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Sommaire Revue n° 18
Revue Flaubert, n° 18, 2019 | Bouvard et Pécuchet et l'agriculture
Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé et Éric Le Calvez

L’eau et l’agriculture dans Bouvard et Pécuchet

Abbey Carrico
Professeure associée au Virginia Military Institute (USA)
Voir [Résumé]

1
Dans le second chapitre de Bouvard et Pécuchet, on s’attendrait à ce que l’eau – un des éléments les plus essentiels à la production végétale ainsi qu’à l’élevage des animaux – joue un rôle important dans la représentation des expériences en lien avec l’agriculture effectuées par les deux fermiers débutants. Or, à première vue, l’eau n’apparaît pas aussi présente lors de l’éducation agricole que d’autres aspects de la culture de la terre (tels que le fumier). Si on examine ce liquide de près, dans ce chapitre ainsi que dans le précédent, on s’aperçoit que soit il n’y en a pas assez, soit il y en a trop. La terre en boit, « détrempant le sol »[1], mais trop vite. Sur les plantes, deux fois par jour, Pécuchet verse l’eau « à plein goulot, copieusement » (p. 77). La pluie tombe durant le voyage de Paris à Chavignolles et tombe de nouveau violemment vers la fin du chapitre pour détruire les premiers fruits viables. Parfois elle empêche Bouvard et Pécuchet de sortir. À d’autres moments ils travaillent « par la pluie, par le soleil » (p. 76). Un « liquide fangeux » (p. 105) gâche leurs conserves et trouble leur vin. Bouvard pleure doucement, Pécuchet sue. Les deux hommes font connaissance au bord de l’eau, dans la capitale qu’ils fuient ensemble à la recherche d’un espace champêtre. Ils s’enracinent entre deux vallées en pleine Normandie, pas très loin de la Manche et entourés de rivières et de champs. 

2
Dans cette analyse écocritique qui prend en considération l’élément naturel sous différentes formes et dans différents lieux – l’eau de la ville et de la campagne – on retracera la trajectoire de l’eau du premier chapitre au deuxième afin de mieux comprendre le rôle qu’elle y joue[2]. On verra que la représentation de l’élément aquatique rejoint une problématique plus large dans le texte, le paradoxe de l’espace. En tant que concept abstrait ainsi qu’étendue matérielle, le paradoxe de l’espace se définit ici tout comme celui du savoir, « à la fois infiniment désirable et toujours insaisissable » que Flaubert, d’après Stéphanie Dord-Crouslé, « a voulu mettre en scène »[3].

RENCONTRE : L’EAU DE LA VILLE

3
Le roman commence par une impression de chaleur et par un désir de fuite : « Comme il faisait une chaleur de trente-trois degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert » (p. 45). À cause même de ce temps insupportable les flâneurs qui le peuplent d’habitude n’y passeront que plus tard le soir : le lieu physique et son effet atmosphérique dictent les actions des gens et mettent d'emblée en valeur l’influence de l’espace sur les êtres[4]. C’est alors contre toute logique autant climatique que causale que « Deux hommes par[aiss]ent » (ibid.) et, plus curieusement, qu’ils ne peuvent s’arracher à ce lieu, « retenus par une fascination »[5] (p. 48). Avant la rencontre fortuite et illogique de Bouvard et Pécuchet, pourtant, c’est par le milieu aquatique qu’on entre dans leur monde. 

4
On se trouve au bord de la Seine, au cœur de la capitale en 1838, près du canal Saint-Martin, inauguré en 1825 pour faciliter le transport des marchandises et dont l’usage socio-économique est souligné par l’indication textuelle d’un bateau au milieu et de barriques sur la berge. Dans cette description initiale du cadre, l’artificiel réagit à l’effet lumineux et brûlant de la nature, les matériaux multicolores des édifices sont éclairés, et le ciel se morcèle, visible seulement entre les maisons et les chantiers : « le grand ciel pur se découpait en plaques d’outremer, et sous la réverbération du soleil, les façades blanches, les toits d’ardoises, les quais de granit éblouissaient » (p. 45). Bien que le soleil brille, l’accent est surtout mis sur les éléments urbains qui entourent l’eau. Après la rencontre des personnages, le regard replonge dans le fleuve et se focalise encore une fois sur le milieu industriel qui envahit non seulement l’eau mais aussi l’air : là se trouvent « des tas de pierres à bâtir », « la cheminée d’une usine se dressant à l’horizon » (p. 46), et « des miasmes d’égout » qui s’exhalent (ibid.). Rien, cette fois-ci, n’appartient à la nature qui éclatait avant, aussi insignifiante qu’elle semble au début. 

