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Sommaire Revue n° 18
Revue Flaubert, n° 18, 2019 | Bouvard et Pécuchet et l'agriculture
Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé et Éric Le Calvez

Le sottisier agricole de Bouvard et Pécuchet

Stéphanie Dord-Crouslé
Chargée de recherche
Université de Lyon, CNRS, UMR 5317-IHRIM
Voir [Résumé]

 

Agriculture      Manque de bras. On devrait l’encourager. – Sujet très chic[1].

 

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L’expression « sottisier agricole » fait signe vers l’un des nombreux champs disciplinaires successivement abordés par l’« encyclopédie critique en farce »[2] de Flaubert. On aurait pu tout aussi bien s’intéresser au « sottisier médical » ou au « sottisier philosophique » que les dossiers documentaires de ce roman posthume et inachevé recèlent également. Le choix de l’agriculture n’est cependant pas dû au hasard : il se justifie par l’ancienneté et l’exemplarité du travail fourni par le romancier dans ce domaine particulier.

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Le chapitre de l’agriculture est en effet le premier à avoir exigé de Flaubert l’acquisition et le traitement d’une masse documentaire démesurée, qui était nécessaire – d’une part – à la rédaction des aventures des deux personnages (qui constituent le « premier volume » de Bouvard et Pécuchet) et – d’autre part – à la réunion des matériaux destinés à un « second volume » resté à l’état de chantier en raison de la mort subite de l’écrivain. Or, quelques mois avant son décès, Flaubert avait annoncé que ce volume était « aux trois quarts fait »[3]. On a donc toutes les raisons de penser que les matériaux agricoles figuraient en bonne place dans cette partie quasiment achevée. Effectivement, plusieurs dossiers préparatoires conservés à la bibliothèque municipale de Rouen comportent des pages entières de citations issues des recherches menées par l’écrivain sur l’agriculture, des pages classées dans différentes catégories, et en particulier de savoureux exemples de « style agricole ».

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Cependant, une analyse plus poussée révèle que l’organisation actuelle des matériaux n’est peut-être pas le fruit d’une décision aussi définitivement arrêtée que l’ancienneté des pages portant sur l’agriculture pourrait le laisser présumer. D’autres hypothèses relatives à la sélection et à la disposition des citations peuvent et doivent être examinées. L’utilisation de « l’agenceur »[4], un outil informatique permettant de produire des « seconds volumes possibles », autorise aujourd’hui à tracer – avec un peu plus de certitude qu’auparavant – les contours de ces diverses configurations mouvantes.

Genèse de la section « Style agricole » du sottisier

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L’agriculture[5] a toujours fait partie des domaines prévus pour « l’encyclopédie critique en farce » flaubertienne. Dès 1863, dans le plan initial de l’œuvre, alors que Flaubert hésite encore entre deux entreprises romanesques possibles – la future Éducation sentimentale et le futur Bouvard et Pécuchet –, elle apparaît déjà explicitement au nombre des « essais infructueux »[6] qu’opèrent les deux « cloportes ». Dix ans plus tard, lorsque le romancier se met enfin à Bouvard et Pécuchet, il commence par une phase de « grandes lectures » documentaires (menées entre 1872 et 1874) où les ouvrages d’agriculture au sens large (c’est-à-dire y compris l’agronomie, l’horticulture et l’arboriculture) figurent aux premières places. Et, lorsque Flaubert se met enfin « aux phrases », la première expérience des deux bonshommes nouvellement installés à Chavignolles se trouve être celle de l’agriculture, au début de l’actuel chapitre II. Pour mener à bien la rédaction de cet épisode, en novembre 1874, Flaubert a d’ailleurs éprouvé le besoin de compléter encore sa documentation. Au terme de ce long processus, l’écrivain a ainsi constitué un volumineux dossier de 60 feuillets[7] de notes de lecture, rangés dans un dossier intitulé « Agriculture. Jardinage. Économie domestique »[8], « l’un des plus ordonnés et systématiques parmi les dossiers documentaires du roman »[9], indique Stella Mangiapane.

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Les notes prises par le romancier mettent en lumière le patient travail qu’il a dû fournir pour s’approprier un savoir qu’il ne possédait pas à l’origine[10], ainsi qu’une « compétence linguistique et, en particulier, terminologique »[11] très pointus. Ces acquis ont été directement utilisés dans la fiction du « premier volume » puisqu’ils sont largement réinvestis dans les aventures agricoles des deux personnages. Mais certaines des notes prises par Flaubert révèlent une autre finalité. Elles laissent poindre une sensibilité toute particulière, d’une part, aux aspirations littéraires – le plus souvent saugrenues et risibles – des auteurs d’ouvrages agricoles, et, d’autre part, aux jugements péremptoires que ces derniers portent sur des domaines qui ne sont pas de leur compétence, comme la morale ou l’esthétique. Ces notes-là n’ont évidemment pas été prises en vue du premier volume – mais pour le second. Elles n’ont donc pas été utilisées par Flaubert durant les mois qu’il a consacrés à la rédaction de son chapitre II, entre octobre 1874 et février 1875[12].

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Elles ont servi plus tard – et même beaucoup plus tard, en raison de la longue interruption qu’ont entraînée les déboires financiers rencontrés par Flaubert au printemps 1875, déboires qui ont été eux-mêmes suivis par l’écriture de Trois contes. Le dossier des notes portant sur l’agriculture est vraisemblablement resté intact durant toute cette période. En revanche, dès qu’il s’est remis à la tâche en mars 1877[13], le romancier a dû confier ces pages à son ami Edmond Laporte. Jouant le rôle de secrétaire bénévole, celui-ci a reporté sur des feuilles vierges, avec sa belle main, les citations que l’écrivain avait sélectionnées – d’une croix ou d’un trait en marge – dans ses pages de notes. Il les a aussi classées selon les rubriques indiquées par Flaubert. Si on ne sait pas exactement quand Laporte a commencé son labeur, Flaubert lui demande le [11 septembre 1877] s’il a « fini le travail des notes sur l'Agriculture et la Médecine » et « dans ce cas-là » de lui « apporte[r] les paperasses »[14].

