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Sommaire Revue n° 17
Revue Flaubert, n° 17, 2018 | Flaubert sans frontières. Les traductions des œuvres de Flaubert
Ce numéro réunit les actes du colloque qui a suivi la mise en ligne de la base de données «Flaubert sans frontières»
Numéro dirigé par Florence Godeau et Yvan Leclerc

La réception de Flaubert en Suède –
Premier défrichage

Hans Färnlöf
Maître de conférences en littérature française à l’Université de Stockholm.
Voir [Résumé]

 

Cette introduction sera succincte. La présente étude s’inscrit tout naturellement dans la prolongation du travail collectif sur les éditions de Flaubert mené à l’échelle internationale et initié par le Centre Flaubert à l’Université de Rouen. Comme l’indique son titre, l’ambition de cet article sera de jeter les bases pour de futures explorations du paysage littéraire en Suède concernant Flaubert. Nous espérons atteindre ce but en effectuant un relevé des traductions et des éditions disponibles, puis un bilan du discours critique sur l’auteur et son art depuis ses premières traductions en Suède jusqu’à nos jours. Plus précisément, l’étude suivra le plan habituel des présentations de la présence d’un auteur dans un pays : description des sources ; commentaire de traductions et d’éditions ; relevé chronologique des appréciations de Flaubert depuis son introduction en Suède jusqu’en 2016[1].

1. Le matériau

1.1. Sources bibliographiques et études antérieures

Dans les études de la réception d’un auteur, les résultats, qui sont bien naturellement fondés sur les données disponibles, ne sauraient être ni définitifs ni catégoriques. Dans le cas de la présence de Flaubert en Suède, il pourrait exister quelques traductions et études mineures que nous n’avons pu repérer. Toutefois les sources existantes devraient nous permettre d'établir un premier bilan assez fiable, notamment pour ce qui est des traductions et des éditions. La base de données LIBRIS rassemble des ouvrages imprimés en Suède depuis le XVIe siècle[2]. Bien entendu, son index n’est pas exhaustif, mais il couvre très bien les éditions de la période 1800-1975, si l’on en croit la présentation officielle. Il s’ensuit que la plupart des éditions, et surtout les éditions majeures de cette période, devraient y figurer. La Bibliothèque royale de Stockholm doit à son tour avoir en sa possession ces ouvrages, ce qui permet (et permettra) d’y opérer d’éventuelles rectifications. Complétant LIBRIS, Svenskt pressregister contient des registres indexés de tout article, notice, traduction ou compte rendu parus dans les quotidiens suédois les plus importants entre 1880 et 1911[3]. Quelques quotidiens possèdent également un index numérique, permettant de remonter jusqu’en 1830 (pour Aftonbladet) et en 1864 (pour Dagens Nyheter)[4]. Quant aux périodes suivantes, l’index des comptes rendus nous a permis de retrouver un grand nombre d’articles sur les éditions successives. Aussi avons-nous choisi d’utiliser les comptes rendus comme source principale pour essayer d’identifier quelques positions différentes de la réception au cours de la période étudiée. Il va de soi que le survol de ce matériau partiel ne pourra donner que des résultats préliminaires.

Soulignons aussi que les comptes rendus sont une arme à double tranchant. D’un côté, la tâche du critique reste bien celle de renseigner le lecteur sur l’auteur, sa vie, son œuvre et son statut actuel dans l’histoire littéraire. Étant donné que le critique doit chercher à présenter l’état de l’image de l’auteur, il peut nous exposer l’atmosphère d’une époque et ainsi nous permettre de suivre les fluctuations de la critique d’une période à une autre. De l’autre côté, la position du critique dans le champ littéraire, déterminée à la fois par sa filiation (ou son absence de filiation) universitaire, son âge, son appartenance politique, ses connaissances et, enfin, sa personnalité, peut modifier son jugement et contribuer à créer un champ littéraire complexe. En effet, la comparaison des comptes rendus contemporains illustrera de temps à autre jusqu’à quel point on se doit de tenir des propos nuancés sur la possible « mentalité d’une époque ». Enfin, maints comptes rendus répètent le même schéma : catégorisation esthétique de l’auteur (dans le cas de Flaubert : réaliste ou naturaliste, les deux épithètes se retrouvent mêlées, le plus souvent sans motivation du choix, à partir des années 1880 jusqu’à aujourd’hui), présentation de sa vie privée, liste de ses œuvres les plus connues et quelques jugements assez généraux sur son art.

À notre connaissance, on n'a pas jusqu'ici tenté de synthétiser la réception de Flaubert en Suède. Cependant, il faudra signaler les travaux de Brynja Svane (2000) et d’Ulrika Ernstsson (2007). L’étude de Svane porte sur les premières traductions de Maupassant en Suède, mais comporte d’importantes remarques générales sur le marché des livres en Suède. Ernstsson commente en détail différentes traductions de Madame Bovary et raisonne notamment sur le décalage considérable entre la publication du roman en France et sa première traduction en suédois (en 1883, c’est-à-dire 26 ans plus tard). On peut conclure à partir du texte d’Ernstsson qu’il s’agissait d’une première tentative de repérage en vue d’une future thèse. Toutefois, ce projet, si heureusement entamé, semble n’avoir ni produit d’autres études ni abouti à d’autres travaux. Quant aux autres études sur Flaubert, comme elles ne portent pas directement sur la traduction ou la réception, nous les passerons en revue au fur et à mesure que nous avancerons dans notre survol chronologique. Cependant nous voulons mentionner le cas d’Anna Ahlström, une des premières femmes titulaires d’un doctorat en Suède et la première femme docteure en langues romanes, qui a consacré sa thèse à la langue de Flaubert, en 1899.

 

1.2. Les traductions

Constatons d’abord que toutes les œuvres majeures de Flaubert ont été traduites en suédois (il manque seulement certaines œuvres de jeunesse, Le Candidat et Par les champs et par les grèves). À la fin des années cinquante, la traduction est presque complète, fait à relier au centenaire de Madame Bovary, qui a incité des maisons d’édition à faire paraître La Tentation de saint Antoine et Le Dictionnaire des idées reçues pour la première fois en Suède (et à relancer plusieurs rééditions d’œuvres déjà traduites). En effet, dans deux comptes rendus de l’époque, les auteurs mentionnent explicitement que cette circonstance explique la politique des maisons d’édition du moment[5]. Voici les années des premières traductions des œuvres disponibles en suédois : Madame Bovary (1883), Salammbô (1885), Un cœur simple (1919), Bibliomanie (1944), Novembre (1946), Trois contes (1951), L’Éducation sentimentale (1951), La Tentation de saint Antoine (1957), Le Dictionnaire des idées reçues (1958), Bouvard et Pécuchet (2006).

Passons maintenant à un commentaire plus détaillé du rythme des traductions. Au cours du dix-neuvième siècle, paraissent seulement deux traductions : Madame Bovary (1883) et Salammbô (1885). Comme nous le verrons en étudiant les comptes rendus, ce sont aussi les deux titres qui, suivant la réception en Suède, vont longtemps faire statut d’œuvres centrales de Flaubert. Les rééditions tarderont ensuite jusqu’au XXe siècle. En consultant Svenskt pressregister, on peut également remarquer qu’une seule traduction de Flaubert apparaît dans les quotidiens majeurs durant la période 1880-1911 : le passage sur le sphinx et la chimère extrait de La Tentation de saint Antoine[6]. Ceci montre une différence nette avec, par exemple, Maupassant et Daudet, dont les récits courts sont fréquemment publiés en raison de leur format plus commode pour l’insertion dans un journal.

Pour ce qui est des traductions de Madame Bovary, qui sont les plus nombreuses en comparaison des autres œuvres de Flaubert, Ernstsson (2007, p. 56-61[7]) montre que seules celles de Lundqvist (1883), Söderbergh (1956), Janzon (1959) et Åkerhielm (1960) sont de nouvelles traductions. Avec la récente traduction de Bodegård (2012), cela nous donne cinq traductions originales en suédois. À cela, on doit ajouter une version abrégée (traducteur anonyme, 1910), la version d’Altman (1928)[8] et la version simplifié de Lindroth (2017). Les versions de Strömberg (1926), de Gunnarsson (1970) et de Banck (1971) restent des versions remaniées à partir de traductions antérieures (celle de Banck est même une sorte de reformulation faite à partir de la traduction d’Åkerhielm !).

