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Sommaire Revue n° 18
Revue Flaubert, n° 18, 2019 | Bouvard et Pécuchet et l'agriculture
Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé et Éric Le Calvez

L’agriculture hors de son champ : débordements du chapitre II dans Bouvard et Pécuchet

Christophe Ippolito
Professeur associé au Georgia Institute of Technology (Atlanta, USA)
Voir [Résumé]

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On étudiera ici ce qui dans les chapitres de Bouvard et Pécuchet autres que le chapitre II prolonge et amplifie ce chapitre, ce qui implique dans le même temps de reconnaître et d’apprécier la valeur fondatrice de ce même chapitre dans le roman. Précisons que cette étude ne sera pas limitée à l’univers référentiel (même « joué », fantasmé, métaphorisé, mis à distance) des « questions agricoles » mais analysera également les opérations qui sont initiées dans le chapitre II. L’interrogation portera donc essentiellement sur ce que le chapitre II projette sur et dans les autres chapitres, de l’agriculture à la terre ou à l’idée de campagne jusqu’aux éléments qu’il met en place et qu’on retrouve dans ces derniers. Ainsi, en quoi la « matière narrative agricole » (parfois très réduite, mais pas moins significative) des autres chapitres est-elle ou non en phase avec celle du chapitre II ?

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Dans cette perspective, on examinera les possibilités ouvertes par les liens entre les chapitres, et particulièrement entre ce chapitre et les autres, et la façon dont ce chapitre installe un cadre, mais aussi celle dont il inaugure des modèles, y compris sur le plan de la méthode ou du défaut de méthode. Ce faisant, on s’intéressera, toujours autour de la question de la méthode (le livre tourne autour de ces questions de – défaut de – méthode), à ce qui dans la démarche critique du doute flaubertien interroge (au-delà du microcosme et de la comédie agricoles) le savoir (agricole et autre), sa nature, sa visée, et de quelle façon.

1. LE SOUCI DU LIEN ET LE PROBLÈME DES TRANSITIONS ENTRE CHAPITRES

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Bouvard et Pécuchet semble répondre, du moins en partie, à ce projet flaubertien :

La littérature prendra de plus en plus les allures de la science ; elle sera surtout exposante, ce qui ne veut pas dire didactique. Il faut faire des tableaux, montrer la nature telle qu’elle est, mais des tableaux complets, peindre le dessous et le dessus[1]

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Mais comment organiser, structurer cette matière ? Comment transformer une encyclopédie même déviante et détournée en roman ? Comment donner à la structure cyclique de l’encyclopédie une finalité esthétique ? Des difficultés peuvent apparaître. Ainsi le savoir peut-il être « réduit au pur catalogue »[2]. Mais il s’agit avant tout de faire coïncider le plus possible ce qui tend à constituer deux structures bien différentes dans les deux entreprises suivantes : mêler les études à l’action pour ce qui concerne les personnages, tout en juxtaposant différentes disciplines dans la continuité d’un récit ; projet inédit, gageure, qui a passionné le romancier en Flaubert. 

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Se pose alors la question de l’ordre des disciplines, question abordée par d’autres, sous l’angle encyclopédique et scientifique, mais c’est là une question qui dans le contexte historique et même au-delà n’appelle pas de réponse entièrement satisfaisante, même sous cet angle : 

Le but principal qu’on doit avoir en vue dans tout travail encyclopédique, c’est de disposer les sciences dans l’ordre de leur enchaînement naturel, en suivant leur dépendance naturelle ; de telle sorte qu’on puisse les exposer successivement, sans jamais être entraîné dans le moindre cercle vicieux. Or c’est une condition qu’il me paraît impossible d’accomplir d’une manière tout-à-fait rigoureuse[3].

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Flaubert suivra dans son roman l’exemple de d’Alembert dans le Discours préliminaire des éditeurs de l’Encyclopédieou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, en mettant en avant l’agriculture[4]. Le modèle de l’Encyclopédie semble bien prédominer, comme on le verra ci-après en examinant la valeur fondatrice de l’agriculture, dans un roman où « l’ordre rhétorique de l’exposition se superpose à l’ordre didactique de l’apprentissage »[5]. Or au sein de cet ordre le chapitre II, principalement mais pas exclusivement centré sur l’agriculture, apparaît comme un deuxième incipit, de nature expositionnelle sinon proprement narrative.

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Si l’on considère qu’une encyclopédie apparaît sous la forme alphabétique ou autre d’une suite d’articles, le problème devient pour le romancier de trouver un moyen de lier tout cela au mieux par un récit : les liaisons deviennent donc indispensables, l’aspect syntagmatique du récit transformant et transcendant l’aspect paradigmatique sur lequel il est fondé. La question du lien, des transitions à l’intérieur mais aussi à l’extérieur du chapitre s’avère donc essentielle. Quatre étapes au chapitre II, rappelons-le : jardinage, agriculture, jardin pittoresque, économie domestique. « Lier autant que possible ces quatre divisions », écrit Flaubert[6]. Comment ? Autour de l’échec certes, mais aussi de quelques structures et éléments modèles qu’on verra ci-après et qui sont liés à la valeur fondatrice du chapitre, dans la mesure où ce chapitre exemplaire est un microcosme de ceux qui le suivent.

