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Sommaire Revue n° 19
Revue Flaubert, n° 19, 2021 | Flaubert, le Dictionnaire et les dictionnaires
Numéro dirigé par Biagio Magaudda

Le voisinage du Dictionnaire des idées reçues

Denis Saint-Amand
Professeur à l’Université de Namur
Voir [Résumé]

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L’histoire littéraire a quelquefois surévalué le caractère exceptionnel du Dictionnaire des idées reçues, en le tenant, avec le Dictionnaire du diable d’Ambrose Bierce (1906), le Dictionnaire abrégé du surréalisme (1938) ou Glossaire j’y serre mes gloses de Michel Leiris (1939), comme l’un des rares représentants des « para-dictionnaires »[1], détournant le cadre générique, les macro- et micro-structures et la portée pédagogique du dictionnaire traditionnel pour transformer l’ouvrage usuel en objet littéraire dont les formes et effets (poétiques, ludiques, satiriques) se distinguent de ceux habituellement assignés à la lexicographie. Destiné à intégrer « le second volume »[2] de Bouvard et Pécuchet, le Dictionnaire des idées reçues est laissé inachevé par la mort de l’écrivain[3]  ; son esquisse, à en croire Maxime Du Camp, précédait la rencontre des deux amis en 1843[4]. Le projet s’inscrit par ailleurs dans une époque où les parodies de dictionnaires prolifèrent en diversifiant leurs mécanismes et leurs cibles, et il partage l’ambition de traquer la bêtise bourgeoise avec d’autres productions satiriques.

Fortune du dictionnaire au XIXe siècle

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L’émergence d’une tendance au détournement dictionnairique, tout au long du XIXe siècle, doit s’appréhender à l’aune de plusieurs données discursives et sociales. On peut d’abord y voir une réaction à ce qui est alors perçu comme une mode, sinon une norme : après la Révolution française et dans le sillage des préceptes d’un Condorcet, les avancées scientifiques font l’objet de publications destinées à présenter les découvertes non seulement aux pairs, mais aussi aux profanes ; le discours de vulgarisation se développe, cherchant à combler un nouveau public de curieux, qu’il fidélise en l’instruisant[5]. Dans ces écrits médiateurs, le savoir est fréquemment associé au plaisir au nom de la curiosité, comme en témoignent les Amusements philologiques de Gabriel Peignot (1808), recensant des figures littéraires allant de l’anagramme aux vers monosyllabiques, proposant une typologie des formes de divination, une nomenclature de chants d’oiseaux et un petit dictionnaire de découvertes anciennes et modernes. Ce dernier contribue à l’extension du domaine dictionnairique, qui voit de nouveaux sujets, disciplines et techniques animer les apprentis lexicographes de tous bords : du Dictionnaire des jeux de l’enfance et de la jeunesse chez tous les peuples de Jean Adry (1807) au Dictionnaire portatif et raisonné d’agriculture de Charles Yves Cousin (1810), en passant par le curieux Dictionnaire des onomatopées françaises de Charles Nodier (1808)[6], toute activité semble l’occasion de l’établissement d’un lexique permettant au néophyte de découvrir un nouveau pan du savoir et d’en acquérir la terminologie. Si les paradigmes de l’invention et de l’expérimentation marquent l’époque, infléchissant par ailleurs la manière d’envisager la pratique littéraire tout au long du siècle[7], le processus de vulgarisation des savoirs, par son ampleur et par la désinvolture dont il peut sembler procéder, exaspère certains anciens dépositaires des biens culturels : ce que raille notamment Flaubert à travers les personnages de Bouvard et Pécuchet, ce sont les failles d’une « science pour tous » qui, trop diluée, se révèle stérile[8].

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Mais l’investissement du dictionnaire semble chez Flaubert procéder tout autant d’une exaspération à l’égard d’un autre usage de la lexicographie. Tout au long du siècle, les milieux cossus conservent le souvenir d’une aristocratie culturelle favorisée par la sociabilité salonnière en vigueur sous l’Ancien Régime, et tentent de la revivifier ou, du moins, d’entretenir certains de ses codes et valeurs : ainsi de la conversation, compétence typiquement française que se doivent de posséder tant l’honnête homme que la femme du monde, comme en témoignent les Conseils à une femme sur les moyens de plaire dans la conversation publiés par Madame de Vannoz en 1812[9]. Le genre dictionnairique contribue à la sauvegarde de cette axiologie en se déployant, parmi d’autres avatars, sous la forme d’un Dictionnaire des gens du monde publié par « un jeune hermite » chez les libraires Eymery et Baudoin Frères, en 1818, ou d’un Nouveau dictionnaire d’amour (Chaumerot, 1825), dont les entrées consistent en lieux communs et citations galantes censés fleurir les prises de parole du salonnier. Loin d’être cantonnée à l’aristocratie et aux sociabilités d’apparat, la conversation suit elle aussi le mouvement de démocratisation culturelle et, en marge de son acception élitaire, apparaît comme une activité naturelle, bourgeoise et conviviale, qui peut impliquer le désir de briller. C’est dans cette perspective que naissent plusieurs projets éditoriaux ; ainsi, après le lancement du Journal des connaissances utiles par Girardin en 1831, la première livraison (à deux sous) du Magasin pittoresque, datée du 9 février 1833, s’ouvre non seulement par une déclaration d’universalité (sur le plan disciplinaire et en ce qui concerne le lectorat) typique des projets vulgarisateurs de la période, mais aussi par l’idée qu’il s’agit, par ces connaissances, de nourrir la conversation : « C’est un vrai Magasin que nous nous sommes proposés d’ouvrir à toutes les curiosités, à toutes les bourses. […] Nous voulons, en un mot, imiter dans nos gravures, décrire dans nos articles tout ce qui mérite de fixer l’attention et les regards, tout ce qui offre un sujet intéressant de rêverie, de conversation, ou d’étude. » Le journaliste William Duckett est porté par une ambition similaire quand il met en place le projet collectif d’un Dictionnaire de la conversation et de la lecture : inspiré par le Conversations-Lexikon dirigé par Friedrich Arnold Brockhaus, il est publié une première fois de 1832 à 1839 en 52 tomes au format in-8 chez Belin-Mandar, et sera prolongé par 16 tomes de suppléments jusqu’en 1851[10].

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Flaubert a sans doute ce modèle en tête quand, précisant les contours et enjeux de son futur Dictionnaire, il écrit à Louise Colet le 16 décembre 1852 : « On y trouverait donc, par ordre alphabétique, sur tous les sujets possibles, tout ce qu’il faut dire en société pour être un homme convenable », avant de préciser : « On pourrait d’ailleurs, en quelques lignes, faire des types et montrer non seulement ce qu’il faut dire, mais ce qu’il faut paraître »[11]. Cette double notule antiphrastique (le projet flaubertien visera surtout à saisir ce qu’il faudrait ne pas dire pour être un homme convenable) ironise à la fois sur la constitution artificielle d’un savoir excessivement compartimenté[12], sur la nécessité d’un thésaurus de formules creuses susceptibles d’être disséminées dans la conversation et sur le rôle que jouerait pareil répertoire dans la constitution d’une réputation fondée sur la mise en scène de soi. Car, on le sait, le mépris de Flaubert pour la bourgeoisie, à laquelle il appartient, est moins fonction d’une position de classe que de la façon dont ses membres actualisent cette position : aux yeux du romancier, le bourgeois est bavard et suffisant, médiocre et borné ; sa pensée ne présente rien d’original ni de pertinent puisqu’il ne se fait que l’écho déformé d’idées qu’il emprunte à gauche et à droite sans les envisager en profondeur. Plus, le problème n’est pas tant qu’il puisse verser dans l’approximation ou l’erreur, mais qu’il s’enferre dans celle-ci, sûr de lui, et n’imagine jamais être en tort.