5
L’eau elle-même n’est décrite que par sa teinte noirâtre (métaphore comparant l’eau à l’encre à ne pas négliger) et par le fait qu’elle est orientée par la voie artificielle du canal et donc dépeinte par son usage fonctionnel : « Plus bas le canal Saint-Martin, fermé par les deux écluses étalait en ligne droit son eau couleur d’encre »[6] (p. 45). La rivière n’est pas encore « filtrée et chaude » telle que l’envisage Bouvard pour l’avenir, et une « abondance de pierres précieuses factices » (p. 397) ne tachète pas cette « eau hideuse où une botte de paille flottait »[7] (p. 46). Dans ce quartier en plein développement industriel, le fleuve urbain ne peut imiter la rivière champêtre qui nourrit la ferme modèle du comte de Faverges que les deux citadins visitent plus tard[8]. Ici, le fleuve tellement marqué par le canal représente un lieu paradoxal : c’est à la fois une source de mobilité et de paralysie. Pour Bouvard et Pécuchet, cet endroit, où convergent la Seine, le canal et le boulevard, incarne la rêverie sentimentale (le désiré) ainsi que l’enfermement physique (l’insaisissable) : ils discutent sans cesse, « [l]eurs paroles coul[ent] intarissablement » (p. 48), mais ils ne réussissent pas à s’éloigner : « Vingt fois ils s’étaient levés, s’étaient rassis, et avaient fait la longueur du boulevard depuis l’écluse d’amont jusqu’à l’écluse d’aval, chaque fois voulant s’en aller, n’en ayant pas la force, retenus par une fascination » (ibid.). Les passants (qui sortent plus tard que les deux bonshommes), de toutes conditions (un militaire, un ecclésiastique, des bourgeois, des ouvriers), circulent sous leur regard, montrant l’aspect « mobilisant » de l’endroit, le canal étant en outre le site du travail manuel, du halage et un moyen d’approvisionnement pour les Parisiens. Or, ce mouvement des individus, leur capacité à se déplacer partout dans la ville et à représenter « une scène sur laquelle le monde défilerait », est limité[9]. Le « canal à l’air libre » devient « une coupure qui gênait la circulation terrestre entre le centre de Paris et certains des nouveaux arrondissements »[10]. Tout comme les différents passants, l’eau qui y coule est une confluence de sources hétéroclites ; par voie souterraine le canal Saint-Martin relie les eaux du canal de l’Ourcq (qui passent par le bassin de la Villette, un lac artificiel) à celles de la Seine, ce qui forme néanmoins une eau assez stagnante[11].

6
Par ailleurs, ceci n’est pas l’eau de la mer infinie que contemplaient tant de narrateurs mis en scène par le jeune Flaubert romantique, ou bien, « la mer verdâtre et comme enflée » (p. 142) que verront plus tard Bouvard et Pécuchet, et qui a dû être à « l’origine du monde » (p. 141), en se heurtant à la falaise d’Étretat où la vue est verticale (et non plate) et dont l’horizon comprend des îles, au lieu « des tas de pierres à bâtir » (p. 46). À Paris ce jour-là l’air tiède ne circule guère, et l’eau de la ville, à la différence de l’eau océanique, ne parvient pas à atténuer la chaleur[12]. Cette eau est plutôt triste et inspire « le désœuvrement du dimanche et la tristesse des jours d’été » (p. 45).

7
Dans le plan général, Flaubert n’ouvre pas le premier chapitre du roman sur ce milieu fluvial en détail, mais sur la perception du milieu, filtré par l’observation des personnages. Pour autant, il ne néglige pas d’esquisser nettement le rapport entre l’espace (en ce cas l’espace climatique) et le désir d’être ailleurs : la chaleur symbolise la ville (lieu actuel) ; le frais, la campagne (lieu rêvé). Le narrateur n’annonce pas la chaleur comme un fait causal, c’est Bouvard (ou Pécuchet) qui déclare sous forme d’exclamation directe : « – quelle chaleur ! »[13] Bien que le rapport des deux hommes au milieu physique soit contradictoire (ils se rencontrent dans l’endroit même dont ils veulent s’échapper), ils sont réunis (et rendus alors différents des autres) par la température : c’est avant toute chose leur relation à l’environnement et sa perception qui les relient à ce moment[14]

8
Une phrase qui est légèrement modifiée dans la version définitive (substitution de l’adverbe « bien » à « mieux »), ouvre la première partie du brouillon et révèle le désir des deux Parisiens d’être à la campagne :

on est serait mieux à la campagne, au frais.
désir d’une maison de campagne. mais aucun des deux ne peut se procurer ce luxe là.
cependant ils n’aiment ni l’un ni l’autre, les parties de campagne, à cause du bruit et de la banalité. d’ailleurs, aux environs de Paris ce n’est pas la vraie campagne et puis, leurs occupations les retiennent. Car tous deux sont bureaucrates[15].

9
Énumération de raisons logiques qui font obstacle à aller « au frais » comme le « luxe » de la campagne, qui par le conditionnel employé dans la première locution indique une situation hypothétique au lieu d’être plausible. Il semble en plus que l’écrivain (ou les personnages) cherche une négation du rêve en limitant ce que comprend « la vraie campagne ». Dans le manuscrit définitif, le rêve est aussi restreint, bien que plus ouvert aux opportunités : « Mais la banlieue, selon Bouvard, était assommante par le tapage des guinguettes. Pécuchet pensait de même. Il commençait néanmoins à se sentir fatigué de la capitale ; Bouvard aussi » (p. 46). L’hésitation pour définir la « vraie campagne » et la difficulté de choisir un endroit réel qui la constituerait revient plus tard dans le chapitre (on le verra dans la section suivante).

