REVUE
RECHERCHE
Contact   |   À propos du site
Retour
Sommaire Revue n° 18
Revue Flaubert, n° 18, 2019 | Bouvard et Pécuchet et l'agriculture
Numéro dirigé par Stéphanie Dord-Crouslé et Éric Le Calvez

Flaubert, Bouvard et Pécuchet « devant la divergence des opinions » dans les savoirs agricoles du XIXe siècle

Stella Mangiapane
Maître de conférences
Université de Messine
Voir [Résumé]

 

« De page en page, de ligne en ligne, une connaissance se lève,
et aussitôt une autre se dresse à son tour, abat la première
et tombe elle-même frappée par sa voisine. »
Guy de Maupassant, « Bouvard et Pécuchet »,
Le Gaulois, 6 avril 1881

 

1
Sur le champ de bataille ouvert par Flaubert dans Bouvard et Pécuchet afin de lutter encore une fois contre le conformisme et la bêtise[1], et remporter sur eux une victoire définitive, l’ironie, le comique et le grotesque sont les armes affilées par lesquelles l’écrivain déconstruit le pouvoir et la valeur symbolique du Savoir et des savoirs, mythes incontestés de son temps. Confiant dans la science – comme tout homme de cette seconde moitié d’un siècle traversé par une foi aveugle dans la culture scientiste – et dans son modèle de rigueur méthodologique, qu’il appliquera dans l’écriture littéraire, Flaubert ne peut pas s’empêcher pourtant, grâce à la lucidité de l’esprit critique dont il est doué et qui n’a jamais fléchi, de reconnaître et de dénoncer la part d’illusoire qui se manifeste dans les prétentions excessives de la méthode scientifique ainsi que les nombreuses failles révélant le « défaut de méthode dans les sciences »[2]. C’est bien cette part d’incohérence et de contradictions entre les différentes théories ou entre les théories et les résultats de leur application concrète qui devient, en effet, l’un des embrayeurs narratifs du roman posthume permettant, par le biais de toute une série d’épisodes qui effleurent le grotesque ou souvent y plongent, de mettre en scène la revue critique des savoirs ainsi que le thème de l’échec qui sous-tend toute l’œuvre, les deux composantes étant strictement liées l’une à l’autre[3]. Et c’est dans le chapitre II du roman que sont dénoncées pour la première fois, dans des épisodes mémorables pour le rire très souvent amer qu’ils suscitent, les insuffisances et les inconséquences de tout un système épistémologique, tel qu’il se présente dans les ouvrages scientifiques et dans les manuels de vulgarisation du XIXe siècle : « les éternelles contradictions des auteurs, les contradictions des faits, les contradictions des lois reconnues, indiscutées » dont parlait Guy de Maupassant déjà en 1881[4].

2
Mais le chapitre II n’est pas le seul où Flaubert laisse apparaître ces discordances qui parfois sont à l’origine des fautes des deux protagonistes ou, d’autres fois, les condamnent à l’impossibilité d’apprendre et donc d’agir correctement et efficacement et qui, en définitive, laissent l’homme – qu’il soit personnage, lecteur et même auteur – contempler son impuissance à parvenir à la connaissance[5]. Ce ne sont pas seulement les opinions qui se contredisent, car souvent les faits contredisent les opinions : « Les autres expériences échouèrent. Contrairement aux auteurs, les pigeons qu’ils saignèrent l’estomac plein ou vide, moururent dans le même espace de temps » (p. 117). Et d’autres fois, quand les caractères et les idées des deux amis apparaissent inconciliables[6], le désaccord des spécialistes se transforme même en un atout, offrant à chacun une caution pour sa propre position : quand il est question de l’histoire de France, les deux bonshommes ne partageant pas les mêmes idées à propos des régimes politiques, « [p]our avoir plus de faits à l’appui de leurs arguments, ils se procurèrent d’autres ouvrages, Montgaillard, Prudhomme, Gallois, Lacretelle, etc. ; et les contradictions de ces livres ne les embarrassaient nullement. Chacun y prenait ce qui pouvait défendre sa cause » (p. 176). Aussi le thème de la « divergence des opinions » traverse-t-il tout le roman, et donc interroge-t-il toutes les voix de l’encyclopédie, dévoilant l’une des faces de la bêtise, celle qui repose sur l’illusion de l’infaillibilité des savoirs et de la science.

3
Dans ce chapitre II qui fonde le thème de l’échec, Bouvard et Pécuchet ont déjà essuyé de nombreux insuccès quand le roman les montre égarés devant la « contradiction des textes »[7], ces textes qu’ils consultent « fiévreusement »[8] comme s’ils devaient leur révéler des vérités absolues. Depuis quelques temps, après les premières déconvenues agricoles, les deux compères se partagent les tâches, Bouvard s’occupant de la ferme et Pécuchet du jardin. Ce dernier s’essaye entre autres à l’élève du melon – « summum de l’art » (p. 78) horticole qui le conduit à l’apothéose de l’échec – et le jardin fleuri, expériences qui se terminent immanquablement par des désillusions cuisantes. Les deux amis ne comprennent pas les causes de tous leurs insuccès ; ils cherchent alors un secours dans les livres mais ils se heurtent aux insuffisances des manuels consultés. Le passage sur lequel nous nous arrêterons aborde les problèmes concernant l’agriculture proprement dite ; il y est question d’amendements, d’assolements et de jachères, c’est-à-dire de rotation des cultures et de repos du sol, de labours et d’engrais :