Paroles bourgeoises

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Flaubert n’est évidemment pas le seul à prendre part à cette vènerie anti-bourgeoise dont l’origine remonte au Moyen Âge[13]  : Henry Monnier, en créant le personnage de Monsieur Prudhomme, mais aussi Gautier, Baudelaire ou Rimbaud en sont également, sans compter les caricaturistes Daumier, Cham, Traviès ou André Gill, tous prompts à saisir les bassesses des messieurs bien mis, patrons conservateurs et autres rentiers pantouflards pour mieux les railler[14]. Encore Flaubert se distingue-t-il par le dispositif qu’il imagine, et qui consiste à systématiser la satire posturale en subvertissant un genre de référence : là où, dans un poème comme « À la Musique », Rimbaud se gausse de tics de langage et de manières d’apparaître dans l’espace public (ce sont, par exemple, ces « clubs d’épiciers retraités » qui « fort sérieusement discutent les traités » et ponctuent leurs interventions de « En somme ! ») en passant d’un groupe à un autre (gandins, notaires, employés de bureaux, retraités, promeneurs bouffis) pour dépeindre, par touches, la médiocrité d’une caste, le romancier reprend à son compte, pour mieux la saper, l’autorité d’un outil dictionnairique que l’on peut lui-même qualifier de bourgeois – en tant que garant d’un ordre, de règles, d’une norme.

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On se souvient à ce titre que Flaubert s’était renseigné sur deux ouvrages dont il craignait qu’ils ne concurrencent son Dictionnaire : Le Parfait Causeur de Quatrelles (pseudonyme d’Ernest Lépine), publié chez Hetzel en 1879, et Très peu de ce que l’on entend tous les jours d’Eugène Vivier, paru chez Motteroz la même année[15]. Le premier, dont l’énonciateur adopte par dérision une posture d’aristocrate de pacotille, se donne à lire comme un faux guide de la conversation ; le second est un florilège de paroles semblant piochées au fil d’un quotidien bourgeois : ils n’ont pas à « inquiéter » Flaubert, tant ils sont distincts du Dictionnaire des idées reçues sur le plan formel, mais, comme lui, ils récoltent et exposent les travers d’une parole vive. Anne Herschberg Pierrot souligne, à propos de ces sottisiers, que « leur unité tient dans leur dimension citationnelle : la matière du livre est le discours du siècle, en tout cas, les discours que cite le siècle »[16]. Dans sa préface au volume de Vivier, Philippe Gille relate le processus de composition du recueil en imaginant son auteur heurter les passants en se promenant sur les boulevards : « il composait, ou plutôt recueillait les éléments d’un ouvrage singulier, auquel tout le monde travaillait, excepté lui, ne faisant que prendre le crayon et écrire sous la dictée de chacun. »[17] Livre sans écrivain, rappelant le principe de récolte et d’effacement exposé par Flaubert à Louise Colet[18], Très peu de ce qu’on dit tous les jours est présenté par son préfacier comme un « recueil des inutilités du langage » donnant à lire un « résumé de l’égoïsme humain et bourgeois » à travers la révélation d’« un certain nombre de poncifs du discours, de ces petits paquets tout faits, qu’on entend débiter tous les jours par ceux qui ne savent que répéter ce qu’ils ont déjà entendu »[19]. C’est, ici aussi, une charge contre le psittacisme bourgeois qui est amorcée : le volume s’en tient à compiler des propos saisis au vol, tels que « Ils ne font que se disputer du matin au soir, – et pourtant, ils s’adorent » ; « Que vous êtes heureux, vous, d’avoir un si bon estomac ! » ; « C’était à prévoir qu’un jour ou l’autre ça finirait par un éclat » ; « Excepté le homard à l’américaine et la bombe glacée, tout a été fait dans la maison ; nous avons une excellente cuisinière » ou « La nouvelle de son rétablissement nous a d’autant plus étonnés, que nous avions l’intime conviction qu’il n’en réchapperait pas ». Ces phrases occupent chacune une page et sont livrées pêle-mêle, sans qu’un ordre logique (alphabétique ou suivant le cours d’une journée traditionnelle) ou thématique ne préside à leur recensement. Vivier se dispense de commenter ces paroles triviales et ne les intègre pas dans un cadre pseudo-scientifique ou didactique ; son livre n’en témoigne pas moins d’une lassitude à l’égard de la vacuité de formules creuses et employables à l’envi qui permettent à leurs locuteurs de ne pas penser.

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Le recueil de Quatrelles annonce pour sa part une intention pédagogique, mais celle-ci se construit au second degré. « C’est à toi que je dédie ce livre aussi bouffon dans la forme que grave dans le fond »[20], avance l’auteur en revendiquant d’emblée la portée satirique de l’entreprise dans l’« Envoi à Charlemagne en son tombeau d’Aix-la-Chapelle » qui tient lieu de préface, précisant vouloir dénoncer « le mal qu’ont fait le scepticisme et l’éducation mal équilibrée »[21]. Associant une portée réflexive à la dimension plaisante (« Si, après avoir ri, le lecteur veut bien réfléchir un brin, nous n’aurons perdu notre temps ni l’un ni l’autre »), Quatrelles indexe son projet au régime panoramique de la production fictionnelle du XIXe siècle (« La société moderne va défiler sur mes tréteaux »[22]). Feignant de vouloir suppléer des guides de la conversation surannés (« [ils] ne répondent plus aux besoins de l’époque », « ils datent d’un demi-siècle »), il destine « au monde élégant » ce qu’il présente comme un « vocabulaire », en adoptant la position d’un ethnologue : « Cet ouvrage est un reflet fidèle de la vie des gens de qualité, durant le troisième quart du XIXe siècle. Il est le fruit de vingt-cinq années de recherches, d’observations et de veilles. Aussi fournira-t-il d’inappréciables renseignements aux érudits de l’avenir. »[23] Ce discours d’escorte ambitieux ne débouche toutefois que sur un ensemble disparate : la première partie, intitulée « Petit manuel du parfait causeur » (et semblant témoigner de l’hésitation de l’auteur à fixer un titre à son projet), est constituée de saynètes réparties en six rubriques (« Aux bains de mer », « En voyage », « Distractions », « Vie pratique », « Affaires d’honneur » et « Vie politique »), tandis qu’une seconde partie rassemble six nouvelles fantaisistes sans rapport avec les objectifs exposés dans la préface. Les scènes exposées dans la première partie tiennent globalement lieu de manuel de conversation et se fondent, comme l’écrit Anne Herschberg Pierrot, « sur le double pastiche satirique d’un langage de convention dans une situation stéréotypée, et du discours des guides de savoir-vivre »[24]. L’énonciateur de ces conseils précise la posture à adopter dans des contextes spécifiques (dans le volet « Aux bains de mer », on trouve de cette façon : « Il est indispensable de ne pas demeurer comme une bête, la bouche ouverte, le cerveau vide, lorsqu’on se trouve en présence de la mer. Nous avons pensé que quelque modèles de conversations assortis viendraient à point »[25]), quand il n’égrène pas des injonctions aux airs de recette (« Laissez mijoter ce compliment et reprenez… », « Reprenez courageusement votre Manuel et risquez cette répartie hardie, mais spirituelle… », « Souriez malicieusement et dites… », « Ne parlez pas avant la station suivante »[26], etc.), mais le dispositif n’est souvent qu’un prétexte à la reproduction de blagues typiques de l’esprit boulevardier, comme dans l’exemple suivant, ouvrant la 5e partie du volet « En voyage » :

