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Sommaire Revue n° 11
Revue Flaubert, n° 11, 2011 | Fictions du savoir, savoirs de la fiction dans Bouvard et Pécuchet
Numéro dirigé par Yvan Leclerc.

Le savoir politique dans le chapitre VI de Bouvard et Pécuchet : apports livresques et fiction

Biagio Magaudda
Docteur de recherche en Philologie française
Voir [résumé]

 

1
Ambitieux, courageux, original : ainsi pouvons-nous définir le projet de Gustave Flaubert, écrivain-chercheur qui entreprend, en 1872, Bouvard et Pécuchet, un roman encyclopédique basé sur une documentation scientifique très vaste et rigoureuse, organisé suivant une logique cohérente d'exposition des savoirs : « L'Encyclopédie impose ses divisions au roman. La plupart des chapitres coïncident avec l'étude d'un grand secteur du savoir »[1].

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Ce roman prouvera « une forte volonté et une jolie santé »[2] de la part de Flaubert car notre écrivain devra passer ses jours, voire ses nuits à rassembler toutes les connaissances existantes pour les transmettre ensuite à ses « compagnons » Bouvard et Pécuchet.

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Bouvard et Pécuchet, créatures flaubertiennes animées par un insatiable et irrésistible désir de connaissance, se retirent à la campagne et s'adonnent avec enthousiasme aux différents domaines du savoir humain : agriculture, chimie, anatomie, médecine, géologie, histoire, littérature, magnétisme et philosophie, religion, pédagogie... Et la politique, dans tous ses aspects, n'échappe pas à leurs investigations savantes !

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Le savoir politique intrigue Flaubert, peut être plus que toutes les autres branches du savoir : le nombre de volumes consultés en ce domaine est largement supérieur à celui des autres disciplines comme nous le verrons plus tard. La Correspondance révèle en outre à plusieurs occasions l'insistance et la « forte volonté » avec lesquelles Flaubert s'intéresse de près à ces sujets malgré les moments de fatigue aiguë et de découragement qui s'emparent souvent de lui : « je me sens éreinté par mes études sur la Politique »[3] avoue Flaubert à son ami Zola.

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Le chapitre VI de Bouvard et Pécuchet, rédigé par Flaubert entre octobre et novembre 1878, est consacré entièrement à la politique et aux événements historiques des années 1848 à 1851. La complexité des événements qui se succèdent dans ce chapitre demande une riche phase de documentation : Flaubert se lance dans une vaste entreprise de recherches savantes, de lectures très spécialisées qu'il commence à partir d'août 1872[4]. Il fréquente les bibliothèques, demande à ses amis de lui envoyer des informations très détaillées sur des thèmes particuliers, emprunte un nombre très élevé de livres et prend des notes sur tous les ouvrages qu'il lit. En effet, les livres sont la source principale de documentation pour notre auteur, tout comme pour Bouvard et Pécuchet qui acquièrent le savoir grâce aux livres qu'ils possèdent ou qu'ils achètent.

6
Le résultat des recherches savantes menées par Flaubert pour le chapitre VI de Bouvard et Pécuchet est bien visible dans le dossier « Politique » (Ms. g226-6, fos 125-177v), un ensemble de 90 folios autographes conservés à la Bibliothèque municipale de Rouen contenant les notes de lecture que Flaubert a prises sur une trentaine d'ouvrages politiques en vue de la rédaction de son chapitre. Ce dossier, que j'ai transcrit et annoté intégralement dans le cadre du projet « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet »[5], constitue l'embryon du chapitre VI et la source primaire du savoir politique que Flaubert expose dans Bouvard et Pécuchet.

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En général, les manuels d'où notre auteur a extrait les informations contenues dans ses notes sont difficilement repérables dans les rayons des bibliothèques : il s'agit souvent de livres très anciens, peu connus, que personne ne lit plus couramment à l'exception de quelques chercheurs passionnés. Heureusement, grâce à Google books et à la Bibliothèque nationale de France, il a été possible de consulter en ligne un grand nombre d'ouvrages ; cela a permis de vérifier directement dans les œuvres sources les notes de Flaubert et d'étudier, entre autres, les différentes modalités de prise de notes.