10
Mais avant, l’entrée des personnages : « L’un venait de la Bastille, l’autre du Jardin des Plantes » (p. 45). De toute évidence, l’espace textuel suit une « structuration théâtrale »[16], l’apparition de Bouvard et de Pécuchet joue non seulement sur le registre dramatique, comme le note Yvan Leclerc, mais également sur celui de la phonologie (« Bouvard viendrait donc de la Bastille, et Pécuchet du Jardin des Plantes »), de l’histoire (« côté cour, la Révolution d’où sort l’histoire du XIXe »), et de la topographie (« côté jardin, les curiosités botaniques […] et zoologiques »[17]). Yvan Leclerc souligne ici le rapport intime, indissociable, entre l’espace et la subjectivité[18]. L’espace, en tant que lieu d’origine, de nom/nomination, de mémoire, de curiosité, de savoir… Bref, l’espace en tant que signifiant ne réussit qu’à être circulaire. Pourtant, comme Éric Le Calvez l’explique, « Il n’est plus besoin de démontrer qu’une description flaubertienne signifie, mais il faut sans doute définir comment elle signifie », et on ajouterait qu’il faut définir ce qu’elle signifie[19]. En ce cas, l’espace signale son propre état paradoxal, c’est un désir d’être ailleurs mais duquel l’on ne sort jamais. Bouvard vient du boulevard, construction urbaine. Pécuchet, du jardin de la ville qui contient des plantes exotiques, d’autres lieux. Tous les deux sont des citadins qui ne veulent rien tant que devenir campagnards (ou, pour le dire autrement, ce sont des ignorants qui désirent être des savants), mais ils se trompent presque toujours sur l’espace, limités qu’ils sont en effet par leur point de vue. 

11
Assis au milieu du boulevard et affectés par la fatigue physique (due à la chaleur) ainsi que mentale (celle d’habiter la capitale), « leurs yeux erraient sur des tas de pierres à bâtir, sur l’eau hideuse où une botte de paille flottait, sur la cheminée d’une usine se dressant à l’horizon ; des miasmes d’égout s’exhalaient. Ils se tournèrent de l’autre côté. Alors ils eurent devant eux les murs du Grenier d’abondance » (p. 46-47). Leur vue de l’horizon est restreinte, leurs narines sont bouchées, leurs corps sont enfermés entre les murs : tout est bloqué et ils se rendent compte qu’on « [a] encore plus chaud dans les rues que chez soi ! » (p. 47). Pourtant, l’appartement de Pécuchet est trop chaud à cause de la fenêtre fermée (il redoute les « courants d’air », p. 50) et celui de Bouvard, bien qu’« ayant vue sur la rivière » (p. 51), n’ouvre pas toujours sur un horizon non borné. Puis, après que leur amitié se développe et qu’ils deviennent inséparables, Bouvard hérite. La réaction des deux bonshommes est physique, liquide : au moment de la découverte de l’héritage, « une larme [roule] dans leurs yeux fixes » (p. 57). Sans transition, Flaubert écrit une phrase capitale qui résume leur lien avec l’espace : « L’espace leur manquait » (ibid.). Ils se promènent en quête de cet espace qui leur permettrait de réfléchir, mais ne quittent (pas encore) leur chemin urbain, leur espace étant toujours aussi restreint : « Ils allèrent jusqu’à l’Arc de Triomphe, revinrent par le bord de l’eau, dépassèrent Notre-Dame » (ibid.). Ce sont deux hommes bornés par l’espace, en quête de l’espace, qui ne sauront jamais manier l’espace, du moins d’une manière prospère, pour eux-mêmes. D’après Yvan Leclerc, « La circularité formelle du livre prend son sens dans une circulation plus large, à la dimension de l’œuvre »[20]. Ils habitent un texte, un monde entier, circulaire (n’oublions pas qu’ils redeviennent copistes à la fin du roman).

CULTURE : L’EAU DE LA CAMPAGNE

12
La dernière section du premier chapitre raconte le voyage de ces deux citadins vers Chavignolles, un cheminement qui signale la difficulté physique de se déplacer hors de la ville. Bien qu’ils soient fatigués de Paris et que leur rêve puisse se réaliser grâce à l’héritage de Bouvard et aux économies de Pécuchet, deux ans s’écoulent encore avant leur déménagement, en comptant les dix-huit mois nécessaires à la recherche d’un lieu convenable, « une campagne qui fût bien la campagne, sans tenir précisément à un site pittoresque, mais un horizon borné les attristait » (p. 60). Ils cherchent autour de Paris et dans diverses provinces, mais disqualifient chaque endroit en raison soit du climat « trop froid » et « incommode vu les moustiques » (p. 59), soit des habitants à « l’esprit cagot » ou au « patois germanique » (ibid.). Ils s’informent sur d’autres régions par « les cartes de géographie » qui « n’en dis[ent] rien » (ibid.). Ils ne veulent pas s’installer dans un lieu précis, dans une province du sud, par exemple, ou aux alentours d’une certaine rivière, ou bien dans un village connu : l’endroit exact ne leur importe guère (ils excluent tous les choix, après tout). Ce n’est que d’une maison à eux seuls dont ils ont envie. Et voici une précision importante qui surgit : l’important, ce n’est pas l’espace, c’est que l’espace leur appartienne. Finalement, « un beau jour » (p. 60), l’ami de Bouvard, Barberou, leur trouve « une ferme de trente-huit hectares, avec une manière de château et un jardin en plein rapport » (p. 61) dans le Calvados. Ils en sont « enthousiasmés » (ibid.).

