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Sommaire Revue n° 18
Revue Flaubert, n° 18, 2019 | Bouvard et Pécuchet et l'agriculture
Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé et Éric Le Calvez

Bouvard et Pécuchet sur leur terre : comment bien rater sans savoir pourquoi

Yvan Leclerc
Professeur émérite de Lettres modernes à l’université de Rouen
Voir [Résumé]

CHAPITRE II OU CHAPITRE PREMIER ?

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La numérotation en continu des chapitres de Bouvard et Pécuchet, de I à X, cache une ancienne structure en trois parties, comme Madame BovaryL’Éducation sentimentale et La Légende de saint Julien l’Hospitalier, au centre de Trois contes. Cette tripartition originelle du roman posthume apparaît dès le premier plan conservé dans le Carnet de notes 19 (fo 41). La partie numérotée « II » commence par « s’établissent », donc à l’arrivée dans le village qui n’a pas encore de nom, et la partie « III » correspond à la Copie : « bonne idée », copie qui elle-même aurait compté plusieurs chapitres numérotés au-delà du dixième, d’après les scénarios qui programment l’organisation du second volume. Dans ses lettres, Flaubert parle de « prologue » ou d’« introduction » pour désigner l’exposition narrative qui se situe à Paris, et jamais de premier chapitre. L’actuel chapitre II est donc le premier dans l’ordre de l’aventure encyclopédique, que les nouveaux propriétaires entament par la terre et ses dérivés, en suivant un parcours qui passe par le jardinage, l’agriculture, l’horticulture, l’arboriculture, le jardin paysager et la transformation des produits naturels. Dans le premier plan, sont énumérées quelques-unes de ces activités : « essais. infructueux. jardinage vignot. ‒ chasse. pêche. agriculture etc. » Jardinage et agriculture encadrent deux occupations qui disparaîtront rapidement des scénarios, la chasse et la pêche, même si l’une d’elles avait déjà inspiré au romancier une scène burlesque relevant du comique de répétition : « pêchent à la ligne, dans leur chambre, à même un baquet, et remettent les poissons hameçonnés » (Carnet 19, fo 40 vo).

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Plusieurs raisons peuvent expliquer cette suppression : la chasse et la pêche font partie des « joies de la campagne » et non des occupations relevant de l’« encyclopédie critique » ; elles comportent un faible rendement comique, et elles occupent une place importante dans la nouvelle de Barthélemy Maurice, « Les deux greffiers », que Flaubert a certainement lue : Andréas tue son chien et Robert tombe à l’eau puis dérive au fil de la rivière, avant qu’ils ne se livrent tous les deux au jardinage[1]. L’énumération des domaines d’activités (dans laquelle s’est glissé le détail normand du « vignot », qui subsistera jusque dans le texte publié avec l’orthographe « vigneau »[2]), commence par une mise en perspective narrative : « essais. Infructueux ». En deux mots, le parcours général est fixé : des tentatives multiples, et aucun résultat. Infructueux : au sens littéral, la terre ne portera pas de fruits. Les apprentis jardiniers et agriculteurs, « fruits secs », comme Flaubert l’avait dit de L’Éducation sentimentale dans une dédicace, ne récolteront pas ce qu’ils auront semé. Le premier chapitre (l’introduction, le prologue) racontait une histoire réussie : la rencontre, l’héritage, la découverte d’un domaine à la campagne, le départ de la capitale devenue insupportable. Au chapitre II se met en place la ronde des échecs, programmée par un singulier traitement sélectif des sources documentaires, qu’on tentera de suivre pour certains épisodes dans les manuscrits de ce chapitre, depuis la prise de notes jusqu’aux derniers états des brouillons.

LES TROIS INFORMATEURS

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Au chapitre II, Bouvard et Pécuchet commencent leurs lectures par la Maison rustique et par le Cours d’agriculture de Gasparin (p. 74), deux ouvrages généraux de vulgarisation, à vocation pédagogique et utilitaire. Le titre développé du premier indique : Maison rustique du XIXe siècle : encyclopédie d’agriculture pratique contenant les meilleures méthodes de culture usitées en France et à l’étranger[3].

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Ces deux ouvrages se trouvent dans la liste des premiers livres lus par Flaubert, enregistrés dans le Carnet 15 : un volume de la Maison rustique entre le 1er et le 17 novembre 1873, et les trois suivants (sur cinq au total) entre le 26 novembre et le 20 décembre 1872 (fo 65). Le Cours d’agriculture de Gasparin prend la suite : un volume en janvier 1874 et deux autres (sur six) en février (fo 65 vo), en même temps que Le Potager moderne de Gressent, le Catéchisme d’agriculture de Baudry et Jourdier, et Le Livre de tous les ménages d’Appert. 

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En ce même mois de février, Flaubert écrit à George Sand :

Je lis maintenant de la chimie (à laquelle je ne comprends goutte) ‒ et de la médecine – Raspail – sans compter Le Potager moderne de Gressent et L’Agriculture de Gasparin. À ce propos, Maurice serait bien gentil de recueillir pour moi ses souvenirs agronomiques. – Afin que je sache quelles sont les fautes qu’il a faites, et par quels raisonnements, il les a faites. (lettre du 3 février 1873[4])

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L’information que donne le romancier sur ses lectures documentaires est suivie par une demande ciblée auprès du propre fils de George Sand. Et cette demande est immédiatement orientée dans un sens particulier : Flaubert attend de cet esprit curieux et touche-à-tout qu’il mette l’accent sur ses déboires, ses « fautes » (le mot est souligné), et la méthode (les « raisonnements ») qu’il a suivie pour échouer. D’emblée, l’enquête est sélective pour alimenter un scénario qui va vers la faillite. 

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George Sand répond « poste pour poste », comme on disait à l’époque ; on ne fait pas attendre Flaubert quand il s’agit de littérature : 

Maurice est embarrassé pour répondre à ta question. Il n’a pas commis de fautes dans son exploitation et sait bien celles que les autres commettent ou peuvent commettre ; mais il dit que cela varie à l’infini et que chaque faute est spéciale au milieu où l’on opère. Quand tu seras ici et qu’il saura bien ce que tu veux, il pourra te répondre pour tout ce qui concerne le centre de la France, et la géologie générale de la planète, s’il y a lieu à généraliser. Son raisonnement à lui a été celui-ci : ne pas innover de toutes pièces, mais pousser au développement de ce qui est en se servant toujours de la méthode établie par l’expérience. L’expérience ne peut jamais tromper, elle peut être incomplète, jamais menteuse[5].

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Voilà qui ne satisfait pas Flaubert. Maurice a bien réussi ; il ne peut pas servir de modèle pour l’échec. Son relativisme et son bon sens conservateur (« la méthode établie par l’expérience ») vont dans le sens de la routine paysanne, à laquelle précisément Bouvard et Pécuchet vont se heurter en tentant d’introduire des idées nouvelles. Il faut donc solliciter d’autres cultivateurs moins chanceux que le fils de George Sand. On ne sait pas à quelle époque il se tourne vers le père de Maupassant, dont le propre père, Jules, avait exploité le domaine familial de la Neuville-Champ-d’Oisel[6], où Alfred Le Poittevin a vécu après avoir épousé Louise de Maupassant, et où il est mort. La réponse de Gustave de Maupassant est connue par une page de notes, de la main de Flaubert, conservée dans les Dossiers de Bouvard et Pécuchet[7]. La page s’intitule : « Agriculture / Expérience personnelle de Mr Gustave de Maupassant » (D., fo 49). Dans leur jeunesse (les deux Gustave ont le même âge), Flaubert surnommait celui qui à l’époque s’essayait à la peinture « Béjaune », terme péjoratif qui vient de bec-jaune, « jeune oiseau de proie qui n’est point encore formé et qui ne sait point chasser », d’après le dictionnaire Bouillet de 1859, donc un ignorant, un nigaud. Le peintre raté n’a guère brillé dans un autre domaine, quand il s’est occupé de la propriété. Gustave de Maupassant mérite toujours son surnom, cette fois en matière de déboires agricoles. Flaubert tient là un bon informateur conforme à ses désirs. 