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À « l’extérieur » du chapitre II s’appliquera une méthode générale initiée dans ce chapitre :

Methode
N.B. Avoir soin que chaque ch. ne fasse pas un Ensemble isolé, un tout en soi. il doit se trouver au milieu d’aut de deux autres idées.
            Autremt le lecteur s’attendra regulièremt à une leur nouvelle deception[7]

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Ceci s’applique au chapitre II, qui plonge ses racines dans le chapitre I : Claudine Gothot-Mersch a observé comment les promenades au Jardin des plantes constituent une esquisse du chapitre II, comment y sont préparées des expériences d’agriculture et de physique[8], de quelle façon y est développé le rêve de campagne qui anime le chapitre II[9]. Certes, il existe un décalage entre les deux chapitres, le premier présentant les caractéristiques d’un incipit narratif, le second (si l’on peut dire) celles d’un incipit d’exposition, d’une exposition d’exposition. 

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Pour que les attaches soient plus solides, il faut cependant faire fonctionner de concert narration et exposition, et l’incipit narratif continue au tout début du chapitre II avec la présentation de personnages secondaires (notables appelés à revenir dans le roman), mais aussi lorsque ces derniers sont invités à dîner puis à admirer le jardin (ils le critiquent). « Il faut lier le jardin avec le pays »[10], écrivait Flaubert, liant ainsi un domaine du savoir (et de sa pratique) avec l’exposition narrative d’un cadre spatial qu’on attendrait dans un incipit traditionnel. Avec les personnages aussi, car le pays c’est aussi les autres : et rien de plus naturel à la campagne que de faire admirer son jardin, pas nécessairement pour des raisons esthétiques ; les fleurs ne font souvent que border les grandes planches bien alignées des légumes. En fait, chez la plupart des agriculteurs, « l’espace potager est tout entier livré à la culture, tout entier utilitaire »[11]

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Le dîner évoqué ci-dessus est d’autre part une première mise en abyme dans le roman : on y parle de bon nombre de sujets qui ici amorcés prendront plus tard un rôle plus central, y sont présentées des possibilités de relations qui seront exploitées par la suite[12]. Le chapitre X sur l’éducation constituera une autre mise en abyme des thèmes et éléments du roman. Considérons d’autre part que l’idée même de jardin (comme nature en miniature) porte des fruits qui mûriront plus tard dans le roman ; la discussion sur la géologie au chapitre III se fait ainsi partiellement dans le jardin du curé[13]  : « Comme les allées étaient trop petites, en gesticulant, on marchait dans les plates-bandes »[14]

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D’autres personnages secondaires servent aussi à assurer les attaches ; un exemple « transversal » peut accréditer cette idée : le personnage de Gorgu, qui entre dans le roman au chapitre II, est une passerelle naturelle de l’agriculture vers les autres chapitres[15] (comme l’est d’ailleurs le père Gouy). C’est aussi un paysan qui deviendra autre chose qu’un paysan. Tout au long du roman, d’ailleurs, des paysans réapparaissent, ici « deux forts cultivateurs » invités par Faverges (p. 239), là leur domestique Marcel, « doux comme un mouton » (p. 283), ailleurs un fermier mécontent (p. 286), et partout le « on » qui parfois désigne les notables, parfois la masse des paysans, des « gens du pays ». Et ces derniers sont porteurs d’idées reçues, par exemple la haine de l’Ancien Régime qui se révèle si violente, en 1848, chez Gouy et sa famille (p. 223).

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Mentionnons également les transitions secondaires constituées par la circulation et la circularité des objets et des lieux, qui peuvent changer de statut, « naviguer » dans des provinces différentes du savoir, identiques mais re-nommés, réemployés ; l’auge dans le muséum archéologique n’est-elle qu’un abreuvoir ? Le fournil (ancienne buanderie) ne devient-il pas laboratoire en changeant de chapitre et de domaine du savoir[16] ? Et comme il y a des cycles (on le verra), il y a des recyclages : réutilisation du tilleul abattu pour en faire un mât de gymnase, du frêne pour les haltères[17]. Dans le même sens, bornages, pommiers et buissons deviennent « mnémotechniques » (p. 180), un poirier magnétiseur (p. 272). Et le fumier déversé par le père Gouy dans le jardin de Mme Bordin (p. 228) change de statut et de connotations en changeant de lieu.

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En outre, des thèmes particuliers sont semés dans le chapitre II et vont essaimer dans les chapitres suivants : ainsi, la culture des plantes renvoie à la création du monde au chapitre III, alors que l’idée de fécondité peut renvoyer à « l’amour à la campagne » au chapitre VII. Et le travail physique nécessaire à l’agriculture annonce celui que les protagonistes déploient pour la gymnastique ou les fouilles archéologiques.

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Il y a donc bien « débordement » du chapitre en amont et en aval, thématiquement, sémantiquement et figurativement. Mais pour examiner plus avant la nature de ce débordement, n’est-il pas nécessaire d’établir la valeur fondatrice du chapitre II ? 