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Avant de devenir fermiers, ils doivent parcourir le terrain de transition. Pécuchet accompagne leurs possessions les plus précieuses dans la voiture de déménagement, trajet « par Nonancourt, Verneuil et Falaise » (p. 62) qui prendra environ neuf jours, et Bouvard attend le bagage le plus encombrant à Caen qui y viendra « par la Seine, jusqu’au Havre » (ibid.), route « par eau, [qui serait] plus économique au Havre », selon une note de Flaubert[21]. L’eau marque ainsi pour eux la transition entre ville et campagne : elle dicte la route la plus économique et efficace pour le transport du bagage mais ne rend pas pour autant le reste du voyage simple pour ces citadins qui ne sont pas encore (et ne seront jamais) de vrais campagnards. Bouvard prend la mauvaise route, « [s’étant] trompé de diligence » (p. 63) et arrive par conséquent à Rouen au lieu de Caen. Lorsqu’il atteint enfin Caen (toutes les places étant déjà prises), il lui faut attendre quelques jours avant l’arrivée des ballots qui sont eux aussi en retard. C’est une excursion ralentie qui ne suit pas le bon chemin. 

14
Pour Pécuchet, ce n’est qu’après quelques heures de cheminement hors de la capitale que « le mouvement et la nouveauté du voyage » (p. 62) s’estompent. Son voyage empire à cause du mauvais temps (le début ainsi que la fin du chapitre sont caractérisés par leur climat et les difficultés qu’il pose aux personnages) : rien, semble-t-il, n’est simple ni logique pour ces deux bonshommes. La route s’allonge et monte, les cailloux abondent, les fossés se remplissent d’eau. Tout comme la Seine qui « étalait […] son eau » et contribuait au « désœuvrement du dimanche » (p. 45) dans la ville, la campagne « s’étal[e] par grandes surfaces d’un vert monotone et froid » (p. 63). Association fluviale-champêtre qui fait penser que rien ne se transforme en dépit du changement de lieu, paradoxe encore de l’espace. Et pourtant, c’est la première fois dans le texte que l’eau tombe en pluie (elle a précédemment pris la forme du fleuve, de la sueur, d’une larme unique…), évoquant alors une expédition maritime : « des nuages couraient dans le ciel, de temps à autre la pluie tombait. Le troisième jour, des bourrasques s’élevèrent. La bâche du chariot, mal attachée, claquait au vent comme la voile d’un navire »[22] (ibid.). Il faut ainsi franchir une étendue aquatique afin d’arriver au lieu désiré.

15
La nature attaque Pécuchet qui doit « se retourner complètement » (ibid.) pour se protéger du vent qui lui jette dans les yeux la poudre de sa tabatière[23]. Les objets de porcelaine se cassent, et le voyageur abandonne la voiture de déménagement pour prendre « un cheval de renfort » (p. 64). Il croit « voir à chaque minute le pignon de Chavignolles » (ibid.), l’horizon tant rêvé mais qui apparaît toujours hors de portée. Pécuchet est perdu (« les ornières s’effaçaient ; elles disparurent, et ils se trouvèrent au milieu des champs labourés », ibid.), effrayé (la nuit l’empêche de voir, ses cris ne reçoivent aucune réponse et des chiens aboient), et même assoiffé (« Il se laissa tomber dans un sillon, n’en pouvant plus de soif »)[24]. Bouvard le croise finalement en cabriolet, mais tous deux se trouvent toujours « dans les ténèbres » (p. 64) avant d’atteindre Chavignolles. Ce n’est guère là l’accueil chaleureux de la campagne qui les « faisait soupirer » (p. 55), quand, autrefois, depuis Paris, « ils vagabondèrent entre les vignes, arrachèrent des coquelicots au bord des champs, dormirent sur l’herbe, burent du lait, mangèrent sous les acacias des guinguettes » (ibid.). Ceci n’est plus une promenade de loisir, mais une transition d’espace et d’être. Au terme de leur voyage « [rien] ne manqu[e] » (p. 64) dans leur nouvelle maison. À Paris, c’était « [l]’espace [qui] leur manquait » (p. 57). Mais on remarque immédiatement que ce n’est pas vrai, que l’espace leur manque toujours : le vestibule de leur maison de campagne, leur domicile de rêve, est encombré par leurs meubles parisiens. 