8
Un premier groupe de livres[6] annotés par Flaubert dans le dossier « Politique » et destinés au chapitre VI de Bouvard et Pécuchet traitent de politique théorique (doctrines et notions politiques, études sur les pouvoirs et sur les sociétés civiles) : c'est le cas par exemple de l'Histoire des doctrines morales et politiques et De l'affaiblissement des idées et des études morales de Matter, du Dictionnaire général de la Politique de Maurice Block, de la Politique tirée des propres paroles de l'Écriture Sainte de Bossuet, de la Législation primitive de Bonald, du Traité du gouvernement civil de John Locke.

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Un deuxième groupe de volumes portent notamment sur certains aspects de la Constitution, de l'État, des codes civil et pénal : L'Individu et l'État et De la Centralisation de Dupont-White, les Études sur les Constitutions libres de Sismondi, La Question de la décentralisation par le Comte de Riencourt, le Droit des gens moderne de l'Europe de Klüber, l'Esquisse de Constitution de Benjamin Constant,l'Étude historique et critique des différents systèmes d'organisation du suffrage universel de Pascaud, le Droit des gens de Vattel, le Traité des délits et contravention de la parole, de l'écriture, de la presse de Chassan.

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Un troisième groupe de textes abordent la politique dans sa dimension historique. D'un côté, nous trouvons des volumes qui relatent des événements et des anecdotes relatifs à l'histoire et aux personnages politiques des années 1848 : l'Histoire de la Révolution de 1848 de Daniel Stern, Les hommes de 1848 de Vermorel, les Souvenirs de la tribune des journalistes d'Audebrand, Les clubs et les clubistes d'Alphonse Lucas. De l'autre côté, il y a des ouvrages qui portent sur des périodes historiques plus étendues comme les Études et portraits politiques de Lanfrey (Empire, Restauration, gouvernement de Juillet). Dans cet ensemble d'ouvrage historico-politiques entrent également l'Histoire du Second Empire de Taxile Delord et De l'agonie de la France. Examen de la situation morale, matérielle, politique de la monarchie française (1835-1838) par le marquis de Villeneuve.

11
Tout en étant très variés, ces ouvrages et les notes de lecture qui en sélectionnent les traits les plus significatifs, montrent une prédilection de Flaubert pour les théories politiques et les grandes questions de l'époque comme le droit au travail, le salaire, le suffrage universel, la propriété.

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Mais la documentation livresque réunie pour le chapitre VI s'est révélée plus vaste que nous ne le pensions d'abord. Outre le dossier « Politique », on peut dégager deux autres sources qui ont joué un rôle important dans la préparation du chapitre VI tout en ayant préalablement constitué les piliers de L 'Éducation sentimentale : le dossier « Socialisme » (Ms. g226-7, fos 179-283) et le dossier « République de 1848 » (Ms. g226-4, fos 133-204).

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Le dossier « Socialisme »[7], se compose de 179 pages manuscrites et contient des notes que Flaubert a prises majoritairement pour la rédaction de L 'Éducation sentimentale. Les derniers folios de ce dossier (24 pages), nettement séparés des autres par une page de titre, sembleraient être liés exclusivement à Bouvard et Pécuchet et donc à la nouvelle campagne de recherche documentaires entreprise par Flaubert en 1878[8]. En effet, dans ce troisième bloc cohérent, l'on remarque la présence de notes prises sur deux ouvrages parus après 1869, date de publication de L 'Éducation sentimentale : c'est le cas du Dictionnaire général de la politique de Maurice Block, dont Flaubert se servira largement pour Bouvard en 1878, et d'un ouvrage de Vaïsse, Les droits de la femme (1871). En outre, les notes prises dans ce dernier ensemble sont strictement liées à la dernière partie du chapitre VI de Bouvard (saint-simonisme, fouriérisme, Campanella, Auguste Comte, Cabet, Pierre Leroux, Louis Blanc). Ce dossier semble donc être composé de notes prises à des moments différents mais traitant d'un même thème : les théories socialistes et les arguments typiques du socialisme, comme le droit au travail et l'organisation du travail. De toute manière, indépendamment des différents moments de la prise des notes, Flaubert a réouvert tout le dossier « Socialisme » lors de la rédaction de Bouvard et Pécuchet.

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Le dossier « République de 1848 »[9] contient des notes portant sur l'histoire de la Seconde République prises exclusivement pour L 'Éducation sentimentale. Ces pages ont été également réutilisées par Flaubert pour la rédaction de Bouvard et Pécuchet. Parmi les ouvrages annotés ici, on trouve, entre autres, l'Histoire de la Révolution de 1848 de Garnier Pagès, les Mémoires de Caussidière, les Pages d'histoire et les Révélations historiques de Louis Blanc, plusieurs volumes de l'Annuaire historique de Lesur.