Si nul ne s’étonne de voir Madame Bovary tenir lieu de première œuvre traduite, on pourrait en revanche s’interroger sur la traduction tardive de L’Éducation sentimentale, étant donné son importance pour l’appréhension de Flaubert. C’est que ce roman a dû attendre la réévaluation des critiques et des historiens de la littérature pour se voir assigner sa juste place dans l’évolution du genre romanesque, ce qui se semble se refléter dans l’absence de traduction en suédois jusqu’aux années cinquante, période où les critiques discutent de la représentativité de Madame Bovary et de L’Éducation sentimentale, respectivement, pour l’art de Flaubert. Notons enfin que Bouvard et Pécuchet n’est traduit qu’en 2006. Les trois œuvres traduites récemment sont Le Dictionnaire des idées reçues (2008), Madame Bovary (2012) et Un cœur simple (2014).

 

1.3. Les éditions

Commençons par fournir une simple représentation graphique du nombre de toutes les éditions de Flaubert en Suède (rééditions incluses), divisées par décennies :


 

Tout en tenant compte du partage arbitraire des décennies en commençant par 1900, 1910, etc., on peut identifier deux périodes caractérisées par une certaine hausse du nombre d’éditions : les années 50 et 60 ainsi que les quinze dernières années. Comme nous l’avons déjà suggéré, la hausse des années 50 s’explique par le centenaire de Madame Bovary, et il semble que cela a eu aussi des répercussions dans les années 60. Quant à la période récente, la hausse du nombre d’éditions est à lier avant tout au phénomène des nouveaux médias. Depuis l’an 2000 jusqu’en 2016, nous pouvons compter sept rééditions sous forme de livre imprimé : Madame Bovary (cinq éditions), Salammbô (une édition) et Trois contes (une édition). Les nouvelles traductions sont au nombre de quatre : Bouvard et Pécuchet, Dictionnaire des idées reçues, Madame Bovary et Un cœur simple. Cela fait ensemble onze parutions sous forme de « livre traditionnel ». Cependant nous dénombrons 21 éditions sous forme de livres sonores et numériques, donc presque le double. Ces éditions sont soit des rééditions d’anciennes traductions, soit des éditions de nouvelles traductions parues sous forme de livre.

Nous listons ci-dessous les années de toutes les éditions des œuvres de Flaubert en Suède, en incluant des versions abrégées et transposées en suédois facile, ainsi que les éditions sous forme de nouveau média. Les nouvelles traductions sont marquées en gras :

 

Titre

Traductions

Éditions

Année

Madame Bovary

10

31

1883, 1910, 1921, 1926, 1928, 1936, 1956, 1958, 1959, 1960, 1965, 1967, 1970, 1971 1975, 1979, 1980, 1984, 1985, 1990, 1993, 1994, 1998, 2000, 2001, 2003, 2006, 2007, 2012, 2013, 2014

Salammbô

3-4

6-7

1885, 1925, 1965, 1969, 2005, 2014

Un cœur simple

3

9

1919, 1967, 1968, 1985, 1995, 2005, 2014, 2015, 2016

Bibliomanie

2

2

1944, 1963

Le Dictionnaire des idées reçues

2

2

1958, 2008

Trois contes

1

7

1951, 1964, 1966, 1967, 1968, 2009, 2014, 2015

Novembre

1

4

1946, 1964, 1976, 2015

L'Éducation sentimentale

1

2

1951, 2013

La Tentation de saint Antoine

1

2

1957, 2002

Bouvard et Pécuchet

1

2

2006, 2007

Hérodias

1

1

1958

Saint Julien l’Hospitalier

1

1

1968

 

Notes qui se rapportent au tableau : Madame Bovary[9]Madame Bovary, année 2006[10] ‒ Salammbô[11]

 

Comme on le voit par ce tableau (toujours en émettant des réserves quant à l’éventuelle existence d’éditions non repérées), Madame Bovary, avec ces 31 éditions, égale presque la somme totale des éditions des autres œuvres (qui se montent à 39), ce qui confirme son statut central. Roman moderne emblématique et modèle du récit réaliste, il fait toujours partie des programmes universitaires. Du point de vue thématique, la destinée d’Emma a aussi pu rester « moderne », selon les critiques, du fait de la focalisation du roman sur la femme et sur sa consommation de marchandises. Les récits courts Un cœur simple et Trois contes ont également fait l’objet d’une somme considérable d’éditions (neuf et sept, respectivement), de même que Salammbô, qui en compte sept. Par contre, L’Éducation sentimentale n’a fait l’objet que d’une seule traduction et compte seulement deux éditions. Comme nous l’avons déjà dit, cette œuvre est longtemps restée dans la périphérie du discours critique en Suède.

2. L’accueil de l’œuvre de Flaubert

Dans cette partie, nous suivrons la réception de Flaubert à travers notamment les comptes rendus repérés dans les journaux. Le relevé chronologique se concentrera sur quatre périodes : (i) la réception initiale jusqu’en 1911, (ii) les années 1920, (iii) les années 1950 et 1960 (iv) la dernière quinzaine d’années. Pour la première période (qui coïncide avec la période couverte par Svenskt pressregister, 1880-1911), il nous semble opportun de relever les jugements initiaux[12], qui établissent un fond critique par rapport auquel tout discours ultérieur doit nécessairement se situer. L’attention accordée aux années vingt s’explique par les nouvelles éditions de Madame Bovary et de Salammbô, ce qui engendre un certain nombre de textes critiques à commenter. Les années 1950 et 1960, nous l’avons déjà dit, constituent un repère important en raison de l’augmentation des éditions liée au centenaire de Madame Bovary. Enfin il nous semble important de clore cette synthèse préliminaire par un aperçu de l’état actuel de la réception de Flaubert.

 

2.1. À partir de Madame Bovary (1883) et Salammbô (1885)

Dans les premiers articles relevés, suite à la traduction de Madame Bovary, les critiques qualifient déjà Flaubert d’auteur majeur[13]. On constate en 1884 qu’il doit être considéré comme « le fondateur de l’école réaliste dans la littérature de tous les pays »[14], grâce au seul roman Madame Bovary. Cette reconnaissance pourrait être de date assez récente. En effet, ce même critique note que Flaubert appartient à ceux dont on n’a pas accordé les mérites lors de leur vivant. L’année suivante, un autre critique observe que Madame Bovary a maintenant reçu sa consécration complète, ce qui semble corroborer ce propos[15]. En tout cas, Flaubert fait clairement figure de grand auteur déjà dans les années 1880. Dans un compte rendu d’À rebours, on considère Flaubert supérieur à Huysmans par sa qualité de grand styliste, de créateur du roman moderne et de modèle du réalisme[16]. À rebours souffre de la comparaison avec La Tentation de saint Antoine, « la nouvelle la plus grandiose, la plus riche en couleurs de la littérature contemporaine ». On pourrait ajouter que Madame Bovary a servi de modèle naturaliste à la génération des années 1880 en Suède (avec, entre autres, Strindberg et la publication du Cabinet rouge en 1879)[17]. Les réticences envers le roman sont peu nombreuses. Le critique anonyme dans le journal régional Nya Wexjöbladet, qui attaque la multitude de descriptions dans le roman et déplore l’ennui qui découle de sa lecture, semble faire figure d’exception[18].

Cependant Flaubert constitue rarement l’objet principal des articles. Sa mort, par exemple, fait couler peu d’encre. Nous ne trouvons que deux simples notices, dans Aftonbladet (le 13 mai 1880) et Dagens Nyheter (le 14 mai 1880). Dans Svenskt pressregister, on retrouve des comptes rendus des deux traductions existantes (Madame Bovary et Salammbô), quelques notices reliées à certaines publications en France (Bouvard et Pécuchet en 1882, Par les champs et par les grèves en 1888, sa correspondance avec George Sand en 1904), deux notices sur des études sur Flaubert (Bourget, en 1897 ; Faguet, en 1899) et trois longs articles sur ses lettres à sa nièce (par l’auteur suédois Levertin, en 1906). Flaubert occupe ainsi une place comparable à celle de Balzac et des Goncourt, considérés comme des maîtres dans leur domaine respectif, mais faisant plutôt figure de noms de référence. Cette double circonstance, celle d’être un auteur de référence tout en étant peu traduit, nous oblige à préciser que l’élite intellectuelle de cette époque lisait les œuvres de Flaubert dans leur version originale.