Toutes les expériences ratèrent. Il [Pécuchet] était chaque fois fort étonné.
Bouvard, comme lui, rencontrait des obstacles. Ils se consultaient mutuellement, ouvraient un livre, passaient à un autre, puis ne savaient que résoudre devant la divergence des opinions.
Ainsi, pour la marne, Puvis la recommande ; le manuel Roret la combat.
Quant au plâtre, malgré l’exemple de Franklin, Rieffel et M. Rigaud n’en paraissent pas enthousiasmés.
Les jachères, selon Bouvard, étaient un préjugé gothique. Cependant Leclerc note les cas où elles sont presque indispensables. Gasparin cite un Lyonnais qui pendant un demi-siècle a cultivé des céréales sur le même champ : cela renverse la théorie des assolements. Tull exalte les labours au préjudice des engrais ; et voilà le major Beatson qui supprime les engrais, avec les labours ! (p. 79-80)

4
Impossible donc de trancher… Tout leur échappe et Bouvard, se convaincant que « son domaine exigeait la grande culture », tombera dans « le délire de l’engrais », énième déboire.

5
La quête de la connaissance échoue donc car les savoirs se montrent souvent sous la forme de l’opinion, laquelle, en tant que telle, ne peut être unanime : le parcours d’apprentissage des deux personnages en est en retour empêché car ils restent désarmés, dans l’impossibilité et l’incapacité de découvrir des solutions ; l’objet livre s’en trouve ainsi désacralisé. Cet épisode énonce clairement le problème posé par la divergence des opinions des spécialistes à propos d’une même théorie ou pratique. Sa genèse se révèle fondamentale pour comprendre l’un des aspects de la mise en texte du thème de l’échec et, surtout, du rapport des deux protagonistes aux livres et aux savoirs qu’ils recèlent. Avec, en amont, la connaissance du dossier des notes sur l’agriculture[9], l’élaboration du passage dans les scénarios et les brouillons révèle, entre autres, le changement crucial qui s’opère dans les manuscrits : la première idée, confirmée dans plusieurs scénarios, de se passer des livres – « Ils trouvent dans une armoire un tas de vieux livres. “nous n’en avons pas besoin !” ils négligent même de se faire faire une bibliothèque pr. ceux qu’ils ont apportés »[10] – laisse bientôt la place, et il ne pouvait en aller autrement, à cette attitude des deux bonshommes qui permettra de mettre en scène leur relation problématique aux ouvrages scientifiques et à l’apprentissage des savoirs : « ils cherchent fiévreusement dans les livres qu’ils ont fait venir de Caen de quoi obvier à la circonstance. Contradiction des textes X & X »[11]. L’itinéraire ainsi tracé nous permettra d’observer comment se construit, dès l’activité de prise de note de l’écrivain puis dans les manuscrits rédactionnels, le rapport de Flaubert, en vue de la fiction, et de ses personnages, dans la fiction, aux contradictions des savoirs de leur temps.

 

1- Le dossier « Agriculture » :
Flaubert lecteur face à « la divergence des opinions »

 

6
À la lecture de l’extrait cité, on partage sans difficulté l’opinion des protagonistes du roman : effectivement, pas de quoi être réconforté… Le thème de la contradiction est d’ailleurs l’un de ceux choisis pour le second volume : parmi les pages consacrées aux « Contradictions de la Science » en figure une[12] dans laquelle sont citées deux « Contradictions économiques » provenant du dossier sur l’agriculture et que Flaubert a mises en relief dans ses feuillets de notes. Probablement pendant la relecture systématique du matériel rassemblé pour le chapitre II, Flaubert a ajouté et souligné dans le dernier folio des notes prises sur la Maison rustique, une remarque – « contradiction v. plus bas Gasparin travail » – se référant à une phrase recopiée telle quelle de l’ouvrage-source et qui, mise entre guillemets, se présente donc sous la forme de la citation proprement dite[13]  : « “La propriété est le résultat & la récompense du travail” t 4. p. 210 »[14]. L’ajout indiquant l’existence d’une contradiction quant à ce que produit le travail semble bien renvoyer à un passage, lui aussi cité entre guillemets, qui se trouve dans le premier folio des notes prises sur le Cours d’agriculture de Gasparin[15] – passage suivi par un commentaire personnel de l’écrivain[16] :

 

Profit du fermier Économie politique     « Nous avons eu l'occasion de faire le compte d'un fermier qui prospérait et son profit moyen n'était pas au-delà du dixième de son capital. Je n'oserais pas dire qu'en comprenant dans ce calcul les mauvaises années qui viennent de passer, il lui restât beaucoup de bénéfices des quinze années précédentes mais certainement, en tout comptant, il n'a pas doublé son capital en 20 ans !2  »Réf. bibl.     Donc il aurait mieux fait de ne pas travailler du tout, et de laisser chez un banquier les intérêts de son capital amener en 15 ans, son capital au double.     Voilà comme l'argent est le produit du travail !

Fig. 1 - Ms. g226(1) fo 20 (extrait ; fragment 13)

 

7
Et en effet, conformément à l’indication de Flaubert, les deux citations ont été recopiées par Laporte[17]. Le fil rouge de la contradiction devait donc relier le premier volume du roman au second – hélas inachevé[18]  ! – traçant un chemin aussi bien dans les mésaventures des protagonistes que dans leur dernière aventure consacrée à la copie.