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La note résume en effet une suite d’expériences malheureuses telles que Flaubert les recherche. C’est de là en particulier que vient l’épisode de la machine autodestructrice inventée par Bouvard en vue d’éliminer les larves : « Il imagina pour détruire les mans d’enfermer des poules dans une cage à roulettes, que deux hommes poussaient derrière la charrue – ce qui ne manqua point de leur briser les pattes » (p. 82).

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Les Dossiers de Bouvard et Pécuchet contiennent également le témoignage d’un autre « praticien », doublé d’un théoricien, cette fois un agronome, Jules Godefroy, vivant maritalement avec l’actrice Béatrix Person, à laquelle Claude Schopp a consacré une notice détaillée, où l’on trouve les précisions suivantes sur l’informateur de Flaubert : 

Son dossier de la Légion d’honneur donne sur Jules Godefroy, exploitant agricole et agronome, les indications suivantes : « 1853. Membre du Jury des Instruments (Comice agricole de Seine-et-Oise ; 1857). Médaille d’argent pour un distributeur d’engrais (le même instrument, vendu depuis sous le nom de Semoir Pillier, obtient de nombreuses récompenses dans les concours régionaux) ; 1857-1858-1860. Médailles aux concours régionaux de Melun et Versailles et au concours général de Paris pour son troupeau Dishley.

Il s’agit donc cette fois d’un spécialiste reconnu, à qui on ne demande pas de raconter ses propres échecs, comme aux deux informateurs précédents, mais de donner des conseils généraux sur la question. L’échange de lettres entre le romancier et l’agronome n’a pas été conservé. Seule subsiste une allusion dans une lettre de Flaubert à sa nièce, datée du 14 novembre 1874 : « Jules Godefroy m’a écrit ce matin qu’il tenait à ma disposition les notes agricoles que je lui avais demandées. » Même sans disposer de la lettre initiale de Flaubert, on sait que sa requête était très cadrée, par le titre détaillé et par l’incipit du document envoyé en réponse : 

Notes pour M. Gustave Flaubert. Des fautes que peuvent commettre deux Parisiens qui veulent se livrer à l’agriculture.
En partant de la donnée que vous m’avez indiquée : deux bonshommes, pouvant disposer d’une centaine de mille francs, et voulant cultiver vers le milieu du règne de Louis-Philippe une terre quelconque […] (D., fo 51)

Flaubert a donc posé le moment (au tournant des années 1840), les possibilités financières des « bonshommes » (Godefroy reprend le terme que Flaubert a dû employer) et leur statut de « Parisiens », c’est-à-dire qu’ils ne connaissent rien à la campagne et encore moins à l’agriculture. Flaubert a sans doute précisé qu’ils ont quelques manuels à leur disposition, puisque Godefroy utilise cette formule qui pourrait s’appliquer à d’autres savoirs : « Voulant faire de la culture avec des livres… » (D., fo 58). La réponse de Jules Godefroy occupe quinze pages dans lesquelles Flaubert a pu trouver les conditions générales susceptibles de conduire à de « piètres résultats » (D., fo 57).

Les demandes aux trois informateurs répertoriés, Maurice Sand, Gustave de Maupassant et Jules Godefroy vont toutes dans le même sens : glaner des fautes, des erreurs, des bévues pour grossir le dossier des notes intitulé, de la main de Flaubert sur une chemise : « Déboires Agricoles » (D., fo 50).

LES NOTES PRISES SUR LES LIVRES

Les notes de lecture que Flaubert prend sur quinze ouvrages pour le chapitre II, regroupées sous le titre « Agriculture / Jardinage / économie domestique » (D., fo 1), sont moins orientées que les informations demandées aux trois conseillers en agronomie. Certaines sont purement descriptives, ou stylistiques (les « belles phrases » à copier), ou idéologiques. Mais on remarque immédiatement que les « fautes à ne pas commettre » prennent une grande importance. Flaubert relève les mises en garde contre les risques et les dangers, évidemment nombreuses dans ce type de publications destinées aux non spécialistes. Par exemple, dans l’ensemble des dix pages qui résument La Maison rustique, la première note qui ne soit pas simplement le relevé d’une information neutre indique des causes d’échecs :

Terrains marécageux, ‒ dans les années favorables donnent des foins de mauvaise qualité. Quelquefois les bœufs perdent toute leur énergie et se couvrent de poux si on les nourrit des herbages des marais (D., fo 15).

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Une croix figure en marge de cette note : signe de marquage pour une utilisation ultérieure. Dans un second temps, Flaubert établit une « fiche de synthèse », selon la typologie adoptée par le site des Dossiers de Bouvard et Pécuchet : c’est ce qu’il appelle des « notes de mes notes »[8], à propos de la préparation du chapitre sur la philosophie, ce procédé valant également pour les autres domaines. 

Ces « notes de notes » occupent trois pages, deux pour l’agriculture (D., fos 68 et 69) et une pour le jardinage (D., fo 70), auxquelles on peut ajouter un feuillet découpé, qui résume lui aussi quelques déboires agricoles (D., fo 67).

Ces notes au second degré regroupent les points négatifs relevés dans les livres précédemment lus : sous le titre « Agriculture » du premier folio (D., fo 68) se détache nettement le mot « Fautes », mis en évidence dans la marge. Elles assurent la transition génétique entre les notes de lecture et les scénarios : les notes brutes sont à ce stade placées en situation narrative et rattachées aux personnages : « Ils opèrent par Principes ‒ faux » (D., fo 68) ; « Culture du cresson dans un baquet, tandis qu’il faudrait de l’eau courante, infect. (= une attention de Pécuchet pour Bouvard) » (D., fo 70).

La prise de notes sur les quinze ouvrages résumés dans le dossier agricole avait donc la même finalité principale que la quête des renseignements auprès des informateurs : une liste ordonnée de ce qu’il ne faut pas faire, ou pour le dire avec les mots de Flaubert lui-même, dans ses notes intitulées « Économie domestique », une collection de « chances d’insuccès » (D, fo 71). Les chances tournent systématiquement à la malchance pour les deux personnages, et à la bonne fortune pour le romancier qui construit sélectivement son projet sur une suite de catastrophes. En étudiant ces « notes de notes », Stella Mangiapane a remarqué que Flaubert avait recopié des fragments dans les notes prises lors d’une première lecture, mais aussi qu’il était retourné à la source pour en extraire de nouvelles informations (D., fo 68, note 1), comme si une première lecture de découverte n’avait pas déjà épuisé tout le potentiel négatif des livres, et qu’il ne voulait manquer aucune occasion d’échec programmé. 