Or, c’est bien la lancée des traductions qui fait connaître Flaubert, sinon à une grande échelle, du moins à un public plus considérable qu’auparavant. Dans sa préface à Madame Bovary, dont l’objectif est aussi de présenter Flaubert et son œuvre, le traducteur Lundquist (1883) inaugure plusieurs discussions que les critiques reprendront ensuite à satiété : l’importance du roman, le meilleur de Flaubert, pour la littérature moderne ; l’absence d’idéalisme face à la réalité crue, dépeinte crûment, sans euphémismes ; le style admirable de Flaubert ; le tempérament au fond romantique de Flaubert ; l’attitude de l’auteur envers Emma. Dans le discours critique, on répètera, jusqu’à nos jours, unanimement les trois premiers constats : Flaubert est décrit comme le grand styliste lançant le roman moderne (ou « réaliste ») par Madame Bovary. L’image d’un Flaubert romantique revient aussi, et incite parfois tel critique à identifier l’auteur avec son héroïne (donnant ainsi raison à la citation apocryphe : « Madame Bovary, c’est moi ! ») et à réaffirmer l’empathie, voire la sympathie, éprouvée par Flaubert à l’égard d’Emma[19].

Signalons, avec Ernstsson (2007), que Lundquist a « systématiquement et fréquemment omis aussi bien des mots, des phrases entières que des paragraphes entiers ». Il s’agit de deux catégories d’omissions : des passages malséants (des sensations et des pulsions explicites) et des passages « inutiles » (des descriptions qui ne font pas avancer l’action)[20]. Dans le premier cas, il n’est pas étonnant de pouvoir identifier une attitude prude dans une Suède toujours « victorienne », raisonne Ernstsson. Elle cite à ce propos le critique d’Aftonbladet, qui en déconseille la lecture pour les femmes au-dessous de trente ans, et celui de Stockholms Dagblad déclarant que « Flaubert n’a pas écrit des romans que l’on peut recommander à n’importe qui de lire sans discernement »[21]. En revanche, ce dernier critique déplore les omissions, procédé difficilement compréhensible, selon lui, étant donné que ce roman n’est de toute façon pas destiné au grand public. Il note aussi que Flaubert a tracé le chemin à suivre pour ses confrères artistes par son amour de la vérité et par son attitude de sérieux envers l’art. Pour sa part, le critique de Dagens Nyheter défend l’auteur en déclarant qu’il peint le vice pour le mettre au service de la vertu, reprenant ainsi un des arguments décisifs de Sénard[22]. Le discours sur l’immoralité du roman semble donc assez nuancé. Nous sommes loin de pouvoir trouver une condamnation catégorique d’une littérature réaliste considérée comme « leste » ou « basse ».

À propos de la dimension morale du roman, on pourrait, avec Ernstsson (2007, p. 62-65), s’interroger sur ce décalage d’un quart de siècle qui existe entre la parution de Madame Bovary en France et sa première traduction en suédois. Grâce à Ernstsson, nous avons eu connaissance de l’étude de Swahn (1986), qui déclare que l’importation de la littérature française en Suède se trouve réduite à partir des années 1850, à cause de la nouvelle convention sur les contrefaçons belges, avançant même que les traductions françaises auraient pratiquement cessé de paraître pendant la période 1866-1875.

Or cette affirmation séduisante reste bien trop approximative. Un simple survol de LIBRIS montre que cette période ne diffère pas des décennies adjacentes. Sont listées 195 traductions du français en suédois entre 1846-1855, et ensuite 226 traductions (1856-1865), 280 traductions (1866-1875) et 373 traductions (1876-1885)[23]. La période 1866-1875 s’inscrit donc parfaitement dans la progression des titres traduits. En revanche, il ne reste pas moins que certains auteurs sont traduits continuellement, et même avec une fréquence élevée pour l’époque, alors que d’autres semblent exclus, du moins temporairement. Aussi peut-on, d’un côté, trouver 8 traductions de Victor Hugo entre 1866 et 1875, 9 de Dumas père, quatre d’Erckmann-Chatrian et pas moins de 16 d’Eugène Scribe et 17 de Paul de Kock ! D’un autre côté, aucune référence ne se trouve pour Balzac entre 1844 et 1892, ni pour Eugène Sue entre 1852 et 1879. Zola est traduit en suédois pour la première fois en 1879 et les Goncourt en 1882[24]. En considérant ces simples statistiques, il est aisé de voir qu’on a pu écarter, pendant toute une période du XIXe siècle, les publications d’un certain type de littérature, à savoir celle dont la publication pourrait s’avérer plus problématique, étant donné le contenu éventuellement blâmable.

Il semble alors que les propositions de Svane (2000) et d’Ernstsson (2007) décrivent le mieux les raisons de la politique des maisons d’édition. Toutes deux proposent que le retard de certaines traductions s’explique surtout par l’appréhension de la littérature réaliste, offrant une description trop hardie de la réalité pour le climat intellectuel suédois de cette époque, foncièrement idéaliste. Comme on le sait, Hugo, Dumas père, Erckmann-Chatrian, Scribe et de Kock proposent tous une représentation plus convenable et moins controversée de la réalité que le groupe des auteurs dits réalistes et naturalistes. Le témoignage du critique dans Dagens Nyheter, le 8 mars 1884, qui exprime sa reconnaissance envers la maison d’édition d’avoir enfin osé faire paraître Madame Bovary, est conforme à cette lignée de pensée. Les ennemis de l’écrivain, dit ce critique, « ont usé de tous les moyens pour le qualifier du livre le plus dangereux et le plus immoral de notre temps »[25]. Cela dit, il faudra une étude plus détaillée sur l’ensemble de la réception du réalisme pour arriver à une estimation plus fiable des valeurs dominantes du paysage critique en Suède pendant la deuxième moitié du XIXe siècle.

Quant à Salammbô, quelques jugements reviennent dans les comptes rendus : malgré certaines longueurs, c’est de la grande littérature et une manifestation littéraire des plus singulières. Le roman est écrit de main de maître et laisse une forte impression de vérité au lecteur[26]. Ces appréciations semblent confirmer que Flaubert, depuis son introduction sur le marché suédois, occupe une position stable dans le champ littéraire, notamment pour ce qui est de son importance dans l’histoire littéraire et de ses qualités d’écrivain-styliste, jugements qui réapparaîtront dans les années 1920.

 

2.2. Autour de Salammbô (1925) et de Madame Bovary (1926)

Suite à la traduction d’Un cœur simple (1919), Lindelöf constate que cette œuvre « appartient sans l’ombre d’un doute à ce groupe de littérature mondiale qui devra être disponible dans notre langue »[27]. Le critique indique, à propos de l’écrivain, que le récit offre « une expression accomplie de son art d’observateur réaliste du quotidien terne et d’évocateur romantique de la couleur d’antan », reprenant certaines opinions sur Flaubert déjà émises par Lundquist (1883), qui, par ailleurs, avait qualifié Trois contes de chefs-d’œuvre. Dans le même esprit, un critique constate que la consistance avec laquelle Flaubert déploie son art littéraire dans Madame Bovary « n’a peut-être été créée ni avant ni après »[28]. À cette opinion partagée par la grande majorité des critiques, on pourra opposer le propos de Tannefors, qui déclare que Flaubert serait « démodé ». Selon lui, c’est un auteur qui n’intéresse plus le lecteur, vu que son œuvre n’appartient plus à la (vraie) vie[29]. Cependant cet avis semble clairement se situer en marge du discours critique.

La nouvelle traduction de Salammbô par Norling, en 1925, provoque également des louanges. Dans la préface, le traducteur déclare que ce roman, qui témoigne d’une objectivité artistique sans pareil dans la littérature mondiale, appartient aux grandes manifestations de la littérature européenne grâce à sa peinture épique d’une époque. Salammbô n’est rien de moins qu’un œuvre unique, selon lui, jugement réitéré par Lönnbeck, pour qui il s’agit d’un « véritable chef-d’œuvre dans son genre »[30]. Bergegren affirme que ce roman constitue « une œuvre d’art de la plus haute importance pour la littérature mondiale », appartenant « à ce grand art que le grand public doit aussi apprendre à comprendre et à apprécier »[31]. Enfin, pour le critique de Dagens Nyheter, l’objectivité épique du roman n’est qu’apparente. Bien au contraire, Salammbô serait, selon lui, « une des grandes confessions subjectives de la littérature mondiale »[32].