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Cette courte présentation des sources du chapitre VI de Bouvard et Pécuchet montre déjà à quel point le savoir politique de Flaubert s'appuie sur une base livresque solide : le nombre total des volumes consultés s'élève à une centaine.

16
Il convient d'analyser d'abord la figure de Flaubert, lecteur et manipulateur d'ouvrages politiques, en montrant comment les informations livresques contribueront à l'élaboration du chapitre VI et laisseront des traces visibles dans la narration. Mon analyse portera sur les sources primaires du chapitre, c'est-à dire la documentation provenant du dossier « Politique ». Tous les ouvrages pris en notes ont contribué à la préparation du chapitre, mais dans des mesures différentes : quelques manuels ont servi à Flaubert pour vérifier des dates, insérer des événements historiques ou le nom de certains personnages dans le chapitre ; d'autres ont eu un rôle plus significatif étant donné que leur influence est encore visible clairement dans le texte final du roman. C'est sur ces derniers ouvrages que je voudrais m'arrêter dans le cadre de ce travail pour montrer la transposition des éléments livresques dans le chapitre VI de Bouvard et Pécuchet.

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Dans un deuxième moment, j'étudierai Bouvard et Pécuchet en tant que lecteurs d'ouvrages politiques : je montrerai comment les sources livresques de Flaubert produisent de la fiction à travers les lectures des deux bonshommes.

Flaubert et le savoir politique : contributions livresques et fiction

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Flaubert acquiert le savoir à partir des livres, comme le montrent les nombreuses notes de lecture et les carnets de travail qui nous sont parvenus ; mais l'apport de la « note épistolaire » − c'est-à-dire les données provenant directement des informations que ses amis lui transmettent directement par lettre, et dont on trouve des traces dans la Correspondance -revêt également une grande importance, notamment dans les cas où l'écrivain n'arrive pas à trouver exactement dans les livres ce qu'il cherche ou qu'il n'est pas satisfait de la documentation livresque recueillie. Examinons de près l'un de ces cas. Dans une lettre du 19 août 1878, Flaubert demande à Laporte des renseignements sur la cérémonie organisée pour la plantation des arbres de la liberté :

Quelles étaient les cérémonies pour la plantation des arbres de la liberté ? Que chantait M. le curé ? En quel costume ? Quels accessoires ? Quelles bénédictions ? J'ai besoin d'une note détaillée, émanant d'un ratichon de l'époque, et je n'en connais aucun[10].

19
Nous ne connaissons pas la réponse de Laporte mais une lettre de Flaubert à son ami, quelques jours plus tard, nous indique clairement qu'il a obtenu les informations demandées et il semble très satisfait :

J'ai fait 5 pages de mon VIe chapitre. L'abbé Hanin, curé de la Madeleine, m'a envoyé des renseignements splendides. C'était moins simple qu'on ne vous avait dit[11]

20
Flaubert a-t-il contacté personnellement l'abbé Hanin, peut-être à la suite des indications précises données par Laporte, et a-t-il donc reçu ces informations directement du curé ? Ou bien Laporte s'est-il adressé à l'abbé en lui demandant d'envoyer à Flaubert des notes sur la cérémonie ? Et quel était le contenu de la lettre de Laporte ? Comportait-elle des informations supplémentaires ? Malheureusement, ni les renseignements « splendides » que Flaubert mentionne, ni la lettre de Laporte ne nous sont pas parvenus[12]. Nous pouvons cependant supposer qu'ils ont largement contribué à l'élaboration de la scène où l'on décrit le costume et les accessoires du prêtre lors de la proclamation de la République de 1848. En effet, ni les ouvrages consultés par Flaubert, ni les notes contenues dans les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet et de L'Éducation ne décrivent le passage du cortège tel qu'il apparaît dans le chapitre : 

Un tambour retentit, une croix d'argent se montra ; ensuite, parurent deux flambeaux que tenaient deux chantres, et M. le curé avec l'étole, le surplis, la chape et la barrette. Quatre enfants de chœur l'escortaient, un cinquième portait le seau pour l'eau bénite, et le sacristain le suivait.
Il monta sur le rebord de la fosse où se dressait le peuplier, garni de bandelettes tricolores[13]

