduction de Cemal Süer et dernièrement en 2012 avec la traduction d’Adem Taşdemir. Tous ces traducteurs restent anonymes. Nous avons également constaté que la maison d’édition İskele a publié en un mois 25 traductions d’œuvres classiques dans quatre langues, signées par le même traducteur[13].

 

 

Figure 21. Couverture de la traduction de Madame Bovary publiée dans İskele

 

La deuxième période est marquée par les publications de Madame Bovary se situant dans la liste de 100 œuvres fondamentales. Le Ministère de l’Éducation nationale a publié en 2004 deux listes de livres nommés 100 œuvres fondamentales ‒ l’une pour l’enseignement primaire et l’autre pour l’enseignement secondaire ‒ qui se composaient d’œuvres turques et étrangères. Ces livres ont été recommandés par l’état aux professeurs de lettres ainsi qu’aux familles des étudiants. Dans la deuxième période, concernant la parution récente des traductions, deux maisons d’édition se mettent en avant. Les éditions Kırmızı ont publié en 2016 Madame Bovary et en 2018 Duygusal Eğitim (Éducation sentimentale). Ces deux traductions ont été réalisées par İsmail Yerguz qui est un traducteur éminent connu du public turc. En 2016, les éditions Can ont publié la traduction de Trois contes (Üç Öykü) réalisé par Samih Rıfat, un intellectuel, académicien et traducteur. Ces trois publications se différencient par la qualité et le choix de leur traducteur.

 

 

Figure 22. Couverture de la traduction de Madame Bovary publiée dans İmge

 

Observons les publications des classiques dans ce projet ; sur la couverture il est imprimé 100 œuvres fondamentales. La maison d’édition Alkım en est un bon exemple : cette maison en coopérant avec le quotidien Sabah [Le matin] publie toutes les œuvres se trouvant dans la liste. D’autre part, le quotidien Taraf [Le parti], imprimé par la même maison d’édition, distribue ces œuvres en 2008 (sur remise d’un coupon distribué avec le journal).

Dans ce cadre, Madame Bovary existe dans le programme éducatif secondaire de la 11e classe dans la leçon de la littérature Servet-i Fünun [La nouvelle littérature] (1896) qui est un mouvement littéraire développé sous l’influence de la littérature occidentale, à l’époque du Sultan Abdülhamid II. Le livre est traité avec Aşk-ı Memnu [L’amour interdit] de Halid Ziya Uşaklıgil et Anna Karénine de Léon Tolstoï. Il est à noter qu’Uşaklıgil écrit son œuvre principale Aşk-ı Memnu sous l’influence de Madame Bovary.

Nous avons constaté un fait propre aux traductions publiées dans le cadre du projet de 100 œuvres fondamentales :

1. Il existe des traducteurs qui ont traduit dans la même année à la fois Guerre et Paix de Tolstoï, Croc-Blanc de Jack London et Madame Bovary de Gustave Flaubert.

2. Nous pouvons expliquer ce fait de la façon suivante : ils ont effectué la traduction à partir de l’anglais puisque le marché turc s’est habitué à cette tendance. Mais il nous paraît quand même difficile de traduire en un an tous ces classiques.

3. Nous devons attirer l’attention sur le nombre de pages de ces traductions, car il existe des éditions de Madame Bovary en 150 pages. Nous avons aussi consulté les blogs et des forums à propos de la qualité de ces traductions et on y trouve des critiques sévères.

4. Selon nos recherches nous avons constaté que l’œuvre la plus traduite de Flaubert est Madame Bovary. Depuis ses premières traductions jusqu’à nos jours il existe environ une centaine de publications en turc de Madame Bovary. Cette œuvre est la plus traduite, suivie de L’Éducation sentimentale et de Trois contes.

 

 

Figure 23. Couverture de la traduction de Madame Bovary publiée dans Alkım

 

Un autre phénomène remarquable de la deuxième période est l’apparition de traductions de Madame Bovary en format numérique (e-book), en bande-dessinée et en livre audio.

 

 

Figure 24. Bande-dessinée de Madame Bovary publiée par les Éditions NTV

 

Figure 25. Profil des traducteurs

 

5. Analyse des titres des œuvres traduites en turc de Flaubert

Cette partie se concentre sur les phénomènes qui concernent les traductions en turc des titres des œuvres de Flaubert.

Nous nous proposons de décrire, d’analyser et de comprendre les phénomènes qui apparaissent à travers les traductions en turc des titres des œuvres de Flaubert que nous avons collectées dans le cadre du présent projet bibliographique.