8
Selon sa méthode habituelle, c’est pendant ses lectures préparatoires que l’écrivain commence le travail qui doit nourrir l’écriture de fiction en rassemblant tout ce qui retient son attention au sujet des discordances rencontrées dans les manuels qu’il consulte. Il les lit « fiévreusement », à l’instar de ses personnages mais dans un but et d’une manière bien différente : il traque le manque de clarté et de précision dans certains passages d’un même manuel, qui empêchent donc de se former une opinion nette sur telle ou telle autre théorie ou pratique, ou bien les contradictions entre les différents auteurs à propos d’un même sujet, surtout quand ce sont les auteurs eux-mêmes qui comparent les différentes théories et techniques en prônant l’efficacité d’un procédé que d’autres déconseillent ou vice-versa. Souvent, en effet, Flaubert met en relief ces passages en les soulignant, en les sélectionnant déjà en vue du premier ou du second volume du roman, ou en y associant des commentaires personnels, comme on vient de le voir.

9
Nous allons nous concentrer surtout, mais pas exclusivement, sur des exemples concernant quelques-unes des contradictions citées dans le passage du roman qui fait l’objet de notre analyse.

10
Vers la fin de 1872, l’écrivain entreprend ses lectures sur l’agriculture : le premier ouvrage auquel il s’applique est la Maison rustique du XIXe siècle en quatre volumes de Charles Bailly (1835-1844), sous-titré Encyclopédie d’agriculture pratique. De cet ouvrage collectif, auquel collaborent de nombreux agronomes reconnus, Flaubert tire dix feuillets de notes[19]. Dès les premières pages, il est confronté à la complexité et à l’aléatoire de certaines théories et des pratiques qui en dérivent : les auteurs s’ingénient à illustrer une pléthore de cas et circonstances dans lesquels elles seraient efficaces, tout en reconnaissant que parfois elles provoquent des effets secondaires, ou, au contraire, nuisibles, ce qui ne manque pas d’apparaître comme un élément qui mine la scientificité des procédés, et rend leur application douteuse. Dans le premier feuillet de notes prises sur l’ouvrage de Bailly, à propos de l’emploi du plâtre comme amendement stimulant, l’écrivain note par exemple : « plâtre. sulfate de chaux ou gypses pr. les légumineuses – fèves, haricots, pois Mais les rend difficiles à la cuisson »[20]. Cette note, où ce qui fait problème et donc affaiblit la validité de l’emploi de la substance est marqué par la conjonction adversative « mais », résume les explications données aux pages 71-72 du tome I de la Maison rustique ; rien n’apparaît certain ni absolu, tout est aléatoire et connaît des exceptions :

Le plâtre paraît convenir particulièrement[21] sur les légumineuses, son effet est contesté sur les graminées ; cependant en Amérique, on s’en loue sur le maïs ; entre les mains de quelques-uns, il a donné beaucoup d’activité à la végétation du chanvre. Ce sont là des faits particuliers que nous ne nions pas, mais il est à peu près certain qu’ils ne se reproduiraient pas partout […]. Le plâtre s’emploie avec succès sur les fèves, les haricots et les pois, mais on l’accuse alors de rendre les graines produites d’une difficile cuisson.

11
Dans ce discours qui se voudrait scientifique, « paraît convenir » – expression qui, elle, ne convient guère à la rigueur de la science – , « son effet est contesté », « cependant » avec l’exception qu’il introduit, et « il est à peu près certain » sont autant d’indices qui infirment, ou du moins relativisent, l’efficacité de l’action du plâtre : il est bon pour une espèce végétale, les légumineuses, « mais » il produit des effets collatéraux en les rendant « d’une difficile cuisson » ; il n’est pas bon (« contesté ») sur les graminées et « cependant » en Amérique on est satisfait de son emploi sur une graminée, le maïs ; et aussi « quelques-uns », en dehors de la loi générale, ont obtenu des résultats appréciables sur le chanvre, appartenant à une troisième espèce, les cannabacées. Puvis, auteur de l’article « Du plâtre, sulfate de chaux, ou gypse » dont nous venons de lire un extrait, et qui figure parmi les spécialistes mentionnés dans le passage du roman, considère et définit ces cas comme des « faits particuliers » qu’on ne peut pas nier mais qui ne devraient pas infirmer l’emploi du plâtre comme amendement. Néanmoins, son écriture renvoie l’image d’un discours pseudo-scientifique qui risque de s’effriter, à la manière du sol épuisé par les cultures (voir infra), sous le poids des « cas particuliers » et de ce conditionnel introduisant une hypothèse qui n’est pas vérifiée ni vérifiable. En définitive, à la lecture de la totalité de l’article consacré à cette substance (p. 71-73 de l’ouvrage), ce qui est exposé apparaît comme une série d’expériences pratiques, parfois contradictoires et contestées par d’autres expériences, qui ne semblent pas avoir vraiment de fondement scientifique. Un bon exemple, donc, à citer comme cas de « divergence des opinions ».