21
Les informations « splendides » contenues dans la note de l'abbé Hanin (et celles provenant probablement de son ami Laporte) pourraient donc avoir inspiré Flaubert dans la description de cette scène. Mais il faut ajouter que la question des arbres de la liberté a des origines plus anciennes : Flaubert s'y était intéressé avant même la rédaction de Bouvard et Pécuchet. En effet, l'écrivain avait déjà effectué des recherches sur ce sujet pour L 'Éducation sentimentale : dans le dossier « République de 1848 » qui rassemble, comme nous l'avons dit précédemment, les notes prises pour L 'Éducation, l'on trouve des références très précises à la cérémonie organisée pour la plantation des arbres de la liberté. Par exemple, Flaubert avait pris des notes sur deux ouvrages (Une année de révolution : d'après un journal tenu à Paris en 1848 par le marquis de Normanby et Les Mémoires de Caussidière) contenant une description complète de la bénédiction. Voici un extrait de chacun de ces volumes : 

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Marquis de Normanby, Une année de révolution : d'après un journal tenu à Paris en 1848

Les serviteurs de l'Église, en livrées galonnées d'or, en chapeaux à cornes et en bas de soie, moitié laquais et moitié bedeaux, étaient les objets d'une grande admiration pour la foule déguenillée des gamins qui les suivaient, et qui les auraient houspillés s'ils les avaient vus derrière une voiture[14].

23
Caussidière, Mémoires de Caussidière 

Quelques jours plus tard, je fus invité, avec un détachement de Montagnards, à la plantation d'un arbre de la liberté dans la cour de l'Opéra. On y avait réuni l'orchestre et les chœurs de ce théâtre, qui exécutèrent plusieurs airs patriotiques, pendant la cérémonie. Le clergé avait été appelé pour bénir l'arbre. Une nombreuse et brillante société, groupée autour des fenêtres, encadrait la cour : des peletons de garde nationale et mes Montagnards un peu déguenillés remplissaient une partie de l'enceinte[15]

24
Pourquoi Flaubert n'utilise-t-il pas ces descriptions prises en note aux fos 199 et 194 du dossier « République de 1848 » et demande-t-il de nouveaux renseignements ? Ces sources auraient pu être exploitées dans le chapitre VI car elles contiennent toutes les informations que Flaubert demandera quelques années plus tard à Edmond Laporte.

25
Mais revenons à notre année 1878. Flaubert ne se borne pas à demander des renseignements à Laporte et à l'abbé Hanin ; en effet, sa soif infatigable de connaissances le pousse à chercher d'autres informations encore dans les livres. Dans la seconde moitié de juillet 1878, Flaubert consulte le Dictionnaire général de la politique de Maurice Block qui traite succinctement le thème des arbres de la liberté[16]

26
M. Block, Dictionnaire général de la politique

... Par suite de la révolution de 1789, l'usage de consacrer des arbres à la liberté s'introduit en France. Le premier fut planté solennellement, en mai 1790, par le curé de Saint-Gaudant (Vienne), M. Pressac, et cet exemple fut suivi dans un grand nombre de localités. Bientôt l'abbé Grégoire put, dans sa notice, évaluer le nombre de ces arbres à 60,000.
En 1830, il y a eu des tentatives de plantation ; mais cet acte ayant été considéré comme une manifestation républicaine, l'autorité dut s'opposer à la pratique de cette cérémonie. En 1848, au contraire, elle put se présenter au grand jour, et plus d'une fois nous avons assisté, l'arme au bras, et en costume de garde nationale, à ces solennités où ne manquait ni la bénédiction du prêtre, ni le discours patriotique du représentant de l'autorité[17]

27
Ce passage relatif aux arbres de la liberté est retenu par Flaubert comme le montre succinctement la note du f° 140r du dossier « Politique » : 

                                             Dictionnaire général de la Politique
                                                                                    Maurice Block.
Arbres de la liberté      Le premier fut planté par Mr Pressac, curé de St Gaudant (Vienne) 

28
L'ouvrage de Block fournit à Flaubert des renseignements supplémentaires sur le sujet. Les informations contenues dans ce dictionnaire sont synthétiques, il est vrai, mais elles semblent avoir un important retentissement dans le chapitre VI : la formule « et cet exemple fut suivi dans un grand nombre de localités » que nous lisons dans l'ouvrage de Block semble annoncer « et comme à Paris on plantait des arbres de la liberté, le conseil municipal décida qu'il en fallait à Chavignolles » au début du chapitre VI (p. 217). En outre, les références à la bénédiction du prêtre et au discours patriotique mentionnées brièvement dans le texte de Block pousseront Flaubert à approfondir la question dans d'autres textes. À ce propos, Flaubert trouvera dans Les hommes de 1848 de Vermorel[18] et dans l'Histoire de la révolution de 1848 de D. Stern[19] les éléments nécessaires à l'élaboration du passage du chapitre VI relatif à l'allocution de l'abbé Jeufroy bénissant l'arbre de la liberté[20]