« Où allez-vous ?
― Je vais à… (Suivant le cas)
― Combien avez-vous de colis ?
Si vous êtes seul :
― J’en ai un.
Vous êtes avec votre femme :
― J’en ai quinze, vingt, vingt-cinq… (Suivant cas.)
Si vous avez des filles :
― J’en ai trente-cinq, quarante, cinquante… (Indéfiniment) »[27]

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« C’est idiot », dira Flaubert de ce petit livre hétéroclite qui, s’ouvrant par une préface aux allures de manifeste contre la bêtise, verse parfois malgré lui dans un humour petit-bourgeois que n’aurait pas renié un Homais[28]. Les volumes respectifs de Quatrelles et de Vivier ne se présentent pas comme de véritables concurrents du Dictionnaire des idées reçues en ce qu’ils ne partagent ni sa forme ni sa portée gnomique, mais ils procèdent d’un intérêt commun pour certaine forme de parole bourgeoise qu’ils s’échinent à traquer et à railler. Ce que les lettres publiées de Flaubert ne mentionnent pas – soit que le romancier n’en a pas conscience, soit qu’il les ignore –, c’est qu’il existe à la même période des productions voisines qui prétendent se moquer des travers de l’époque en investissant elles aussi la scène générique du dictionnaire.

Détournements dictionnairiques

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L’un des lieux de prédilection du détournement dictionnairique au XIXe siècle est la petite presse : il est significatif de retrouver des parodies du genre dans Le Charivari, La Caricature, Le Journal pour rire, Le Tintamarre de Commerson ou, plus tard, Le Chat noir. Le dictionnaire, par sa structure et la potentielle concision des entrées qui le composent, répond idéalement aux contraintes impliquées par le journal : il peut constituer une rubrique de fortune, plaisante, susceptible d’être fragmentée et de remplir des colonnes à peu de frais ; sans intrigue, il n’a pas les désavantages des genres favorisant la fidélisation du lectorat et sa publication ne doit pas répondre à un impératif de régularité[29]. Sauf exceptions politisées[30], les dictionnaires de la petite presse sont surtout l’occasion de glisser blagues inoffensives, calembours et contrepèteries, similaires à ce que l’on retrouve encore au verso des éphémérides ou sur les emballages d’un célèbre bonbon industriel (ainsi, dans le dictionnaire du Tintamarre, des entrées du type : « Canard – Oiseau qui se sert aux navets ou aux abonnés des grands journaux », « Do – Note de musique qui se trouve entre les épaules et les reins », « Planète – Plat bien propre », « Solitaire – Homme qui recherche la solitude pour y faire des vers », etc.).

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Mais les parodies de dictionnaires se déploient aussi en dehors du journal. Sous l’Ancien Régime, plusieurs auteurs s’attaquaient déjà aux croyances erronées en les réintégrant dans un cadre prescriptif censé garantir leur légitimité de façade. C’est notamment le cas du Grand dictionnaire des précieuses d’Antoine Baudeau (1660), qui s’amuse de la tendance à l’affèterie en proposant des périphrases ampoulées permettant d’éviter le prosaïsme (« Rire – Cela me fait rire : cela excite en moy le naturel de l’homme »), ou du Dictionnaire critique, pittoresque et sentencieux publié par Louis-Antoine Caraccioli (1768), dont certaines entrées, révélant les tics et maniérismes d’une époque, annoncent le Dictionnaire des idées reçues[31]. Dès la fondation de l’Académie française en 1635, le dictionnaire prête le flanc à la satire en tant que symbole de la mission dévolue aux quarante immortels et de leur incapacité à la mener à bien dans des délais raisonnables. Au XIXe siècle, l’académicien deviendra un véritable type, rétrograde et incompétent, servant les micro-fictions satiriques et les caricatures qui se développent dans la petite presse et les productions panoramiques[32].

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Le Carnaval du dictionnaire que publie Pierre Véron, alors directeur du Charivari, chez Michel Lévy, en 1874, participe de ces écrits enclins à tourner l’Académie en dérision ; sa préface éreinte l’institution en soulignant à plusieurs reprises son passéisme et son inefficacité[33], tandis que deux entrées raillent son impopularité et le grand âge de ses membres : « Académie – Quarante appelés et peu de lus » et « Fauteuil (académique) – Enterrement assis »[34]. Cette parodie, dévoilant dès son titre le renversement axiologique qui la fonde, partage jusqu’à un point certaines modalités énonciatives du Dictionnaire des idées reçues. Il n’est à ce titre pas inutile de rappeler brièvement que, si Flaubert reprend le genre dictionnairique et sa double structure, les entrées du projet s’écartent souvent de la forme traditionnelle de la définition[35] pour se répartir entre assertions (« Langues vivantes – Les malheurs de la France viennent de ce qu’on n’en sait pas assez »), exclamations (« Livre – Quel qu’il soit, toujours trop long ! ») et injonctions (« Lancette – En avoir toujours une, dans sa poche, mais craindre de s’en servir » et tous les objets contre lesquels il s’agit de « tonner » – le baccalauréat, le badigeon, la Chambre des députés, le duel, l’éclectisme, l’encyclopédie, l’époque (la nôtre), la féodalité, l’impie, les journaux, la cuisine du midi, Philippe d’Orléans et les sybarites)[36]. Anne Herschberg Pierrot, dans un essai de typologie des notices flaubertiennes, relève les énoncés proverbiaux et locutions figées (du type : « Peur – donne des ailes »), les stéréotypes géographiques (« Dolmen – Il n’y en a qu’en Bretagne), les prises de position morales (« Littérature – Occupation des oisifs »), les erreurs populaires (« Flamant – Oiseau ainsi nommé parce qu’il vient des Flandres ») et les citations (« Archimède – “Eurêka” »)[37]. La plupart du temps, le Dictionnaire des idées reçues indique comment appréhender le sujet dans une conversation creuse, c’est-à-dire quelle propriété, vertu ou défaut lui associer rapidement, voire quel comportement adopter à son endroit (« Café – Donne de l’esprit. N’est bon que venant du Havre. – Dans un grand dîner, doit se prendre debout. – L’avaler sans sucre – très chic, et donne l’air d’avoir vécu en Orient ») ; souvent, il fait ironiquement mention d’un manque de connaissance qu’il ne s’agirait pas de combler (ce sont les fameux, « on ne sait pas ce que c’est », qui ponctuent les entrées Clair-obscur, Dix (conseil des), Droit (le), Épacte, nombre d’or, lettre dominicale, Génovéfain, Infinitésimal, Jansénisme, Jujube, Palmyre et Quadrature du cercle[38]).