En examinant les traductions en turc des œuvres de Flaubert, on remarque plusieurs phénomènes :

1. la translitération

2. l’ajout d’explicatifs

3. la modification

Pour commencer par l’œuvre la plus traduite, plus exactement, Madame Bovary, on note que pour la majorité, le titre est translitéré en turc, ce qui donne Madam Bovary (bien que la lettre y ne corresponde pas au son ‘i’). Cependant, une part assez importante des titres de l’ouvrage en question reste en français : Madame Bovary.

Quant aux noms propres, tels que Salammbô, on note que dans toutes les traductions recensées en turc, ce titre est translitéré en Salambo.

Quant à l’introduction d’ajouts explicatifs, on observe que dans un cas, le titre Madame Bovary est accompagné d’un ajout sur le genre littéraire auquel il appartient : Madam Bovary : roman (édition Bordo-siyah, 2004).

Toutefois, on note un cas où l’ajout d’ordre explicatif prend forme d’un commentaire qui modifie considérablement le titre : tel ce cas qui attire notre attention où l’intitulé apparaît avec un commentaire : Madam Bovary (Umursamazlık ve Duyarsızlık İhanet Nedeni Midir ?) (Édition Tutku, 2013). Une (re)traduction possible de l’intitulé est : Madame Bovary (Le je-m’en-foutisme et l’insensibilité sont-ils la cause de l’infidélité ?).

Un autre phénomène qui apparaît à travers les données recueillies est la modification des titres. Par exemple, l’œuvre intitulée La Tentation de saint Antoine subit plusieurs modifications : il s’agit de l’œuvre Ermiş Antonius Ve Şeytan (Édition İş Bankası, 2006 et édition Cem, 1968). Une (re)traduction possible peut être : Personne sainte Antonius et le diable.

En ce qui concerne ce phénomène, d’une part, bien que le mot « saint » ait une correspondance en langue et culture turques, à savoir aziz, on note que dans les titres traduits en turc de cet ouvrage, il est rendu par « ermiş » (qui peut être traduit par personne mystique, personne sainte) ; d’autre part, le mot « tentation » semble problématique en turc. Plus précisément, l’entrée Tentation en turc propose : suça eğilim (tendance à un crime), meyil (tendance), baştan çıkarılma, ayartma (séduction)[14]. On remarque que pour traduire de manière exhaustive et satisfaisante « tentation » en turc, un seul mot ne suffit pas. Par ailleurs, l’utilisation des mots proposés reste inadéquate pour rendre, au public cible turc, l’arrière-plan religieux et la culture auxquels on fait référence.

Une explication possible au sujet de l’introduction de Şeytan (diable) dans le titre traduit en turc semble être un moyen d’évoquer de manière relativement plus efficace le contexte culturel et biblique auquel il fait référence.

On remarque qu’Antoine figure en tant qu’Antonius, bien que dans les données recueillies sur internet autour de la thématique « la tentation de Saint Antoine », Aziz Antoine, Aziz Anthony, Aziz Antonius sont les données qui apparaissent avec une fréquence considérable. « Saint » aurait très bien pu être traduit par aziz. Toutefois, en ce qui concerne les traductions possibles en turc d’Antoine Antoine, Anthony, Antonius la traduction des noms propres reste un sujet faisant appel à de longs débats.

Une des chercheuses de notre équipe, qui a traduit les Écrits de jeunesse de Flaubert, signale avoir rencontré un problème similaire au sujet des noms propres au cours de la traduction[15]. Plus précisément, Cosme (de Médici) apparaît dans les ressources turques avec différentes orthographes[16], pour en donner quelques exemples : Cosme, Cosmo, Cosimo, Cosima, Kozmo, Kozimo. Elle a préféré utiliser l’appellation relativement « neutre » Cosme, sans translitérer. Elle considère que la formule qu’elle a choisie peut très bien être révisée à l’avenir, au fur et à mesure de l’acceptation par le public turc d’une orthographe univoque.

Elle commente également les Écrits de jeunesse, composé de recueils, qui a été intitulé par la maison d’édition Cehennem Rüyası dans la version traduite, qui est en fait le titre d’un des écrits qui y figure. La maison d’édition avait effectué ce changement sans demander l’avis de la traductrice. Cette dernière explique avoir appelé la maison d’édition dès la publication du livre en question pour demander les motifs de cette modification, et elle transmet la réponse de l’éditeur : « Le titre a été modifié pour des raisons commerciales afin d’attirer l’attention du public. »

Dans de très nombreux exemples, nous avons découvert la circulation aux multiples facettes de Flaubert dans le champ littéraire turc. Comme affirme Gisèle Sapiro, « la signification que prennent les œuvres est inséparable de leur interprétation et des appropriations dont elles sont l’objet[17]  ».