29
Vermorel, Les hommes de 1848

M. Garnier Pagès célèbre la sincérité des manifestations du clergé : « La bonne foi du clergé apparaît évidente : elle est constatée par tous les documents sans exception. ». À l'appui, il cite un mandement de l'évêque de Langres, M. Parisis, qui fait l'apologie de la République avec des arguments tels que ceux-ci : « Une république peut être inoffensive, car on a dit longtemps la République des lettres, pour signifier la littérature. Une république peut être même très sainte, car on a toujours dit, non pas la monarchie, mais la république chrétienne, pour signifier l'Église. Or quoi de plus inoffensif en soi que la littérature, et quoi de plus saint que l'Église de Dieu ? »[21].

30
Notes de lecture de Flaubert : f° 158 du dossier « Politique »

Adhésion du clergé. (v p 219)   
       mandement de Mr Parisis évêque de Langres « une république peut être inoffensive
       car on a dit longtemps la République des lettres p. signifier la Littérature. Une république
       peut être même très sainte, car on dit toujours non pas la monarchie mais la
       république chrétienne p. signifier l'église. Or quoi de plus inoffensif en soi que la
       littérature - & quoi de plus saint que l'église de Dieu ? »  

31
D. Stern, Histoire de la révolution de 1848

Pendant deux mois le clergé de Paris bénit les arbres de la liberté, les comparant à l'arbre de la croix, rappelant avec complaisance que la cause du prêtre est la cause du peuple et que Jésus-Christ a le premier donné au monde la formule républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité, le plus souvent, les peupliers symboliques étaient pris dans les beaux jardins des congrégations, et les religieuses les décoraient elles-mêmes de guirlandes, de nœuds, de banderoles[22].
Notes de lecture de Flaubert : f° 155v du dossier « Politique »
le clergé de Paris pendant deux mois bénit les arbres de la Liberté les comparant à l'arbre de la croix - J.-Christ
                              le premier a donné la formule républicaine
                              pas une protestation p. la royauté. 

32
Les deux extraits, pris en note par Flaubert respectivement dans les fos 158 et 155v du dossier « Politique », reprennent le discours de l'évêque de Langres, M. Parisis et celui de Monseigneur Affre, archevêque de Paris. Flaubert mêle les deux et produit l'allocution de l'abbé Jeufroy : 

L'allocution du curé fut comme celle des autres prêtres dans la même circonstance. Après avoir tonné contre les Rois, il glorifia la République. Ne dit-on pas la République des Lettres, la République chrétienne ? Quoi de plus innocent que l'une, de plus beau que l'autre ? Jésus-Christ formula notre sublime devise ; l'arbre du peuple c'était l'arbre de la croix. (BP, p. 218) 

33
On mesure ainsi la quantité d'informations que Flaubert a recueillies pour élaborer un seul passage du chapitre VI. Selon lui, le récit doit être basé sur des éléments scientifiques fiables et précis : la narration doit être imprégnée des événements, des anecdotes de cette époque-là, des discours qui ont été réellement prononcés en 1848.

34
Deux ouvrages déjà mentionnés plus haut (le Dictionnaire de M. Block et l'Histoire de la révolution de 1848 de Daniel Stern) fournissent en outre à Flaubert d'autres sujets de réflexion pour la préparation du chapitre VI. Nous allons voir en bref leurs apports à la fiction à travers quelques exemples.

35
Dans les notes prises sur le Dictionnaire général de la politique de M. Block (Dossier « Politique », fos 140 à 142v), Flaubert puise les informations relatives à la théorie du droit divin de Filmer (BP, p. 241), à l'expression « les abeilles prouvent la monarchie, les fourmilières la république »[23] (p. 241), à la loi relative au colportage (p. 234). Voici un exemple de cette transposition : 

36
M. Block, Dictionnaire général de la politique

La législation française sur le colportage de livres, écrits, etc., date de la loi du 27 juillet 1849. L'article 6 de cette loi est ainsi conçu : « Tous distributeurs ou colporteurs de livres, écrits, brochures, gravures et lithographies, devront être pourvus d'une autorisation qui leur sera délivrée, pour le département de la Seine, par le préfet de police, et pour les autres départements, par les préfets[24].