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Ces modalités énonciatives et entorses à la logique de la définition dictionnairique traditionnelle sont parfois exploitées dans le Carnaval du dictionnaire. Au-delà de l’entrée « Arsenic – Divorce en poudre. (Extrait des pensées intimes d’une dame mal mariée) », qui ne peut manquer d’évoquer Madame Bovary, il est piquant de constater des similitudes directes entre ce dictionnaire et celui de Flaubert, bien que ces réalisations voisines répondent à des enjeux diamétralement opposés. Véron commente souvent les entrées plus qu’il ne les définit (« Attroupement – Quand on réussit, des héros. Quand ça avorte, des bandits » ; « Eunuque – Un rôle qui pourrait être agréable sans les coupures » ; « Journalisme – Le malheur c’est qu’il y ait sur la porte : entrée libre ») et recourt lui aussi à l’assertion (« Conversion – Apostrophez toutes les girouettes, elles répondront : – C’est la faute du vent » ; « Écrouelles – Tout ce qui restera bientôt du droit divin »), à l’exclamation (« Déménagement – Dire que dans les plaies d’Égypte on avait oublié celle-là ! » ; « Encens – Suppose que Dieu, qui a créé les fleurs, leur préfère l’odeur de la pharmacie ! » ; « Idolâtrie – Toutes les religions, parbleu ! À les entendre mutuellement » ; « Guerre – Drôle d’idée d’avoir inventé l’épidémie artificielle ! ») et, plus rarement, à la consigne (« Gobelet – Ne pas confondre avec urne électorale » ; « Défection – Sic itur ad astra. Demandez à tous les traîtres de vous traduire ça »), voire à l’interrogation (« Historien – Est-ce qu’il ne vous fait pas un peu l’effet d’un photographe qui opérerait par correspondance ? »).

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Mieux, certaines entrées du Carnaval du dictionnaire correspondent en partie à ce qui s’ébauche dans le Dictionnaire des idées reçues[39]. De cette façon, « Absurde – Tout ce qu’on ne pense pas » ne peut manquer d’évoquer la définition flaubertienne « Imbéciles – Ceux qui ne pensent pas comme vous », et, en d’autres lieux, les motifs de l’énoncé et le positionnement qu’il induit sont concomitants : il en va notamment ainsi des entrées ballon (chez Flaubert : Avec les ballons on finira par aller dans la lune. – On n’est pas prêt de les diriger » ; chez Véron : Quel emblème de certains potentats !... C’est gros, c’est creux et ça ne sait pas se diriger »), braconnier(s) (chez Flaubert : « Tous forçats libérés. Auteurs des crimes commis dans les Campagnes. Doivent exciter une colère frénétique. Pas de pitié, monsieur ! pas de pitié » ; chez Véron : « Un voleur sympathique… Serait-ce parce qu’il assassine souvent par-dessus le marché ? »), cheminée (chez Flaubert : « Fume toujours. Sujet de discussion, à propos du chauffage » ; chez Véron : « Appareil ingénieux pour chauffer l’intérieur… des murs »), critique (chez Flaubert : « Est censé tout connaître, tout savoir, tout avoir lu, tout vu. Quand il vous déplaît l’appeler un Aristarque ou eunuque » ; chez Véron : « N’est-ce pas que ça fait un peu l’effet d’un eunuque qui tiendrait des cours de génération spontanée ? »), enfant(s) (chez Flaubert : « Affecter pour eux une tendresse lyrique – quand il y a du monde » ; chez Véron : « Comme quoi, dans l’espèce humaine, c’est le papillon qui précède la chenille »), fugue (chez Flaubert : « On ignore en quoi cela consiste, mais il faut affirmer que c’est fort difficile – et très ennuyeux » ; chez Véron : « Substantif qui sert à la fois à désigner un certain morceau de musique et ce qu’il y a à faire pour y échapper »), génie (chez Flaubert : « Inutile de l’admirer c’est “une Névrose” ! » ; chez Véron : « Les envieux prétendent que c’est une maladie… parce qu’ils en souffrent »), gibelotte (« Toujours fait avec du chat » ; chez Véron : « Chat échaudé »), gloire (barré sur le manuscrit (a) de Flaubert : « N’est qu’un peu de fumée » ; chez Véron : « Ce que je lui reproche surtout, ce n’est pas d’être une fumée, mais c’est qu’elle ne va presque jamais sans feu »), lilas (barré sur le manuscrit (a) de Flaubert : « Fait plaisir parce qu’il annonce l’été » ; chez Véron : « Le P.P.C. de l’hiver »[40]) et prose (chez Flaubert : « Plus facile à faire que les vers » ; chez Véron : « Le pain de la pensée, dont la poésie est le gâteau »).

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Cette correspondance se cantonne toutefois au plan des énoncés. S’il est frappant de constater à quel point les articles du Carnaval du dictionnaire rejoignent ceux du Dictionnaire des idées reçues (ou semblent appliquer les injonctions de ce dernier, dans le cas des entrées critique ou enfant), une différence majeure se situe au niveau de l’énonciation, qui, chez Véron, ne suppose pas une mise à distance critique. On trouve aussi, dans le Carnaval du dictionnaire, des notices adoptant une position conservatrice sur l’art (« Album – Et l’on dit que la mendicité est interdite », « Art – On a beau parler de ce loup-là à tout propos aujourd’hui, on n’en voit ni la queue ni la tête », « Chauve-souris – Avoir des ailes et s’enfermer tout le jour dans un trou. Il me semble voir la poésie réaliste ») et des piques phallocrates (« Belle-mère – La caricature de la maternité… à la manière noire » ; « Diamants – Ce ne sont pas ces dames qui se plaignent quand on jette de ces pierres-là dans leur jardin » ; « Femme – Elle fut, dit l’Écriture, formée d’une côte d’Adam. Eh bien ! en voilà une côte sur laquelle il y a eu des naufrages » ; « Viol – Pourtant le proverbe dit : où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir »). S’y déploient également des articles misant sur un comique d’association rendu possible par l’ordre alphabétique (« Banque – Satanée idée d’avoir mis ce mot-ci tout entier dans celui qui suit ! », « Banqueroute – Banque… Route… Cela veut-il dire que c’est le plus court moyen de faire son chemin dans la banque ? »), sur l’effet calembouresque de la polysémie (« Blague – Nom donné aux vessies dans lesquelles on met le tabac et à celles qu’on veut nous faire prendre pour des lanternes », « Boa – Comme animal, il se nourrit de lapin ; comme fourrure, il se fabrique avec »), mais aussi des définitions quasi-cruciverbistes et maniérées (« Automne – Le post-scriptum du soleil », « Berceau – Le bourgeon de l’homme », « Cancan – L’argot de la danse », « Célibataire – Braconnier légal », « Conscription – La loterie du sang », « Dédain – Les échasses de l’orgueil », « Écorce – Le paletot de l’arbre »).

