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Sommaire Revue n° 10
Revue Flaubert, n° 10, 2010 | Animal et animalité chez Flaubert
Numéro dirigé par Juliette Azoulai.

Pour mémoire : appel à contributions

Juliette Azoulai
Maître de conférences en littérature française à l'université Paris-Est Marne la Vallée

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Du chien de la première Éducation sentimentale au perroquet de Félicité, en passant par le cochon de saint Antoine, le serpent de Salammbô et les chasses miraculeuses de saint Julien, le bestiaire flaubertien est d'une ampleur considérable, envahissant tout autant les œuvres littéraires que la correspondance : les autoportraits de l'artiste en animal (ours, chameau, huître, etc.) abondent au fil des lettres ainsi que les déclarations d'empathie à l'égard du règne animal:
« Je ne me crois pas les yeux attirants ni séduisants. — Ils vont à la nature animale, ils appellent les enfants, les idiots et les bêtes parce que j'ai peut-être beaucoup vécu dans ce monde-là et que j'en ai gardé quelque chose, un air de famille, un vieux levain de naturalisme mystérieux que l'intensité de la pensée fait épancher au-dehors vers les phénomènes qui le reproduisent » (lettre à Louise Colet, 17 novembre 1846).
La Revue Flaubert se propose pour son 10e numéro d'interroger les modalités et les significations de cette présence animale au cœur de l'œuvre flaubertienne. Voici quelques axes de recherche, à titre indicatif et sans prétention d'exhaustivité, afin d'explorer cette problématique :
— Le problème scientifique : on pourra notamment se pencher sur l'intertexte naturaliste et zoologique ; quel rapport Flaubert entretient-il avec les grands principes de classification par règnes et par espèces, avec les principes du transformisme et de l'évolutionnisme, avec la science des monstres ?
— Le problème esthétique : que penser de l'idéal d'une couleur animale qui préside à certaines œuvres comme Madame Bovary (« couleur de moisissure d'existence de cloporte ») et Un cœur simple (« couleur puce »), ou de l'analogie esquissée dans la correspondance entre les chefs-d'œuvre littéraires et la mine des grands animaux (lettre à Louise Colet, 27 juin 1852) ? L'animal, « sombre mystère! monde immense de rêves et de douleurs muettes », pour reprendre les mots de Michelet, ouvre à l'homme un horizon fantastique et symbolique (voir l'épisode du chien de la première Éducation sentimentale) : comment Flaubert s'empare-t-il de cette virtualité ? dans quelle mesure se rapproche-t-il sur ce point de ses contemporains (Hugo notamment ou encore Baudelaire) ?
— Le champ érotique : le batifolage de Salammbô avec son serpent, la comparaison de Salomé à un grand scarabée, et les jouissances violentes que saint Julien éprouve dans ses carnages sont autant de signes d'un lien étroit entre animalité et sexualité chez Flaubert qui mériterait d'être problématisé.
— La question éthique : on connaît le rêve où Flaubert blesse un singe et en éprouve le même remords que s'il avait commis un fratricide (Voyage en Italie) ; l'œuvre de Flaubert pose à plusieurs reprises le problème de la cruauté à l'égard des animaux (dans Saint Julien bien sûr, mais aussi dans Salammbô, où la crucifixion des lions n'est qu'un prélude à la crucifixion des mercenaires (« te souviens-tu les lions sur la route de Sicca — c'étaient nos frères ! »).
— La question philosophique : car le problème éthique s'articule à une certaine conception de l'identité ou de l'altérité entre homme et animal. De la bête à la bêtise, y a-t-il ou non solution de continuité chez Flaubert ? Quelle est la position de Flaubert dans le débat qui oppose l'humanisme au naturalisme ? On pourra éventuellement voir dans quelle mesure la lecture de Montaigne a pu influer sur la posture philosophique de Flaubert à l'égard des animaux.
— La part du religieux : Flaubert rapproche son affinité avec le monde animal de son panthéisme. Mais le rapport de l'animal au sacré est également capital dans l'œuvre flaubertienne en tant qu'il soulève des problèmes tels que le sacrifice (Saint Julien), le totémisme (Un cœur simple), ou le châtiment divin de la métamorphose (voir la figure de Nabuchodonosor dans La Tentation).

Les projets d'articles seront reçus jusqu'au 31 mars 2010. Après acceptation, les articles devront être remis au plus tard le 30 septembre 2010. Leur publication est prévue en décembre 2010.

Les propositions sont à adresser à Juliette Azoulai, directrice de ce numéro : jazoulai@gmail.com

 



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