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La mission confiée à Laporte consistait en une extraction. Prenons un exemple de ce processus d’élaboration[15] caractéristique du « second volume » de Bouvard et Pécuchet. Dans l’ouvrage d’Alfred Gressent intitulé L’Arboriculture fruitière qu’il a lu en juillet 1873[16], Flaubert a pris quatre pages de notes. Sur l’une d’entre elles[17], on trouve trois citations accompagnées de l’injonction prospective : « à copier ». La première concerne les habitants de Montreuil :

« Il n’y a qu’une profession pour les habitants de ce village : cultivateurs de pêchers. Ils vivent avec leurs arbres, s’identifient avec eux, les aiment et les soignent comme des enfants – et ils ont raison ! Car ce ne sont pas des enfants ingrats. » (p. 482)

8
La seconde s’intéresse à un arbre fruitier :

« Le prunier est l’arbre indépendant par excellence... Il se moque comme un véritable Frontin des formes du poirier... comme l’écolier sous la férule » – etc. (p. 569-570)

9
tandis que la troisième citation est consacrée au groseillier :

« Il a d’énormes qualités mais d’énormes défauts. C’est un vrai gamin de Paris qui s’est permis de faire un geste fort indécent. »

10
Or ces trois fragments textuels se retrouvent placés les uns en-dessous des autres, recopiés par Laporte sur une page préparée pour le second volume intitulée « Style agricole »[18]. Si Laporte a obéi à l’injonction flaubertienne en ne relevant que les citations accompagnées de la mention « à copier », on remarque cependant que la catégorie « Style agricole » n’avait pas été explicitement indiquée par le romancier dans ses notes de lecture. Laporte semble l’avoir induite à partir des commentaires ironiques : « Belle phrase ! », « Littérature ! » et « Jolie comparaison », que l’écrivain avait inscrits en marge de ses notes.

11
Néanmoins, on ne peut pas écarter l’hypothèse selon laquelle cette catégorie avait pu être portée par Flaubert dans les marges de l’ouvrage lui-même. En effet, Laporte ne travaille pas seulement à partir des notes de son ami ; il a aussi à sa disposition le livre de Gressent. Plusieurs faits le prouvent. D’abord, Laporte a ajouté à la troisième citation sa référence paginale (« p. 647 ») absente des notes de Flaubert. Il a aussi complété les phrases que le romancier avait abrégées. L’ami-secrétaire remplace la locution adverbiale « etc. » – utilisée par le romancier dans la seconde citation – par le texte même de Gressent[19]  : le prunier « se moque […] des formes du poirier dans lesquelles le professeur Du Breuil a conseillé et conseille encore de l’emprisonner »[20]. Laporte complète même la troisième citation alors que Flaubert ne l’avait pas expressément demandé : c’est le groseillier de « l’École du Conservatoire des Arts et Métiers » qui a fait preuve d’indécence, et cela à un moment bien précis, lorsque cette institution « a voulu l’emprisonner dans ses vases et dans des cordons verticaux »[21].

12
En relisant méthodiquement les pages du dossier constitué par Flaubert, Laporte a donc produit, en s’aidant parfois des ouvrages eux-mêmes, un certain nombre de pages préparées pour le second volume, pages sur lesquelles il a rangé dans des catégories le plus souvent indiquées par le romancier les citations que ce dernier avait sélectionnées à cette fin. Certaines de ces pages sont expressément rattachées à l’agriculture, comme les pages intitulées « Style agricole », d’autres intègrent les citations tirées des ouvrages d’agriculture à des rubriques beaucoup plus larges et diverses.

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Par exemple, trois extraits sélectionnés par Flaubert dans La Maison rustique pour l’un, et dans le Cours d’agriculture de Gasparin pour les deux autres, sont recopiés par Laporte sur une page intitulée « Contradictions économiques »[22]. Inversement, des citations concernant l’agriculture ont été repérées par le romancier dans des ouvrages lus pour préparer d’autres chapitres. Elles ont ensuite été recopiées par Laporte en fonction des destinations indiquées par Flaubert. Il peut s’agir de pages en lien direct avec l’agriculture, comme c’est le cas pour cette citation d’Antoine de Saint-Gervais extraite d’un ouvrage intitulé Les Animaux célèbres et classée dans la rubrique « Style agricole » : « Les jésuites ont rendu des services éminents à la littérature et à l’instruction publique. Mais l’importation du dindon couronne leur gloire »[23]. Les ouvrages-sources peuvent également n’avoir aucun rapport avec l’agriculture, comme le montre cette glorification du paysan que Laporte relève sous la plume de Raspail lu par Flaubert pour le chapitre médical : « Le paysan moins érudit et moins savant était dans le vrai sur ce point comme sur bien d’autres »[24]. L’ami-secrétaire l’intègre à la catégorie « Exaltation du bas ».

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Un sottisier agricole complet, si on devait le constituer, contiendrait donc aussi bien les citations sélectionnées par le romancier dans les ouvrages d’agriculture quelles que soient les catégories dans lesquelles elles devaient être ventilées – que les citations portant sur l’agriculture au sens large, quelles que soient les disciplines des ouvrages dont elles sont extraites. Or, le terme de « sottisier », souvent utilisé par la critique à la suite de René Dumesnil[25] puis d’Alberto Cento[26], n’a jamais été employé par Flaubert lui-même – à notre connaissance du moins. Grâce à sa correspondance, on sait que le romancier a très souvent fulminé contre la bêtise de son époque et contre celle de ses contemporains. On sait aussi qu’il était à la recherche de « sottises »[27] pour le onzième chapitre de son dernier roman et qu’il a demandé à Laporte de relever dans un ouvrage de Janet les exemples de « causes finales sottes » qu’il y avait sélectionnés[28]. Mais Flaubert n’a jamais désigné tout ou partie de son roman par ce mot de « sottisier », vraisemblablement parce que ce terme était trop réducteur par rapport à l’ample et complexe entreprise esthétique et critique qu’il ambitionnait de mener.

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Enfin, Flaubert n’aurait jamais accolé directement le terme de « sottisier » à un domaine particulier de l’encyclopédie. En effet, l’un des ressorts sur lesquels repose le processus de construction du second volume est de faire éclater la cohérence disciplinaire originelle des dossiers de notes pour répartir la fraction sélectionnée de leur contenu dans des rubriques qui transcendent les frontières premières. Si l’on continue donc ici à utiliser ce terme de « sottisier », c’est avec les précautions qui s’imposent et en restreignant son acception à une catégorie bien délimitée qui est celle du « style agricole ».