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Véron, contrairement à Flaubert, ne joue pas à imiter le bourgeois ; il l’incarne. Il épouse ses angoisses, ses obsessions, ses craintes et ses sarcasmes de nanti ; son but n’est pas de tourner le bourgeois en dérision, mais de rire avec lui, puisqu’il est à la fois son semblable et son public. Le Carnaval du dictionnaire se présente en cela, malgré lui, comme un Dictionnaire des idées reçues avant l’heure, non dénué d’ironie, certes, mais d’une ironie complaisante, précisément dénoncée par Flaubert, signe d’une position confortable et d’un mépris de classe. Ce que Flaubert construit, contre lui-même et contre les contradictions inhérentes à sa propre position[41], c’est une prosopopée, déléguant la parole à un énonciateur bourgeois qui ne serait pas lui (ou qui constituerait la part de lui qu’il exècre et dont il tente de se dégager), là où la satire de Véron cible les travers de son époque sans se rendre compte que sa manière suffisante de les appréhender peut elle-même prêter le flanc à la moquerie. D’une certaine façon, l’énonciateur du Carnaval du dictionnaire est l’idéaltype du bourgeois que singe et dénonce Flaubert dans le Dictionnaire des idées reçues, le romancier s’en prenant aux défauts que Véron laisse paraître. Rien ne permet évidemment d’attester que Flaubert a lu ce recueil et il ne s’agit pas ici de suggérer qu’il existe une filiation directe entre les deux projets. Que des détournements dictionnairiques aient paru à l’époque et que certains véhiculent l’idéologie bourgeoise honnie par l’auteur de Bouvard et Pécuchet permet toutefois de compléter notre connaissance à la fois d’un horizon d’attente éditorial favorable à la parodie lexicographique et des modes de circulation des clichés bourgeois qui irritaient Flaubert.

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Une ultime remarque sur les liens entre le Carnaval du dictionnaire et le Dictionnaire des idées reçues. L’ouvrage de Pierre Véron est ponctué d’illustrations de Paul Hadol, collaborateur de différents journaux satiriques sous le Second Empire et resté célèbre pour la série La Ménagerie impériale (1870) ; celles-ci marquent le passage d’une lettre à l’autre en représentant l’une des entrées associées à ces dernières. Pour la lettre C, le dessin correspond à l’entrée « Caricature – La glace dans laquelle les autres nous voient » et figure Pierre Véron sortant d’un puits, un miroir à la main, qu’il tend vers un couple de bourgeois, effarés de découvrir leur reflet – et qui semblent également croqués dans un journal illustré barré du pseudonyme de Cham.


 
Le Carnaval du dictionnaire, 1874. Illustration de Paul Hadol.

 

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La métaphore spéculaire permet de définir assez idéalement le projet du Dictionnaire des idées reçues, par lequel Flaubert souhaitait confronter le bourgeois non à un miroir déformant du Palais des glaces mais au reflet de ce qu’il est et dit vraiment (à considérer que le romancier ait respecté le principe selon lequel il ne devait y avoir dans cet ensemble « pas un mot de [s]on cru »), partant, à faire vaciller ses croyances et certitudes en inscrivant celles-ci dans un ouvrage de référence au sein duquel elles ne pourraient apparaître qu’incongrues. S’il ne s’agit pas de surévaluer la portée de la caricature d’Hadol, il n’est toutefois pas interdit de penser que Le Carnaval du dictionnaire de Véron poursuivait un objectif similaire, illustrant par anticipation la scie de Jules Renard selon laquelle « Les bourgeois ce sont les autres »[42].

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Ce petit parcours avait pour objectif de contribuer à la saisie du contexte dans lequel Flaubert prépare son Dictionnaire des idées reçues, en croisant des éléments liés à la diversification du genre dictionnairique dans une époque marquée par la vulgarisation des savoirs, la préservation d’un idéal désuet de la conversation, le développement de la petite presse et, avec elle, d’une culture du rire marquée par la sérialité, et d’une production panoramique prompte à exhiber les tares des contemporains. Situé au croisement de ces tendances, le Dictionnaire des idées reçues, demeuré inachevé, connaîtra à titre posthume une fortune inédite, sans doute parce qu’il s’inscrit dans le projet flaubertien d’une phénoménologie de la bêtise, et essaimera, à la fois sur le plan des figures (les articles de ce lexique de la vacuité auraient pu être énoncés par Homais ; d’autres prendront le relai, comme Odette de Crécy, le docteur Cottard, Madame Stöhr, le maire de Champignac et les falots qui hantent les récits de Canetti, Gombrowicz, Louis Guilloux et István Örkeny) et sur le plan de l’entreprise de collecte, formalisée sous la forme dictionnairique, dans L’Abécédaire malveillant de Tony Duvert ou Le Désordre Azerty d’Éric Chevillard, ou non, dans L’exégèse des lieux communs de Léon Bloy ou chez Nathalie Quintane, qui, dans Les années 10, liste, depuis la pose de caméras de surveillance sur la façade jusqu’à la fierté de posséder sept parfums de glace dans le congélateur, les signes d’un embourgeoisement synonyme de routine et d’inertie.

 

 

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Annexe

 

P. Véron, Carnaval du dictionnaire, 1874

G. Flaubert, Dictionnaire des idées reçues, inachevé

Absurde – Tout ce qu’on ne pense pas.

Imbéciles – Ceux qui ne pensent pas comme vous.

Absinthe – Ivresse et poison. Double raison pour laquelle elle devrait s’appeler du vert… de gris

Absinthe – Poison extra-violent. A tué plus de soldats que les Bédouins.

Ballon – Quel emblème de certains potentats !... C’est gros, c’est creux et ça ne sait pas se diriger. 

Ballon – Avec les ballons on finira par aller dans la lune. – On n’est pas prêt de les diriger. 

Bas-bleu – Conscrite qui aspire à devenir maréchale d’Encre.

Bas-bleu – Terme de mépris pour désigner toute femme qui s’intéresse aux choses intellectuelles. Citer Molière à l’appui : « Quand la capacité de son esprit se hausse etc. »

Bible – Si jamais ceux qui l’ont écrite se sont doutés de ce qu’on trouverait dedans !...

Bible – Le plus ancien livre du monde.

Bouton – Aux habits, ça attache. Sur la figure, c’est le contraire.

Boutons – au visage ou ailleurs. – Signe de santé et/ de force du sang. Ne point les faire passer.

Braconnier – Un voleur sympathique… Serait-ce parce qu’il assassine souvent par-dessus le marché ?

Braconniers – Tous forçats libérés. Auteurs des crimes commis dans les Campagnes. Doivent exciter une colère frénétique. Pas de pitié, monsieur ! pas de pitié.

Bras – Un gaillard qui en ce monde a fait passer de bien vilains quarts d’heure à la pensée.

Bras – Pour Gouverner la France, il faut un bras de fer.

Catholicisme – Parodie du christianisme.

Catholicisme – A eu une influence très favorable sur les Arts.

Célébrité – Un soleil qui s’aveugle lui-même.

Célébrité – Les célébrités ! S’inquiéter / s’enquérir / du moindre détail de leur vie afin de pouvoir les dénigrer.

Champagne – Beaucoup de bruit pour rien.

Champagne – Caractérise le dîner de cérémonie. Faire semblant de le détester en disant « ce n’est pas du vin ». – Provoque l’enthousiasme chez les petites gens. […]

Cheminée – Appareil ingénieux pour chauffer l’intérieur… des murs.

Cheminée – Fume toujours. Sujet de discussion, à propos du chauffage.

Chirurgien – Un couteau intelligent… ou qui croit l’être.

Chirurgiens – Ont le cœur dur, les appeler bouchers.

Collège – Établissement où l’on est censé faire des hommes et où l’on ne fabrique que des bacheliers

Collège, lycée – Plus noble qu’une pension.

Colonisation – Mot qui n’a jamais été français.