2. ÉLÉMENTS POUR ÉTABLIR LA VALEUR FONDATRICE DU CHAPITRE II

2.1. L’autorité : une idée reçue comme une autre ?

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En villégiature en Suisse en juillet 1874, Flaubert écrit à Tourgueneff : « je ne suis pas l’homme de la Nature : “ses merveilles” m’émeuvent moins que celles de l’Art. Elle m’écrase sans me fournir aucune “grande pensée” »[18]. Mais il est des modèles illustres et autres autorités qui justifient la place donnée à l’agriculture dans le roman, et d’abord l’Encyclopédie, où Diderot, dès les premières phrases de son article sur l’agriculture, écrit : « Cet art est le premier, le plus utile, le plus étendu, & peut-être le plus essentiel des arts »[19]. Dans le même article, il poursuit : 

Ciceron la recommande à son fils, & en fait un très-bel éloge : Omnium rerum, lui dit-il, ex quibus aliquid exquisitur, nihil est agriculturâ melius, nihil uberius, nihil dulcius, nihil homine libero dignius. « De tout ce qui peut être entrepris ou recherché, rien au monde n’est meilleur, plus utile, plus doux, enfin plus digne de l’homme libre, que l’agriculture. »[20]

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Diderot ajoute, à la fin de son article : « Nous nous sommes étendus sur cet objet, parce qu’il importe beaucoup aux hommes »[21]. Il ne manque cependant pas de souligner que cet art a des résultats bien incertains, que les récoltes varient. Cette incertitude, si productive dans une fiction, peut justifier le choix qu’a fait Flaubert de commencer par cet art (et par extension le jardinage). La valeur utilitaire essentielle des expériences qui y sont associées peut aussi justifier ce choix : « Nous invitons ceux à qui leurs grands biens permettent de tenter des expériences coûteuses, sans succès certain & sans aucun dérangement de fortune, de se livrer à celles-ci »[22].

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Au départ, rappelons-le, c’est la plus grande partie du roman qui est rangée sous la rubrique « campagne », ainsi dans le plan du Carnet 19 : I- Paris, II- la campagne, III- la copie[23]. La campagne est le plus commun des lieux communs dans la France des années 1840, et l’agriculture est dans ce cadre et ce contexte une discipline majeure. 

 

2.2. Le chapitre II comme présentation du cadre du roman

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« Cadre » est bien un mot-clé s’agissant du chapitre II, qui « installe » espace et temps, à partir d’un « plateau stupide »[24] idéal. Il faudrait redire tout de suite, après Michel Crouzet, que « la campagne n’est pas “la campagne” », qu’elle est une « multiplicité sans identité »[25] et également, qu’elle est à ce titre un donné éminemment modifiable et modelable. Il y a une incidence de ce qui est d’ailleurs moins local que générique sur le global : l’univers du savoir. Et dans cette perspective, le chapitre II dit (et suggère) plus que l’agriculture, il dit la terre, comme l’a bien vu Claude Mouchard, la « ligne horizontale du sol »[26], le fait que les protagonistes « veulent une Campagne qui soit bien la Campagne, qui réponde le plus possible à cette idée la Campagne, pas d’eau, pas de vue, pas de bois, – rien que des champs »[27]. Ou bien, de façon plus figurative, ne peut-on penser que l’agriculture, savoir sur la terre, savoir du champ, est une image idéale du champ du savoir, et des champs de tous les savoirs (ager a les sens suivants : champ, mais aussi campagne, comme ensemble de champs, ou territoire, contrée), dans un chapitre où reviennent de nombreuses images, de la pose de jardinier de Pécuchet au ballet harmonieux des faucheurs de Faverges ? Et c’est aussi un savoir d’avant tout livre, un savoir où pendant très longtemps rien ne remplaça l’expérience singulière transmise par les anciens du village sur leur terre ; un savoir très loin du livre comme de toute doctrine quelconque que ce dernier peut servir à fixer pour l’éternité ; un savoir avant tout local, fondé sur une relation intime et respectueuse au monde, à la matière (colere, dans agrum colere, c’est cultiver la terre, mais aussi veiller sur elle, la protéger, avoir des attentions pour elle, l’habiter pleinement et poétiquement). Il est bien des domaines de savoirs théoriques ou pratiques qui dans la perspective qui semble être celle de Flaubert pourraient être « cultivés » ainsi.

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Il y a également dans le roman un rapport, cette fois du point de vue du temps et autour de la notion de cycle, entre les cycles (encyclopédiques) du savoir et de sa pratique et ceux de la nature, heures, jours, nuits, saisons… évidemment présents dans Bouvard et Pécuchet bien au-delà du chapitre II (et ces cycles peuvent être en tension avec la linéarité du parcours narratif traditionnel, voire avec celle qui caractérise l’idée reçue du progrès, et peuvent par là appeler de nouvelles modalités d’écriture ou d’analyse). Ainsi pour le printemps et la reverdie, qui coïncident avec la rénovation de la ferme : « On était au commencement d’avril – et les pommiers en fleurs alignaient dans les trois masures leurs touffes blanches et roses ; le ciel couleur de satin bleu, n’avait pas un nuage » (p. 370). De même pour la fin des moissons (p. 128 ; la tranquillité ce soir-là de la nature apaisée après une activité intense caractérise aussi le cosmos que les deux amis observent), les « blés jaunes » (p. 251) dans le soleil de midi qui met en pleine lumière la dispute entre Gorgu et Mme Castillon dans un chapitre sur l’amour ; et il y a les orges mûres (p. 175), les pommiers en fleurs et l’herbe fumante (p. 271), les semailles, le brassage du cidre en novembre[28] : toutes choses qui marquent des étapes dans un cycle saisonnier agricole.