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On va ici tenter d’évaluer le degré d’achèvement et le niveau de stabilité de ce corpus restreint caractérisé par son ancienneté et sa situation pionnière dans le processus de rédaction du roman. Cette analyse va être menée à la lumière de celles qui ont déjà été ébauchées sur d’autres domaines comme la médecine[29] et la religion[30], cette dernière constituant l’exact pendant de l’agriculture, à l’autre extrémité du premier volume du roman. En ce qui concerne le dossier « Religion », Flaubert n’a certainement pas eu le temps de réaliser l’intégralité des opérations récurrentes prévues (lecture - prise de notes - information du premier volume - collecte et classement pour le second volume[31]), d’autant qu’une brouille malheureuse l’a alors privé de l’aide précieuse que lui procurait Laporte. Au contraire, ayant bénéficié d’une durée d’élaboration conséquente et du secours constant de l’ami-secrétaire, la rubrique « Style agricole » ne devrait pas présenter d’aussi notables lacunes, quoique l’inachèvement de l’ouvrage laisse subsister – même pour la partie qui semble complète – l’éventualité de modifications que Flaubert aurait pu encore apporter. Le classement et le choix des citations aujourd’hui retenues sont indéfectiblement sujets à caution : certaines auraient pu être éliminées, d’autres ajoutées, jusqu’à l’ultime moment où l’écrivain aurait rendu son manuscrit à l’éditeur. Mais du moins peut-on raisonner au sujet du style agricole à partir de matériaux dont la collecte et l’organisation ne se sont pas faites dans l’urgence.

Petit aperçu des sottisiers agricoles existants

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Comment se présente donc aujourd’hui le « style agricole » dans les dossiers de Bouvard et Pécuchet conservés à la bibliothèque municipale de Rouen ? À la différence de ce que l’on trouve pour d’autres spécimens de styles comme les styles ecclésiastique[32] ou révolutionnaire[33], aucun sous-dossier n’affiche ce titre. Les deux seules pages préparées pour le second volume qui portent cette rubrique inscrite en haut et à gauche, c’est-à-dire les folios 134 et 135 du 3e volume[34], appartiennent matériellement au sous-dossier des styles « scientifiques »[35]. Elles sont entièrement rédigées de la main de Laporte à l’exception de la dernière citation du folio 135 ajoutée par Flaubert lui-même.

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Depuis que les manuscrits donnés par Caroline à la Ville de Rouen sont devenus consultables par les chercheurs cinquante ans après la mort de Flaubert, plusieurs éditions du « second volume » de Bouvard et Pécuchet, d’ampleur et d’ambition scientifique très variables, ont vu le jour. Chacune a été conçue selon des principes différents, liés à la configuration particulière et à l’étendue propre de son projet éditorial. Ainsi, dans le très concis « Album (Sottisier) » que René Dumesnil a proposé en 1945 à la suite de son édition du roman, la section « style agricole » est complètement absente[36].

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En revanche, en 1972, dans l’édition du Club de l’honnête homme, Maurice Bardèche[37] a scrupuleusement respecté l’ordre des manuscrits : il a reproduit à la suite toutes les citations présentes sur les folios 134 et 135. Il a cependant également pris en compte une insertion postérieure à la copie effectuée par Laporte. En effet, au crayon à papier, entre les citations 2 et 3 du folio 135, Flaubert a ajouté cette indication lapidaire et quelque peu mystérieuse : « L’homme des campagnes restitue - Girardin ». Il s’agit en fait d’un renvoi à une coupure de presse que Flaubert a collée sur le folio 135 sous la forme d’un béquet. L’écrivain ayant pris soin de préciser le contenu du fragment et d’indiquer l’endroit exact où celui-ci devait être inséré, il faut sans doute le suivre sur ce point. Dans l’édition du Club de l’honnête homme, la catégorie « Style agricole » comporte donc 11 citations[38].

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Quelques années plus tard, en 1981, menant à son terme le travail initié par Alberto Cento, Lea Caminiti a fait paraître une monumentale « reconstitution conjecturale de la “copie” des deux bonshommes d'après le dossier de Rouen »[39]. Pour la catégorie du style agricole[40], on retrouve d’abord – sans surprise – les quatre premières citations du folio 134. Mais, avant la cinquième citation, se trouve insérée la dernière du folio 135. En effet, en marge de ce fragment, on déchiffre – difficilement, avouons-le[41]  – une indication de régie, portée au crayon par Flaubert : « [sous-entendre : à placer ?] après Canova [mis vraisemblablement pour « Casanova »] ». Après réflexion, Flaubert semble donc avoir décidé que les dindons trouveraient leur place à la suite du haricot d’Alexandre, indication qui a donc été respectée par les éditeurs. Lea Caminiti et Alberto Cento reprennent ensuite le fil des citations telles qu’elles ont été copiées par Laporte sur les deux feuillets dédiés au style agricole. La rubrique comprend alors 10 citations indiscutables quant à leur contenu et à leur ordre – mais non pas 11, comme on aurait pu s’y attendre. En effet, alors qu’ils tiennent le plus grand compte de la note de régie portant sur les dindons, les deux éditeurs ignorent complètement celle qui concerne Girardin. Cette curieuse décision ne s’explique pas par un oubli ou une mauvaise lecture. Elle est due à un conflit de principes éditoriaux. Si les éditeurs s’emploient à respecter les consignes laissées par Flaubert, ils se sont aussi donné pour règle générale de ne pas reproduire les coupures de presse[42]. La citation de Girardin n’existant pas in extenso dans les dossiers sous une forme manuscrite, elle a donc été exclue du sottisier.

21
Cette élimination est contrebalancée par l’insertion de quatre citations que Lea Caminiti et Alberto Cento sont allés chercher hors des deux pages préparées pour le second volume, en vertu du principe selon lequel le caractère inachevé de l’œuvre autorise l’éditeur – voire requiert de sa part – qu’il reconsidère la chaîne complète de production des citations destinées au sottisier[43]. Les éditeurs ont donc passé en revue toutes les notes de lecture relevées par Flaubert – à la recherche de citations que Laporte aurait oubliées ou négligées. La première qu’ils ont repérée se situe dans les notes prises sur le Manuel des engrais par Landrin : « On nous trouvera sans doute bien modérés en lisant ce qu’écrit avec une plume élégante et le cœur d’un honnête homme M. Rohart dans son Guide des engrais »[44]. Ce hardi zeugma a échappé à Laporte. Flaubert l’avait pourtant sélectionné d’un trait en marge et signalé par la moqueuse mention : « style agricole ». Il est donc tout à fait pertinent de l’adjoindre à la liste des citations appartenant à cette catégorie.