D’autres critiques émettent certaines réserves. Erdmann estime le drame carthaginois trop alourdi par les détails et les descriptions[33]. La superficialité des caractères, combinée avec l’exposition des violences, a amené Cederblad à trouver l’heureuse comparaison entre Salammbô et le genre de l’opéra. Pour sa part, Fredrik Böök, historien de littérature légendaire en Suède, polémique dans Svenska Dagbladet, le 5 juin 1925, contre la critique contemporaine française. Contrairement à ses confrères français, il partage les opinions classiques de Sainte-Beuve sur les nombreux défauts de l’œuvre. Le roman peut être vu comme « une expérimentation habile et intéressante », mais « ce n’est pas une œuvre vivante ». Si le tour de force de l’écriture provoque l’admiration, l’histoire racontée laisse le critique suédois de marbre. Selon Böök, Salammbô ne saura pas non plus faire office de « résurrection du passé » (en français dans le texte) par ses nombreuses fautes et par le fait qu’il nous manque des connaissances suffisantes pour juger de la justesse d’une telle résurrection. L’erreur fondamentale de Flaubert, toujours selon Böök, est d’avoir construit son roman sur des effets lyrico-romantiques qui ne pourraient suffire à sous-tendre un roman entier, mais seulement un poème.

Le titre du compte rendu de Bergegren commenté plus haut, « Flaubert – le maître du style et de la forme – et son roman le plus connu Salammbô », témoigne d’une circonstance visible à cette époque : Flaubert est considéré comme l’auteur de Madame Bovary et de Salammbô. Ces deux romans ont trouvé un lectorat compréhensif, estime par exemple Erdmann[34]. Une vingtaine d’années plus tard, dans un compte rendu de Bibliomanie, le critique désigne toujours Flaubert comme « l’auteur scrupuleux de Madame Bovary et de Salammbô »[35]. Toutefois nous avons pu constater un certain affaiblissement du statut de Salammbô dans les comptes rendus que nous venons d’évoquer, tendance qui se fortifiera lors de la parution de L’Éducation sentimentale en 1951.

Dans les comptes rendus de la nouvelle édition de Madame Bovary (Strömberg 1926), la consécration de Flaubert reste visible. Hagberg estime que le roman est « un des chefs-d’œuvre les plus artistiques de toute la littérature moderne française ». Il ajoute qu’il s’agit d’un livre « profondément moral »[36]. Il est difficile de dire si ce jugement s’explique en partie par le fait que les lecteurs n’ont toujours accès qu’à un Madame Bovary incomplet. Car, malgré l’affirmation de Strömberg (1926), qui annonce une version intégrale dans la préface, Ernstsson (2007) classe sa traduction comme une version remaniée de celle de Lundquist (1883), contenant toujours des omissions importantes. Quoi qu’il en soit, on semble maintenant plus clairement discerner le caractère inéluctable de la destinée d’Emma, auparavant parfois jugée (comme souvent aussi après) d’après des critères purement moraux. Madame Bovary, dit Hagberg, garde une validité universelle, mettant à nu des mobiles cachés et des modifications de la volonté qui relèvent d’une évolution purement psychologique. De même, Rabenius insiste sur le fait qu’Emma est comme poussée par une nécessité ancrée au plus profond d’elle[37]. Ce sont donc la perspective matérialiste et l’analyse du bovarysme qui sont désormais mises en avant.

Avant de commenter les années 1950 et 1960, passons succinctement en revue les années 30 et 40. Cette période offre seulement une réédition de Madame Bovary (1936) et la parution des récits Bibliomanie (1944) et Novembre (1946). Pour ce qui est de Bibliomanie, on constate tout simplement qu’il s’agit d’un échantillon des premiers pas d’un futur maître[38]. Quant à Novembre, Björck et Holmberg louent la traduction exécutée par le poète Gunnar Ekelöf[39]. Ce dernier critique considère aussi le court roman comme « un des livres les plus justes qu’on ait jamais faits sur les années chaotiques d’apprentissage d’un écrivain ». Un autre critique qualifie enfin l’œuvre de « curiosité littéraire » sans trop entrer dans le détail de ses qualités[40]. Somme toute, les rares comptes rendus de ces deux décennies constituent une trop maigre matière pour nous permettre d'identifier des modifications significatives dans la réception de Flaubert. Cela changera durant la décennie suivante.

 

2.3. Les années 1950 et 1960

Les années 1950 et 1960 se caractérisent par une activité impressionnante autour de l’œuvre de Flaubert. Paraissent de nouvelles traductions de Bibliomanie, Le Dictionnaire des idées reçues, L'Éducation sentimentale, Madame Bovary, Novembre, Salammbô, La Tentation de saint Antoine et Trois contes, ainsi que plusieurs rééditions. Pour quatre de ces œuvres, il s’agit de la première traduction : Le Dictionnaire des idées reçues, L'Éducation sentimentale, La Tentation de saint Antoine et Trois contes[41]. Quant à Madame Bovary, nous comptons trois différentes traductions en seulement quatre années (de 1956 à 1960)[42].

Cependant le fait le plus remarquable est que L’Éducation sentimentale semble définitivement inscrit dans le champ littéraire en Suède. Ce roman avait auparavant été simplement mentionné par les traducteurs et les critiques, ou bien passé sous silence. Déjà Lundquist (1883) en parle dans sa préface à Madame Bovary, mais il mentionne simplement que c’est une œuvre « profonde et très singulière ». De même, lorsque le critique de Stockholms dagblad, le 28 mars 1884, procédant à un compte rendu de Madame Bovary, fournit une présentation générale de Flaubert et de son œuvre, il commente Salammbô, La Tentation de saint Antoine et Bouvard et Pécuchet, mais ne fait que mentionner L’Éducation sentimentale.

Que ce soit grâce à sa première traduction en suédois en 1951 ou non, ce roman occupe une place bien plus importante dans le discours critique à partir des années 50. Ivre opère une comparaison entre L’Éducation sentimentale et Madame Bovary, qui tourne à l’avantage du premier : « En toutes parties, il est plus divertissant que Madame Bovary. Son style a plus de chaleur et fait avancer l’intrigue de façon plus efficace. »[43] Jaensson prend la posture inverse : « Sans aucun doute, Madame Bovary est plus divertissant que L’Éducation sentimentale dans un sens populaire ; en revanche, la langue de ce dernier roman est plus simple et plus naturelle ». D’autres facteurs, selon Jaensson, donnent pourtant l’avantage à L’Éducation sentimentale : ce dernier roman offre une ampleur et une perspective plus grandes du fait qu’il offre la peinture d’une époque entière[44]. Un critique dans Aftonbladet, tout en proposant que Madame Bovary soit « les Saintes Écritures du réalisme » et qu’il soit « supérieur en tant qu’œuvre d’art », estime que L’Éducation sentimentale a aussi plus de mérite par sa richesse et son grand nombre d’observations[45].

Il importe moins d’adhérer à telle ou telle opinion émise que de constater la transformation du paysage flaubertien en Suède. Si Madame Bovary reste toujours le point de comparaison obligatoire, il est maintenant question de mesurer ce roman à l’aune de L’Éducation sentimentale, au lieu de Salammbô, comme cela avait été le cas jusque-là. Salammbô semble en effet avoir perdu son statut central, et il reprendra rarement cette position[46]. Après la parution de la nouvelle traduction de Salammbô, en 1965, nous ne trouvons qu’un seul compte rendu dans l’index des journaux[47]. Le critique d’Aftonbladet, le 28 novembre 1951, souligne cette permutation par laquelle L’Éducation sentimentale semble avoir pris la place de Salammbô à côté de Madame Bovary : « les historiens de la littérature et les critiques discutent encore si Madame Bovary ou L’Éducation sentimentale constitue la meilleure œuvre de Flaubert ». Et, quelques années plus tard, le traducteur Holmqvist (1958) note que Flaubert a constamment reporté la création du Dictionnaire des idées reçues à cause d’autres projets pour ensuite constater à ce propos : « il n’y a qu’à penser à des romans comme Madame Bovary et L’Éducation sentimentale pour se rendre compte que c’était mieux ainsi ». Holmqvist complète donc la valorisation habituelle du roman face au genre court en attribuant à Madame Bovary et à L’Éducation sentimentale le rôle d’œuvres de référence. Jaensson conclut même que L’Éducation sentimentale, avec quelques œuvres de Balzac et Stendhal, constituent les romans français les plus éminents du XIXe siècle[48]. Même ton chez Lindblom, déclarant que L’Éducation sentimentale est « un des plus grands romans du XIXe siècle » en ajoutant que c’est, somme toute, « un des rares romans politiques intéressants qu’on ait jamais écrits »[49].