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Le topos du Parisien à la campagne complique un peu tout cela, invite à prendre cette dernière comme une curiosité, à y privilégier la joie de la découverte, joie qui cependant s’atténuera dans Bouvard et Pécuchet à la fois dans le chapitre et dans le livre. Flaubert, on le sait, a souvent suivi d’assez près l’agronome Jules Godefroy qui lui avait envoyé nombre d’indications sur les fautes typiques de deux Parisiens à la campagne[29]. À de certains moments, Bouvard et Pécuchet paraissent comme de grands enfants en vacances qui multiplient les bêtises, comme dans les romans de la comtesse de Ségur (nombre d’entre eux furent écrits avant Bouvard et Pécuchet). Ainsi de cette obsession contre les animaux « nuisibles » en fin de roman, elle aussi liée au chapitre II et à la primauté de l’agriculture ; il faudrait chasser lapins, lièvres, sinon bécasses (p. 384). « Une chose dont ils étaient certains, c’est qu’il faut détruire tout le gibier, funeste à l’agriculture » (p. 383). Petit théâtre du Garçon sur la bêtise ? Il reste que le chapitre II amorce la présence du théâtre dans le roman[30] ; on retrouvera le théâtre (en littérature) dans le chapitre V. Ajoutons que sans public il n’y a pas de véritable spectacle. Or avec les notables de Chavignolles invités à admirer le décor du jardin, Bouvard et Pécuchet ont maintenant, plus que des voisins, des spectateurs (et des juges). À de nombreuses reprises dans le roman, et notamment dans le dernier chapitre, ces spectateurs, et d’autres encore, vont juger, jauger les efforts de protagonistes très souvent dépourvus de jugement.

 

2.3. Les deux amis et la météorologie : modèle de remise en question du savoir ?

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Le chapitre II met en place des modèles pour un récit entrecroisé de discours. Prenons l’exemple d’un sujet souvent négligé qui est traité dans ce chapitre : le temps qu’il fait. Source d’idées reçues certes, la plus grande sans doute. Parler du temps fait partie des lieux communs stratégiques couramment utilisés dans l’art de la conversation, généralement en début d’échange. Le temps qu’il fait, voilà qui a un sens pratique mais non pas déterminant, sauf dans certains cas et précisément pour un agriculteur, puisque sa récolte en dépend ; mais sur un plan plus général, et d’abord sur le plan du discours, on est au plus près de l’écriture du rien, ou sur le rien, en tant que ce qui ne tire pas à conséquence. De plus, un savoir sur la météorologie, au XIXe siècle en particulier, est contestable, et ce d’autant plus s’il est le fait d’un personnage comme Homais, qui s’adonne aux études climatiques[31], ou de gens comme Bouvard et Pécuchet, qui s’imaginent avec leurs conserves « “avoir fixé les saisons” » (p. 102). L’idée d’une maîtrise quelconque de ce savoir est de l’ordre du fantasme, voire de l’utopie fouriériste ou autre, qui attirera (ailleurs, au chapitre VI) Bouvard et Pécuchet : 

Par la restauration des climatures la terre deviendra plus belle […]. On dirigera les nuages comme on fait maintenant de la foudre, il pleuvra la nuit sur les villes pour les nettoyer. Des navires traverseront les mers polaires dégelées sous les aurores boréales […]. (p. 244)

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Et comme figure du vide ou du rien, la météorologie est ici un révélateur du vide, du rien, ainsi dans l’épisode où Bouvard et Jeufroy discutent religion, et où la pluie tombe à verse, et participe au comique de la scène tout en servant à dénoncer le vide du religieux[32]. Michel Crouzet est-il fondé à mettre en rapport la météorologie avec une réalité héraclitéenne où tout change[33] ? On peut penser qu’il n’est pas nécessaire d’aller si loin, et que la météorologie dans Bouvard et Pécuchet est plutôt liée à l’idée de vanité du savoir, et plus avant au néant, comme pour ce « thermomètre qui n’indique rien »[34]. Il est d’autre part assez remarquable que, s’agissant des nuages, Bouvard et Pécuchet ne voient malgré leurs lectures que des ressemblances de surface, et non un système[35]. La météorologie annonce ainsi de nombreuses occasions de mettre en question le savoir d’une manière ludique. Mais le principal moyen de parvenir à cette remise en question permanente n’est-il pas la méthode (ou l’absence de méthode) initiée au chapitre II ?

3. QUESTIONS DE MÉTHODE DANS LE CHAPITRE II ET AU-DELÀ 

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Au cœur de la méthode flaubertienne dans le roman, et en-deçà de la critique des idées reçues, il y a le triptyque « documentation, expérimentation, évaluation » du Carnet 18 bis[36], toutes choses initiées dans le chapitre II, autour des lieux si communs que sont l’agriculture, la campagne, la terre dans les années 1840. Il s’agit aussi de « saper les bases » de la société (propriété, famille, religion)[37], les « clichés du parti de l’ordre », de ces notables qui seront hostiles aux deux bonshommes[38], aussi bien que les bases du savoir.

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Il faut se poser cette question à propos des deux amis : ne peut-on considérer que « [l]eur vrai but n’est pas la connaissance, mais le plaisir »[39] ? Pourtant, le projet des deux autodidactes, en particulier tel qu’il est exprimé dans les préparations du chapitre II, est bien lié au savoir, et au savoir encyclopédique dans ce qui est aussi une entreprise de classification[40] : ils sont « fâchés de ne pouvoir faire l’arbre des connaissances humaines »[41]. En général, il y a trop d’arbitraire, trop de non-nécessaire pour qu’on puisse dire, semble-t-il, que le nœud du livre soit dans une véritable recherche du savoir. Mais la critique de ce dernier peut être assimilée à un objectif prioritaire. 