12
Dans un autre feuillet, tout de suite après une longue note concernant les assolements, une annotation, cette fois très synthétique – « Jachères. pr & contre. (268-9) »[22] – signale que cette pratique, liée à la rotation des cultures et dont le « but principal est de reposer la terre en l’empêchant de porter continuellement des céréales » (p. 268), est loin d’avoir toujours des effets positifs. La note de Flaubert renvoie aux pages de l’ouvrage dans lesquelles Oscar Leclerc-Thouin, auteur du chapitre X consacré aux assolements (t. I, p. 256-285), illustre en effet de manière minutieuse la multiplicité et la complexité des facteurs qui doivent être considérés quand on veut mettre en œuvre ces procédés, ainsi que l’hétérogénéité de leur application et les résultats parfois discutables qui en dérivent. D’ailleurs, à la page précédente, il a prévenu le lecteur : « Malheureusement, il faut sans cesse répéter que rien n’est absolu en agriculture » !

13
Et dans ce sens, quelque cent pages plus loin, dans le chapitre XV du même tome de la Maison rustique (« Des céréales et de leur culture spéciale », p. 365-410), Flaubert remarque et prend en note un autre cas, c’est-à-dire l’avis d’Oscar Leclerc Thouin et Vilmorin lesquels, toujours à propos des préceptes gouvernant l’assolement, déconseillent d’alterner la culture du froment avec celle des pommes de terre (p. 376) : « contraire à la théorie des assolements. ne pas faire suivre la récolte des pommes de terre d’une culture de froment elles épuisent le sol. l’effritent »[23].

14
La Maison rustique n’est pas le seul ouvrage dans lequel l’écrivain relève ce genre de problèmes. La période de janvier à avril 1873 est consacrée à la lecture d’un autre important ouvrage, le Cours d’agriculture de Gasparin en six volumes (1843-1860), véritable manuel encyclopédique de référence pour les sciences agricoles. Flaubert en tire 16 feuillets de notes[24]. De nouveau, il s’intéresse aux amendements et, en lisant, à partir de la page 491 du tome premier, le chapitre consacré à la « Recherche des aliments convenables aux diverses plantes » dans la « Neuvième partie –Alimentation végétale (engrais, amendements, stimulants) », l’écrivain prend d’abord une consistante série de notes concernant l’« effet des engrais sur les plantes »[25]. Ensuite, à la page 525, il rencontre le passage suivant concernant l’emploi des os comme engrais :

Usités de temps immémorial par les cultivateurs d’oliviers et d’orangers de la rivière de Gênes, pays qui manque d’engrais, les os sont devenus d’un usage beaucoup plus général depuis que les cultivateurs anglais ont pris le parti de les broyer et de les réduire en poudre à l’aide de machines puissantes. Les effets des os ont été fort controversés. MM. Wrède, Korte, M. de Dombasle, n’en ont obtenu aucun bon résultat ; au contraire, dans le duché de Bade, dans le Würtemberg, en Angleterre, on y a attaché tant d’importance que les os y sont devenus l’objet d’un grand commerce. L’importation anglaise est immense ; elle a mis à contribution tout le nord de l’Europe et jusqu’aux débris glorieux de la bataille de Waterloo ; elle charge des vaisseaux d’os à Buenos-Ayres.

15
« Effets […] fort controversés », « au contraire » : les textes guident l’écrivain vers de nouvelles perles et la liste des contradictions consignées dans les notes s’enrichit[26] :

 

Os     doivent être brisés et réduits en poudre. Waterloo     Dombasle n'en avait obtenu aucun avantage - au contraire en Angleterre on en fait un grand commerce. « L'importation anglaise est immense. Elle a mis à contribution tout le nord de l'Europe et jusqu'aux glorieux débris de la bataille de Waterloo. Elle charge des vaisseaux d'os à Buenos-Ayres. »(p. 525)

Fig. 2 - Ms. g226(1) fo 21 (extrait ; fragment 3)

 

16
Pendant la lecture du Cours d’agriculture de Gasparin, Flaubert prend aussi de nouvelles notes sur la théorie des assolements qui donne lieu à des pratiques complexes et soumises à de nombreuses exceptions ; les opinions des spécialistes à ce sujet étant opposées, quoi de plus attrayant pour un écrivain à la recherche de contradictions dans les savoirs ? Les notes enregistrent ce que le roman plus tard mettra en scène : dans un feuillet, l’indication « Contraire aux assolements » est placée en marge d’une note tirée de la page 27 du cinquième tome de l’ouvrage, dans laquelle il est aisé de reconnaître ce qui passera dans le texte du roman : « Cependant un champ près de Nîmes a été cultivé, quarante ans de suite avec des céréales. – un cultivateur des environs de Lyon a semé, avec du succès du froment pendant quarante ans sur le même champ. (27) »[27]. Et à la page 141, une nouvelle indication contestant la réussite des assolements est relevée : « Mathieu de Dombasle, au bout de quatre ans, vint à douter de la nécessité d’un assolement régulier. (141 »[28].