PREMIÈRE SÉQUENCE D’ÉCHEC

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Ces « notes de notes » et leurs amorces de scénarisation fournissent la longue suite des déboires agricoles des deux Parisiens fraîchement installés à Chavignolles, confrontés aux idées reçues de la campagne. Après la joie du premier réveil, le tour du propriétaire (déjà gâté par les récriminations du fermier), les excès des néophytes et les rêves de grandeur, l’éblouissement de la ferme modèle, la provision de livres spécialisés et l’autoreprésentation narcissique en jardinier, vient la séquence matricielle, le premier échec du roman : 

Partant de ce principe qu’on ne saurait avoir trop de blé, ils supprimèrent la moitié environ de leurs prairies artificielles, et comme ils n’avaient pas d’engrais, ils se servirent de tourteaux qu’ils enterrèrent sans les concasser, – si bien que le rendement fut pitoyable.
L’année suivante, ils firent les semailles très dru. Des orages survinrent. Les épis versèrent (p. 75).

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Les deux échecs successifs, séparés par une année abstraite (le temps de nouvelles semailles), procèdent de deux logiques inverses, souvent à l’œuvre dans le roman et renvoyant à la caractérisation des personnages : le manque (supprimerpas d’engraissans les concasser) et le trop plein (très dru). Les conduites opposées aboutissent au même résultat déceptif. Dans la première tentative de culture du blé, la mauvaise récolte est présentée comme la conséquence logique du principe adopté, exprimée par un outil grammatical explicite, bien détaché après la double ponctuation d’une virgule et d’un tiret : « , – si bien que ». À l’alinéa suivant, le lien de consécution a disparu. Les trois énoncés indépendants, de plus en plus courts, sont simplement juxtaposés. Circonstant ‒ sujet ‒ verbe ‒ complément ‒ attribut ; sujet ‒verbe ; sujet ‒ verbe : la chute est inéluctable. On n’y peut rien : c’est la faute de la météo, comme plus loin dans le même chapitre un autre orage détruira les arbres fruitiers. Les deux bonshommes, pour une fois, n’auraient pas manqué de méthode. À la relecture, un doute survient cependant : la parataxe sans outil grammatical crée une ambiguïté liée au sophisme post hoc ergo propter hoc : ce qui vient après est perçu comme la conséquence logique de ce qui précède dans le temps de la narration. La destruction de la récolte suit la tempête, et elle semble uniquement causée par elle, mais l’énoncé antérieur contient une autre indication qu’on soupçonne déterminante : « ils firent les semailles très dru ». L’échec peut donc apparaître comme la résultante de deux facteurs : un accident climatique contingent et une erreur de méthode, engageant en partie la responsabilité des deux apprentis agronomes. Cette première micro-séquence met en place un invariant structurel, un « modèle constant » pour parler comme Jean Rousset[9], construit sur le schéma binaire de l’action et de l’échec, qui se répète à travers des variations formelles, en particulier dans les façons de poser le lien de causalité, explicite ou implicite. 

EN EFFET…

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Comme dans le premier alinéa de la séquence matricielle, les raisons de l’échec sont parfois données de manière appuyée, on dirait même un peu trop, au moyen de connecteurs logiques. Après la conjonction de subordination « si bien que » (p. 75), relevée précédemment dans l’épisode inaugural des semailles, il faut attendre « l’élève du melon » (p. 78), quelques pages plus loin, pour retrouver une autre articulation de consécution bien visible, détachée en début d’alinéa. Pécuchet est à la manœuvre. Un long paragraphe décrit le soin qu’il apporte à la culture de ses melons, avant la désillusion. On va à la ligne : « En effet, comme il avait cultivé les uns près des autres des espèces différentes […], il en était résulté d’abominables mulets qui avaient le goût de citrouilles » (p. 78-79). Deux connecteurs successifs de causalité se renforcent, d’une manière pléonastique : « En effet, comme ». Un seul aurait suffi. Et voilà pourquoi vos melons sont immangeables. 

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Le lien de causalité est pareillement souligné avec emphase par le relatif « ce qui », connecteur qui présente la subordonnée comme la conséquence de l’antécédent, ici la taille des arbres fruitiers : « D’abord ils taillèrent très long, ce qui éteignait les yeux de la base, puis trop court, ce qui amenait des gourmands » (p. 88). La construction en parallèle accentue l’antithèse de l’excès et du manque : trop long / trop court. Hybris dans les deux sens, qui aboutit à la même punition, la Nature ayant remplacé les Dieux grecs. On a déjà rencontré ce pronom composé dans la séquence de l’invention due à Gustave de Maupassant, la cage à poules montée sur roulettes, « ‒ ce qui ne manqua point de leur briser les pattes » (on notera, à nouveau, le tiret de mise en valeur par la pause). 

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On rangera aussi parmi les procédés explicites la raison donnée lorsque Bouvard rate son effet devant ses invités en poussant un cri théâtral : « Rien ! pas d’écho. Cela tenait à des réparations faites à la grange, le pignon et la toiture étant démolis » (p. 99). L’explication suit le constat factuel : l’énoncé donne d’abord la perception brute du phénomène inattendu, avant de remonter à sa cause, exposée avec force détails : cela tenaitétant démolis.

PLANTER DES PENSÉES AU SOLEIL

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Mais le plus souvent, l’échec ne fait pas l’objet d’une motivation aussi explicite. Il semble aller de soi, amené naturellement par les conditions de l’action. Aucune voix extérieure ne donne le pourquoi : le comment suffit à justifier que l’expérience rate. Ainsi quand Bouvard et Pécuchet manipulent les bocaux à conserves : ils « les plongèrent dans l’eau bouillante. Elle s’évaporait ; ils en versèrent de la froide ; la différence de température fit éclater les bocaux » (p. 102). Que l’eau s’évapore à 100 degrés et qu’un choc thermique entre le chaud et le froid brise le verre font partie d’un savoir minimum partagé, d’une expérience de la vie quotidienne, infra-scientifique pourrait-on dire. En ces circonstances, les deux bonshommes apparaissent comme privés des connaissances de base que les élèves acquièrent en classe primaire. 

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Quant aux échecs qui touchent au domaine plus spécialisé du jardinage, certes des connaissances sont requises pour les comprendre, mais le texte fournit dans sa continuité les éléments nécessaires, selon le même procédé de contextualisation à l’œuvre dans Salammbô, quand un mot inconnu est placé dans un environnement qui en éclaire le sens, sans qu’il soit besoin de recourir à un glossaire réclamé par Sainte-Beuve. On devine la cause en lisant les mots qui exposent les faits.

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Prenons, dans l’ordre du texte, quelques exemples de ces échecs pour ainsi dire inclus dans le récit de l’expérience elle-même : 

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1. « Il eut la précaution pour les boutures d’enlever les têtes avec les feuilles. […] Les boutures ne reprirent pas » (p. 76-77). Une page sépare la préparation des boutures du résultat, mais la mémoire du texte ou une lecture rétrospective retourne la « précaution » en conduite à risque : « enlever les têtes » se dit autrement « décapiter ».