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D’autre part, très important pour la suite du roman est le lien problématique établi dans le chapitre II entre les statuts théorique et pratique du savoir, au cœur de l’entreprise positiviste de Comte, qui comme ingénieur se situait (aussi) du côté de l’application pratique de la théorie. Or ce lien problématique apparaît en pleine lumière dans le « désarroi » de Pécuchet devant l’absence de règles (ou leur multiplication, selon d’autres points de vue), devant la variabilité de celles-ci en arboriculture, ou devant les séparations des règnes de la nature[42]. Dans ce chapitre, trois éléments en particulier sont encore à prendre en considération : les divergences d’ouvrages sur l’agriculture qui ne sont pas vraiment hiérarchisés par les deux compères[43], l’approche contextuelle de Flaubert suivant laquelle les découvertes depuis 1840 ne sont pas citées[44], et enfin le fait que dans ces années « le savoir agronomique officiel n’a guère d’influence sur le savoir-faire paysan »[45]. Ces éléments, on les retrouvera largement, sous d’autres formes, dans les chapitres qui suivent. 

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Alain Vaillant a relevé les principales caractéristiques du défaut de méthode qu’on peut attribuer à Flaubert lui-même dans Bouvard et Pécuchet : pas de critique de la science en tant que telle, sauf au chapitre III, mais plutôt une revue des idées reçues[46], pas de véritable critique scientifique, mais plutôt une critique de « tout énoncé assertif qui, par la forme qu’il adopte, prétend clore le savoir »[47]. En tout état de cause, le fait que Flaubert choisisse effectivement « le figural plus que le référentiel »[48] inciterait à adopter le point de vue de Vaillant.

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Le chapitre II multiplie ces idées reçues et ces énoncés assertifs. Mais il est quant à lui loin d’être clos. Reviennent dans le roman des idées reçues « agricoles » telles que les « avantages de la grande culture » (p. 240), voire la nécessité de la rénovation des fermes (et d’une, la leur ; p. 370), la lourdeur de tous « ces gars de la campagne » (p. 151) ; dans Le Dictionnaire des idées reçues, l’agriculture est définie comme ce qui « manque de bras » (p. 418), et ce roman et en particulier son chapitre II sont placés sous le signe du manque ; l’économie domestique revient dans une de ses versions les plus communes avec les confitures de Mme Bordin (p. 187). Il y a enfin le jeu sur l’idée reçue et ses dérivations, avec ces vaches mugissantes (p. 250), beuglantes, désespérées (p. 271), ou encore errantes, comme la « vache errante » qui aurait renversé le bahut (p. 188) : le chapitre II « déborde » bien dans le reste du roman. Il est à vrai dire difficile de toujours trouver à ces « dessous » agricoles un sens productif qui se traduirait par une progression dans la critique d’un savoir quelconque, assumé ou non (et/ou de la bêtise). Il s’agit surtout semble-t-il, Le Dictionnaire des idées reçues mis à part, de bornes, de marqueurs liés à l’agriculture, et qui renforcent les liaisons, les attaches en opérant des rappels du contenu et du cadre proposés au chapitre II (mais ils ne sont pas sans effets sur le récit).

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Si l’on considère maintenant le point de vue des protagonistes, il faut dans le chapitre relever l’introduction du thème de l’échec dans l’exploitation du savoir[49], entre chou monstrueux, meules incendiées et explosion de l’alambic. Plusieurs choses peuvent expliquer l’échec des essais agricoles de Bouvard et Pécuchet. En premier lieu, un sol pauvre, élément suggéré par les notes de Godefroy[50] : avec une telle donnée, même résultat pour tout le monde ; et s’ajoutent l’insuffisance du capital, l’état encore primitif des engrais, les trente années de retard de la France sur le Royaume-Uni[51]. Au-delà, il y a la bêtise et les problèmes de lecture des deux protagonistes « effrayés par le surplus des signes », leur « lecture fragmentaire qui juxtapose des signes sans en comprendre l’enchaînement discursif », leur propension à ne sélectionner ou retenir que des « lambeaux figés de sens », à négliger le contexte, à faire un « gigantesque collage de morceaux choisis »[52]. Tout cela résulte-t-il d’un défaut de méthode, comme le suggère le sous-titre que Flaubert proposait de donner au roman, et comme l’illustre à propos de la lecture cette collection incomplète, dépareillée, de Manuels Roret[53], dont Flaubert possédait d’ailleurs aussi quelques dizaines de volumes dans sa bibliothèque ? Ne faut-il pas plutôt reconnaître les limites de la vulgarisation du savoir ?

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Il reste que plus que la méthode, c’est l’absence ou le défaut de méthode qui contribuent à expliquer les échecs répétés et à miner la démarche encyclopédique des deux protagonistes. Comme dans l’exemple de l’assemblage des éléments du jardin[54], il n’y a pas de réflexion approfondie de leur part sur le classement de leur abondante matière, pas de jugement fondé sur un examen véritable, sur une pesée des sources. Absence de méthode donc, comme il est apparent ici : « Mais qqfois, ils sont embarrassés pr ranger la chose à sa place. & ils ont de gds cas de conscience. – à mesure qu’ils s’avancent dans ce travail, la difficulté leur paraît plus gde »[55], ou :

– Mais souvent ils sont embarrassés pr classer ranger le fait à sa place. & ils ont des cas de conscience – L’embarras La difficulté augmente à mesure qu’ils avancent dans leur travail. – ils le continuent cependant[56]

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Anne Herschberg Pierrot avait souligné le « fétichisme » de Bouvard et Pécuchet, qui constitue sans doute, en particulier dans le chapitre II, un écueil majeur : ils croient en ce qui est écrit[57]. Gilles Granger a dressé une liste des problèmes de méthode et de réflexion des protagonistes en général : non contents d’avoir une « confiance aveugle dans la transmission livresque du savoir », ils « associent l’absence de jugement avec l’absence de goût », n’ont « pas de sens éthique », abandonnent « au lieu de capitaliser sur leurs échecs », se caractérisent par une « hantise du scepticisme »[58]. Et ils ne suivent pas les indications des auteurs qu’ils lisent : dans le chapitre II, Bouvard saigne ses bœufs tous les quinze jours[59]