16
Transition complète, une deuxième introduction se déploie et commence le second chapitre, celui sur l’agriculture. Bouvard et Pécuchet se réveillent en tant que campagnards. Ou, tout au moins, leur regard tombe sur un paysage bucolique (le texte les appelle toujours « [l]es deux Parisiens », p. 67). Ils entreprennent sur-le-champ le travail manuel et forment de nouveaux rêves (conditionnels) pour l’avenir : des pommes d’amour « devaient retomber comme des lustres » et « des composts […] feraient pousser un tas de choses » (p. 69). Pécuchet « rêvait au bord de la fosse » (ibid.), tout comme ils l’avaient fait au bord de la Seine. De même qu’à Paris, ils attendent la réalisation de leur rêve : lorsque le printemps est tardif, ils se répètent : « “Tout va partir” » (p. 70). Pour réussir dans l’agriculture et pour mieux connaître leur espace agraire – ou pour reprendre les termes de Claude Mouchard, leur « terre connue-inconnue »[25] – ils décident alors, tout comme Flaubert lui-même, de visiter une ferme modèle de leur région, celle du comte de Faverges. C’est là que l’on rencontre la rivière de la campagne et où l’on se rend compte (si on lit attentivement) que l’eau, omniprésente dans cette ferme exemplaire, n’est présente qu’aux mauvais moments dans la ferme de Bouvard et de Pécuchet, ce qui semble en effet préparer leur échec… 

17
D’emblée, la rivière de la campagne s’oppose à celle de Paris, elle qui est observée depuis « le versant d’un coteau qui domine la vallée de l’Orne […] coul[e] au fond, avec des sinuosités » (p. 70) – on ne se trouve plus face au canal artificiel bordant un boulevard industrialisé où « l’eau hideuse » (p. 46) étale sa « couleur d’encre » (p. 45). Les maisons ne cachent plus le ciel, mais sont cachées par la verdure de la colline, et des roches à la place des « tas de pierres » (p. 46) tachètent l’horizon. Cela ne revient pas à soutenir, pourtant, une conception binaire (et trop simpliste) de la ville et de la campagne, l’une symbolisant l’artificiel, l’autre le naturel. La rivière qui nourrit une ferme a le même objectif en fait que le fleuve qui approvisionne la ville, tous les deux sont utilisés, manipulés pour un usage social. Une ferme n’est qu’une manifestation autre du travail socio-économique que l’industrie représente, et on ne peut écarter l’influence mécanique dans ce lieu prétendument « naturel » où la terre et l’eau participent forcément au travail humain. La terre est, comme l’explique Claude Mouchard, « au XIXe siècle, inlassablement réinterrogée par le discours technologique »[26].

18
Du point de vue de Bouvard et Pécuchet, invités à la ferme et toujours étrangers dans la région, la ferme de M. de Faverges se présente d’une manière à la fois fonctionnelle et esthétique. C’est un spectacle quasi-religieux pour ces « deux Parisiens » (p. 72) qui admirent les bras des moissonneurs et « se sent[ent] pris d’une vénération presque religieuse pour l’opulence de la terre » (ibid.) : une fille inconnue apparaît pour donner à boire aux femmes, les ouvriers agricoles travaillent « en même temps » (ibid.), les animaux de ferme broutent et ruminent, « le berger, assis sur un tronc d’arbre, tricot[e] un bas de laine, ayant son chien près de lui » (ibid.), la grange est « voûtée comme une cathédrale » (p. 73), et le crépuscule tombe comme un arrière-plan à l’image bucolique du rêve de campagne (p. 72).

19
Tout comme la terre, l’eau incarne ce lieu l’abondance. Un ruisseau, « qu’on avait, exprès, détourné » (ibid.) (et donc manipulé) fournit l’eau nécessaire pour faire fonctionner la turbine, le travail mécanique soutenu alors par le travail aquatique, milieu naturel de la région. Même à l’intérieur, l’eau coule, et d’une façon spectaculaire, afin d’approvisionner les vaches[27] qui, parce qu’elles ont assez à boire et à manger, produisent un lait abondant : « Des jarres brunes, alignées sur des claires-voies, étaient pleines de lait jusqu’aux bords […] et de la mousse débordait les seaux de fer-blanc » (ibid.). C’est la richesse terrestre et aquatique qui règne : on « jeta devant les poules des poignées d’avoine » simplement pour « divertir les messieurs », et « [u]n filet d’eau, tout à coup se répandit dans la rigole qui bordait les râteliers. Des mugissements s’élevèrent […]. Tous les bœufs avancèrent leurs mufles entre les barreaux et buvaient lentement » (p. 73-74). Dans cette ferme, l’eau devient tout un spectacle et un symbole de réussite champêtre. 