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2. « Le premier point était d’avoir de bonnes couches. Pécuchet en fit construire une, en briques. Il peignit lui-même les châssis, et redoutant les coups de soleil barbouilla de craie toutes les cloches. […] Mais la couche fourmilla de larves ; – malgré les réchauds de feuilles mortes, sous les châssis peints et sous les cloches barbouillées, il ne poussa que des végétations rachitiques » (ibid.). Muni d’un bagage élémentaire, même un Parisien sait qu’une plante a besoin d’eau et de soleil pour pousser. Or les châssis peints et les cloches barbouillées font obstacle à la lumière. Il faut donc chercher les causes implicites des mauvaises récoltes dans deux déterminants descriptifs, comme négligemment insérés dans un complément circonstanciel de lieu. 

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3. « L’abondance de la gadoue nuisit aux fraisiers, le défaut de pinçage aux tomates » (p. 77). Les deux énoncés sont à nouveau rapprochés par l’antithèse de l’excès et du manque. Même s’il ne s’est jamais livré au jardinage, le lecteur en déduit que les fraisiers poussent mal dans un sol trop humide (quelques paragraphes plus haut, on a vu Bouvard, pris par l’« ivresse » de l’arrosage, versant l’eau de son arrosoir « à plein goulot, copieusement », ibid.) et qu’il faut pincer les pieds de tomates pour récolter des fruits.

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4. « Mais il planta des passiflores à l’ombre, des pensées au soleil, couvrit de fumier les jacinthes, arrosa les lys après leur floraison, détruisit les rhododendrons par des excès d’abattage, stimula les fuchsias avec de la colle forte, et rôtit un grenadier, en l’exposant au feu dans la cuisine » (p. 79). Le « mais » initial engage dans la mauvaise voie. Sur les sept expériences qui échouent, les trois dernières comportent chacune un élément causal déterminant pour le résultat, mais les quatre premières condensent dans une formulation elliptique l’objet et sa négation, si bien que le lecteur doit « redresser » mentalement les conditions de l’expérience pour retrouver par inversion le bon conseil contenu dans le livre que les horticulteurs ont dû consulter : il faut planter les passiflores au soleil, les pensées à l’ombre, ne pas fumer les jacinthes, ne pas arroser les lys après leur floraison. Comme le contexte impose un échec généralisé et que le lecteur a très vite compris la mécanique de destruction à l’œuvre, le moindre indice suffit à attirer l’attention sur l’erreur commise. 

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5. « Il manqua les brocolis, les aubergines, les navets – et du cresson de fontaine, qu’il avait voulu élever dans un baquet » (p. 78). Le texte ne permet pas de comprendre pourquoi Bouvard n’a pas réussi à faire pousser les trois premiers légumes, mais l’échec du cresson se lit dans la contradiction sémantique entre « fontaine » (eau courante) et « baquet » (eau stagnante). 

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6. « Les trous étant creusés, ils coupèrent l’extrémité de toutes les racines, bonnes ou mauvaises, et les enfouirent dans un compost. Six mois après, les plants étaient morts » (p. 87). Sans remonter aux manuels d’arboriculture, on peut inférer de la mort des plants qu’il est conseillé de couper l’extrémité des mauvaises racines, mais qu’il convient de conserver les bonnes. 

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La juxtaposition syntaxique ou la collocation des mots peut suffire à exposer l’échec, au sens où Flaubert disait, au temps de Madame Bovary, que la littérature devait être « exposante, ce qui ne veut pas dire didactique » (lettre à Louise Colet, 6 avril 1853)[10]. Nul besoin en effet d’expliquer, de démontrer, de faire la leçon, dès l’instant où la catastrophe s’impose comme horizon d’attente pour le lecteur.

ÉTONNEMENT

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Les exemples cités jusqu’à présent présentent un point commun, sur le plan énonciatif : que l’explication soit explicite ou implicite, elle est donnée par le narrateur pour le lecteur, mais il n’est pas fait mention de la compréhension des personnages. Autrement dit, la raison de leur échec échappe à Bouvard et à Pécuchet : c’est une voix off qui sait pourquoi. On peut donc supposer que les deux apprentis ne comprennent pas, le plus souvent, pourquoi ils échouent. Mais ce n’est pas tout à fait sûr. L’ambiguïté subsiste parfois. Il serait plus juste de dire qu’on ne sait pas s’ils comprennent ou non ce qui leur arrive. Lisons à nouveau la séquence de l’écho qui ne se reproduit plus : « Rien ! pas d’écho. Cela tenait à des réparations faites à la grange, le pignon et la toiture étant démolis » (p. 99). Le constat initial semble formulé au style indirect libre : « Rien ! pas d’écho. » L’exclamation, la construction elliptique renvoient à l’étonnement de Bouvard, conformément aux codes de la représentation d’une pensée ou d’une parole intérieure : c’est Bouvard qui s’étonne de l’effet raté. Mais comment lire l’explication qui suit ? Sommes-nous toujours dans les pensées ou les paroles rapportées à l’indirect, Bouvard prenant alors conscience des conditions matérielles de la disparition de l’écho, ou bien la voix du narrateur se fait-elle entendre seule pour donner la raison du phénomène, laissant les personnages dans l’ignorance ? Quand on lit, à propos des expériences d’économie domestique : « d’autres fois, ils s’étaient trompés dans le dosage » (p. 103), c’est le narrateur qui pointe l’erreur des personnages, sans qu’il soit dit s’ils en ont conscience. L’explication réservée au lecteur fonde la supériorité de celui-ci sur les personnages, condition du comique depuis Aristote : au lecteur seul, par la voix du narrateur impersonnel, est accordée la connaissance par la science, c’est-à-dire par les causes. 

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L’incompréhension des personnages est parfois thématisée d’une manière explicite. Pécuchet rate ses plantations d’arbres : « Il était chaque fois fort étonné » (p. 79). La phrase tombe en clausule du paragraphe. L’arboriculteur débutant restera sur son étonnement. Mais ce qui précède a fourni au lecteur les éléments suffisants de déduction : « Cependant, puisque les arbres les plus rares prospèrent dans les jardins de la capitale, ils devaient réussir à Chavignolles ? Et Pécuchet se procura le lilas des Indes, la rose de Chine et l’eucalyptus, alors dans la primeur de sa réputation » (ibid.). La première phrase, affirmative dans sa syntaxe et interrogative par sa ponctuation finale, est au style indirect libre, confirmé par la conjonction « puisque » qui ajoute à la relation causale la validation du raisonnement analogique par le personnage lui-même.

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L’étonnement attribué aux personnages peut se communiquer aux autres instances de l’énonciation, le narrateur et le lecteur. Soit l’énoncé : « Une chose étrange, c’est que la Butte enfin dépierrée donnait moins qu’autrefois » (p. 81). Ce constat fait écho à un passage qui se trouve au début de la séquence agricole, particulièrement marquant en raison de la référence au châtiment de Sisyphe :

Néanmoins, ils s’acharnaient au froment, et ils entreprirent d’épierrer la Butte. Un banneau emportait les cailloux. Tout le long de l’année, du matin jusqu’au soir, par la pluie, par le soleil, on voyait l’éternel banneau avec le même homme et le même cheval, gravir, descendre et remonter la petite colline (p. 75-76).