 

 

Figure 26. Couverture de la traduction des Écrits de jeunesse réalisée par Hande Ersöz Demirdağ

 

 

6. Conclusions

 

Le projet Flaubert sans frontières nous a permis de poser des questions relatives à l’entrée tardive de Flaubert dans le champ littéraire turc. Nous pouvons affirmer que la traduction des œuvres de Flaubert aurait dû être privilégiée durant les premières années de la Turquie moderne où un changement social révolutionnaire vers les valeurs universelles a eu lieu. Il est probable que l’œuvre flaubertienne s’opposait au modèle du citoyen idéal par son aspect orientaliste. Les soucis moraux ainsi compris se présentent aussi comme une des raisons possibles, mais ce qui est certain, c’est qu’en cette période, le lecteur n’étant pas encore prêt au langage narratif moderne de Flaubert, est resté indifférent à sa découverte dans la littérature turque.

Si nous récapitulons à présent la base de références, il existe 56 traducteurs qui ont traduit les œuvres de Flaubert en Turquie dont 16 appartiennent à la première période, 40 à la deuxième période. Pour la première période, 10 des traducteurs sont des auteurs et/ou des journalistes éminents. Pour la deuxième période, parmi ces 40 traducteurs, nous n’avons des informations bio-bibliographiques que sur 6 d’entre eux. Parmi ces 6 traducteurs, 4 sont des académiciens dont 2 sont des traductologues. Les 2 autres traducteurs sont des écrivains et/ou journalistes. Concernant le profil général des maisons d’édition, nous avons constaté que celles de la première période sont en général les maisons d’édition les plus prestigieuses de leur temps. Cependant, environ la moitié des maisons d’édition de la deuxième période sont anonymes.

Quant aux titres des œuvres de Flaubert, la translitération des noms propres apparaissant dans les traductions en turc est liée à une meilleure réception par le public cible et à un manque de consensus sur comment l’écrire. Nous notons des titres qui subissent des modifications tant sur le plan lexical que sur le plan sémantique dans leurs versions traduites, comme illustré dans l’exemple de La Tentation de saint Antoine. Ceci semble être effectué en vue d’une meilleure réception d’une thématique appartenant à une autre culture et religion. Dans certains cas, il se peut que le titre soit modifié par la maison d’édition pour des raisons tout à fait économiques / commerciales.

En fait, c’est l’incohérence que nous décelons à travers un déséquilibre de qualité et de quantité concernant les traductions entre les deux périodes. Nous remarquons aussi l’adaptation approximative des thèmes similaires contenant des outrages à la morale publique comme par exemple Aşk-ı Memnu de l’écrivain turc Halit Ziya Uşaklıgil (1900) et aussi des écrivains francophones de la première période qui traduisent mais n’écrivent pas comme Flaubert.

L’augmentation des traductions de Madam Bovary pendant la deuxième période, avec l’appellation 100 Temel Eser et la cohérence entre la qualité du traducteur et la maison d’édition ont créé une relation non linéaire et incohérente avec les œuvres de Flaubert. Le public turc de cette période qui cherche à créer une forme narrative appropriée à l’esprit du temps met en scène une rencontre sans profondeur.

Comme le dit Bourdieu, « l’œuvre de Flaubert doit à la constitution du champ, de l’espace des positions et des prises de position des différents courants, mouvements, écoles, auteurs de l’époque [...]. Flaubert écrivain est produit par ce qu’il contribue à produire »[18].

Quant à la réception de Flaubert aujourd’hui en Turquie, il serait plus facile de répondre par les mots d’un écrivain contemporain turc, Orhan Pamuk : « Le Flaubert que j’aime et que j’admire, celui auquel je m’identifie. »[19]

 

Bibliographie

« Madam Bovary », (compte rendu) Varlık, 1943, no  231, p. 320.

Arzu, Etensel İldem, Fransız Gezginlerin Gözüyle Türkler ve Yunanlılar, 19. Yüzyılın İlk Yarısında Fransız Gezginlerin Yapıtlarında Karşılaştırmalı Türk ve Yunan İmgesi, İstanbul, Boyut Yayıncılık, 2000.

Gisèle Sapiro (sous la dir. de), Translatio, Paris, CNRS Ed., 2008, p. 43.

Gisèle Sapiro, « Pour une approche sociologique des relations entre littérature et idéologie », Contextes Revue de sociologie de la littérature, n° 2, février 2007
http://contextes.revues.org/index165.html

Gustave Flaubert, Notes de voyages : Nouvelle édition augmentée,
https://books.google.com.tr/books, p. 3150.

Haldun Taner, « Edebi Portreler Gustave Flaubert », Varlık, 1943, n° 231.

Haşim Nezihi, « Yeni Adam », Varlık, 1934, n° 5.