20
Puis, tout d’un coup, la visite est terminée. Le rideau tombe et « Les deux visiteurs s’en [vo]nt » (p. 74). Située à une heure à pied de la ferme modèle, la ferme de Bouvard et Pécuchet n’est pas du côté de la rivière. Bien que l’Orne coule dans la région de la ferme, le texte ne la situe pas à proximité de leur domaine ; il n’y a aucun rapprochement textuel entre la rivière et la ferme. L’espace fermier n’est pas le même que celui de M. de Faverges, un espace terrestre et aquatique qui lui assure son succès agricole. En fait, comme l’explique Flaubert, l’espace de ses bonshommes est « sot » et « stupide » : « Je placerai Bouvard et Pécuchet entre la vallée de l’Orne et la vallée d’Auge, sur un plateau stupide, entre Caen et Falaise »[28]. Selon Stéphanie Dord-Crouslé, « Il lui a fallu s’y reprendre à trois ou quatre fois avant de “découvrir un certain paysage” qu’il avait “en tête” »[29]  : « J’ai besoin d’un sot endroit au milieu d’une belle contrée. – Et que dans cette contrée on puisse faire des promenades géologiques et archéologiques »[30]. Les cailloux y surabondent. Alors, les fermiers novices entreprennent « d’épierrer la Butte » (p. 75), un monticule rocheux situé sur leur exploitation. L’image de « l’éternel banneau avec le même homme et le même cheval, [que l’on voyait] gravir, descendre et remonter la petite colline » (p. 76) fait allusion à celle de Sisyphe que Maupassant associe en effet à Bouvard et à Pécuchet eux-mêmes : « ce sont deux Sisyphes modernes et bourgeois qui tentent sans cesse l’escalade de cette montagne de la science, en poussant devant eux cette pierre de la compréhension qui sans cesse roule et retombe. Mais eux, à la fin, haletants, découragés, s’arrêtent, et, tournant le dos à la montagne, se font un siège de leur rocher »[31]. Avant de se faire « un siège » ils continuent leurs efforts, dévoilant leur intérêt vif et continu pour la terre et pour l’élément aquatique, ce que souligne la représentation de l’espace, du temps et de l’objet que traite le roman[32].

21
Pécuchet, comme son nom le laissait présumer (rappelons l’interprétation phonologique d’Yvan Leclerc : « Pécuchet [vient] du Jardin des Plantes »), s’occupe du jardinage. Lorsqu’il arrose les plantes, il se réjouit comme à la ferme modèle. L’eau et son effet nourrissant, autant pour les plantes que pour le jardinier, sont à l’origine d’une sorte de renaissance : 

Deux fois par jour, il prenait son arrosoir et le balançait sur les plantes, comme s’il les eût encensées. À mesure qu’elles verdissaient sous l’eau qui tombait en pluie fine, il lui semblait se désaltérer et renaître avec elles. Puis cédant à une ivresse, il arrachait la pomme de l’arrosoir, et versait à plein goulot, copieusement. (p. 77)

22
Ce petit paragraphe d’extase est une exception, car rapidement, semble-t-il, le jardin commence à se dégrader : « une désolation » (ibid.) remplace l’« ivresse » (ibid.). Pécuchet, peut-être, arrose trop ses plantes, et la nature ne l’aide guère : « L’abondance de la gadoue nuisit aux fraisiers » (ibid.) et « Après le dégel, tous les artichauts étaient perdus » (p. 78), ces deux échecs résultant d’un excès de liquide. Presque toute la description agricole continue sur ce mode hyperbolique, excès de discours technique, excès d’effets redoublés lorsque les premiers échouent, excès d’eau naturelle (mais pas assez de fumier !). Le problème du désir de vouloir être ailleurs, d’être Parisien à la campagne réapparaît. Bouvard pense que si « les arbres les plus rares prospèrent dans les jardins de la capitale » (p. 79), ils prospéreront dans leur ferme. Cependant, ces arbres n’appartiennent pas à la campagne : Bouvard se trompe de nouveau sur l’espace.

23
Un jour, « le désastre leur apparut » (p. 84). Bouvard et Pécuchet ne se rendent pas compte d’abord que c’est leur désastre. Ils se dirigent vers l’église où sonne la cloche et ce n’est qu’en revenant chez eux – l’horizon, de façon ironique, étant dérobé à leur vue – qu’ils voient sur leur terrain leurs meules en feu. Encore une fois il faut qu’ils opèrent un détour spatial avant de reconnaître leur propre lieu. On doit trouver de l’eau, bien entendu, mais le village n’a pas de pompiers. Le liquide y apparaît pourtant : Bouvard pleure, Pécuchet transpire, et la paille qui, selon toute logique « s’était enflammée spontanément », était « humide » (p. 85). Plus tard, au moment même où ils espèrent « quelques fruits » de leurs arbres, « tout à coup le tonnerre retentit et la pluie tomb[e], – une pluie lourde et violente » (p. 89). Il va de soi que tous les fruits viables « roul[ent] dans les flaques d’eau » (p. 90) : excès d’eau cette fois… L’oscillation entre la profusion et le déficit persiste. 