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La syntaxe disloquée qui antépose le prédicat porteur de l’étonnement, « une chose étrange, c’est que », l’isole en tête de phrase, sans attache au point de vue d’un sujet. Cette impersonnalité ajoute au caractère incompréhensible : ce ne sont pas seulement les personnages qui restent interloqués, mais aussi le narrateur, et partant le lecteur : personne n’y comprend rien parce que c’est littéralement incompréhensible. Comment un terrain épierré ou dépierré (Flaubert utilise ici deux dérivés rares qui accentuent la technicité de l’opération) pourrait-il produire moins qu’un terrain pierreux ? Faut-il des pierres pour que les plantations poussent ? Ce paradoxe heurte le bon sens. Le texte crée ici un effet de totale sidération, qui contribue à orienter les personnages et les lecteurs vers la conclusion finale que l’agriculture pourrait bien être une « blague ».

« SOURCES CACHÉES » (p. 150)

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Comme on peut s’en douter, tous les échecs mentionnés jusqu’à présent, expliqués par le narrateur ou présentés comme incompréhensibles, trouvent leur raison dans les notes prises par Flaubert ou communiquées par ses informateurs. Grâce à leurs transcriptions commentées dans le site « Les dossiers de Bouvard et Pécuchet », il est aisé de suivre la genèse de ces « conduites d’échec », depuis les sources livresques ou vécues jusqu’au texte publié. On pourrait même envisager une édition hypertextuelle du roman, et de ce chapitre en particulier, en stratifiant sous chaque paragraphe, parfois chaque phrase ou chaque mot, les différentes couches de textes antérieurs qui ont produit dans un même mouvement l’expérience et son ratage. Tous les échecs sont motivés, que la cause soit donnée ou non dans le roman. Deux exemples suffiront : les mauvaises récoltes successives qui font l’objet de la première séquence matricielle, et le mystère de la Butte. 

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1) Le rendement « pitoyable » de la première récolte de blé est présenté comme la conséquence logique de l’utilisation de « tourteaux qu’ils enterrèrent sans les concasser » (p. 75). Les notes prises sur le Cours de Gasparin fournissent une explication plus technique : « Tourteaux. S’ils ne sont pas brisés et humectés, les parties huileuses peuvent se communiquer aux graines et priver le germe du contact de l’air – il faut enterrer la poudre de tourteaux d’avance (p. 577-578) » (D., fo 21). L’énoncé est résumé dans les « notes de notes » : « Les tourteaux n’étant pas cassés, les parties huileuses privent le germe du contact de l’air » (D., fo 68). Quant aux épis de blé qui versent après l’orage, la question se posait de savoir si la météo était seule responsable, ou si le mode de semailles y était également pour quelque chose. La réponse se trouve dans le Catéchisme d’agriculture de Baudry et Jourdier : « Causes de la verse des blés semailles trop drues » (D., fo 35) ; elle est reprise deux fois dans les « notes de notes », la deuxième version programmant les échecs complémentaires et inverses par défaut et par excès : « Les blés versent, les semailles ayant été trop drues » (D., fo 68) ; « Les blés donnent peu. / Ils les sèment plus et trop dru. Les blés versent » (D., fo 67). Comme on peut le constater, il n’est pas fait mention de risques liés à l’orage. La raison du versement des blés réside dans le fait qui paraît secondaire et non dans la cause météorologique perçue comme principale, en raison de la proximité des énoncés. 

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2) Pourquoi la Butte produit-elle moins alors qu’elle a été débarrassée de ses pierres ? Le lecteur, comme le personnage, est resté sans réponse. Sisyphe est condamné à l’échec ; il est difficile de l’imaginer heureux. Or, la réponse, comme il est prévisible, se trouve dans un livre consulté par Flaubert, La Maison rustique : « Épierrement ne doit pas être complet en certaines localités. Les pierres interposées entre la terre et l’atmosphère conservent de la fraîcheur à la terre. (p. 473) » (D., fo 17 vo). Le relativisme impliqué dans le conseil n’embarrasse guère Flaubert : on douterait pourtant que la restriction pour « certaines localités » soit pertinente en Basse-Normandie, où il ne semble pas nécessaire de préserver la fraîcheur du sol contre le soleil… Peu importe : le paradoxe est trop productif de désagrément pour ne pas être exploité. L’avertissement contenu dans La Maison rustique n’est pas repris dans les « notes de notes », mais il ne sera pas oublié pour autant : il réapparaît en marge d’un des premiers scénarios de la séquence[11] (Br. 2, fo 130 vo).

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De la note au texte publié, l’information sur la cause de l’échec disparaît progressivement. On propose de suivre ce processus d’effacement génétique dans les brouillons, en prenant trois exemples d’échecs : l’étiolement des plantations dans les châssis, l’incendie des meules et l’éclatement de l’alambic, ces dernières catastrophes marquant la faillite de l’expérience agricole d’une part, des essais de conservation de l’autre, dans une double apothéose de feu d’artifice et d’explosion.

LARVES ET VÉGÉTATIONS RACHITIQUES

Le premier point était d’avoir de bonnes couches. Pécuchet en fit construire une, en briques. Il peignit lui-même les châssis, et redoutant les coups de soleil barbouilla de craie toutes les cloches. […] Mais la couche fourmilla de larves ; – malgré les réchauds de feuilles mortes, sous les châssis peints et sous les cloches barbouillées, il ne poussa que des végétations rachitiques (p. 76-77).

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On ne sait pas pourquoi les larves fourmillent, et on devine seulement pourquoi les plantes poussent mal. Or, ces raisons sont clairement indiquées dans les ouvrages consultés par Flaubert, et elles sont conservées dans les brouillons jusqu’à un stade avancé de la rédaction, pour ne disparaître qu’au dernier moment. C’est dans Le Potager moderne de Gressent que Flaubert a relevé : « Les couches en maçonnerie dispendieuses et inutiles. (p. 306) » (D., fo 14 vo). Le folio des « notes de notes » reprend et développe le caractère non seulement inutile mais néfaste des couches, en scénarisant les actions désormais rattachées aux personnages : 

Coffres de châssis : ont bien soin de les peindre, ce qui empêche les réchauds. (276)
Cloches de verre barbouillées de blanc préviennent les coups de soleil. Mais les produits sont rachitiques.
Couches : se gardent de les changer de place. 124.
Les plantes y brûlent et y gèlent. (295)
     en maçonnerie, mauvaises. (D., fo 70)

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Dans l’ordre génétique, le folio suivant, qui se trouve dans les brouillons, reprend quasiment à l’identique les éléments antérieurs, en terminant sur la conséquence négative, conformément au titre général de la page : « Déceptions du Jardinage » :

Coffres de châssis ont bien soin de le peindre. la peinture bouche les pores du bois & empêche les réchauds d’agir. ‒ les réchauds (voy. 296)
[…]
Couches se gardent de les changer de place (124) prquoi les plantes y brûlent & y gèlent. (295) ‒ en maçonnerie, mauvaises. (306). A
[…]
B. les cloches de verre barbouillés en blanc préservent des coups de soleil. mais les produits sont rachitiques (Br. 2, fo 110)

Si l’on se reporte à la séquence 24 du tableau génétique des brouillons de Bouvard et Pécuchet, on verra s’étager, de bas en haut, à partir du scénario ci-dessus, huit états de scénarios et de brouillons avant d’arriver à la mise au net (F, fo 24). Ce sont les folios 3-220 vo, 2-92 vo, 2-109, 2-113, 2-131 vo, 2-121 vo, 2-141 vo, 3-350 vo.