17
Aussi, dans les autres ouvrages consultés, l’écrivain prend-il en note tout ce qui pourrait servir à la besogne : « contradiction(s) », « contraire », « contraire à » sont souvent les mots et expressions qui fonctionnent pour Flaubert comme autant de balises lui permettant de retrouver ensuite dans ses notes de quoi alimenter son projet littéraire. Toujours à propos des engrais, « Les couches – ne sont pas dispendieuses, – malgré le préjugé contraire »[29]  ; à propos de la taille des arbres fruitiers : « Pêcher. on avait prétendu que tout bouton à fleurs non accompagné d’un œil à bois ne pouvait amener son fruit à la maturité. Mr Lepère a démontré le contraire »[30]. La taille étant une pratique extrêmement complexe et délicate, Flaubert lui consacre de nombreuses pages de notes et, de nouveau, ne perd pas une occasion de relever d’autres cas de contradiction qui se présentent à lui pendant ses lectures. Par exemple, dans le Manuel complet théorique et pratique du jardinier de Charles Bailly (1834), l’écrivain prend en note les pages qui pourraient lui être utiles pour retrouver les noms des spécialistes de la taille ainsi que les contradictions que l’auteur de l’ouvrage a relevées entre leurs opinions[31] :

Taille (Roret)      Auteurs sur la taille(p. 131.)     Contradictions sur la taille(p. 133.)

Fig. 3 - Ms. g226(1) fo 11 (extrait ; fragments 1 et 2)

 

18
Après presque huit mois de lectures et la constitution d’un imposant dossier de notes, tout est enfin prêt pour que l’écriture puisse prendre son élan et concrétiser un projet littéraire aussi ambitieux que difficile à réaliser. Selon la méthode de travail qu’il a mise au point, l’activité de prise de notes, chez Flaubert, n’est jamais une activité neutre car elle est guidée par la prévision de l’œuvre mais, en retour, elle la gouverne et la dirige.

2- Donner voix à la « divergence des opinions »

19
Pour que toutes ces contradictions relevées par l’écrivain pendant ses recherches documentaires puissent avoir un écho dans le roman, il faut que les livres, objets délégués à la garde et à la diffusion du savoir, et leurs auteurs, détenteurs reconnus des savoirs bien que souvent en conflit les uns avec les autres, soient présents en tant qu’acteurs dans l’œuvre de fiction. Le roman, en effet, montre Bouvard et Pécuchet prendre la décision de s’instruire une fois rentrés, enthousiastes, de la visite à la ferme du comte de Faverges :

Tout ce qu’ils avaient vu les enchantait. Leur décision fut prise. Dès le soir, ils tirèrent de leur bibliothèque les quatre volumes de La Maison rustique, se firent expédier le Cours de Gasparin, et s’abonnèrent à un journal d’agriculture. (p. 74)

20
Cette bibliothèque, à un premier stade de la genèse du chapitre, ne devait même pas exister : « Dans une armoire ils trouvent un tas de livres. “nous n’en avons pas besoin ! Ah ! bien oui, lire !” & même ils négligent de se faire une bibliothèque pour ceux qu’ils ont apportés »[32]. Mais Flaubert change vite d’avis et cette toute première idée excluant le recours aux livres, après une série de tâtonnements et repentirs[33], laisse la place à l’idée contraire. Il ne s’agit pas dans ce cas pour l’écrivain, évidemment, de se contredire mais de trouver la bonne voie afin que l’encyclopédie, ceux qui la produisent et les « divergence[s] des opinions » qui la caractérisent puissent trouver leur place dans l’histoire des deux commis. Après avoir fixé l’embryon de l’épisode de la visite à la ferme – « (1) agriculture font leur apprentissage dans une ferme des environs »[34]  –, Flaubert introduit, dans le scénario suivant, l’idée de l’apprentissage livresque, en mêlant les études à l’action[35]  :

Comme ils ne savent pas l’Agriculture, ils l’étudient dans une belle ferme des environs chez M. xxx gentilhomme, agronome catholique & polytechnicien. – ils le rencontrent sur ses terres. un soir. […] Ils rentrent enthousiasmés pleins d’ardeur. – Alors étudient l’agriculture dans les livres, regardent de côté & d’autres – donnent des conseils à leur fermier. puis quand ils se croient assez forts ils congédient leur fermier[36].

21
L’apprentissage empirique par l’exemple concret d’une ferme modèle n’est pas suffisant, d’autant plus qu’il ne permettrait pas à l’encyclopédie de se montrer, il faut donc avoir recours aux livres, les nommer, en indiquer les auteurs et faire entendre leurs voix. Bien que l’écrivain tâtonne encore pendant quelques rédactions, l’idée du recours aux ouvrages scientifiques de référence s’impose définitivement et, ce qui est le plus important, en même temps qu’entrent en jeu les « contradictions » : dans un autre scénario, après la visite à la ferme et les premières « Déceptions du jardinage et leurs causes », apparaît l’embryon du passage qui nous intéresse :

Le soir ils se consultent […] ils cherchent fiévreusement dans les livres qu’ils ont fait venir de Caen de quoi obvier à la circonstance. Contradiction des textes X & X – problèmes – p. de la basse-cour – p. des taupes – p. de la coloration des murs – pr. du blé – p. de la marne. Hésitation entre le système Tull et Beatson. théorie des assolements, antipathie des plantes, examen scientifique des terres[37].

22
La « contradiction des textes », qui attendait depuis la prise de notes que l’écrivain lui assigne une fonction dans l’œuvre de fiction ainsi qu’un rôle à jouer dans le développement des faits, intègre les ressorts narratifs de l’œuvre en formation. Il ne reste plus qu’à lui donner une forme, à trouver le régime de discours le plus apte à rendre compte de cette idée qui sera l’une des armes dont l’écrivain se servira pour procéder à la revue critique des savoirs. Dans le passage qui prend en charge cette tâche, Flaubert mêle du narratif avec du discours rapporté et de l’indirect libre, ce dernier restant parfois complètement indécidable.