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Il n’est peut-être pas fortuit que Flaubert ait copié ce passage du Discours sur les arts et les sciences où Rousseau fait l’éloge de l’humilité du laboureur ; cette humilité s’oppose à la volonté (ou à la vanité) de connaître pour connaître (ou plutôt pour le plaisir) de Bouvard et Pécuchet : 

Tandis qu’occupé de ces vains systèmes il [le philosophe] se donne mille peines pour arranger la machine du monde, le laboureur qui voit la pluie et le soleil tour à tour fertiliser son champ, admire, loue et bénit la main dont il reçoit ces grâces, sans se mêler de la manière dont elles lui parviennent, il ne cherche point à justifier son ignorance ou ses vices par son incrédulité, il ne censure point les œuvres de Dieu, et ne s’attaque point à son maître pour faire briller sa suffisance[60].

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C’est ce que les deux protagonistes ne font pas, bien au contraire. Préoccupés par les questions très modernes et si contemporaines d’environnement, de génération, ou d’espèce, ils tenteront après le chapitre II des « alliances anormales » d’animaux (p. 131-132). De façon tout aussi comique, la purge des potagers par les moineaux (p. 383), ou les expériences sur les volailles martyrisées (p. 285-286), renforcent leur ridicule et contrastent avec la sérénité affichée par le sage et mesuré laboureur de Rousseau… ou par Candide revenu à la culture de son jardin.

4. LE JARDIN ENTRE NATURE ET CULTURE

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Le jardin, comme lieu privilégié de l’otium et comme idée, ouvre des allées sur le savoir dans sa dimension esthétique, comme il est apparent dans la définition qu’apporte l’article qu’a rédigé Jaucourt pour l’Encyclopédie : « JARDIN, s. m. (Arts.) lieu artistement planté & cultivé, soit pour nos besoins, soit pour nos plaisirs. » Et après un éloge de Le Nôtre, Jaucourt précise : « Loin d’avoir enchéri sur ses grandes & belles idées, nous avons laissé tomber absolument le bon goût, dont il nous avoit donné l’exemple & les principes »[61]. Ceci s’applique on ne peut mieux au mauvais goût que partagent les deux copistes et qui est le signe de leur défaut de jugement. Et ces errements ont des conséquences : le chapitre II, c’est aussi le chapitre du roman où la nature est la plus exposée à la non-culture des deux protagonistes. Dans l’art des jardins, avance Yvan Leclerc, la nature est recomposée, conviée à paraître. Mais que devient le paraître avec les ifs multiformes et mal assortis du jardin de Chavignolles ?[62].

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L’aventure immobile du jardin est aussi une aventure du langage : comme on l’a dit, Bouvard et Pécuchet aiment ces mots scientifiques opaques (et consistants) que sont cambium, palissage, cassage, ou éborgnage[63]. D’autres références moins explicites appellent et renforcent d’autres normes, du point de vue de l’art : Flaubert, passionné de description, a lu Delille, et l’a critiqué plusieurs fois. La question du langage agricole n’est pas close avec le chapitre II : elle se manifestera encore dans le Sottisier préparé, ainsi avec un spécimen de style agricole (p. 413) pour le moins fantasque sur la découverte du haricot par Alexandre le Grand.

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Le jardin lui aussi réapparaît en tant que tel : on peut distinguer les contours d’une série « jardin » qui se prolonge dans les autres chapitres. L’équarrissement de l’arbre mort[64] intervient (p. 118) lors d’un retour au jardin après un mois de « désœuvrement » consécutif au fait que les deux amis ne croient plus à ce qui est écrit sur la médecine ; puis il y aura « l’émondage de la charmille », ou « la taille de l’espalier » (p. 296), dans un effort vite abandonné pour refaire du jardinage ; ils reviennent bien sûr fréquemment au jardin, ainsi sous la tonnelle (p. 175). Enfin, dans un programme narratif non rédigé, on trouve Paris transformé en jardin d’hiver : « espaliers à fruits sur le boulevard » (p. 397).

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Le jardin, essentiellement double, car à la fois utilitaire et artistique (ou pittoresque), permet dans le chapitre II d’ouvrir le débat central sur les liens (et l’écart) entre la nature et la culture (voire l’absence de culture), lui-même lié à d’autres débats, ainsi de ceux sur l’idée et la (résistance de la) matière, ou la perception et le jugement. Dans le chapitre II, nature et matière prennent (déjà) leur revanche[65] sur toute idée de maîtrise et de contrôle de l’homme sur elles (idée au cœur de l’idéologie des Lumières), comme l’illustre l’épisode du verger après l’orage[66]. Dans l’abrutissement qui fait souvent suite à « cet ennui de la campagne » (p. 250), on retrouve cette revanche. Il n’est d’autre part pas indifférent que Bouvard et Pécuchet commencent par cultiver leur jardin, alors que dans Candide, œuvre phare des Lumières, la culture des jardins intervient en conclusion, après les apprentissages. Cultiver son jardin ne mènerait donc à rien dans Bouvard et Pécuchet, où la matière se révolte contre le travail humain[67], où l’on assiste à la résistance constante que le réel oppose à l’emprise des savoirs[68]. Il est de fait qu’à un orage ayant partiellement détruit son jardin, Flaubert réagit avec plaisir dans la Correspondance[69]