Colonies (nos) – S’attrister quand on en parle !

Corset – Comme quoi il n’y a pas que Jonas qui ait été victime de la baleine.

Corset – Empêche d’avoir des enfants.

Critique – N’est-ce pas que ça fait un peu l’effet d’un eunuque qui tiendrait des cours de génération spontanée ?

Critique – Est censé tout connaître, tout savoir, tout avoir lu, tout vu. Quand il vous déplaît l’appeler un Aristarque ou eunuque.

Dieu – Ni vu, ni connu !...

Dieu – Voltaire lui-même l’a dit : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ».

Diplomatie – Loyauté à double fond.

Diplomatie – Belle carrière pleine de mystères.

Domestiques – Maladie interne.

Domestiques – Tous voleurs [barré sur le manuscrit (a)]

Doute – A-t-il été assez exploité par les religions ! Dame ! Par un grand brouillard, on s’attache au bras du premier guide venu.

Doute – Pire que la négation.

Duel – À preuve…

Duel – Tonner contre. N’est pas une preuve de courage. Prestige de l’homme qui a eu un duel.

Économie politique – Dire qu’il a fallu créer une science nouvelle pour constater que la faim des uns n’est pas compensée par l’indigestion des autres.

Économie politique – Science sans entrailles.

Encyclopédie – La Boutique à treize sous de la science.

Encyclopédie (L’) – En rire de pitié, comme étant un ouvrage rococo.

Dictionnaire – En rire, n’est fait que pour les ignorants.

Enfant – Comme quoi, dans l’espèce humaine, c’est le papillon qui précède la chenille.

Enfants – Affecter pour eux une tendresse lyrique – quand il y a du monde.

Estomac – Le Grand-Central.

Estomac – Toutes les maladies viennent de l’estomac.

Français – Jadis rimait toujours avec succès. Prenons garde, du train dont nous y allons, que ça ne finisse par rimer avec décès.

Français – Le premier peuple de l’univers.

Fœtus – Une âme à l’eau-de-vie.

Fœtus – Toute pièce anatomique conservée dans l’esprit de vin.

Fonctionnaire – Rouage ainsi nommé par ironie, parce qu’il ne fonctionne jamais quand on en a besoin.

Fonctionnaire – Inspire le respect, quelle que soit la fonction qu’il remplisse.

Fugue – Substantif qui sert à la fois à désigner un certain morceau de musique et ce qu’il y a à faire pour y échapper.

Fugue – On ignore en quoi cela consiste, mais il faut affirmer que c’est fort difficile – et très ennuyeux.

Gamin (de Paris) – Champignon du pavé qui, à l’encontre des autres, cherche à avoir l’air vénéneux quand il ne l’est pas.

Gamin – Toujours suivi « de Paris » – a, invariablement, beaucoup d’esprit. [barré sur le manuscrit (a)]

Génie – Les envieux prétendent que c’est une maladie… parce qu’ils en souffrent.

Génie – Inutile de l’admirer c’est « une Névrose » !

Gibelotte – Chat échaudé…

Gibelotte – Toujours faite avec du chat. [barré sur le manuscrit (a)]

Gloire – Ce que je lui reproche surtout, ce n’est pas d’être une fumée, mais c’est qu’elle ne va presque jamais sans feu.

Gloire – N’est qu’un peu de fumée. [barré sur le manuscrit (a)]

Haleine – Je ne sais rien de lâche comme d’abuser ainsi de sa force.

Haleine – L’avoir « forte » donne l’air « distingué ».

Idolâtrie – Toutes les religions, parbleu ! À les entendre mutuellement.

Idolâtres – Sont cannibales.

Imprimerie – Cuisine de la pensée. On porte en ville.

Imprimerie – Découverte merveilleuse. – A fait plus de mal que de bien.

Inquisition – Quelle piété ils avaient, monsieur ! Tout feu ! tout flammes !

Inquisition – On a bien exagéré ses crimes.

Jalousie – Une passion qui toujours regarde en Champagne si la Picardie brûle.

Jalousie – Passion terrible. [barré sur le manuscrit (a)]

Journalisme – Le malheur c’est qu’il y ait sur la porte : Entrée libre.

Journaux – Ne pouvoir s’en passer – mais tonner contre.

Kiosque (à journaux) – C’est comme dans les pharmacies. On y vend des remèdes et des poisons.

Kiosque – Lieu de délices dans un jardin.

Knout – L’État c’est moi (traduit du russe).

Knout – Mot qui vexe les Russes. [barré sur le manuscrit (a)]

Lilas – Le P.P.C. de l’hiver

Lilas – Fait plaisir parce qu’il annonce l’été. [barré sur le manuscrit (a)]

Malade – Homme qui commence à apprécier la santé

Malade – Pour remonter le moral d’un malade, rire de son affection et nier ses souffrances.

Médecine – Marchand de santé qui fait comme les boursiers et vend souvent ce qu’il n’a pas.

Médecine – S’en moquer quand on se porte bien. [barré sur le manuscrit (a)]

Ministre – Ambitieux qui, en courant après du maroquin, ne trouve le plus souvent que du chagrin.

Ministre – Dernier terme de la gloire humaine.

Noblesse – C’est comme la religion, on continue à pratiquer sans croire.

Noblesse – La mépriser – et l’envier. [barré sur le manuscrit (a)]

Omnibus – Les principes de 89 à quatre roues.

Omnibus – On n’y trouve jamais de place. A été inventé par Louis XIV. – Moi, Monsieur, j’ai connu les tricycles qui n’avaient que trois roues !

Orthographe – Une Française que trop de gens traitent en étrangère.

Orthographe – Y croire comme à la géométrie.

Ouvrier – But qui s’avance ! but qui s’avance !

Ouvrier – Toujours honnête quand il ne fait pas d’émeutes.

Parents – Ennemis donnés par la nature.

Parents – Toujours désagréables. Cacher ceux qui ne sont pas riches.

Police – La maison Domange de la société. Bouchez-vous le nez, mais n’en dites pas de mal.

Police – A toujours tort.

Principe – Ne parlons pas des absents.

Principes – Toujours indiscutables. On ne peut en dire ni la nature, ni le nombre. N’importe sont sacrés.

Prose – Le pain de la pensée, dont la poésie est le gâteau.

Prose – Plus facile à faire que les vers.

Radical – Un homme qui sait que pour les abus en politique il en est de même que pour les cors aux pieds : rien n’y fait, tant qu’on laisse la racine.

Radicalisme – D’autant plus dangereux qu’il est latent. [barré sur le manuscrit (a)]

Sabre – Un régime qui, dans la grammaire politique, ne s’accorde jamais avec le sujet.

Sabre – Les Français veulent être gouvernés par un sabre. [barré sur le manuscrit (a)]

Savant – Un homme qui est arrivé à avoir conscience de son ignorance.

Savants – Les blaguer. Pour être savant, il ne faut que de la mémoire et du travail.

Spiritualiste – Un monsieur qui, j’en réponds, aime mieux le croire que d’y aller voir.

Spiritualisme – Le meilleur système de philosophie. [barré sur le manuscrit (a)]

Temps – Un capital que nous croyons manger… quand c’est lui qui nous mange.

Temps – Éternel sujet de conversation. Toujours s’en plaindre.