23
Dans les brouillons, avant que le discours fictionnel ne prenne forme, la première démarche consiste à reverser dans la page manuscrite les renvois ponctuels aux ouvrages (identifiés souvent par les seuls noms de leurs auteurs), voire aux pages des textes-sources. Le premier brouillon est stratégique et, l’accès au dossier des notes étant désormais possible, son analyse permet de se référer systématiquement aux folios du dossier documentaire : se reproduit presque ainsi, sous nos yeux, le va-et-vient continu entre notes et manuscrits rédactionnels sur lequel se fonde le travail de Flaubert. On croit voir l’auteur consulter ses notes, trouver de quoi mettre en scène la « divergence des opinions » et en inscrire la trace dans les brouillons. Le lien entre les deux phases de travail n’en est qu’ultérieurement éclairé, tandis que, pour le lecteur, tous ces rapports qui sont le résultat d’une activité d’étude poussée à l’extrême sont destinés à rester inconnus. Le feuillet commence par une amorce narrative :

Le soir, ils se retrouvaient, Pécuchet les mains pleines d’ampoules pr avoir trop bêché Bouvard les pieds malades pr avoir trop marché dans ses terres. – ils se contaient leurs déboires […] Ou bien consultaient fiévreusement dans les livres . . . qu’ils ont fait venir de Caën de quoi obvier à la circonstance
contradiction des textes :
Problèmes :[38]

24
Tout de suite après, dans la seconde moitié du feuillet, la narration cède la place aux discours des savoirs et l’écrivain planifie l’intégration des données techniques provenant des notes : en les faisant précéder par cette indication qui fonctionne comme un titre de paragraphe – « contradiction des textes : » – Flaubert présente sous forme de liste, aussi bien dans le corps de la page que dans sa marge gauche, les sujets qui posent « Problèmes ». Les signes de renvoi entre les différents fragments se multiplient au fur et à mesure que l’écrivain ajoute telle ou telle nouvelle référence livresque ; toutes ne sont pas destinées à parvenir au texte final mais la variété des questions abordées montre clairement l’effort de problématisation opéré par l’écrivain.

25
Cet effort mérite bien qu’on en rende compte intégralement, ou du moins autant que possible, en croisant les références aux ouvrages indiquées par Flaubert dans le brouillon avec celles aux notes sur l’agriculture : « problème économique du labour. Maison rustique IV. 441 »[39]  ; « problème de la basse-cour. Casanova (63) » (v. fo 28, fragment 6) ; « de l’épine vinette des ormes » (v. fo 24vo, fragment 4) ; « Coloration des murs Gasparin. Note 1 »[40] (v. fo 20, fragment 6) ; « hésitation entre les systèmes Tull & Beatson. Théorie des assolements antipathies des plantes entr’elles. – examen scientifique des terres » (v. fos 23vo, fragments 5 et 7 ; et 26, fragments 7 et 10) ; « Franklin (manuel des engrais roret) » (v. fo 31vo, fragment 10) ; « plâtre Girardin I. 232 252 »[41]  ; « marne M.R. 1er 64 » (v. fo 15, fragment 8) ; « “le marnage n’a pu être prôné que par des hommes ignorants qui ne suivaient aucune théorie” (Nouvel manuel des Engrais, Landrin). 1864 » (v. fo 32, fragment 1) ; « Jachère Ψ pr & contre. (M. rustique 289 » (v. fo 16, fragment 16) ; « ce devient nécessaire dans les terres argileuses compactes que l’on ne peut mettre en état de recevoir les semences que par des labours réitérés.” Gasp. note 7 » (v. fo 26vo, fragment 12) ; « Ψ. [Jachère] “vient de jacere, hic jacet inscription des tombeaux ne saurait être applicable à la terre qui ne meurt jamais”. Désormeaux tabl. de la vie rur. p. 36 » (v. fo 33, fragment 2).

26
Cette masse considérable d’informations devant ensuite entrer dans le tissu narratif, Flaubert essaie d’abord de ménager une certaine place à la voix des spécialistes, en se servant des diverses formes du discours rapporté. À titre d’exemples : « Puvis prétend que dans un sol humide & argileux l’emploi de la marne assainit la couche végétale. & Landrin prétend que le marnage est préconisé par les ignorants » [42]  ; « Il croyait à la théorie des assolements. Eh bien non. Dans le catéchisme d’agriculture de Bordier “pr celui qui peut se procurer assez d’engrais la question d’assolement n’existe plus” »[43]  ; « Bouvard était persuadé que les jachères sont une sottise, & il répétait cette plaisanterie de Désormeaux “jachère vient de hic jacet, inscription tombale et ne saurait être appliquée à la terre, qui ne meurt jamais” »[44]  ; ou encore : « Le dogme des assolemts est contredit par cette phrase du même auteur “ne pas faire suivre la récolte des pommes de terre, d’une culture de froment, car elles épuisent le sol, l’effritent »[45].