22
L’évidence sera en revanche moins forte pour les autres citations retenues par les deux éditeurs. En effet, ils ont découvert dans les notes prises par Flaubert sur les Tableaux de la vie rurale par Désormeaux trois citations qui portent exactement la même croix[45]  :

  • Jachère vient de jacere, hic jacet, inscription des tombeaux ne saurait être applicable à la terre qui ne meurt jamais. (p. 36)[46]
  • L’agriculture est un culte perpétuel que l’espèce humaine rend au créateur en perfectionnant son œuvre[47].
  • « La coagulation (du lait) est un mystère durant lequel ce lait se divise en trois parties et ce mystère doit s’accomplir par des mains pures, dans un sanctuaire consacré, loin de tous les regards profanes. » (p. 66)[48]

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Cependant, ces citations – dont rien n’indique explicitement qu’elles étaient « à copier » – ne sont accompagnées d’aucune rubrique signalant leur destination précise dans le second volume. Rien ne prouve que Flaubert les avait sélectionnées en vue de la section « Style agricole ». Le choix de classement opéré par les éditeurs est donc défendable mais non pas incontestable.

24
Dans leur édition, en réunissant 14 citations, Lea Caminiti et Alberto Cento ont donc réparé un très vraisemblable oubli de Laporte et offert un échantillon intéressant – quoique naturellement discutable – de citations qui auraient pu elles aussi être retenues par le romancier. Dans l’espace restreint et contraint d’une édition imprimée, ils ont opéré un choix convaincant du point de vue scientifique, mettant au jour le contenu quasi sûr et proposant une sélection pertinente de possibles ajouts[49].

25
Néanmoins, l’éviction de la coupure de presse contenant le texte de Girardin pose question. S’il est évidemment pertinent de ne pas retenir une masse de documents imprimés qui ne portent aucune annotation et dont la présence dans les dossiers documentaires relève parfois de l’erreur de classement caractérisée, il en va tout autrement lorsqu’il s’agit de coupures de journaux soigneusement collées sur des pages préparées pour le second volume… En outre, pour quelle raison avoir modifié l’ordre dans lequel se présentent – sur la page manuscrite – les trois citations prises sur l’ouvrage de Désormeaux ? Si aucune note de régie due à Flaubert n’invite à le bouleverser, il aurait fallu le respecter. Ces remarques nous amènent en tous cas à proposer une version modifiée – en extension et en composition – du sottisier agricole, comportant 15 citations[50].

26
Enfin, en 2004, Hans-Horst Henschen a publié une édition en allemand du second volume de Bouvard et Pécuchet[51]. S’ouvrant sur les quatre premières citations du folio 134, la section Style agricole de cette reconstitution hypothétique présente ensuite la double particularité de ne pas respecter la succession des extraits de Casanova et de Saint-Gervais indiquée en marge par Flaubert (ce qui est une décision défendable au vu du caractère conjectural de la note de régie) ; et d’insérer entre ces deux fragments celui de Girardin (ce que rien, en revanche, ne vient justifier à nos yeux). Quant aux citations ultérieures, elles respectent l’ordre des folios 134 et 135 et sont suivies des quatre mêmes fragments repérés et sélectionnés auparavant par Alberto Cento et Lea Caminiti. Cette version du sottisier agricole comprend ainsi 15 citations[52].

27
Ce rapide parcours parmi différentes éditions imprimées du « second volume » montre qu’il existe entre elles des différences notables en ce qui concerne le sottisier agricole. L’ordre des citations connaît des variations, tout comme le nombre des citations retenues, en fonction des principes éditoriaux adoptés et de l’ampleur que les éditeurs ont voulu – ou eu la possibilité de – donner à leur reconstitution conjecturale du second volume de Bouvard et Pécuchet. Mais on peut aller plus loin. Les limites qu’impose une édition « papier » s’évanouissent lorsqu’on passe dans le monde du numérique. À la rude contrainte de la sélection se substitue l’enivrante liberté d’une cueillette qu’on peut rêver exhaustive. On se propose donc ici de poursuivre la démarche initiée par Lea Caminiti et Alberto Cento en complétant la rubrique « Style agricole » avec toutes les citations, présentes dans les dossiers tels qu’ils sont actuellement conservés à Rouen, qui auraient pu lui être ajoutées – même si elles ne sont pas matériellement accompagnées de cette catégorie de classement.

Qu’est-ce que le « style agricole » ?

28
Encore faut-il préalablement cerner ce que Flaubert entend exactement par le « style agricole ». Ce n’est déjà pas le « style paysan » tel qu’il apparaît dans la lettre prétendument adressée par « Jean-Claude Têtu, maire de Montagnole, district de Chambéry, à ses chers concitoyens les habitants du Mont-Blanc » et en réalité rédigée par Joseph de Maistre « pour rassainir et diriger l’esprit public » dans le respect de deux contraintes : « parler toujours français, et cependant […] faire toujours parler un laboureur »[53]. Dans la marge des notes qu’il a prises sur ce texte, Flaubert a inscrit la catégorie de classement « Style » qu’il a précisée ensuite dans le corps de la page : le maire « écrit en style paysan - “dam - - ma vache !” »[54]. Même s’il y a ici un effet à double détente puisqu’il ne s’agit que d’une fiction de style paysan, on voit bien que, contrairement au style agricole, ce style sert à caractériser la manière dont s’expriment ceux dont c’est le véritable métier de travailler la terre. Ceux-ci ne tiennent pas de discours qui ambitionneraient de théoriser une pratique ; ils se contentent de faire – et de le dire – avec leur vocabulaire souvent pauvre et leurs tournures marquées par l’oralité.

29
Le style agricole doit aussi être distingué du « style rococo ». En effet, de nombreuses citations touchant à l’univers agricole – ou plus largement concernant la campagne – se trouvent accompagnées de cette catégorie de classement. Le plus souvent, il s’agit de vers – d’une facture médiocre – qui font tourner à vide les ressorts de la poésie. Le but poursuivi est alors doublement manqué : d’une part, les vers ne parviennent pas à délivrer une information technique (ou pratique) claire et opératoire ; d’autre part, les vers ne touchent à la littérature que par une virtuosité et un emploi de figures si contournées qu’elles ne font plus qu’exhiber des procédés. Il en va ainsi de l’évocation de la greffe par Gouge de Cessières dans son poème Les Jardins d’ornements, ou Les Géorgiques françaises (1758) :

Par le tranchant du fer un bouton détaché,
Dans une jeune écorce à l’instant attaché,
Va d’un sein étranger tirer sa nourriture.
L'arbre nouveau paraît surpris de sa parure ;
Son tronc s’enorgueillit d’un feuillage emprunté[55].