Par-ci et par-là, nous pouvons aussi entrevoir des bribes de valorisations bien connues dans la formation d’un champ esthétique : celles qui consistent à construire un champ particulier et quelque peu ésotérique de happy few, les initiés, qui, eux seuls, ont réellement compris l’essence de l’auteur, contrairement à la grande masse. Pour Jaensson, que nous avons déjà cité, Madame Bovary était plus divertissant, mais seulement « dans un sens populaire » [nos italiques]. Le critique d’Aftonbladet (du 28 novembre 1951) admet que Madame Bovary apparaît comme l’œuvre centrale « au grand public », mais objecte que le roman offre peu de perspectives. C’est dans L’Éducation sentimentale que le lecteur pourra trouver bien plus l’artiste et l’écrivain Flaubert, pense le critique. Dans cette veine, Berner finit son compte rendu en déclarant que Flaubert sera désormais pour lui « synonyme de L’Éducation sentimentale », afin de polémiquer contre l’idée que Madame Bovary serait l’œuvre emblématique de Flaubert[50].

Ces avis suggèrent l’existence de nouveaux aspects à explorer en ce qui concerne la constitution du paysage littéraire en Suède pendant cette époque. D’une part, tous les passages commentés affirment la position incontestée de Madame Bovary en tant qu’œuvre principale de Flaubert. Ce roman constitue le point de comparaison évident par rapport auquel on doit mesurer la valeur ou l’importance de toute autre œuvre. D’autre part, les remarques sur un Flaubert injustement méconnu du grand public (et la classification même du grand public comme une unité dans le champ littéraire, à laquelle il faut opposer une autre entité, à savoir les initiés) semblent témoigner de la faveur croissante de Madame Bovary auprès du grand public et de la montée en valeur de L’Éducation sentimentale chez les intellectuels.

Pour ce qui est de l’édition des Trois contes, elle confirme l’importance de Flaubert ainsi que la nouvelle position de L’Éducation sentimentale comme œuvre de référence. Un cœur simple ressemble beaucoup à L’Éducation sentimentale, nous dit-on dans Aftonbladet[51]. Bergman rappelle que Flaubert reste le plus grand nom du réalisme français après Balzac. Pour Sand, Un cœur simple est un « chef-d’œuvre en matière de portrait psychologique »[52]. Ce conte tient son rang dans la littérature mondiale, conclut Sand, en proposant que « si l’on avait publié cette année, il aurait été un des romans les plus remarqués et les plus débattus ».

La traduction de Madame Bovary par Söderbergh (1956) constitue la première traduction intégrale de Flaubert, cent ans après sa publication en France ![53] Avec la première traduction de La Tentation de Saint-Antoine l’année suivante, la nouvelle édition de Madame Bovary suscite la publication d’un certain nombre d’articles critiques. Schildt (1957) semble le seul à fournir une étude substantielle, étayée par des arguments bien développés, entrant dans le cœur même de l’œuvre de Flaubert. Il mène un raisonnement savant, initié et nuancé sur l’héritage de la morale chrétienne et de la foi dans l’ordre matérialiste de l’univers afin de cerner des aspects essentiels de Madame Bovary et de La Tentation de saint Antoine. Les comptes rendus traditionnels présentent peu d’intérêt : Heyman dit qu’Emma est d’une répugnance rare  ; les propos de Hallström n’offrent rien de substantiel ; Jaensson présente sa propre lecture subjective ; Asklund loue le portrait psychologique de Madame Bovary ; Helin entre toujours en matière par le biais de la question de la morale (son compte rendu est intitulé « chef-d’œuvre immoral »)[54].

Durant les dernières décennies du siècle dernier, on verra se succéder un bon nombre de rééditions de Madame Bovary (soit la version de Söderbergh, soit les versions abrégées de Gunnarson ou de Banck), ainsi que quelques éditions de Trois contes. Les autres titres ne sont pas réédités et ne font l’objet d’aucune nouvelle traduction avant les années 2000. Finalement, on peut noter quelques études diverses durant cette période, sur le personnage de Charles Bovary (Breitholtz 1969), l’entrée en matière dans L'Éducation sentimentale (Ekman 1993) et le possible caractère de dandy d’Emma (Sjöblad 1998). Quelques ouvrages portant sur des problématiques générales consacrent également une bonne partie de leurs analyses à l’œuvre de Flaubert. C’est le cas de Skalin (1983, sur le problème de la détermination dans la littérature naturaliste) et de Mazzarella (1997, sur l’infidélité).

 

2.4. De 2000 à 2018

Le commencement du siècle actuel offre une délimitation pratique pour tout sommaire chronologique d’événements divers. Dans notre cas, ce découpage semble aussi passablement justifié par les faits. En 2002 apparaît le premier livre sonore (La Tentation de Saint-Antoine), en 2013 le premier livre multimédia (Madame Bovary) et en 2014 le premier livre électronique (Un cœur simple). On entre donc dans l’ère des nouveaux formats, ce qui a des conséquences, nous l’avons déjà vu, sur le nombre d’éditions. C’est aussi autour de 2000 que Björk (1999) offre un brillant essai sur les mécanismes de la « mauvaise » lecture identificatoire d’Emma et ses répercussions sur ses habitudes néfastes de consommation. De par ses rapports avec la société contemporaine et sa méthodologie inspirée par la théorie littéraire récente, cette étude inscrit l’œuvre de Flaubert dans le champ littéraire contemporain en Suède. Enfin, c’est en 2012 que Bodegård propose une nouvelle traduction intégrale de Madame Bovary, de loin la meilleure traduction disponible dans la langue suédoise, faisant entendre autant que faire se peut (on sait que l’entreprise de traduire Flaubert est impossible) le style de Flaubert dans notre langue.

Nous avons déjà commenté le nombre d’éditions et les traductions faites depuis l’an 2000. Concentrons-nous ici sur les écrits sur Flaubert. Il existe tout d’abord quelques études mineures. De l’anecdotique relevé des orgies gastronomiques dans l’œuvre de Flaubert (Swahn 2002) à l’analyse linguistique plus pointue de l’incipit dans Madame Bovary par Véronique Simon (2001), ainsi que l’analyse de l’œuvre de Flaubert dans une perspective de genre masculin/féminin (Felski 2013). À côté de ces études universitaires, nous voyons aussi un petit nombre d’articles de qualité destinés au grand public. L’excellent compte rendu critique de Brown (2006), par Hans-Roland Johnsson (2006), peut servir d’exemple de texte savant destiné aux lecteurs non-initiés, de même que les présentations de Lena Kåreland (2010 et 2014), qui diffuse des connaissances essentielles sur Flaubert et raisonne sur les qualités des biographies respectives de de Biasi (2009) et de Winock (2013).

Par ailleurs, pour ce qui est des comptes rendus contemporains, il ne semble pas rare que les journalistes s’intéressent de plus en plus à la question de savoir ce que Madame Bovary pourrait dire sur notre société d’aujourd’hui, ce qu’Emma aurait fait si elle avait vécu aujourd’hui, si Flaubert reste toujours « actuel » par rapport aux questions brûlantes de notre époque, etc. Ainsi pour Sandström, Madame Bovary semble rester un classique vivant puisqu’on discute aujourd’hui les exigences morales de l’œuvre d’art. Ce serait aussi un roman qui décrit la transition de la société agraire vers l’âge de la consommation urbaine[55]. Pour une raison qui reste peu claire, Montelius choisit de comparer Flaubert et Strindberg, surtout par rapport à ses propres impressions de lectrice. Aujourd’hui, Emma aurait été sous la dépendance de séries télévisées à la HBO, affirme-t-elle aussi. La qualité suprême de l’édition, aux yeux de Montelius, est que le roman est devenu plus moderne grâce à la traduction de Bodegård[56]. Enfin, Kärnborg souligne, elle aussi, la surconsommation (avec laquelle nous pouvons nous identifier aujourd’hui)[57]. Le roman lui a aussi donné d’autres idées. Emma serait peut-être bipolaire ou borderline (deux diagnostics fréquents aujourd’hui), se demande Kärnborg avant d’affirmer la validité de la phrase « Madame Bovary, c’est moi ». En effet, le sentiment d’être si proche d’Emma (qu’éprouveraient donc tous les lecteurs) peut seulement s’expliquer par l’engagement personnel de l’auteur dans la destinée de son héroïne, argumente-t-elle. Enfin, dans ce roman « chaleureux », toujours selon Kärnborg, Flaubert accorderait sa sympathie aux perdants (Charles, Rodolphe et Emma), mais non à son alter ego, Homais (décrit comme le pendant dans le domaine de la médecine du naturaliste littéraire qu’était Flaubert) ! Il est difficile de dire si ce type de compte rendu s’explique par une connaissance insuffisante de Flaubert, de l’histoire littéraire et de l’Histoire nécessaire pour comprendre les textes de l’auteur par rapport à son époque, ou bien si la tendance à voir les grandes œuvres par rapport au je-ici-maintenant est un signe du temps.