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Dans un premier plan du texte, Flaubert indiquait que les deux Parisiens désirent « une campagne qui réponde le plus possible à cette idée “la campagne !” »[33]. Leur idée de la campagne commence par celle des autres, elle vient d’ailleurs (des livres, de « la vue des chaises de poste et diligences », de « la contemplation des gravures sur les quais »[34]). La campagne qu’ils réussissent à avoir ne représente pas cette vision quasi-panthéiste, quasi-romantique de la nature qu’on rencontre dans certains écrits de jeunesse de Flaubert. Ici, ils ne veulent qu’une campagne, c’est-à-dire, « pas d’eau, pas de vue, pas de bois, rien que des champs, de quoi faire du jardinage et un peu d’agriculture »[35]. Lieu impossible, rêve insaisissable. 

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Pour réussir dans la vie champêtre, dans le domaine agricole, il faut de l’eau, et selon certaines proportions. Le fait que ces deux fermiers novices, des Parisiens, ne puissent trouver cet équilibre n’a rien d’étonnant. L’absence d’eau – en particulier dans un endroit où elle devrait être présente (et abondante) – suit la logique textuelle du paradoxe spatial. S’ils ne manquaient pas d’eau, pourtant, les personnages n’éprouveraient pas la lacune qui inspirera leur projet suivant, car, comme le soutient Stéphanie Dord-Crouslé, dans Bouvard et Pécuchet, « Chaque passage d’un savoir à un autre est intrinsèquement motivé par un défaut, un manque, que ressentent soudain les personnages »[36]. Avoir trop revient à ne pas avoir assez. Et, pour ces deux faux campagnards, la faute n’est pas uniquement la leur : la terre et l’eau les déçoivent. 

 

 