 

 

 

NOTES

[1] Henri Meschonnic, Des mots et des mondes, Paris, Hatier, « Littérature », 1991, p. 197-202.
[2] Lettre à Edma Rogert des Genettes, 7 avril 1879, dans Gustave Flaubert, Correspondance, édition Jean Bruneau et Yvan Leclerc, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 2007, t. V, p. 598.
[3] Nous conservons de ce projet un manuscrit de la main de l’auteur (a) et deux autres (b) et (c) où l’écriture de Flaubert se mêle à celle d’Edmond Laporte, son ami et principal collaborateur à la fin de sa vie. Le manuscrit (b) est composé par les deux hommes, le (c) est constitué de fiches de la main de Laporte, corrigées par Flaubert. Voir à ce sujet l’édition critique de Léa Caminiti, qui revient sur les trois manuscrits : Dictionnaire des idées reçues. Édition diplomatique des trois manuscrits de Rouen, Paris, Nizet, 1966. L’édition donnée par Claudine Gothot-Mersch reconstruit une hypothétique version finale sur la base du manuscrit (c), étoffé d’éléments empruntés aux autres versions (voir Bouvard et Pécuchet, Paris, Gallimard, « Folio », 1979). L’édition d’Anne Herschberg Pierrot propose la version du manuscrit (a) comprenant les éléments raturés par Flaubert (Dictionnaire des idées reçues, Paris, Librairie Générale française, « Livre de Poche Classique », 1997). Stéphanie Dord-Crouslé signale que l’ensemble de ces éditions « ont des qualités appréciables », mais « sont en butte à des critiques légitimes » car « aucune édition papier ne peut donner une image satisfaisante du chantier documentaire que sont les Dossiers du roman » (Stéphanie Dord-Crouslé, « Fragments pour le “second volume” », dans Bouvard et Pécuchet, Paris, GF, 1999, p. 392-393). Sur le sujet voir aussi, Anne Herschberg Pierrot, Le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, Lille, Presses Universitaires de Lille, « Problématiques », 1988 ; je me permets enfin de renvoyer à mon essai, Le Dictionnaire détourné, Rennes, PUR, « Interférences », 2013, que le présent article vise à prolonger.
[4] Voir Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, Paris, Hachette, 1882, t. I, p. 230-231. La première évocation connue du projet par son instigateur figure dans la lettre à Louis Bouilhet du 4 septembre 1850, dans laquelle Flaubert annonce : « Ce livre complètement fait et précédé d’une bonne préface où l’on indiquerait comme quoi l’ouvrage a été fait dans le but de rattacher le public à la tradition, à la convention générale, et arrangée de telle manière que le lecteur ne sache pas si on se fout de lui, oui ou non, ce serait peut-être une œuvre étrange, et capable de réussir, car elle serait toute d’actualité », Correspondance, éd. Jean Bruneau, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1980, t. I, p. 678-679.
[5] Sur ce point, voir Daniel Raichvarg et Jean Jacques, Savants et ignorants. Une histoire de la vulgarisation des sciences, Paris, Seuil, 1991 ; Jean-Luc Chappey, « Enjeux sociaux et politiques de la “vulgarisation scientifique” en Révolution (1780-1810) », Annales historiques de la Révolution française, n° 338, [En ligne], 2004, URL :
http://ahrf.revues.org/1578 ;
Jean-Yves Mollier, « Diffuser les connaissances au XIXe siècle, un exercice délicat », Romantisme, volume 30, n° 108, 2000 et Volny Fages et Laurence Guignard (dir.) Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 57, « Libido sciendi. L’amour du savoir (1840-1900) », sous la dir. de, 2018.
[6] Voir Charles Nodier, Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises [1808], édition de Jean-François Jeandillou, Genève-Paris, Droz, 2008. Fondé sur l’idée cratylienne que le langage est motivé par une volonté d’adéquation avec le monde qu’il décrit, ce projet ne semble pas satirique ; il correspond davantage à une entreprise plaisante conforme à celui qui se présentait comme un « dériseur sensé ».
[7] Voir Jean-Pierre Bertrand, Inventer en littérature. Du poème en prose à l’écriture automatique, Paris, Seuil, « Poétique », 2015.
[8] Voir Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet. Une « encyclopédie critique en farce », Paris, Belin, 2000.
[9] Sur les valeurs et enjeux de la conversation sous l’Ancien Régime, se référer à Benedetta Craveri, L’âge de la conversation, trad. E. Deschamps-Pria, Gallimard, « Tel », 2002.
[10] Voir Jacques-Philippe Saint-Gérand « Semence de paroles à l’usage de la conversation. Le Dictionnaire de la lecture », dans Hélène Millot et Corinne Saminadayar-Perrin (dir.), Spectacles de la parole, Saint-Étienne, Éditions des Cahiers intempestifs, « Lieux littéraires », 2003, p. 83-122.
[11] Lettre du 16 décembre 1852 à Louise Colet, dans Gustave Flaubert, Correspondance, édition J. Bruneau, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1980, t. II, p. 208-209.
[12] Raillerie similaire dans La Nausée, quand Roquentin comprend que l’Autodidacte « s’instruit dans l’ordre alphabétique », en tentant d’épuiser les livres de la bibliothèque en respectant leur classement par auteurs (« Il en est aujourd’hui à L. K après J, L après K. Il est passé brutalement de l’étude des coléoptères à celle de la théorie des quanta, d’un ouvrage sur Tamerlan à un pamphlet catholique contre le darwinisme : pas un instant il ne s’est déconcerté », Jean-Paul Sartre, La Nausée, Paris, Gallimard, 1938, p. 48-49). Les amateurs de la série Friends se souviendront que, dans le 3e épisode de la saison 4, « The One With The Cuffs », Joey Tribbiani, lassé d’être pris pour un idiot, acquiert et compulse le tome d’une encyclopédie consacré à la lettre V, pour tenter ensuite de faire dévier la conversation vers les volcans, la vasectomie ou la guerre du Vietnam.
[13] Jean Alter, Les Origines de la satire antibourgeoise en France, 2 volumes, Genève, Droz, 1966.
[14] Sur le discours littéraire et artiste antibourgeois au XIXe siècle, voir notamment Richard Terdiman, Discours / Counter-Discourse, Ithaca and London, Cornell University Press, 1985.
[15] Dans une lettre à Edmond Laporte, datée du 30 mars 1879, Flaubert écrit : « J’ai lu l’ouvrage de Quatrelles, Le Causeur parisien. Rien à craindre c’est idiot. Ah non ! Le Dictionnaire est plus fort que ça. » Au même correspondant, le 8 juillet de la même année, il indique : « Quant au livre de Vivier, en repassant par Paris, voyez cela – et achetez-le pour moi. – Au fond, ça m’inquiète peu. Il en sera comme pour celui de Quatrelles, sans doute ! »
[16] Anne Herschberg Pierrot, Le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, ouvr.cit., p. 59.
[17] Philippe Gille, « En guise de préface » à Eugène Vivier, Très peu de ce que l’on entend tous les jours, Paris, Motteroz, 1879, p. VII.
[18] « Il faudrait que, dans tout le cours du livre, il n’y eût pas un mot de mon cru, et qu’une fois qu’on l’aurait lu, on n’osât plus parler, de peur de dire naturellement une des phrases qui s’y trouvent », lettre à Louise Colet du 16 décembre 1852, Correspondance, ouvr.cit., t. II, p. 208-209.