30
Le dessein de l’auteur était de combattre l’opinion selon laquelle « il n’est pas possible de faire, en français, un bon poème sur l’agriculture »[56]. En rangeant les vers de Gouge de Cessières dans la rubrique « Style rococo », Flaubert sanctionne l’échec de l’auteur, son incapacité à se hausser au niveau de l’idéal visé. Le domaine agricole n’est d’ailleurs pas le seul concerné : tous les champs de l’encyclopédie peuvent tomber dans le style rococo (aussi bien la médecine que la pédagogie ou l’astronomie) car le medium seul est en cause.

31
Les dossiers de Rouen foisonnent également d’idées reçues qui touchent à la campagne et à ses habitants sans que la forme des citations, un quelconque « style », soit en cause. Par exemple, le romancier a relevé et classé dans la rubrique « Grands écrivains - Voltaire » un extrait de la pièce Les Guèbres ou la Tolérance. La jeune Arzame y évoque la figure de son père :

Il apporte en son camp (de César) les fruits de ses jardins
Qu’avec lui quelquefois j’arrosai de mes mains ;
Nos mœurs, vous le voyez, sont simples et rustiques[57].

32
Quand Flaubert avait lu cette pièce, il avait ajouté dans ses notes, à la suite de ce passage, un commentaire qui justifiait par avance sa sélection future dans le Sottisier :

pr être jardinier, quelle admiration pr l’agriculture ! à quelle époque donc n’y en a-t-il pas eu ? prquoi cet enthousiasme en entendant dire qu’elle[58] arrosait des choux ? La campagne est une chose dont [on ?] a cruellement abusé sous le point de vue vertueux ; comment est-il plus louable de ratisser des allées ou de repiquer des oignons que de faire de la tapisserie ou de cirer des bottes[59]  ?

33
C’est donc parce qu’il célèbre abusivement la prétendue moralité universelle des habitants de la campagne que Voltaire est ici épinglé[60].

34
Cette valorisation aussi extrême qu’infondée des mœurs des populations rurales s’accompagne d’un phénomène qui la dépasse mais dont elle illustre à merveille l’un des versants : il s’agit de l’exaltation du bas, autre catégorie qui confine parfois avec le style agricole. Dans cette rubrique, Flaubert range par exemple cet extrait des Soirées d’automne de l’abbé Maunoury : « Il n’est pas nécessaire d’être un docteur pour s’assurer qu’un homme est couvert de lèpre ou aveugle ou estropié. Un paysan, qui a de bons yeux, en sait tout autant là-dessus, qu’un académicien »[61]. Et il y place aussi ce passage de Raspail : « Le paysan moins érudit et moins savant était dans le vrai sur ce point comme sur bien d’autres »[62].

35
Grâce aux citations que Flaubert a lui-même sélectionnées pour qu’elles entrent dans la catégorie du style agricole, mais aussi grâce aux distinctions qu’on vient d’opérer entre cette rubrique particulière et d’autres qui entretiennent avec elle des rapports étroits, on peut maintenant cerner avec précision ce que le romancier entend par le « style agricole ». Pour Flaubert relèvent d’abord de cette catégorie les citations extraites d’ouvrages qui envisagent l’agriculture et ses domaines connexes de manière théorique : des manuels, des traités ou tout autre recueil de conseils ou de prescriptions. Mais surtout, les passages sélectionnés dans ces ouvrages théoriques recourent à des procédés littéraires[63] ou bien formulent des considérations morales, esthétiques ou philosophiques qui ne sont pas justifiés par la dimension technique de leur discours. L’horizon d’attente du lecteur s’en trouve perturbé. Le style agricole naît ainsi du décalage entre l’attente d’une parole maîtrisée et neutre émanant d’un expert en agriculture, et la manifestation imprévue de soudaines envolées pseudo-littéraires qui sont le propre d’un poète contrarié ou d’un moraliste rentré. Plus le décalage est important et plus la catégorisation se trouve justifiée.

Le sottisier agricole à l’heure de l’agenceur

36
À l’aune de cette définition, poursuivant le travail de relecture et de sélection commencé par Alberto Cento et Lea Caminiti dans leur édition du Sottisier, on a cherché dans les dossiers documentaires des extraits que Flaubert aurait également pu fédérer sous la bannière du style agricole sans qu’ils en portent la trace indiscutable. Dans l’ensemble des notes de lecture prises par le romancier en vue de la rédaction de son chapitre II, on a finalement sélectionné huit citations, respectivement issues de L'Arboriculture fruitière[64] de Gressent :

  • Candélabre à branches obliques : « c’est la reine des formes pour le pêcher ! » (p. 262)[65]

37
du Potager moderne[66] du même Gressent :

  • « La fosse à engrais liquides est l’âme de la fabrication des composts, – précieuse ressource qui nous permet de faire des quantités considérables d’engrais sans fumier ! » (p. 71)[67]
  • Définition du paysan et du citadin : « Le paysan est l’abeille de notre beau pays de France, comme le citadin en est le frelon. » (P. 234)[68]

38
de La Maison rustique du XIXe siècle[69]  :

  • Carottes. Plante bisannuelle. « Il serait à désirer que l’agriculture fît sous ce rapport de nouvelles conquêtes. Celui qui trouverait une variété qui parcourût toute la période de sa végétation en peu de temps rendrait un service véritable aux cultivateurs, à ceux surtout qui cultivent cette plante comme racine secondaire. »[70]

39
des Premiers Pas dans l'agriculture[71] de Casanova :

  • Pomme de terre. « Le roi martyr, le bon Louis XVI fut celui qui protégea le premier la culture de la pomme de terre et il donna à l’illustre Parmentier un terrain près Paris pour la plantation de ce précieux tubercule. » (p. 88)[72]

40
et surtout des Tableaux de la vie rurale[73] par Désormeaux :

  • Le berger doit sentir le petit lait. « On compose le baume vestimental du pasteur avec du suint, du suif, de la coriandre, du cumin, du petit lait, de la pressure et de la rocambolle. » (V. p. 27, t. 2)[74]
  • La laie vit avec ses petits pendant deux et quelquefois trois ans : elle mène quelquefois paître plusieurs générations ensemble. On voit ces mères de famille se réunir dans les bois, et se réjouir de se trouver ensemble avec tous leurs enfants. (p. 43)[75]
  • Le blé est presque toujours complice du pouvoir, la pomme de terre s’accommode mieux avec la liberté[76].