NOTES

[1] Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, avec des fragments du « second volume », dont le Dictionnaire des idées reçues, éd. Stéphanie Dord-Crouslé avec un dossier critique, Paris, Flammarion, « GF », 2011, p. 87. Dès maintenant nous donnerons les références entre parenthèses dans le corps du texte.
[2] Tandis qu’on se focalise dans cette étude sur les deux premiers chapitres, l’eau réapparaît tout au long du texte. Dans le troisième chapitre, par exemple, elle fait partie des expériences chimiques et physiologiques de Bouvard et Pécuchet et de leurs recherches géologiques et archéologiques : ils noient des chats, étudient l’hygiène « revêtus d’habits mouillés » (p. 112), changent d’avis sur « l’insalubrité des endroits humides » (p. 125), se lancent dans une sorte d’hydrothérapie où ils tentent de changer la température d’un bain, et ils se figurent l’origine du monde provenant d’une « immense nappe d’eau » (p. 131) ou bien « dans des mers peu profondes » (p. 131-132). Ils vont sur la côte en quête d’un « ossement contemporain du Déluge » (p. 135) et ils contemplent la falaise d’Étretat. Il va de soi que l’eau joue un rôle dans la religion (l’eau bénite). 
[3] Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert : une « encyclopédie critique en farce », Paris, Belin, « Belin-Sup Lettres », 2000, p. 5. 
[4] Cela ne revient pas à dire que les humains n’ont pas d’impact sur l’espace naturel qui se voit ici modifié à cause de la présence humaine. La recherche météorologique nous apprend en fait que la température dans la ville est en général plus élevée qu’à la campagne, ce qui est dû en partie à l’urbanisation. Dans ce chapitre, Flaubert dépeint une ville industrielle montrant l’effet des humains sur l’environnement. 
[5] Comparant Salammbô à Bouvard et Pécuchet, Yvan Leclerc remarque la qualité causale de la première phrase qui « s’enchaîne, anneau de serpent, tour de spirale, à la dernière de Salammbô dans une égale dérision du principe de causalité, selon la pensée mythique ou positiviste bourgeoise » (La Spirale et le monument. Essai sur Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert, Paris, SEDES, « Présences critiques », 1988, p. 22).
[6] La comparaison avec l’écriture vient de sources multiples. Yvan Leclerc note : « Avec cette eau qui coule devant lui de gauche à droite, dans le sens d’une ligne d’encre sur du papier, Flaubert entretient le plus souvent un rapport visuel » (« Flaubert, une fenêtre sur la Seine », Bulletin Flaubert-Maupassant, no 29, « Eau, reflets, fluidités. Festival Normandie-Impressionniste », 2014, p. 21). 
[7] Flaubert utilise le mot « rivière » dans un plan du roman pour situer la première scène : « Sous la plume de Flaubert, la Seine n’est pas le fleuve, mais la rivière, plus petite, plus familière, presque intime » (Yvan Leclerc, art. cité, p. 29). 
[8] Il va de soi que le canal Saint-Martin (et donc la Seine) participait à l’alimentation des citadins et à l’approvisionnent de toute la capitale en tant que moyen de transport.
[9] Yvan Leclerc, art. cité, p. 21.
[10] Site de la Mairie de Paris. L’intrigue est antérieure à la construction des voûtes qui « cré[èrent] de nouveaux axes de circulation ».
[11] Ou, si le verbe « étaler » n’évoque pas pour certains l’immobilité, il pourrait certainement représenter l’aspect « uniforme et paisible » de l’eau, « comme l’eau du canal Saint-Martin », qui, d’après cette citation de la nouvelle de Barthélemy Maurice, « Les deux greffiers », pourrait être à l’origine du roman, comme l’a souligné Alberto Cento (Commentaire de Bouvard et Pécuchet, Napoli, Liguori, 1973, p. 21).
[12] L’eau de la mer apparaît plus tard dans le roman et est décrite d’une manière différente : « Des filets d’eau en tombaient sans discontinuer, pendant que la mer au loin, grondait. Elle semblait parfois suspendre son battement ; – et on n’entendait plus que le petit bruit des sources. […] Bouvard s’assit près du rivage, et contempla les vagues, ne pensant à rien, fasciné, inerte. […] Au milieu des varechs presque noirs, les flaques d’eau s’élargissaient. La mer montait vers eux ; il était temps de rentrer » (p. 134-135). Lorsque Bouvard et Pécuchet voient la falaise d’Étretat, ils « s’él[èv]ent à des considérations sur l’origine du monde » (p. 141). La vue est verticale (à la différence de la vue plate sur la Seine où « s’étale » l’eau, ou à la recherche de l’horizon des champs à la campagne), la couleur de l’eau change, et les « bâtiments » ou « constructions » sont les terres des îles : « La falaise, perpendiculaire […]. Le ciel était gris, la mer verdâtre et comme enflée » (p. 142). Or, la mer, couplée avec la tempête, les effraye : « La mer battait son plein » (p. 144). 
[13] Bibliothèque municipale de Rouen, ms. g225(1) fo 1 (brouillon du premier chapitre).
[14] La température revient dans d’autres scènes. Par exemple, Pécuchet répand de l’eau bouillante, ce qui amène une dispute leur faisant envisager un suicide qui les conduit finalement à l’église où « la tiède température leur procur[e] un singulier bien-être » (p. 303).
[15] Ms. g225(1) fo 1.
[16] Yvan Leclerc, opcit., p. 23.
[17] Ibid., p. 42-43.
[18] Ibid., p. 42.
[19] Éric Le Calvez, « Paysage mouvant, paysages décrits dans Bouvard et Pécuchet », Gustave Flaubert 3, Mythes et religions 2, éd. Bernard Masson, La Revue des lettres modernes, Paris, Minard, 1988, p. 183.
[20] Opcit., p. 19.
[21] Ms. g225(1), fo 30vo.
[22] Comme le remarque Jacques Neefs, Flaubert aimait employer des métaphores marines pour parler de l’écriture : « Chacune a été une aventure dont l’horizon était d’abord indistinct, mais impératif (“embarquement”, “navigation” sont alors les termes de Flaubert pour désigner l’entreprise, à son départ) » (préface à Yvan Leclerc, opcit., p. 3). De même, pour Yvan Leclerc : « Le voyage de l’écriture redouble le récit d’un voyage maritime qui conduit à la Mer Noire (comme de l’encre). Voyage immobile autour de ma Bibliothèque. Traversée fixe des savoirs » (ibid., p. 71). 
[23] Ms. g225(1), fo 30vo.
[24] Ms. g225(2), fo 110vo.
[25] Claude Mouchard, « Terre, technologie, roman : à propos du deuxième chapitre de Bouvard et Pécuchet », Littérature, no 15, 1974, p. 65 ; en ligne.
[26] Claude Mouchard, art. cité, p. 65.
[27] Sur la transformation textuelle de ces vaches en « bœufs », voir ici même l’article d’Éric Le Calvez, « Flaubert à la ferme ».
[28] Lettre de Flaubert à sa nièce Caroline, 24 [juin 1874], Correspondance, éd. Jean Bruneau, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. IV (1998), p. 816.
[29] Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert : une « encyclopédie critique en farce », opcit., p. 24.
[30] Lettre à Edma Roger des Genettes, 17 [juin 1874], Corr. IV, éd. citée, p. 813.
[31] Guy de Maupassant, « Bouvard et Pécuchet », paru dans le supplément du Gaulois du 6 avril 1881 ; repris dans le dossier de l’édition du roman en « GF », op. cit., p. 463.
[32] Pour une analyse de cette représentation géologique dans Bouvard et Pécuchet, voir Michel Rasse, « Objets, mesures, espaces et temps géologiques dans Bouvard et Pécuchet », Revue Flaubert, no 15 – « Bouvard et Pécuchet, roman et savoirs : l’édition électronique intégrale des manuscrits » (éd. Yvan Leclerc), 2017, en ligne.
[33] Ms. gg10, fo 33.
[34] « Ils ont même des aspirations de voyage et de pays lointains causées par la vue des chaises de poste et diligences – la contemplation des gravures sur les quais – Bref, ils s’arrêtent à une campagne qui réponde le plus possible à cette idée “la campagne !” pas d’eau, pas de vue, pas de bois, rien que des champs, de quoi faire du jardinage et un peu d’agriculture. – Leur vie dès lors, est tournée toute entière vers ce rêve » (ibid.).
[35] Ibid.
[36] Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert : une « encyclopédie critique en farce », opcit., p. 69.


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