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Ainsi, l’agriculture et le jardinage conduisent à d’autres disciplines, de la géologie à la philosophie, et le chapitre II à d’autres chapitres du roman. Et dans la mesure où on peut considérer que des réseaux tissent les fils de la « fiction agricole » autour de quelques idées-forces, les attaches qui prolongent le chapitre II, comme les opérations initiées dans ce dernier et réitérées par la suite, ont en ce sens une fonction particulière. Elles correspondent au souci de lier les chapitres entre eux, opèrent dans le roman des rappels des échecs du second chapitre, et surtout rebattent constamment les cartes de débats centraux, tels que ceux sur la nature et la culture, ou la matière et l’art, ou encore celui sur les questions de méthode. Il ne semble cependant pas que l’unité et la cohérence du chapitre II s’en trouvent altérées, compliquées ou simplement affectées. Tout au plus ce dernier peut-il être ainsi remis en perspective, à la lumière de ce qui apparaît comme sa visée fondatrice. 

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L’agriculture en général déborde donc la documentation, le dossier et le chapitre agricoles ; et les attaches du chapitre II aux autres chapitres sont souvent plus que des transitions sommaires (des attaches plus ténues mais bien réelles parsèment le livre), sans toutefois qu’on puisse parler d’interdépendance entre ce chapitre et les autres, voire (sur un autre plan) d’une véritable interdisciplinarité (celle-ci, d’ordre fantomatique et fantasmatique dans le roman, serait peut-être un envers possible de la bêtise).

 

 