Sara Danius s’est aussi distinguée récemment par ses études sur Flaubert, dans lesquelles elle s’interroge sur l’ontologie et la phénoménologie du réalisme, en particulier chez Flaubert et dans Madame Bovary. Dans Den blå tvålen, Danuis (2013) s’attache à montrer que Flaubert ne copie pas le réel et que le réalisme ne reflète pas le réel, mais en donne une image. Selon elle, Flaubert travaille selon un double principe pour cerner les objets : l’observation (noter, lister, classifier, détailler) et une présentation à partir de leur présence sensorielle (expliquer et préciser comment les choses paraissent depuis une certaine perspective). De cette façon, il nous donne une image filtrée du réel, que ce soit par la fonction des objets, par la conception d’un personnage, ou par une comparaison avec une autre œuvre d’art. En ajoutant l’artifice de la langue et l’aspect matériel et verbal de la construction textuelle, l’art de Flaubert nous fait paradoxalement nous éloigner du réel, selon Danius. Malgré d'excellents passages éclairant les enjeux de l’écriture de Flaubert, le problème fondamental de l’étude reste que Danius s’efforce d’éclairer une problématique que la critique a bien défrichée depuis longtemps. Par conséquent, le lecteur initié peine à voir la nouveauté de ces analyses, difficulté augmentée par le fait regrettable que les références à la recherche antérieure soient trop souvent absentes ou pas assez claires (de sorte que le lecteur non initié pourrait même avoir l’impression que c’est effectivement Danius qui lance une idée déjà exploitée). En résumé, même si l’on pourrait se demander dans quelle mesure cette étude constitue une contribution essentielle à la recherche antérieure, elle a le mérite d’avoir diffusé auprès du grand public un beau sommaire éclectique de l’œuvre et de la critique sur Flaubert ainsi qu’une présentation bien articulée des idées centrales sur le réalisme.

Dans la préface à la récente traduction de Madame Bovary par Bodegård (2012), Danius présente au grand public la perspective de consommation[58]. C’est à cause de l’argent qu’Emma commet son suicide, argumente Danius, au risque de confondre cause et effet (c’est bien le bovarysme d’Emma qui lui fait dépenser de l’argent, ce n’est pas à cause de la consommation qu’Emma commence à rêver). Les quelques jugements sur les traductions existantes sont généraux[59] et touchent peu aux questions de censure et de versions incomplètes étudiées par Ernstsson. Selon Danius, la nouvelle traduction était nécessaire surtout en raison de la meilleure compréhension actuelle de l’œuvre de Flaubert, de son style, de ses effets littéraires, aspects mis en lumière par la critique universitaire depuis la dernière traduction. Ce dernier argument nous semble tout à fait valable.

Enfin, pour clore cette partie, soulignons que l’étude de Danius (2012) et la traduction de Bodegård (2012) ont ensemble donné lieu à une grande série d’articles sur Flaubert, fait sans précédent dans la presse suédoise. Le plus simple sera sans doute d’illustrer ceci par la représentation graphique du nombre d’occurrences du nom de Flaubert dans les quotidiens suédois, de 1880 jusqu’à nos jours :


 

Ainsi l’œuvre de Flaubert reste d’une actualité certaine, vu sa présence dans la discussion intellectuelle, et d’une certaine actualité, liée à la société moderne, selon les critiques.

3. Bilan et ouverture

En résumé, il faut insister sur la dimension sommaire de cette étude, qui couvre une longue période et commente un large nombre d’écrits sur Flaubert. Des études bien plus approfondies et détaillées seront nécessaires, à l’avenir, autant sur les procédés de traduction que sur les méandres de la réception et les études entreprises au sujet de Flaubert et de son art. Aussi notre ambition n’a-t-elle été que d’esquisser les grands contours de la réception de Flaubert en Suède. Dans ce dessein, nous avons pu constater la présence continue de Flaubert à partir des années 1880 jusqu’à nos jours, avec deux périodes particulièrement prolifiques : autour du centenaire de Madame Bovary et la dernière quinzaine d’années. Ce n’est sans doute pas le fait du hasard si ces deux périodes coïncident avec de nouvelles publications de Madame Bovary, qui occupe depuis son introduction en Suède une place centrale dans le champ littéraire, à côté, initialement, de Salammbô (au moins jusqu’aux années 1920) et ensuite de L’Éducation sentimentale (au moins depuis les années 1950).

Depuis son entrée sur le marché suédois, l’art de Flaubert fait figure de repère et de référence. Et, en tant que « classique », c’est surtout Madame Bovary qui a offert aux critiques la possibilité de présenter Flaubert au grand public. Cette notion de classique semble, chez certains critiques modernes, correspondre à un texte qui détient la force d’illustrer des problématiques d’aujourd’hui et qui (peut-être surtout) a la faculté de pouvoir être transposé dans le monde actuel. Nous avons ainsi entrevu des tendances permettant d’esquisser une répartition entre, d’un côté, des journalistes se centrant sur les conditions de l’individu dans notre société contemporaine et, de l’autre côté, des universitaires essayant de comprendre et de présenter l’œuvre de Flaubert dans son contexte historique, esthétique et philosophique. Toutefois, le matériau analysé est encore insuffisant pour pouvoir faire des catégorisations aussi tranchantes, ce qui vaut également pour toutes les périodes esquissées.

Ces positionnements des critiques, ces différentes formations du champ littéraire, nous semblent constituer la piste la plus propice à explorer dans de futures études. Les résultats de la présente étude pourraient, nous l’espérons, constituer une première base pour cette suite, qui devra être à la fois un élargissement et un approfondissement. D’une part, il faudra continuellement mettre à jour les données de base et compléter celles-ci par diverses études non classées comme comptes rendus ainsi que par les manuels littéraires et les programmes universitaires ; d’autre part, ces études gagneront naturellement en profondeur et en précision par le recours aux théories récentes sur la formation du champ littéraire. On peut ainsi espérer que les futures études sur la réception de Flaubert en Suède apporteront des perspectives pertinentes non seulement pour cerner le champ littéraire en Suède durant certaines périodes, mais aussi pour comprendre le fonctionnement du champ littéraire en général.

4. Bibliographie

4.1. Traductions et comptes rendus

Nous renvoyons le lecteur au site Flaubert de l’Université de Rouen pour toutes les références aux traductions et aux éditions en Suède :
http ://flaubert.univ-rouen.fr/traductions/. Ci-dessous, nous listons uniquement les ouvrages où nous avons commenté soit la traduction, soit la préface (les éditions simplement énumérées ou mentionnées seront donc exclues). Pour certains comptes rendus, nous donnerons la signature de l’auteur, faute de mieux. La traduction est listée d’abord, suivie par ses comptes rendus (au cas échéant).

4.1.1. Bibliomanie

Johnsson, Eyvind (1944) Boktjuven från Barcelona. Stockholm : Wahlström & Widstrand.

Auteur inconnu (1944) « Veckans klassiker », Stockholmstidningen, le 23 octobre.

4.1.2. Dictionnaire des idées reçues

Holmqvist, Bengt (1958) Lexikon över vedertagna åsikter. Stockholm : Tiden. [préface du traducteur]

4.1.3. L’Éducation sentimentale

Witting, Ellen (1951) Hjärtats fostran. Stockholm : Geber.

Berner, Rudolf (1952) « På Proudhons tid », Arbetaren, le 10 janvier.

Ivre, Ivar (1951) « För goda gåvors givare », Aftontidningen, le 3 décembre.

Jaensson, Knut (1951) « Förnämt franskt 1800-tal », Dagens Nyheter, le 28 novembre.

Lindblom, Paul (1952) « Läsa Flaubert », Morgon-Tidningen, le 6 janvier.

PGP [sign.] (1951) « Författare på träfritt papper », Aftonbladet, le 28 novembre.

4.1.4. Madame Bovary (1883)

Lundquist, Ernst (1883) Fru Bovary : sedemålning från landsorten. Stockholm : Bonniers. Préface du traducteur.

Auteur inconnu (s.d.) Nya Wexjöbladet.

Auteur inconnu (1884) Aftonbladet, le 8 mars.

Auteur inconnu (1884) Dagens Nyheter, le 8 mars.

Auteur inconnu (1884) Stockholms Dagblad, le 28 mars.

Auteur inconnu (1885) Nya Dagligt Allehanda, le 4 novembre.

4.1.5. Madame Bovary (1926)

Strömberg, Kjell (1926) Madame Bovary. Stockholm : Bonniers. [préface du traducteur]

Hagberg, Knut (1927), « Madame Bovary », Nya Dagligt Allehanda, le 10 septembre.