27
Au fur et à mesure que les différentes étapes rédactionnelles se succèdent, non seulement le texte se resserre, ce qui est habituel chez Flaubert, mais surtout les titres des ouvrages disparaissent ainsi que les fragments de discours rapporté. Ce dernier stade de la genèse qui gomme la référence aux textes et à leurs titres pour laisser aux noms des spécialistes la responsabilité de représenter un savoir dont on résume synthétiquement le propos, imprime au passage sa physionomie définitive : c’est l’écho de toutes ces voix que l’écrivain laisse résonner dans un passage qui condense en peu de lignes les opinions que les auteurs des manuels ont exposées en des centaines de pages. S’y ajoute l’ironie qui consiste à ménager à Bouvard une place parmi ces savants : « Les jachères, selon Bouvard, étaient un préjugé gothique ». Des pages et des pages d’ouvrages scientifiques, pages que Flaubert a lues dans ses longues journées entièrement consacrées à son propre parcours d’apprentissage qui anticipe et préfigure celui de ses personnages ; des pages et des pages de notes diligemment remplies d’une écriture serrée : tout cela pour n’en arriver qu’à douze lignes sur le manuscrit définitif, certes, mais douze lignes d’une puissance extraordinaire, dans lesquelles se fait entendre un véritable chœur polyphonique dont les voix se répondent les unes aux autres par les oppositions des idées qu’elles expriment.

28
Au terme de l’analyse d’un passage qui pourrait servir de modèle à de nombreux autres, on voit que l’encyclopédie y est incarnée par les spécialistes les plus célèbres de l’époque, bien que leur présence soit parfois anachronique : chaque nom est, ou devrait être, la caution scientifique des propos exprimés. Mais, dans le jeu des contradictions, tout s’écroule et il ne reste au lecteur, s’il participe émotionnellement aux mésaventures des deux protagonistes et se sent solidaires d’eux, qu’à se poser la même question angoissée que Pécuchet se posera quelques pages plus loin dans le roman, après l’échec de l’arboriculture et le désastre de l’averse : « Où est la règle alors ? » (p. 90).

 