[19] Philippe Gille, « En guise de préface », ouvr. cit., p. XV.
[20] Quatrelles, Le Parfait causeur. Petit manuel rédigé en langue parisienne suivi de six nouvelles nouvelles, Paris, J. Hetzel et Cie, 1879, p. 2.
[21] Ibid., p. 9.
[22] Ibid., p. 11. Sur la littérature panoramique, voir Valérie Stiénon et Nathalie Preiss (dir.), Interférences littéraires, n° 8, « Croqués par eux-mêmes. La société à l’épreuve du “panoramique” », mai 2012.
[23] Quatrelles, Le Parfait causeur, ouvr. cit., p. 13-14.
[24] Anne Herschberg Pierrot, Le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, ouvr. cit., p. 66.
[25] Quatrelles, Le Parfait causeur, ouvr. cit., p. 27.
[26] Ibid, p. 47-50.
[27] Ibid., p. 43.
[28] On notera que, dans la rubrique « Aux bains de mer », le lecteur trouve des indications sur le comportement à adopter quand il se trouve respectivement « auprès d’une blonde » et « auprès d’une rousse », la distinction ne manquant pas d’évoquer le système de renvois contradictoires du Dictionnaire des idées reçues (« Blondes – Plus chaudes que les brunes. (voy. Brunes) », « Brunes – Plus chaudes que les blondes. (voy. Blondes) », « Négresses – Plus chaudes que les blanches. (voy. Brunes et Blondes) », « Rousses – (Voy. Blondes, Brunes, Blanches et Négresses) »).
[29] Sur le dictionnaire dans la petite presse, voir Denis Saint-Amand, « Sérialités tintamarresques. Du faux-feuilleton au dictionnaire », dans Belphégor [En ligne], n° 14, 2016, URL :
http://belphegor.revues.org/773
Sur la culture du rire et la sérialité dans la petite presse du XIXe siècle, voir Alain Vaillant, « Caricature, culture médiatique et addiction comique, au siècle de la modernité », dans Fabula / Les colloques, Littérature, image, périodicité (XVIIe-XIXe siècles), 2020, URL :
http://www.fabula.org/colloques/document6456.php
[30] À l’image des « Définitions parlementaires » publiées dans L’Écho de Paris, 9 juillet 1889, où figurent des entrées telles que « Confiance – métaphore par laquelle on exprime qu’on a réussi à abuser le peuple à l’aide de promesses fallacieuses » ou « Programme – morceau de papier sur lequel on inscrit ses opinions politiques pour ne pas les oublier ».
[31] Ainsi de l’entrée « Écriture – Il est du bel air de savoir écrire affreusement, & de mettre en pieds de mouches jusqu’à son propre nom », dont le motif est en partie similaire à ce qu’écrira Flaubert (« Écriture – […] Indéchiffrable : signe de science, exemple : les ordonnances de médecins »).
[32] Sur ce sujet, voir Le Dictionnaire détourné, ouvr. cit., p. 105-126.
[33] « Voici déjà, messieurs, plus d’un siècle que votre illustre corporation a entrepris un gigantesque travail pour lequel il semble qu’elle se soit assuré le concours de très-célèbre dame Pénélope, de classique mémoire. Ce travail, c’est le fameux dictionnaire dont la problématique existence a pris place dans les traditions populaires à côté des poules qui doivent avoir des dents, du barbier qui doit raser gratis demain, du merle blanc et de la semaine des quatre jeudis », Pierre Véron, « Préface en manière de lettre à Messieurs les Quarante de l’Académie française », dans Le Carnaval du dictionnaire, Paris, Michel Lévy, 1874, p. I-II. L’auteur, passant de l’invective à la flagornerie ironique, se propose de venir en aide aux Immortels, comprenant que l’évolution perpétuelle de la langue (et, en particulier, de l’argot) complique leur mission lexicographique. « Les petits ruisseaux font, dit-on, les grandes rivières. Puisse mon mince filet d’eau vous être de quelque secours ! J’y ai mis une pointe de vinaigre pour qu’elle parût un peu moins fade. Aurai-je réussi ? Ou bien, si vous préférez un autre ordre de comparaison, lorsqu’il s’agit de construire quelque important édifice, il est d’usage d’élever à côté, pour les besoins du service, une modeste baraque en planches. Mon livre, c’est la baraque en question », ibid, p. XIV-XV.
[34] Ces blagues clichéiques sont souvent exploitées par les dictionnaires parodiques : dans le Dictionnaire du Tintamarre (1852), on trouve « Académie – Magasin d’objets de luxe. Hospice de la vieillesse », et « Académicien – Substantif masculin et inutile » ; dans le Sottisier d’Arsène Arüss (1886), « Réception académique – Empaillement littéraire » et « Immortel – L’Académie a voulu en faire le synonyme d’empaillé. Cela n’a pas mordu ». L’entrée que Flaubert consacre à l’institution raille surtout l’hypocrisie qu’elle suscite : « Académie française – La dénigrer mais tâcher d’en faire partie, si l’on peut. »
[35] Que l’on peut réduire à grands traits à la forme « hypéronyme du terme défini + propriétés distinctives ». Voir Josette Rey-Debove, Étude linguistique et sémiotique des dictionnaires français contemporains, The Hague-Paris, Mouton, 1971, Jean Pruvost, Les Dictionnaires français, outils d’une langue et d’une culture, Paris, Orphys, 2006 et le premier chapitre du Dictionnaire détourné, ouvr. cit., en particulier les pages 38-46.
[36] Anne Herschberg Pierrot, « Introduction » au Dictionnaire des idées reçues, ouvr. cit., p. 24.
[37] Anne Herschberg Pierrot, Le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, ouvr. cit., p. 66.
[38] Dans le même registre : « Abélard – inutile d’avoir la moindre idée de sa philosophie et même de connaître le titre de ses ouvrages », « Chameau – A deux bosses et le dromadaire une seule. – Ou bien le chameau a une bosse et le dromadaire une seule (on ne sait pas au juste ; on s’y embrouille », « Classiques (les) – On est censé les connaître », « Cujas – Inséparable de Bartholde ; on ne sait pas ce qu’ils ont écrit, n’importe ».
[39] Pour une comparaison non exhaustive, voir le tableau placé en annexe.
[40] Acronyme de « Pour prendre congé », placé sur les cartes de visites pour signifier son départ.
[41] Voir à ce sujet les pages que Sartre consacre à « la “bêtise” de Gustave » : « Il lui arrive cent fois d’ajouter à sa phrase cette parenthèse : “comme dit le concierge”, “pour parler comme l’épicier”. Ou encore : “je suis comme M. Prudhomme qui…”, “comme dirait M. Prudhomme… ”, “je déclare… (comme M. Prudhomme)”. Cette comparaison lui vient spontanément à l’esprit ; à peine le mot tracé, Flaubert le voit et ne le reconnaît plus ; il faut qu’un bourgeois lui ait volé sa plume. En fait, c’est sa propre bourgeoisie qui vient à lui comme une étrangère et qu’il s’empresse de renier. […] En fait Flaubert ne s’exprime pas comme le bourgeois ; il parle en bourgeois parce qu’il est bourgeois », Jean-Paul Sartre, L’Idiot de la famille, Paris, Gallimard, 1971, t. I, p. 624.
[42] Jules Renard, Journal, 28 janvier 1890, Paris, Laffont, « Bouquins », 1990, p. 41.


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