Rabenius, Olof (1927) « Äktenskapsbrottets tragik », Stockholms-Tidningen, le 9 janvier.

Tannefors, Gunnar (1927), « Flaubert och den smackande apotekaren », Stockholms-Tidningen, le 2 octobre.

4.1.6. Madame Bovary (1956)

Söderbergh, Bengt (1956) Madame Bovary : sedeskildring från landsorten. Stockholm : Bonniers. [préface du traducteur].

Asklund, Erik (1956) « Vackra volymer », Morgon-Tidningen, le 24 décembre.

Hallström, Anders (1957) « Författare om helgon och helgon som författare », Kvällsposten, le 2 mars.

Helin, Evert (1956). « Omoraliskt mästerverk », Norrländska Socialdemokraten. le 21 novembre.

Heyman, Viveka (1957) « Drömmen och det äkta », Arbetaren, le 23 février.

Jaensson, Knut (1957), « Madame Bovary och den helige Antonius », Dagens Nyheter, le 18 mars.

Terning, Paul (1956). « Möte med franskt 1800-tal », Svenska Morgonbladet, le 4 décembre.

4.1.7. Madame Bovary (1960)

Åkerhielm, Greta (1960) Madame Bovary. Stockholm : Sohlmans Förlag AB. [préface de breitholz, édition de 1979]

4.1.8. Madame Bovary (2012)

Bodegård, Anders (2012) Madame Bovary : landsortsseder. Stockholm : Bonnier. [préface de sara danius].

Kärnborg (2012) « Romanen som förändrade världslitteraturen », Aftonbladet, le 25 novembre.

Montelius (2013) « Modernare madame », Expressen, le 2 janvier.

Sandström (2012) « Omättlig läslust », Sydsvenska Dagbladet, le 8 décembre.

4.1.9. Novembre

Ekelöf, Gunnar & Ekelöf, Nun (1946) November : Roman. Stockholm : Wahlström & Widstrand. [préface de knut jaensson]

Björck, Staffan (1946) « Flaubert—roman i förnäm ram », Arbetet, le 18 décembre.

Holmberg, Olle (1946) « Ungdom och kärlek », Dagens Nyheter, le 22 décembre.

P. [sign.] (1946), « Flaubert och Bull Hedlund », Aftonbladet, le 21 décembre.

4.1.10. Salammbô (1885)

Traducteur anonyme (1885) Salambo : historisk roman. Stockholm : Seligmann.

Auteur inconnu (1885) Dagens Nyheter, le 27 mai.

Auteur inconnu (1885) Nya Dagligt Allehanda, le 4 novembre.

PT [sign.] (1885) Sydsvenska Dagbladet, le 21 septembre.

4.1.11. Salammbô (1925)

Norling, Erik (1925) Salammbô. Stockholm. [préface du traducteur].

Bergegren, Hinke (1926) « Flaubert - stilens och formens mästare - och hans mest kända roman Salambô », Folkets Dagblad, le 3 avril.

Böök, Fredrik (1925) « Flauberts Salammbô », Svenska Dagbladet, le 5 juin.

C.-A. B. [sign.] (1925), « Historisk haschisch », Dagens Nyheter, le 9 avril.

Cederblad, Sven (1925) « En roman om Kartago », Stockholms-Tidningen, le 18 juin.

Erdmann, Nils (1925) « Gustave Flaubert och Salambô », Nya Dagligt Allehanda, le 19 avril.

Linder, Sten (1925) « Boknytt », Norrlandsposten, le 11 avril.

Lönnbeck, Arne (1925) « Litteratur », Östersundsposten, le 11 mai.

4.1.12. Salammbô (1965)

Malmén, Ulf (1965) Salammbô. Stockholm : Rabén & Sjögren,

Bergsten, Gunilla (1966) « Den andre Flaubert », Upsala Nya Tidning, le 21 juin.

4.1.13. La Tentation de saint Antoine

Meurling, Per (1957) Hjärtats begärelse. Stockholm : Ehlin,

Hallström, Anders (1957) « Författare om helgon och helgon som författare », Kvällsposten, le 2 mars.

Heyman, Viveka (1957) « Drömmen och det äkta », Arbetaren, le 23 février.

Jaensson, Knut (1957), « Madame Bovary och den helige Antonius », Dagens Nyheter, le 18 mars.

Terning, Paul (1956). « Möte med franskt 1800-tal », Svenska Morgonbladet, le 4 décembre.

4.1.14. Trois contes

Grate, Pontus & Reuterswärd, Michaëla (1951) Tre berättelser. Stockholm : Tiden. [préface de knut jaensson]

Bergman, Bo (1951) « Flaubert », Dagens Nyheter, le 14 décembre.

P. [sign.] (1951) « Tre klassiska fransmän », Aftonbladet, le 7 décembre.

Sand, Arne (1951) « Galleri eller panoptikon ? », Arbetaren, le 29 décembre.

4.1.15. Un cœur simple

Grate, Pontus (1957) « Ett enkelt hjärta », Berömda franska berättare (éd. Ekelöf & Sjöstrand). Stockholm : Folket i bild. [notice de sjöstrand].

Lindelöf, Gustaf (1919) Ett enkelt hjärta. Stockholm : Bonnier.

Lindelöf (1920) Svenska Dagbladet, le 8 octobre.

4.2. Autres études

Björk, Nina (1999) « Identifikatorisk shopping : Madame Bovary och den kvinnliga läsningen », Ord & Bild, n° 1999 :3, p. 20-28.

Breitholtz, Lennart (1969) Monsieur Bovary och andra essayer. Stockholm : Geber.

Danius, Sara (2013) Den blå tvålen : romanen och konsten att göra saker och ting synliga.

Stockholm : Bonnier.

E. A-e [sign.] (1923) « Gustave Flaubert. Några ord om Fru Bovarys diktare », Arbetaren, le 4 avril.

Ekman, Jarl (1993) « Anslaget i Flauberts L'éducation sentimentale och Almqvists Det går an : en jämförelse », Meddelanden från Almqvistsällskapet, n° 14, p. 8-10.

Ernstsson, Ulrika (2007) « Madame Bovary en suédois : remarques sur les traductions et leurs auteurs », Studia Neophilologica, n° 79 :1, p. 54-68.

Felski, Rita (2013) « Läsare », Genusperspektiv på västerländska klassiker (éd. Andersson & Cavallin), p. 59-69. Studentlitteratur.

Johnsson, Hans-Roland (2006) « Flaubert försökte skriva om ingenting », Svenska Dagbladet, le 7 octobre.

Kåreland, Lena (2010) « Gustave Flaubert nyanserad och fördjupad », Svenska Dagbladet, le 17 juin.

Kåreland, Lena (2014) « Flaubert älskade bäst på avstånd », Svenska Dagbladet, le 6 janvier.

Mazzarella, Merete (1997) Otrohetens lockelse : en bok om äktenskapet. Stockholm : Forum.

Schildt, Göran (1957) « "Madame Bovary, det är jag"« , Svenska Dagbladet, le 2 juin.

Simon, Véronique (2001) « "Nous étions à l'Étude-" : variations sur les isotopies du déplacé et l'incipit dans Madame Bovary », Langage et référence (éd. Kronning), p. 601-608. Uppsala : Acta Universitatis Upsaliensis.

Sjöblad, Christina (1998) « En kvinnlig dandy ? : Madame Bovary och Baudelaire », Baudelaire, p. 93-106 (éd. Sjöblad et Leopold). Lund : Litteraturvetenskapliga institutionen.

Skalin (1983) Den bundna viljan : till determinationens problem i skönlitterär naturalism. Uppsala : Uppsala universitet.

Svane, Brynja (2000) « De första svenska översättningarna av Maupassants verk », Årsbok från Kungl. Humanistiska Vetenskapsamfundet i Uppsala, p. 97-113.

Swahn, Sigbrit (1986) « Sur la réception de Balzac en Suède », L’Année balzacienne, p. 395-407.

Swahn, Sigbrit (2002) « Matorgier i Flauberts romaner », Gastronomisk kalender, n° 4, p. 69-82.