41
On a ajouté ces nouvelles citations à la liste rectifiée provenant de l’édition de Lea Caminiti et Alberto Cento. Grâce à l’outil informatique – l’agenceur – disponible sur le site des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet (voir supra), on a pu créer une nouvelle version du sottisier agricole réduit à son seul style, une version[77] composée de 23 citations, qui tient compte de toutes les modifications et de tous les enrichissements opérés au fil de cet exposé.

42
Pour permettre à l’agenceur d’aller récupérer les extraits sélectionnés dans le corpus, on leur a attribué – dans l’encodage des fichiers XML-TEI – la catégorie de classement « style agricole ». Cet ajout relevant d’une construction critique, il ne doit pas pouvoir être confondu avec les mentions que le romancier a lui-même portées en marge d’autres citations. Son encodage est donc différent et les catégories n’apparaissent pas, sur le site d’édition en ligne, de la même manière selon qu’elles émanent de Flaubert ou qu’elles résultent d’une interprétation critique : les secondes ne figurent ni sur la vue diplomatique ni sur la vue normalisée ; elles n’apparaissent sur la vue enrichie qu’entre crochets droits et précédées d’un astérisque[78]. Dans l’agenceur, on a utilisé ce même signe diacritique des crochets droits pour signaler le caractère hypothétique et éditorial du rattachement d’une citation à une catégorie de classement.

43
Le processus relève donc d’un véritable geste d’édition critique numérique : l’outil informatique mobilise les citations en fonction des critères choisis ; il produit un morceau de second volume possible – un agencement – dont on conserve volontairement visible, discutable et amendable la couche d’analyse critique qu’il comporte. On peut ainsi incessamment enrichir, modifier et comparer les diverses constructions produites par l’agenceur ; on peut expérimenter facilement de nouveaux agencements qui peuvent ou non mélanger les classements entérinés par Flaubert et ceux qui ressortissent d’une construction critique.

44
L’ultime bêtisier agricole réduit à son seul style que l’on propose ici ne constitue donc pas un indépassable aboutissement. Il s’agit seulement d’une réalisation qui vient prendre place parmi de nombreuses autres, en apportant une réponse nouvelle formulée en fonction d’hypothèses qui pourront toujours être modifiées par la suite. Car en l’absence de sanction auctoriale ultime, il appartient à chaque éditeur de chercher à toujours plus approcher du but que poursuivait vraisemblablement l’écrivain. L’effet produit par la scène des comices agricoles dans Madame Bovary peut en donner une idée. En effet, quelque temps après la rédaction de cet épisode, Flaubert s’émerveillait d’avoir « textuellement » trouvé dans le Journal de Rouen des propos qu’il avait fait tenir par ses personnages : « Non seulement c’était la même idée, les mêmes mots, mais les mêmes assonances de style. Je ne cache pas que ce sont de ces choses qui me font plaisir. – Quand la littérature arrive à la précision de résultat d’une science exacte, c’est roide »[79]. Menée à son terme par l’écrivain, la section « Style agricole » du second volume aurait dû aboutir à un résultat comparable, grâce à l’agencement concerté des fragments retenus. En l’état, elle n’atteint peut-être pas cet idéal mais illustre une nouvelle facette de l’inachèvement de l’œuvre flaubertienne et de l’exigence infinie face à laquelle elle place les critiques d’incessamment rebattre les cartes.

 

 