NOTES

[1] Gustave Flaubert, Correspondance, éd. Jean Bruneau (et Yvan Leclerc pour le t. V), Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. I (1973), t. II (1980), t. III (1991), t. IV (1998), t. V (2007) ; ici t. II, p. 298. Abrégé par la suite en Corr., suivi du tome et de la page.
[2] Michel Crouzet, « Sur le grotesque triste dans Bouvard et Pécuchet », Flaubert et le comble de l’art. Nouvelles recherches sur Bouvard et Pécuchet, Paris, CDU et SEDES, 1981, p. 64.
[3] Auguste Comte, Philosophie première, Cours de philosophie positive, Leçons 1 à 45 (présentation et notes par Michel Serres, François Dagognet et Allal Sinaceur), Paris, Hermann, 1975, p. 50 (Deuxième Leçon).
[4]  « De-là ont dû naître d’abord l’Agriculture, la Medecine, enfin tous les Arts les plus absolument nécessaires », Encyclopédie, t. 1, p. IV, en ligne.
[5] Yvan Leclerc, La Spirale et le monument. Essai sur Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert, Paris, SEDES, « Présences critiques », 1988, p. 69.
[6] Cité par Yvan Leclerc, ibid., p. 70.
[7] Bibliothèque municipale de Rouen, ms. gg10 fo 46vo ; reproduit dans Bouvard et Pécuchet, édition critique par Alberto Cento, précédée des scénarios inédits, Napoli, Istituto Universitario Orientale & Paris, Nizet, 1964, p. 169.
[8] Claudine Gothot-Mersch, « Le roman interminable : un aspect de la structure de Bouvard et Pécuchet », dans Flaubert et le comble de l’art. Nouvelles recherches sur Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 11.
[9]  Ibid., p. 19.
[10] Gustave Flaubert, Carnets de travail, éd. Pierre-Marc de Biasi, Paris, Balland, 1988, p. 797.
[11] Françoise Zonabend, La Mémoire longue. Temps et histoires au village, Paris, PUF, « Croisées », 1980, p. 49.
[12] Voir Anne Herschberg Pierrot, « Le cliché dans Bouvard et Pécuchet », Flaubert et le comble de l’art. Nouvelles recherches sur Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 36. 
[13] Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert, une « encyclopédie critique en farce », Paris, Belin, « Belin-Sup Lettres », 2000, p. 57.
[14] Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, avec des fragments du « second volume », dont le Dictionnaire des idées reçues, éd. Stéphanie Dord-Crouslé avec un dossier critique, Paris, Flammarion, « GF », 2011, p. 148. Dès maintenant nous donnerons les références entre parenthèses dans le corps du texte.
[15] Voir Stéphanie Dord-Crouslé, « Les métamorphoses de Gorgu dans Bouvard et Pécuchet – Une critique flaubertienne rusée de 1848 », dans Corinne Saminadayar-Perrin et Hélène Millot, 1848, une révolution du discours, Saint-Étienne, Éditions des Cahiers intempestifs, « Lieux littéraires », 2001, p. 253-267, en ligne.
[16] Voir Yvan Leclerc, op. cit., p. 119-120, qui mentionne d’autres objets comparables sur ce point.
[17]  Ibid., p. 110.
[18] Lettre du 2 juillet 1874 ; Corr. IV, p. 821.
[19] Denis Diderot, article « Agriculture », Encyclopédie, t. 1, p. 183 sqen ligne
[20]  Ibid., p. 184.
[21]  Ibid., p. 190.
[22]  Ibid.
[23] Voir Yvan Leclerc, op. cit., p. 18.
[24] Lettre à sa nièce Caroline du 24 [juin 1874] ; Corr. IV, p. 816.
[25] Michel Crouzet, art. cité, p. 62.
[26] Claude Mouchard, « Terre, technologie, roman : à propos du deuxième chapitre de Bouvard et Pécuchet », Littérature, no 15, 1974, p. 65, en ligne.
[27] Ms. gg10 fo 2.
[28] Voir Yvan Leclerc, op. cit., p. 76.
[29] Voir Jean Gayon, « Agriculture et agronomie dans Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert », Littérature, no 109, 1998, p. 64, en ligne. Les notes de Godefroy sont consultables sur le site Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet, éd. sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé, 2012-..., ISSN 2495-9979. Ici, ms. g226(1) fo 51.
[30] Voir Yvan Leclerc, op. cit., p. 112.
[31]  Ibid., p. 69.
[32] Voir Jacques Neefs, « Flaubert, le comique des idées », dans Jeanne Bem et Uwe Dethloff avec la collaboration d’Aurélie Barjonet, Nouvelles lectures de Flaubert. Recherches allemandes, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 2006, p. 8.
[33] Michel Crouzet, art. cité, p. 62.
[34] Yvan Leclerc, op. cit., p. 69.
[35] Voir Anne Herschberg Pierrot, art. cité, p. 35.
[36] Carnets de travailop. cit., p. 766. 
[37] Voir Yvan Leclerc, op. cit., p. 79.
[38] Voir Anne Herschberg Pierrot, art. cité, p. 37.
[39] Alain Vaillant, « Pouvoirs de l’ignorance », dans Alain Vaillant, Écrire/Savoir : littérature et connaissance à l’époque moderne, Saint-Étienne, éditions Printer, « Lieux littéraires », 1996,p. 310.
[40] Voir Yvan Leclerc, op. cit., p. 84.
[41] Ms. gg10 fo 13.
[42] Voir Michel Crouzet, art. cité, p. 64.
[43] Voir Jean-Pierre Moussaron, « Une étrange greffe », dans Flaubert et le comble de l'art. Nouvelles recherches sur Bouvard et Pécuchet, op. cit., p. 93.
[44] Voir Jean Gayon, art. cité, p. 60.
[45] Annie Moulin, Les Paysans dans la société française. De la Révolution à nos jours, Paris, Éditions du Seuil, « Points Histoire », 1988, p. 70.
[46] Alain Vaillant, art. cité, p. 307-308.
[47] Ibid., p. 308.
[48] Raymonde Debray Genette, « Flaubert, science et écriture », Littérature, no 15, 1974, p. 51, en ligne.
[49] Voir Michel Crouzet, art. cité, p. 62. 
[50] Voir Jean Gayon, art. cité, p. 71 ; voir aussi Annie Moulin, op. cit., p. 70.
[51] Voir Jean Gayon, art. cité, p. 73.
[52] Anne Herschberg Pierrot, art. cité, p. 33 et p. 35-36.
[53] Voir Yvan Leclerc, op. cit., p. 67. Le projet de Nicolas Roret était à la fois encyclopédique et non-encyclopédique, dans la mesure où il ne s’engageait pas sur la voie d’un savoir totalisateur ; le client n’achetait que les volumes sur les sujets répondant à ses besoins pratiques et autres. Voir Stéphanie Dord-Crouslé, « Flaubert et les Manuels Roret ou le paradoxe de la vulgarisation. L’art des jardins dans Bouvard et Pécuchet », dans Lise Andries, Le Partage des savoirs (XVIIIe-XIXe siècles), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2003, p. 93-118, en ligne.
[54] Voir Anne Herschberg Pierrot, art. cité, p. 34.
[55] Ms. gg10 fo 19.
[56] Ms. gg10 fo 32.
[57] Voir Anne Herschberg Pierrot, art. cité, p. 32.
[58] Gilles Granger, « Savoir scientifique et défaut de jugement dans Bouvard et Pécuchet », Littérature, no 82, 1991, p. 89-90, en ligne.
[59]  Voir Christophe Lacaille, « Bouvard et Pécuchet agriculteurs : retour à la terre et retour aux sources du chapitre II », Études Normandes, no 2, 1992, p. 69. Christophe Lacaille montre comment Flaubert peut orienter la lecture des deux protagonistes : on lit dans le Catéchisme d’agriculture que la « verse des blés a pour cause immédiate un vice du chaume, trop faible pour résister au vent et à la pluie » ; d’autres causes suivent, mais Flaubert ne retiendra que ce qui suit : « Des orages survinrent. Les épis versèrent » (p. 61).
[60] Voir Ms. g226(5) fo 271.
[61] Louis de Jaucourt, article « Jardin »Encyclopédie, t. 8, p. 459 sqen ligne.
[62]  Voir Yvan Leclerc, op. cit., p. 110.
[63] Ibid., p. 113. 
[64] Au contraire, sur la couverture d’ouvrage que Stella Mangiapane pense être une source de la fameuse pose de Pécuchet en jardinier, le jardinier porte un jeune arbre qu’il s’apprête à planter (« De la citation à la paraphrase. Réécriture du savoir encyclopédique dans les dossiers de Bouvard et Pécuchet », dans Rosa Maria Palermo Di Stefano, Stéphanie Dord-Crouslé et Stella Mangiapane, Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critiques et premières réalisations numériques, Messine, Andrea Lippolis Editore, 2010, p. 154, en ligne).
[65] Voir Alain Vaillant, art. cité, p. 308.
[66] Voir Yvan Leclerc, op. cit., p. 96.
[67] Voir Michel Crouzet, art. cité, p. 62. 
[68] Voir Stéphanie Dord-Crouslé, op. cit., p. 84.
[69] Voir la lettre à Louise Colet du [12 juillet 1853] ; Corr. II, p. 381.


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