 

 

NOTES

[1] Cette étude a été réalisée grâce au soutien financier de la fondation Åke Wibergs stiftelse, que l’auteur de l’article tient à remercier chaleureusement.
[2] LIBRIS est disponible sur le site de la Bibliothèque royale :
http://libris.kb.se
[3] Selon les années, le nombre de quotidiens indexés varie entre onze et dix-sept.
[4] Ceci était valable pour le temps de la rédaction de cette étude (printemps 2016). À l’heure actuelle (juin 2018), la numérisation couvre une vingtaine de quotidiens pour la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. Les résultats antérieurs à 1880 n’ont pas été pris en compte.
[5] Dagens Nyheter, le 18 mars 1957 et Svenska Dagbladet, le 2 juin 1957. Dans les deux cas, les auteurs commentent la première édition de La Tentation de saint Antoine et la nouvelle traduction de Madame Bovary.
[6] Stockholms Dagblad, le 27 juillet 1896.
[7] Pour toute référence aux commentaires d’Ernstsson sur les traductions de Madame Bovary, nous renvoyons le lecteur à ces pages indiquées.
[8] Ernstsson mentionne cette traduction mais sans l’analyser, déclarant en avoir eu connaissance après avoir bouclé son étude. Nous n’avons pas non plus pu trouver d’exemplaire de cette traduction. La version de Lindroth, paru chez LL-förlaget, ne figure pas dans l’index établi par l’Université de Rouen (qui ne couvre pas les éditions des dernières années).
[9] Nous avons choisi d’inclure les versions classées comme remaniées par Ernstsson comme de nouvelles traductions. Nous comptons de ce fait également la traduction d’Altman (1928).
[10] Version simplifiée.
[11] Selon l’index de LIBRIS, il semble exister deux traductions parallèles datant de 1925. Ceci sera à vérifier (et, si c’est le cas, on doit bien sûr compter sept éditions au lieu de six).
[12] Il reste à faire la synthèse de la réception avant 1880. La discussion autour du réalisme et du naturalisme semble commencer avec la percée de Zola en Suède, qui se situe à la fin des années 1870.
[13] Nous rappelons que cette étude, rédigée au printemps 2016, prend son départ dans le matériau disponible à partir de 1880. Nous pouvons maintenant (juin 2018) constater qu’on parle peu de Flaubert avant la traduction de Madame Bovary. Encore en 1878, on peut lire qu’il est « assez peu connu en Suède » (Nya Dagligt Allehanda, le 24 octobre 1878).
[14] Dagens Nyheter, le 8 mars 1884. Dans le texte courant, nous procéderons à des traductions ou des résumés des citations originales, selon les cas. Nous n’encombrerons pas le texte de notes fournissant la citation originale en suédois, peu déchiffrable et sans intérêt particulier pour le lectorat international auquel s’adresse la présente étude.
[15] Nya Dagligt Allehanda, le 4 novembre 1885.
[16] Aftonbladet, le 9 février 1885. On mentionne aussi son rôle de maître auprès de Maupassant, qui commence à être traduit à cette époque.
[17] Fait affirmé par Linder dans un compte rendu de Salammbô dans Norrlandsposten, le 11 avril 1925.
[18] L’article anonyme, relevé par Ernstsson (2007), n’est pas daté. Il apparaît probablement vers la fin du XIXe siècle.
[19] Pour Lundquist, Flaubert se garde d’éprouver de la pitié envers Emma ; Rabenius (Stockholms-Tidningen, le 9 janvier 1927) trouve que Flaubert lui témoigne au mieux de la pitié et du mépris ; pour Holmberg (Dagens Nyheter, le 22 décembre 1946), Novembre confirme qu’Emma, c’est effectivement Flaubert ; Söderbergh (1956), affirme que « Flaubert est identique avec Emma » ; Baehrendtz (dans Åkerhielm, 1979) détecte de la pitié et des sympathies fortes pour Charles et Emma ; Danius (dans Bodegård, 2012) avance que Flaubert semble se rapprocher d’Emma dans la dernière partie, ce qui crée un certain pathos.
[20] Avec une exception surprenante, repérée par Ernstsson (2007) : le passage du fiacre est traduit dans sa totalité.
[21] Aftonbladet, le 8 mars 1884 ; Stockholms Dagblad, le 28 mars 1884. La traduction est celle d’Ernstsson.
[22] Dagens Nyheter, le 8 mars 1884 (auteur inconnu).
[23] Nous confondons ici tous les textes traduits, non seulement les œuvres littéraires.
[24] Stendhal manque à cette liste. C’est que la première traduction, de La Chartreuse de Parme, date de 1902 (Le Rouge et le Noir ne sera traduit en suédois qu’en 1918).
[25] Curieusement, ce passage n’est pas cité par Ernstsson.
[26] Dagens Nyheter, le 27 mai 1885 ; Sydsvenska Dagbladet, le 21 septembre 1885 ; Nya Dagligt Allehanda, le 4 novembre 1885.
[27] Svenska Dagbladet, le 8 octobre 1920.
[28] Arbetaren, le 4 avril 1923.
[29] Stockholms-Tidningen, le 2 octobre 1927.
[30] Östersundsposten, le 11 mai 1925.
[31] Folkets Dagblad, le 3 avril 1926. Cette volonté d’éducation du grand public s’explique par le fait que ce journal était le journal officiel du parti communiste de l’époque.
[32] Dagens Nyheter, le 9 avril 1925.
[33] Nya Dagligt Allehanda le 19 avril 1925.
[34] Nya Dagligt Allehanda, le 19 avril 1925.
[35] Stockholms Dagblad, le 23 octobre 1944.
[36] Nya Dagligt Allehanda, le 10 septembre 1927.
[37] Stockholms-Tidningen, le 9 janvier 1927.
[38] Stockholms-Tidningen, le 23 octobre 1944.
[39] Arbetet, le 18 décembre 1946 (Björck) ; Dagens Nyheter, le 22 décembre 1946 (Holmberg).
[40] Aftonbladet, le 21 décembre 1946.
[41] À l’exception d’Un cœur simple, qui avait déjà été traduit en 1919.
[42] Comme le suggère Ernstsson (2007, p. 62), ce phénomène s’explique probablement comme la conséquence des droits d’auteurs (traducteurs) attachés à différentes maisons d’édition. L’éditeur, qui a trouvé propice de publier Madame Bovary autour du centenaire, a dû commander sa propre traduction.
[43] Aftontidningen, le 3 décembre 1951.
[44] Dagens Nyheter, le 28 novembre 1951. Jaensson (1951, p. 5) reprend ses arguments dans son introduction à Trois contes, précisant que L’Éducation sentimentale est « sans aucune hésitation » supérieur à Madame Bovary par le style, la peinture de la société, la langue naturelle et les vastes perspectives.
[45] Aftonbladet, le 28 novembre 1951.
[46] L’édition de 1979 de la traduction d’Åkerhielm (1960) constitue une exception. On déclare sur la couverture que Salammbô, avec Madame Bovary, est le roman le plus connu de Flaubert.
[47] Dans Upsala Nya Tidning, Bergsten (le 21 juin 1966) parle d’un morceau important de l’histoire littéraire et de l’inspiration exercée par Salammbô sur l’orientalisme de la deuxième moitié du siècle et sur la décadence de la fin du siècle.
[48] Dagens Nyheter, le 28 novembre 1951.
[49] Morgon-Tidningen, le 6 janvier 1952.
[50] Arbetaren, le 10 janvier 1952.
[51] Aftonbladet, le 7 décembre 1951.
[52] Dagens Nyheter, le 14 décembre 1951 (Bergman) ; Arbetaren, le 29 décembre 1951 (Sand).
[53] Nous ne commentons pas les versions de Janzon (1959) et d’Åkerhielm (1960), qui semblent avoir suscité peu d’intérêt.
[54] Arbetaren, le 23 février 1957 (Heyman) ; Kvällsposten, le 2 mars 1957 (Hallström) ; Dagens Nyheter, le 18 mars 1957 (Jaensson) ; Morgon-Tidningen, le 24 décembre 1956 (Asklund) : Norrländska Socialdemokraten, le 21 novembre 1956 (Helin).
[55] Sydsvenska Dagbladet, le 8 décembre 2012. Le thème de la consommation est fidèlement repris par les critiques à partir de la préface de Danuis (Bodegård 2012), puisant à son tour dans l’étude de Björk (1999).
[56] Expressen, le 2 janvier 2013.
[57] Aftonbladet, le 25 novembre 2012.
[58] Danius (2012, p. 8-9) reprend en partie l’analyse de Björk (1999), sans pourtant y renvoyer (le seul renvoi est à Moretti).
[59] Selon Danius (2012, p. 12-13), quelques-unes seraient vieillies, quelques d’autres douteuses et défectueuses, d’autres encore témoigneraient d’une souplesse attentive et d’une élaboration artistique. Il ne ressort pas quelle traduction est à ranger dans telle catégorie. La seule précision reste celle d’Altman (1928), qui appartiendrait aux traductions « fortement vieillies ». Aucun exemple concret n’est fourni.


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