NOTES

[1] Flaubert, Le Dictionnaire des idées reçues, bibliothèque municipale de Rouen, ms g227, fo 3vo ; en ligne sur le site Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. Édition intégrale balisée en XML-TEI accompagnée d’un outil de production de « seconds volumes » possibles, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé, 2012-..., http://www.dossiers-flaubert.fr/, ISSN 2495-9979.
[2] Lettre à Edma Roger des Genettes, 19 août [1872]. Les références à la Correspondance de Flaubert renvoient à l’édition de Jean Bruneau et Yvan Leclerc (pour le tome V), Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. I (1973), t. II (1980), t. III (1988), t. IV (1998), t. V (2007) ; ici, t. IV, p. 559. Correspondance sera ensuite abrégé en Corr., suivi du tome et de la page. D’autre part, dès que c'est possible, un lien conduit directement à l’édition en ligne de la Correspondance de Flaubert, éd. Yvan Leclerc et Danielle Girard, 2017-..., https://flaubert.univ-rouen.fr/correspondance/edition.
[3] Lettre à Du Camp, 13 novembre [1879], Corr. V, p. 739.
[4] Sur cet outil, et plus largement sur le projet d’édition des dossiers documentaires, voir la vidéo : « Les dossiers de Bouvard et Pécuchet » (réalisation Christian Dury, ISH, Lyon, 2016, en ligne) ; et Stéphanie Dord-Crouslé, « Les “seconds volumes” possibles de Bouvard et Pécuchet : l’avènement d’un lecteur-auteur ? », Patrimoine littéraire en ligne : la renaissance du lecteur ?, sous la dir. de Dominique Pety, Chambéry, Éditions de l'université de Savoie, « Corpus », 2016, p. 117-131 ; en ligne sur HAL).
[5] Le chapitre de l’agriculture a déjà reçu de nombreux éclairages critiques. On consultera en particulier les articles de Claude Mouchard : « Terre, technologie, roman - à propos du deuxième chapitre de Bouvard et Pécuchet », Littérature, no 15, 1974, p. 65-74, en ligne sur Persée ; de Jean Gayon : « Agriculture et agronomie dans Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert », Littérature, no 109, 1998, p. 59-73, en ligne sur Persée ; et, plus récemment, de Stella Mangiapane : « Le dossier “Agriculture” dans les notes de lectures de Bouvard et Pécuchet (premiers éléments) », Plaisance, VI, 17, 2009, p. 157-168 ; « Des mots du savoir aux mots de la fiction. Le lexique de l'agriculture dans le chapitre II de Bouvard et Pécuchet », Revue Flaubert, 13, « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet : l’édition numérique du creuset flaubertien » (éd. Stéphanie Dord-Crouslé), 2013, en ligne, avec annexes ; et « Du discours spécialisé au discours romanesque : sur l’élaboration du chapitre II de Bouvard et Pécuchet », Revue Flaubert, 15, « Bouvard et Pécuchet, roman et savoirs : l’édition électronique intégrale des manuscrits » (éd. Yvan Leclerc), 2017, en ligne.
[6] Flaubert, Carnet de travail no 19, fo 41 : « essais - infructueux. Jardinage vignot. – chasses - pêches. agriculture etc. » et un peu plus bas : « 1. Jardinage - agriculture », Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
[7] Voir l’annexe à l’article de Stella Mangiapane (2013) déjà cité.
[8] Voir ms g226(1), fo 1.
[9] Stella Mangiapane, article déjà cité (2017). Voir aussi passim les notes critiques qui accompagnent les transcriptions de Stella Mangiapane sur le site d’édition des dossiers de Bouvard et Pécuchet. La chronologie et l’identité des titres lus par Flaubert ont été définitivement établies par cette chercheuse.
[10] « C'est l'histoire de ces deux bonshommes qui copient, une espèce d'encyclopédie critique en farce. Vous devez en avoir une idée ? Pour cela, il va me falloir étudier beaucoup de choses que j'ignore : la chimie, la médecine, l'agriculture. Je suis maintenant dans la médecine. – Mais il faut être fou et triplement frénétique pour entreprendre un pareil bouquin ! » (lettre à Edma Roger des Genettes, 19 août [1872], Corr. IV, p. 559).
[11] Stella Mangiapane, article déjà cité (2017).
[12] « Mon premier chapitre est terminé » (lettre à Laporte, [24 ? février 1875], Corr. IV, p. 908).
[13] « Ce soir, enfin je remets sur ma table les dossiers de mon grand roman interrompu et je vais tâcher de reprendre ma besogne ! » (lettre à Edma Roger des Genettes, [3 mars 1877], Corr. V, p. 198-199).
[14] Lettre à Edmond Laporte, [11 septembre 1877], Corr. V, p. 292.
[15] Ce processus a déjà été mis en valeur pour les dossiers de la Médecine (Norioki Sugaya : « Régularités et distorsions : les transferts d’extraits dans le dossier médical de Bouvard et Pécuchet », dans Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critiques et premières réalisations numériques, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé, Stella Mangiapane et Rosa Maria Palermo Di Stefano, Messine, Andrea Lippolis Editore, 2010, p. 215-228, en ligne sur HAL) et de la Religion (Stéphanie Dord-Crouslé : « Entre notes de lecture et fragments préparés pour le second volume, les transferts de citations à l'épreuve du dossier Religion », ibid., p. 81-95, en ligne sur HAL). Le dossier médical a été composé à peu près au milieu du processus rédactionnel du roman (printemps-été 1875, puis mars-novembre 1877), alors que le dossier « Religion » a été travaillé presque au terme de la rédaction complète du roman (septembre 1879-mai 1880).
[16] Voir la fiche de l’ouvrage sur le site des Dossiers.
[17] Voir ms g226(1), fo 13.
[18] Voir ms g226(3), fo 134.
[19] Ou du moins par une partie de ce texte car – curieusement – Laporte s’arrête avant le dernier élément textuel mentionné par Flaubert. Comme l’a remarqué Stella Mangiapane dans son annotation (ms g226(3), fo 13, note 6), la citation aurait dû se présenter ainsi : « Le prunier est l’arbre indépendant par excellence ; il n’aime pas la gêne, et obéit peu à la taille. Il se moque comme un véritable Frontin des formes du poirier dans lesquelles le professeur Du Breuil a conseillé, et conseille encore de l’emprisonner. Il vit, non soumis, mais insoumis à ces formes, cela est incontestable ; à chaque instant il commet des infractions incroyables. Comme l’écolier sous la férule, il est tranquille en apparence, mais ne produit rien ! » (p. 569-570).
[20] Voir le fragment 2 du ms g226(3), fo 134.
[21] Voir le fragment 3 du ms g226(3), fo 134.
[22] Voir ms g226(4), fo 54.
[23] Voir le fragment 7 du ms g226(3), fo 135.
[24] Voir le fragment 2 du ms g226(1), fo 96.
[25] René Dumesnil, « Le sottisier de Bouvard et Pécuchet », Mercure de France, 15 décembre 1936, p. 493-503.
[26] Dès l’avant-propos qu’il avait donné à son édition critique de Bouvard et Pécuchet, Alberto Cento avait annoncé que le deuxième volume de son édition contiendrait, entre autres, « le sottisier » (Napoli, Istituto universitario orientale, et Paris, Nizet, 1964, p. VII).
[27] « Je recherche actuellement les sottises de la médecine » (lettre à Du Camp, [14 mars 1877], Corr. V, p. 203).
[28] Voir ms g226(6), fo 24vo.