Jusqu’à l’avant-dernier état qui précède la mise au net, Flaubert travaille la séquence du constat de l’échec en détaillant les raisons qui expliquent la prolifération des larves dans la couche et la médiocrité des plantations. Elles sont données en raccourci dans une première ébauche de textualisation : « Mais les couches de maçonnerie n’étant jamais vidées complètement, masse de larves. ‒ La peinture du bois empêchait les réchauds. le barbouillage empêchait l’action du soleil ‒ produit rachitiques » (Br. 2, fo 109). Les larves s’expliquent donc par l’excès d’eau, les produits rachitiques par la peinture et le barbouillage des cloches. Une fois développé, le passage donne ceci, au moment de sa plus grande expansion :

La couche de brique ne pouvant être complètement vidée fourmilla de larves. Il eut beau entasser les feuilles mortes contre les chassis la peinture de leur bois s’opposait à la chaleur de même le barbouillage des cloches empêchait l’action du soleil et les uns comme les autres ne donnèrent que des produits rachitiques. (Br. 2, fo 113)

En recopiant cette séquence dans le folio suivant (Br. 2, fo 131 vo), Flaubert supprime l’explication sur la multiplication des larves : il barre « ne pouvant être complètement vidée ». Au folio suivant (Br. 2, fo 121 vo), l’explication reparaît en ajout interlinéaire, comme si l’auteur était pris d’un repentir en pensant à la difficulté de la compréhension, mais l’ajout est barré. Emportées dans le mouvement d’élimination, les autres explications disparaissent dans le folio postérieur (Br. 2, fo 141 vo) :

Mais bientôt cependant la couche fourmilla de larves. & malgré les réchauds de feuilles mortes contre les châssis, la peinture de leur bois s’opposait à la chaleur. De même le barbouillage des cloches empêchait l’action du soleil. ‒ & sous les unes comme sous les autres, sous les châssis peints & sous les cloches barbouillées il ne poussa que des végétations rachitiques.

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Ne reste que le résultat brut de l’échec, sans motivation. Flaubert a pu penser que la séquence de la préparation de la couche contenait un indice suffisant, Pécuchet barbouillant les cloches parce qu’il craignait « les coups de soleil », dans une province qui pourtant n’est pas réputée pour son excès de luminosité. Le texte donne des éléments qui permettent de suppléer l’absence d’explication (la protection contre le soleil et l’arrosage excessif), mais c’est au prix d’un travail de reconstitution proportionnel à l’effacement des causes, observable dans les brouillons, destiné à désorienter le lecteur et surtout les personnages, confrontés à un trop plein (de larves) et à un trop peu (de produits comestibles), sans savoir exactement pourquoi. 

LES MEULES INFLAMMABLES

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L’épisode de l’incendie des meules, qui clôt sur un paysage de ruines végétales la séquence de l’agriculture, présente un semblable procédé d’effacement. La question de la cause est explicitement posée dans le texte publié, et même une raison est avancée : « Seul à seul, ils cherchèrent la cause de l’incendie ‒ et au lieu de reconnaître avec tout le monde que la paille humide s’était enflammée spontanément, ils soupçonnèrent une vengeance » (p. 85). Le narrateur semble se ranger du côté de la vox populi, mais peut-on faire confiance à « tout le monde », c’est-à-dire à ce grand nombre où se développent les germes de la bêtise et des idées reçues ? La clausule catastrophique de l’épisode est à mettre en rapport avec son commencement, dans lequel est exposé le modus operandi des deux agronomes : 

Bouvard, l’année suivante, avait devant lui une belle récolte de froment. Il imagina de le dessécher par la fermentation, genre hollandais, système Clap-Mayer ; – c’est-à-dire qu’il le fit abattre d’un seul coup, et tasser en meules, qui seraient démolies dès que le gaz s’en échapperait, puis exposées au grand air. Après quoi, Bouvard se retira sans la moindre inquiétude. (p. 83)

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La mention de l’insouciance du personnage agit comme une antiphrase. Le mot « inquiétude » est écrit, dans une tournure négative, mais le lecteur l’interprète comme l’indice de l’imminence d’un accident : il y a de quoi être inquiet. La catastrophe à venir est déjà dans les conditions de la mise en œuvre de l’expérience et dans les mots qui la disent : la paille sèche, la fermentation, le gaz, toutes les conditions sont réunies pour que les épis de blés s’embrasent sans qu’il soit nécessaire d’y mettre le feu. Les documents de genèse contiennent les réponses à l’interrogation de Bouvard et Pécuchet sur la cause de l’incendie, et ils donnent raison – horreur ! – aux Chavignollais.

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À l’origine, on trouve une note prise dans La Maison rustique : « Dessiccation par la fermentation procédé de Clapmayer –dangereux (290) » (D, fo 16 vo). Les notes ne détaillent pas plus le danger de ce procédé. La Maison rustique ne mentionne pas le risque d’incendie, mais elle le laisse entendre : « Si une meule vient, en outre, à s’échauffer démesurément pendant la nuit, on est en danger de la perdre. »[12] Cette même source ne mentionne que « le trèfle ou tout autre fourrage ». Or, l’épisode de Bouvard et Pécuchet concerne la récolte de blé, évidemment plus importante. Les épis de blé qu’on entasse pour les faire sécher par la fermentation peuvent-ils s’enflammer spontanément comme les meules de foin ? La Maison rustique ne donne pas la réponse. Flaubert poursuit donc ses investigations en consultant des informateurs. On n’a pas conservé de lettres, ni active ni passive sur ce sujet précis, mais il existe une preuve d’intervention dans une lettre de Maupassant à sa mère, datée du 8 mai 1875[13]  :

Voici un petit renseignement que je voudrais bien avoir ; si Hervé ne peut me le donner, prie-le de le demander aux hommes compétents. « Lorsque par la méthode XXX (allemande) on met le blé en meules pour le faire sécher rapidement par la chaleur développée, ce blé peut-il s’enflammer spontanément par la fermentation, comme le foin. » Je crois que oui, mais Baudry qui connaît pas mal l’agriculture prétend que non. Parce que, dit-il, on ne met le blé en meule que lorsqu’il est sec, puisqu’on ne le fauche qu’à ce moment, tandis que le foin est fauché vert et mis en meule lorsqu’il n’est qu’imparfaitement sec. Je n’ai pas besoin de te dire que ce renseignement est pour Flaubert. Mais je le lui enverrai à Croisset, car il quitte Paris demain matin. 

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Flaubert a donc écrit à Maupassant, qui écrit à sa mère en lui demandant de consulter son frère Hervé, intéressé par l’horticulture, pour qu’il s’informe auprès d’« hommes compétents ». Les exigences documentaires de Flaubert déclenchent des requêtes en cascade et des querelles d’experts (Maupassant est en désaccord avec Frédéric Baudry, bibliothécaire à l’Institut agronomique de Versailles, et l’auteur du Catéchisme d’agriculture lu par Flaubert), querelles dont le romancier se désespère et se réjouit à la fois, puisqu’il nourrit son texte de ces contradictions. On ne connaît pas les réponses qui ont pu être apportées. Mais on sait que Flaubert a finalement adopté le point de vue inverse de celui défendu par Frédéric Baudry[14], soit qu’un autre informateur l’ait convaincu, soit qu’il ait éprouvé quelque plaisir à contredire un érudit compétent, soit enfin qu’il obéisse à une contrainte narrative : les épis de blé doivent s’enflammer pour assurer à la séquence une chute spectaculaire.