NOTES

[1] Plusieurs fois, au fil des longues années durant lesquelles Flaubert cultive le projet romanesque qui aboutira à Bouvard et Pécuchet, il exprime, souvent avec une certaine violence verbale, ses intentions belliqueuses envers ses contemporains : « Sacré nom de Dieu ! il faut se raidir et emmerder l’humanité qui nous emmerde ! Oh ! je me vengerai ! je me vengerai ! Dans 15 ans d’ici, j’entreprendrai un grand roman moderne où j’en passerai en Revue ! […] Ce sont de ces projets dont il ne faut pas parler, ceux-là. Tous mes livres ne sont que la préparation de deux, que je ferai si Dieu me prête vie, I° celui-là, et le conte oriental », lettre à Louise Colet du [28 juin 1853], Correspondance (éd. Jean Bruneau – et Yvan Leclerc pour le t. V), Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », t. I (1973), t. II (1980), t. III (1991), t. IV (1998), t. V (2007). Abrégé par la suite en « Corr. », suivi du tome et de la page ; ici, Corr. II, p. 367 ; « J’étudie l’histoire des théories médicales et des traités d’éducation. — Après quoi je passerai à d’autres lectures. J’avale force volumes et je prends des notes. Il en va être ainsi pendant deux ou trois ans, après quoi je me mettrai à écrire. Tout cela dans l’unique but de cracher sur mes contemporains le dégoût qu’ils m’inspirent. Je vais enfin dire ma manière de penser, exhaler mon ressentiment, vomir ma haine, expectorer mon fiel, éjaculer ma colère, déterger mon indignation » (lettre à Léonie Brainne du 5 octobre [1872], Corr. IV, p. 583) ; « Mais avant de crever, ou plutôt en attendant une crevaison, je désire “vuider” le fiel dont je suis plein. Donc je prépare mon vomissement. Il sera copieux et amer, je t’en réponds » (lettre à Ernest Feydeau du 28 octobre 1872, Corr. IV, p. 596).
[2] Lettre à Gertrude Tennant du [16 décembre 1879], Corr. V, p. 767.
[3] « Dès que les deux bonshommes commencent à s’intéresser à un domaine de l’encyclopédie, ils butent sur la diversité des approches et la multiplicité des points de vue. Ils se trouvent donc écartelés. Ils ressentent l’autorité individuelle de chacun des savoirs et ils ont simultanément conscience de leurs irréductibles oppositions : tous ne peuvent pas avoir raison en même temps ! […] plus les personnages tendent à l’exhaustivité et accroissent le nombre de leurs lectures, plus la définition se refuse à eux. Alors qu’ils aspirent à l’unité, ils se retrouvent plongés dans le règne de l’universelle contradiction » (Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert : une « encyclopédie critique en farce », Paris, Belin, « Belin-Sup Lettres », 2000, p. 76-77).
[4] Guy de Maupassant, « Bouvard et Pécuchet », Le Gaulois, n. 571 (bis), 6 avril 1881, en ligne sur Gallica. Voir aussi Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, avec des fragments du « second volume », dont le Dictionnaire des idées reçues, éd. Stéphanie Dord-Crouslé avec un dossier critique, Paris, Flammarion, « GF », 2011, p. 459-460 (dorénavant le numéro de page est indiqué à la suite de l’extrait cité). Le texte du roman est en ligne sur le site du Centre Flaubert de l’université de Rouen.
[5] « C'est la tour de Babel de la science, où toutes les doctrines diverses, contraires, absolues pourtant, parlant chacune sa langue, démontrent l'impuissance de l'effort, la vanité de l'affirmation, et toujours l'« éternelle misère de tout » (ibid.).
[6] « Le couple des personnages se forme, s’articule dans la dualité des idées. […] Bouvard et Pécuchet se font lecteurs puis copistes pour reproduire ce qui dans les livres et le discours social leur a donné naissance : la contradiction » (Yvan Leclerc, La Spirale et le monument. Essai sur Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert, Paris, SEDES, « Présences critiques », 1988, p. 88).
[7] Voir ms. gg10 fo 37. En ligne : Les manuscrits de Bouvard et Pécuchet, Centre Flaubert, 2013, https://flaubert.univ-rouen.fr/bouvard_et_pecuchet/index.php.
[8] Ibid.
[9] Ms. g226(1) fos 1, 2, 10 à 35vo et 39 à 70. En ligne sur le site des Dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet. Édition intégrale balisée en XML-TEI accompagnée d’un outil de production de « seconds volumes » possibles, sous la dir. de Stéphanie Dord-Crouslé, 2012-..., http://www.dossiers-flaubert.fr/, ISSN 2495-9979.
[10] Ms. gg10 fo 20.
[11] Ms. gg10 fo 37.
[12] Ms. g226(4) fo 54, fragments 1 et 2.
[13] Voir à ce propos Stella Mangiapane, « De la citation à la paraphrase. Réécritures du savoir encyclopédique dans les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet », Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critiques et premières réalisations numériques, éd. R. M. Palermo, S. Dord-Crouslé et S. Mangiapane, Messina, Andrea Lippolis Editore, 2010, p. 141-155 (en ligne sur HAL).
[14] Ms. g226(1) fo 19vo.
[15] Dans le classement patrimonial du dossier Agriculture, qui suit l’ordre de succession des ouvrages mentionnés dans la liste liminaire de la main de Laporte (ms. g226(1) fo 2), les notes prises sur l’ouvrage de Gasparin suivent celles relevées sur la Maison rustique.
[16] Ms. g226(1) fo 20, fragment 13.
[17] Ms. g226(4) fo 54, fragments 1 et 2.
[18] Sur le site des Dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet, un outil informatique d’agencement de citations permet à qui le souhaite de créer une infinité de « seconds volumes » possibles.
[19] Ms. g226(1) fos 15 à 19vo.
[20] Ms. g226(1) fo 15, fragment 11.
[21] Les italiques sont dans le texte.
[22] Ms. g226(1) fo 16, fragment 16.
[23] Ms. g226(1) fo 17, fragment 1.
[24] Ms. g226(1) fos 20 à 27vo.
[25] Ms. g226(1) fo 20vo.
[26] Ms. g226(1) fo 21, fragment 3.
[27] Ms. g226(1) fo 26, fragment 8.
[28] Ms. g226(1) fo 26vo, fragment 2.
[29] Ms. g226(1) fo 14, fragment 15.
[30] Ms. g226(1) fo 10vo, fragment 1.
[31] Ms. g226(1) fo 11, fragments 1 et 2.
[32] Ms. gg10 fo 8.
[33] Les deux idées alternent presque systématiquement dans les scénarios. Nous citons à titre d’exemples les trois premiers : « Dans une armoire tas de vieux livres “Ah, bien oui les livres ! Nous ne sommes pas ici pr lire.” » (ms. gg10 fo 3) ; « dans une armoire, des livres. – “nous avons bien besoin de livres !” » (ms. gg10 fo 25) ; « Ils trouvent dans une armoire un tas de vieux livres. “nous n’en avons pas besoin !” – qui sait n’importe ! c’est toujours bon à avoir !” » (ms. gg10 fo 34).
[34] Ms. gg10 fo 34.
[35] Voir aussi, à propos de cette continuité entre l’action et les études, Yvan Leclerc, La Spirale et le monument, op. cit., p. 71-72.
[36] Ms. gg10 fo 8.
[37] Ms. gg10 fo 37.
[38] Ms. g225(2) fo 125vo.
[39] Ce renvoi montre que Flaubert est revenu directement à l’ouvrage car ce sujet n’est pas présent dans le dernier folio de notes prises sur la Maison rustique, contenant celles tirées du t. IV (ms. g226(1) fo 19vo).
[40] L’indication « Note 1 » renvoie au premier feuillet des notes prises par le romancier sur le Cours de Gasparin. Flaubert inscrit souvent dans ses notes des repères de ce genre pour retrouver plus aisément dans son volumineux dossier les informations qu’il envisage d’utiliser dans son roman.
[41] Dans ce cas aussi, l’annotation pourrait provenir directement de la consultation de l’ouvrage de Girardin et Du Breuil, Cours élémentaire d’agriculture (1850), à moins que les notes prises sur cet ouvrage ne soient perdues car elles manquent dans le dossier Agriculture. Aux pages 252-253 du tome I, les auteurs mentionnent Rigaud de L’Isle et M. Rieffel parmi les agronomes qui, comme dans le texte du roman, ne « paraissent pas enthousiasmés » par l’emploi du plâtre.
[42] Ms. g225(2) fo 125.
[43] Ibid.
[44] Ms. g225(2) fo 127.
[45] Ibid.


Pour télécharger le fichier PDF de l'article, cliquez ici.


Mentions légales