[29] Voir les différents travaux de Norioki Sugaya, en particulier : « Régularités et distorsions : les transferts d'extraits dans le dossier médical de Bouvard et Pécuchet », art. cité.
[30] Voir Stéphanie Dord-Crouslé : « Entre notes de lecture et fragments préparés pour le second volume, les transferts de citations à l'épreuve du dossier Religion », art. cité.
[31] Lea Caminiti juge quant à elle que « pour le style agricole le romancier, utilisant ses notes, se borne à quelques exemples très bien choisis » (Le Second volume de Bouvard et Pécuchet, le projet du Sottisier, reconstitution conjecturale de la « copie » des deux bonshommes d'après le dossier de Rouen, éd. par Alberto Cento et Lea Caminiti Pennarola, Napoli, Liguori, 1981, p. XXVIII).
[32] Voir ms g226(3), fo 137.
[33] Voir ms g226(3), fo 145.
[34] Voir ms g226(3), fo 134 et fo 135.
[35] Voir ms g226(3), fo 118. Le sous-dossier comporte les fos 119 à 136.
[36] Œuvres complètes. Bouvard et Pécuchet, éd. de René Dumesnil, Paris, Les Belles Lettres, 1945, 2 vol., t. 2, p. 197-226.
[37] Œuvres complètes. Bouvard et Pécuchet, œuvre posthume, augmentée de La Copie, Paris, Club de l’honnête homme, 1972, 2 vol., t. 5, p. 323-324.
[38] On peut visualiser l’agencement correspondant à l’édition du Club de l’honnête homme (Agencement no 1 constitué de 11 citations) sur le carnet de recherche du projet Bouvard. Les différents agencements qui illustrent cet article ont été réalisés grâce à l’agenceur, un outil informatique de production de seconds volumes possibles librement accessible – après ouverture d’un compte personnel – dans l’espace de travail du site d’édition des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet.
[39] Édition déjà citée.
[40] Ibid., p. 37-39.
[41] Maurice Bardèche n’avait vraisemblablement pas réussi à déchiffrer cette note de régie…
[42] « Par rapport à la “copie” publiée par le Club de l’Honnête Homme on ne trouve pas dans la présente édition : les citations du dossier de Duplan non transcrites dans le sottisier général, les coupures de presse, les passages raturés par Flaubert et d’une manière générale, tous les documents recueillis dans les divers manuscrits, non pour être publiés en entier, mais en vue de leur éventuelle utilisation » (éd. citée, p. VI). Ce principe éditorial est repris et confirmé plus loin dans la préface, p. LXXXII-LXXXIII : « Tout cela nous paraît justifier largement la décision de négliger les documents imprimés non copiés ».
[43] « […] il fallait refaire son travail [celui de Laporte], reprendre son labeur : c’est-à-dire copier, dans les notes de Flaubert (section C) tout ce qui est désigné, justement, pour la “copie” » (ibid., p. LXXXI).
[44] Voir le fragment 4 du ms g226(1), fo 32.
[45] Sur la même page (ms g226(1), fo 33), une autre croix de facture différente a été logiquement écartée (en face du fragment 17).
[46] Voir le fragment 2 du ms g226(1), fo 33.
[47] Voir le fragment 1 du ms g226(1), fo 33.
[48] Voir le fragment 11 du ms g226(1), fo 33.
[49] On peut visualiser l’agencement correspondant à l’édition d’Alberto Cento et Lea Caminiti (Agencement no 2 constitué de 14 citations) sur le carnet de recherche du projet Bouvard.
[50] Voir l’agencement correspondant à l’édition d’Alberto Cento et Lea Caminiti modifiée (Agencement no 3 constitué de 15 citations) sur le carnet de recherche du projet Bouvard.
[51] Universalenzyklopädie der Menschlichen Dummheit. Ein Sottisier, Frankfurt am Main, Eichborn-Berlin, 2004, p. 45-47.
[52] Voir l’agencement correspondant à l’édition d’Hans-Horst Henschen (Agencement no 4 constitué de 15 citations) sur le carnet de recherche du projet Bouvard.
[53] Joseph de Maistre, Lettres et opuscules inédits, Paris, A. Vaton, 1851, t. 2, p. 81.
[54] Voir le fragment 1 du ms g226(6), fo 267vo. Le texte exact de Maistre est celui-ci : « Quant à moi, je vous déclare que je ne veux point de mal à ces messieurs, et que je donnerais ma plus belle vache qu’il ne leur arrivât point de mal ; mais dam ! aussi, voyez-vous, il ne faudrait pas nous perdre pour les beaux yeux de si peu de monde » (op. cit., p. 83).
[55] Voir le fragment 3 du ms g226(3), fo 9.
[56] Les jardins d’ornemens, ou Les géorgiques françaises. Nouveau poëme, en quatre chants, par M. Gouge de Cessierres, Paris, Guillyn, 1758, p. V.
[57] Voir le fragment 5 du ms g226(3), fo 101.
[58] Il s’agit de la jeune fille prénommée Arzame.
[59] « Le théâtre de Voltaire », éd. Théodore Besterman, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, Genève, 1967, t. 51, p. 405.
[60] Voir aussi ailleurs dans les dossiers de Rouen cette opinion de Granier de Cassagnac : « c’est le bon sens des campagnes qui a préservé la société, c’est la simplicité droite et morale des paysans qui a sauvé la vie, la famille et les biens des hommes fiers de leur science » (ms g226(2), fo 43). Quant à Flaubert, il écrit à Louise Colet : « La vue d’un champ de blé est quelque chose qui réjouit plus le philanthrope que celle de l’Océan. Car il est convenu que l’agriculture pousse aux bonnes mœurs » (lettre du [21 août 1853], Corr. II, p. 405).
[61] Voir le fragment 4 du ms g226(1), fo 98.
[62] Voir le fragment 2 du ms g226(1), fo 96.
[63] Comparaisons, métaphores, et toutes autres figures de style ou « procédés ». C’est ainsi que l’on peut comprendre la distinction qu’opère Flaubert entre les romanciers et les agriculteurs : « Je n’appelle pas faire des lectures sérieuses lire des bouquins traitant de matières graves, mais lire des livres bien faits, et bien écrits surtout, en se rendant compte des procédés. Sommes-nous des romanciers ou des agriculteurs ? » (lettre à Amélie Bosquet, [2 janvier 1868], Corr. III, p. 721).
[64] Voir la fiche de l’ouvrage sur le site d’édition des dossiers.
[65] Voir le fragment 8 du ms g226(1), fo 12vo.
[66] Voir la fiche de l’ouvrage sur le site d’édition des dossiers.
[67] Voir le fragment 12 du ms g226(1), fo 14.
[68] Voir le fragment 6 du ms g226(1), fo 14vo.
[69] Voir la fiche de l’ouvrage sur le site d’édition des dossiers.
[70] Voir le fragment 16 du ms g226(1), fo 17.
[71] Voir la fiche de l’ouvrage sur le site d’édition des dossiers.
[72] Voir le fragment 10 du ms g226(1), fo 28.
[73] Voir la fiche de l’ouvrage sur le site d’édition des dossiers.
[74] Voir le fragment 19 du ms g226(1), fo 33.
[75] Voir le fragment 2 du ms g226(1), fo 33vo.
[76] Voir le fragment 1 du ms g226(1), fo 34.
[77] Voir l’agencement correspondant (Agencement no 5 constitué de 23 citations) sur le carnet de recherche du projet Bouvard.
[78] Voir par exemple les différents affichages de la huitième citation ajoutée au sottisier agricole (fragment 1 du ms g226(1), fo 34) : sans catégorie en vues diplomatique et normalisée ; avec catégorie entre crochets droits et précédée d’un astérisque ([*Style agricole]) en vue enrichie.
[79] Lettre à Louise Colet, [22 juillet 1853], Corr. II, p. 387-388.


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