Johan Heilbron, Gisèle Sapiro, « La traduction littéraire, un objet sociologique », Actes de la recherche en sciences sociales, Traductions : les échanges littéraires internationaux, 2002, vol. 144, p. 3-5, doi : 10.3406/arss.2002.2803.

Mustafa Kemal Atatürk, Atatürk’ün Kastamonu Nutku, 1925,
http://turquieeuropeenne.eu/le-ralliement-de-la-saint-benoit.html

Pierre Bourdieu. Les Règles de l’art, Seuil, 1992.

 

Catalogues numériques

Catalogue numérique de la Bibliothèque nationale de Beyazıt.
http://www.beyazitkutup.gov.tr/

Catalogue numérique de la Bibliothèque municipale d’Atatürk.
http://ataturkkitapligi.ibb.gov.tr/ataturkkitapligi/index.php

Catalogue numérique de la Bibliothèque nationale turque.
http://www.mkutup.gov.tr/tr/Sayfalar/default.aspx

Catalogue numérique des archives du journal Cumhuriyet :
http://www.cumhuriyetarsivi.com/monitor/index2.xhtml
Catalogue numérique des archives du journal Milliyet :
http://gazetearsivi.milliyet.com.tr/
Catalogues numériques des bouquinistes
www.nadirkitap.com
www.kitapsahaf.net

 

Autres sites internet

http://www.hurriyet.com.tr/bir-ayda-55-klasigi-cevirip-yayinladilar-3355573

http://ceviribilim.com/ ?p=1181

http://www.milliyet.com.tr/parayi-veren-kitabi-bastirir--pembenar-detay-kultursanat-533810/

http://www.turkyaybir.org.tr/uye/e-yayinlari/235

http://www.radikal.com.tr/kultur/ankarada-yayincilik-dunyasi-yasta-792180/

http://www.yakinplan.com/kose-yazilari/boyle-oluyor-felsefecilerin-olumu/

http://www.radikal.com.tr/ek_haber.php?ek=ktp&haberno=1868

 

 

NOTES

[2] Gisèle Sapiro (sous la dir. de), Translatio, Paris, CNRS Ed., 2008, p. 43.
[3] Gisèle Sapiro , « Pour une approche sociologique des relations entre littérature et idéologie », Contextes Revue de sociologie de la littérature, n° 2, février 2007.
http://contextes.revues.org/index165.html
[4] Mustafa Kemal ATATÜRK, Atatürk’ün Kastamonu Nutku, 30 août 1925.
[5] Haşim Nezihi, Yeni Adam, Varlık, 1934, n° 5.
[6] Gustave Flaubert, Notes de voyages, nouvelle édition augmentée, 
https://books.google.com.tr/books, p. 3150.
[7] Arzu, Etensel İldem, Fransız Gezginlerin Gözüyle Türkler ve Yunanlılar, 19. Yüzyılın İlk Yarısında Fransız Gezginlerin Yapıtlarında Karşılaştırmalı Türk ve Yunan İmgesi, Istanbul, Editions Boyut, 2000, p. 253-257.
[8] Haldun Taner, Edebi Portreler Gustave Flaubert, Varlık, 1943, n° 231, p. 17.
[9] « Madam Bovary », (compte rendu) Varlık, 1943, n° 231, p. 320.
[10] İkinci Yeni [Le deuxième courant nouveau] est un courant littéraire fondé par des poètes turcs connus dans les années 1950 tels que Ece Ayhan, İlhan Berk, Edip Cansever, Sezai Karakoç, Cemal Süreya, Ülkü Tamer et Turgut Uyar. Ece Ayhan, le précurseur du courant, le nomme également « la poésie civile ».
[11] Lors de nos recherches, selon le catalogue en ligne de la Bibliothèque Atatürk, nous avons constaté qu’il existe une traduction de Madame Bovary effectuée par Nurullah Ataç en feuilleton dans la revue Aydabir [Le Mensuel] en 1936 dans les numéros 8 à 15. La revue est mentionnée dans les catalogues mais elle n’est pas accessible pour le moment à cause des travaux de numérisation de la Bibliothèque.
[12] Le courant littéraire turc Yedi Meşaleciler [Les sept allumeurs de flambeau] se composait de six poètes et un nouvelliste. Ils sont connus avec la revue Sept flambeaux publiée à partir de 1928.
[15] Cehennem Rüyası, Istanbul, Éditions Say, 2004.
[17] Gisèle Sapiro, « Pour une approche sociologique des relations entre littérature et idéologie », Contextes Revue de sociologie de la littérature, n° 2, février 2007
http://contextes.revues.org/index165.html
[18] Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art, Seuil, 1992, quatrième de couverture.


Mentions légales