Dans la suite des plans et scénarios, la relation de cause à effet est clairement posée : « Dessiccation des meules par la fermentation, d’où incendie » (PS, fo 8), ou encore : « Dessication des meules par la fermentation. Il en résulte un incendie » (PS, fo 37)[15].

Au stade des brouillons, le lien logique entre le procédé de dessèchement et l’incendie ne fait pas de doute non plus, comme on peut le constater en se reportant aux folios de la séquence 30 du tableau génétique[16]. Quinze ans avant la série des « Meules » de Claude Monet, qui précèdent les plus célèbres « Cathédrales de Rouen », Flaubert soumet lui aussi le même motif champêtre à de nombreuses variations... Dans les trois premiers états des scénarios développés et des brouillons, la cause est réaffirmée, et le texte suggère que les deux personnages finissent par en convenir : « Mais c’était tout bonnement l’effet de la fermentation il fallut le reconnaître » (Br. 2, fo 140). Dans le quatrième état, les deux personnages se partagent sur l’interprétation de l’incendie : « néanmoins la cause de l’incendie était évidente & tout le monde l’avait dit : la fermentation. […] B. en reconnaît la cause véritable. Pécuchet est pr la vengeance » (Br. 2, fo 146). Mais dans le folio suivant (l’avant-dernier avant la mise au net), Bouvard se range à l’avis de Pécuchet :

rentrés chez eux – Ils cherchèrent les causes de l’incendie
[bien que la cause du sinistre était bien claire la fermentation. personne parmi les plus ignorants, n’en doutait. on l’avait répété autour d’eux. ils aimèrent mieux y voir un accident une vengeance. en marge, barré.]
[ils aimèrent mieux trouver une raison extérieure cela devait être une vengeance de mtre gouy. en marge, barré]
Au lieu de reconnaître avec tout le monde que la paille humide s’était spontanément enflammée, ils soupçonnèrent une vengeance (Br. 2, fo 147).

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Les deux personnages se rapprochent pour s’opposer à l’ensemble de la communauté des Chavignollais. Leur conduite s’apparente à l’aveuglement volontaire : « ils aimèrent mieux ». En refusant de se rallier à l’opinion commune, parce que le consensus leur paraît toujours suspect, ils nient ce qui est posé comme une évidence, et de ce fait se privent de connaître les véritables causes de l’incendie. Rappelons la version finale : 

Seul à seul, ils cherchèrent la cause de l’incendie ‒ et au lieu de reconnaître avec tout le monde que la paille humide s’était enflammée spontanément, ils soupçonnèrent une vengeance (p. 85).

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Il est rare que le narrateur intervienne pour donner explicitement la bonne explication, et pointer ainsi l’erreur des personnages. La cause est connue, mais ils ne veulent pas la reconnaître. Leur ignorance est ici choisie. 

EXPLOSION – CATASTROPHE

Après l’incendie, l’explosion. Le chapitre II se termine par une dernière déception, la destruction de l’alambic : « Catastrophe de l’alambic pr finir le chapitre » (PS, fo 9). Alors que dans le cas des meules, Bouvard et Pécuchet savaient la vérité mais préféraient l’ignorer, ils demeurent ici béants, dans l’incompréhension absolue. De la note à la version finale en passant par le brouillon, le trajet génétique suit la progression habituelle, de la mention à l’effacement. 

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La mise en garde vient du Traité des liqueurs et de la distillation des alcools[17] : « Au préalable, bien rincer le serpentin, pour s’assurer qu’il n’est pas bouché car une explosion, dans ce cas-là, serait inévitable » (D., fo 3). L’avertissement est repris sur le premier scénario qui mentionne l’explosion, avec un renvoi bibliographique simplifié : « Si le serpentin est bouché, explosion (Duplais) » (Br. 2, fo 194). Dans le scénario suivant, la mise en garde, reprise en marge, est barrée : « Catastrophe le serpentin était bouché » (Br. 2, fo 206). Dès lors, l’explication ne réapparaîtra plus : elle est en quelque sorte absorbée dans l’échec, comme une cause cachée aussi tragique qu'un deus absconditus : les brouillons qui déroulent la séquence ne portent plus ensuite que les mots « catastrophe » et « explosion » (Br. 2, fo 211), suivis, dans ce même folio, par le mot « étonnement ». Le lecteur, lui, a été préalablement averti. En découvrant les conserves avariées, Pécuchet appelle son ami : « Bouvard ferma le robinet du serpentin pour se précipiter vers les conserves » (p. 105). L’échec de la conservation entraîne, par réaction en chaînes, l’explosion de l’alambic, portant la faillite agricole et ses dérivés à son comble. 

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Le chapitre se termine sur une question large, qui englobe toutes les expériences agricoles et qui vaut pour toute l’œuvre, au sens où la lettre finale de Vaucorbeil au Préfet sera « la critique du roman » (p. 401) ‒microséquence conclusive toute aussi matricielle que le premier échec concernant la culture du blé : 

Quand ils purent recouvrer la parole, ils se demandèrent quelle était la cause de tant d’infortunes, de la dernière surtout ? Et ils n’y comprenaient rien, sinon qu’ils avaient manqué périr. Pécuchet termina par ces mots :
— « C’est que, peut-être, nous ne savons pas la chimie ! » (p. 106)

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Cette séquence de clausule comporte trois temps, comme la séquence d’ouverture : l’interrogation sur la cause, le constat par les deux bonshommes qu’ils ne comprennent rien et qu’il n’y a rien à comprendre, la progression régressive par déplacement de la quête vers un savoir plus fondamental censé fonder celui qui vient de se dérober. 

HAINE DE LA NATURE

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Au final, Bouvard et Pécuchet ne sauront pas pourquoi ils échouent. Cette ignorance entretient le mouvement de fuite en avant vers un autre domaine de savoir et d’expérimentation. Si les autodidactes accédaient à l’explication, ils pourraient se corriger et recommencer l’expérience jusqu’à réussir. Par exception (cette exception qui confirme la règle, selon l’énoncé paradoxal qui désespère les copistes en quête de certitude fixe), il leur arrive de comprendre leur échec et de tenter d’y remédier : « […] souvent ils hésitaient ne sachant pas distinguer les boutons à bois des boutons à fleurs. Ils s’étaient réjouis d’avoir des fleurs ; mais ayant reconnu leur faute, ils en arrachaient les trois quarts, pour fortifier le reste » (p. 88). Reconnaître  sa faute, c’est à la fois l’identifier et l’accepter, connaître la science et se reconnaître insuffisant. Mais ce qui pourrait apparaître comme un progrès dans la voie de l’apprentissage et de la prudence méthodologique se retourne immédiatement en nouvelle faute, par excès inverse : la violence contenue dans l’expression arracher les trois quarts des fleurs n’augure rien de bon. 

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Et pourtant, Bouvard et Pécuchet ne sont pas censés ignorer les causes des échecs (au sens où l’on dit que nul n’est censé ignorer la loi), puisqu’ils ont lu les mêmes livres que Flaubert, ou du moins une partie des livres, ceux qui sont cités nommément. Avoir pratiqué La Maison rustique et le Cours d’agriculture de Gasparin devait éviter quelques déboires. Mais on sait que Flaubert pratique une lecture sélective de ce qu’il ne faut pas faire pour que ses personnages l’accomplissent. Les mises en garde contenues dans les livres deviennent immédiatement des mises en action narratives. En lisant, les personnages sont frappés d’une curieuse cécité partielle, et l’auteur les aveugle sur ce qu’ils devraient prioritairement prendre en compte. Lit-il dans Duplais que si le serpentin est bouché, l’explosion « serait inévitable » : il passe du conditionnel à l’indicatif et l’explosion devient inévitable. Dans son compte rendu de Salammbô, Sainte-Beuve relevait chez son auteur « une pointe d’imagination sadique »[18]. Il se montre sur les terres de Chavignolles comme sur les champs de bataille de Carthage. À propos des tortures que les arboriculteurs infligent aux arbres pour les plier à leur volonté, Flaubert écrit cette expression : « haine insciente de la nature » (Br. 2, fo 167 vo). Cette haine qui habite les personnages à l’égard d’une nature rétive qu’ils veulent domestiquer au risque de la détruire, se reporte sur la position de l’auteur vis-à-vis de ses personnages. « Haine insciente de la nature » : la construction avec un génitif subjectif ou objectif permet une double lecture : les personnages n’aiment pas la nature, mais inversement la nature ne les aime pas. « Le vent s’amusait à jeter bas les rames des haricots », lit-on dans le roman (p. 77). Plaisir sadique, gratuit, du romancier qui pratique la contre-lecture de sa documentation pour en extraire prioritairement les conduites à risque menant à la catastrophe. Le travail d’effacement qu’on observe dans les brouillons relève d’une même volonté d’aveuglement de la victime. Flaubert est bien l’écrivain pré-beckettien qui a composé avant la date son Cap au pire : « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux »[19].

 

 

NOTES

[1] Flaubert a pu lire cette nouvelle dans La Gazette des tribunaux du 14 avril 1841.
[2] « Tertre construit artificiellement dans un jardin, avec une allée en spirale aboutissant à un cabinet de verdure », définition donnée par Stéphanie Dord-Crouslé dans son édition de Bouvard et Pécuchet (Bouvard et Pécuchet, avec des fragments du « second volume », dont le Dictionnaire des idées reçues, éd. Stéphanie Dord-Crouslé, avec un dossier critique, Paris, Flammarion, « GF », 2008), p. 68. Nous renvoyons à cette édition en indiquant le numéro de la page après les citations. Avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur, le texte de cette édition a pu être mis en ligne sur le site Flaubert.
[3] Voir la fiche de cet ouvrage dans le site Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. Édition intégrale balisée en XML-TEI accompagnée d’un outil de production de « seconds volumes » possibles, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé, 2012-..., 
http://www.dossiers-flaubert.fr, ISSN 2495-9979.
[4] Nous citons les lettres, en insérant un lien sur la référence, d’après l’édition en ligne de la Correspondance de Flaubert, éd. Yvan Leclerc et Danielle Girard, 2017-..., 
https://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/edition.
[5] Lettre de George Sand à Flaubert, 5 février 1873, Correspondance Flaubert-Sand (éd. Alphonse Jacobs), Paris, Flammarion, 1981, p. 420 ; Correspondance (éd. Jean Bruneau – et Yvan Leclerc pour le t. V), Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. I (1973), t. II (1980), t. III (1991), t. IV (1998), t. V ; ici, t. IV, 1998, p. 643. Cette édition sera par la suite abrégée en Corr., suivi du tome et de la page.
[6] Voir la biographie de Marlo Johnston, Guy de Maupassant, Paris, Fayard, 2012, p. 31.
[7] Le dossier « Agriculture, jardinage, économie domestique », occupe 101 folios : Ms. g 226-1, fos 1-71. Les références dans le corps du texte renvoient à ce dossier, sous la forme « D. » comme « Dossiers de Bouvard et Pécuchet », suivi du folio, avec un lien vers le site. Voir la description de ce dossier par Stella Mangiapane, « Le dossier “Agriculture” dans les notes de lecture de Bouvard et Pécuchet (premiers éléments) », Plaisance, VI, no 17, 2009, p. 157-168, et du même auteur, « De la citation à la paraphrase. Réécritures du savoir encyclopédique dans les dossiers de Bouvard et Pécuchet », dans Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critiques et premières réalisations numériques, textes réunis par Rosa Maria Palermo Di Stefano, Stéphanie Dord-Crouslé, Stella Mangiapane, Messine, Andrea Lippolis Editore, 2010, n. 2, p. 141. En ligne sur HAL.
[8] « Maintenant, je refais, pour la 3e fois, les tables de mon dossier intitulé philosophie. Ce sont les notes de mes notes, que je coordonne, pour dresser le plan de mon chapitre ! – Depuis quinze jours je ne m’occupe pas à autre chose ! – Quelle besogne ! » (lettre à sa nièce Caroline, 21 mars 1879 ; Corr. V, p. 587).
[9] Jean Rousset, Leurs yeux se rencontrèrent. La scène de première vue dans le roman, Paris, José Corti, 1984, p. 9.
[10] Corr. II, p. 298.
[11] Pour les plans et scénarios et pour les brouillons, nous renvoyons au site de l’édition intégrale des manuscrits de Bouvard et Pécuchet. Ces manuscrits sont conservés à la Bibliothèque municipale de Rouen, sous la cote Ms. gg 10 pour les plans et scénarios, Ms. g 225 pour les brouillons, reliés en 9 volumes, Ms. g 224 pour le manuscrit final. Dans les références qui suivent les citations, nous utilisons les abréviations PS pour le volume des plans et scénarios, Br. pour les brouillons (numéro du volume, folio) et F pour le manuscrit final. Les transcriptions reproduites dans cet article sont simplifiées mais conservent l’orthographe et les abréviations originelles. On se reportera aux pages accessibles par un lien pour voir l’image du manuscrit et sa transcription diplomatique. 
[12] Bailly de Merlieux et Charles-François, Maison rustique du XIXe siècle, Paris, 1835, t. I, p. 290.
[13] Maupassant, Correspondance (éd. Jacques Suffel), Évreux-Genève, Cercle du bibliophile, Édito-Service, 1973, t. I, p. 79-80, lettre no 42. En ligne sur le site « Maupassant par les textes » de Thierry Selva. La date de cette lettre pose problème : Maupassant dit que Flaubert part de Paris le lendemain. Or, il est à Croisset dès le 4 mai 1875, si la lettre à Adèle Perrot est bien datée (Corr. IV, p. 923).
[14] Dans une lettre du 8 juin 1874 (Corr. IV, p. 808), Flaubert remercie Frédéric Baudry pour ses « deux élucubrations agricoles, qui [lui] semblent à première vue splendides de bêtise ». On ne sait pas de quoi il s’agit. 
[15] Voir dans le tableau génétique des plans et scénarios la suite des folios qui reprennent le même motif : folios 8, 20, 11, 37 et 50. 
[16]  Ordre des folios de brouillons : folios 2-130 vo, 2-149, 2-140, 2-146, 2-147, 2-173 vo.
[17] Pierre Duplais, Traité des liqueurs et de la distillation des alcools, Versailles, éd. par l’auteur, 1855, t. I, p. 67 ; fiche de l’ouvrage sur le site des dossiers.
[18] Le Constitutionnel, 15 décembre 1862 ; en ligne sur le site du Centre Flaubert.
[19] Samuel Beckett, Cap au pire, Paris, Éditions de Minuit, 1991, p. 8.


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