37
Note de lecture de Flaubert : f° 140r du dossier « Politique »

Colportage.  loi du 27 juillet 1849.
                   autorisation par les préfets - sur un certificat de bonne vie & mœurs
                                   en 1852. commission du colportage. 

38
Chapitre VI 

Par une loi nouvelle, le colportage se trouvait aux mains des préfets - et on venait de fourrer Proudhon à Sainte-Pélagie - immense victoire. (BP, 234) 

39
La loi du 27 juillet 1849 sur le colportage des livres et le pouvoir des préfets est directement insérée dans la narration ; quant à l'information portant sur l'incarcération de Proudhon à Sainte-Pélagie, elle pourrait provenir d'un journal de 1848, le Duel des citoyens Delescluze et Proudhon qui se trouve dans les dossiers documentaires (Ms g226-2 f° 072v).

40
L'ouvrage de Daniel Stern mérite une analyse plus approfondie car son apport est très significatif pour le chapitre VI. Dans les notes que Flaubert a prises sur l'Histoire de la révolution de 1848 (Dossier « Politique », fos 155 à 157v), l'on trouve maintes informations qui figureront clairement dans le chapitre VI[25]  : les circulaires de Ledru-Rollin et l'impôt des 45 centimes (BP, p. 220), l'abolition de l'esclavage (p. 220), l'abolition de la peine de mort en matière politique (p. 220), les exigences des locataires (p. 220), le droit au travail (p. 226), l'envahissement de la Chambre et le commencement de la Réaction (p. 224), la conservation des grades militaires (p. 224), le cautionnement sur les journaux (p. 138). En outre, l'extrait du chapitre VI mentionnant l'adhésion de la cour de cassation, de la cour d'appel, du tribunal de commerce... au nouveau gouvernement (p. 217) vient également de l'ouvrage de Stern. Ce qui est curieux, c'est que Flaubert ne prend pas en note ce passage (il n'apparaît nulle part dans les dossiers documentaires[26]) mais il le recopie directement dans les brouillons sans marquer la source. On peut donc présumer que Flaubert avait ce livre sur son bureau lorsqu'il a rédigé ce passage ! Pas seulement ses notes mais le livre lui-même. La lecture intégrale de l'ouvrage de Stern m'a permis de repérer cet extrait :

41
D. Stern, Histoire de la révolution de 1848

 La cour de cassation, la cour d'appel, la cour des comptes, le tribunal de commerce, la chambre des notaires, celle des avoués, l'ordre des avocats, les agents de change apportaient à l'envi à l'Hôtel de ville l'assurance de leur dévouement sans réserve à la République et leur adhésion complète à l'entreprise généreuse, à l'œuvre admirable du gouvernement[27].

42
Chapitre VI 

Mais quand on sut que la Cour de cassation, la Cour d'appel, la Cour des comptes, le Tribunal de commerce, la Chambre des notaires, l'Ordre des avocats, le Conseil d'État, l'Université, les généraux et M. de la Rochejacquelein lui-même donnaient leur adhésion au Gouvernement provisoire, les poitrines se desserrèrent. (BP, p. 217)

43
L'ouvrage de Stern est également à la base d'un passage du chapitre VI qui ne figure pas (apparemment !) dans les dossiers documentaires :

Les puissants alors flagornaient la basse classe. Tout passait après les ouvriers. On briguait l'avantage de leur appartenir. Ils devenaient des nobles. (BP, p. 221)

44
Cet extrait, comme j'ai pu le vérifier dans les brouillons[28], est le résultat d'une réélaboration toute personnelle opérée par Flaubert à partir d'une note prise sur l'ouvrage de Stern et qui concerne la circulaire de Carnot du 6 mars 1848[29]  :

45
D. Stern, Histoire de la révolution de 1848

Dans une circulaire en date du 6 mars, il disait : La plus grande erreur contre laquelle il faille prémunir la population de nos campagnes, c'est que, pour être représentant, il soit nécessaire d'avoir de l'éducation ou de la fortune. Quant à l'éducation, il est manifeste qu'un brave paysan, avec son bon sens et de l'expérience, représentera infiniment mieux à l'Assemblée les intérêts de sa condition qu'un citoyen riche et lettré, étranger à la vie des champs, ou aveuglé par des intérêts différents de ceux de la masse des paysans[30]...

46
Note de lecture de Flaubert : f° 156v du dossier « Politique »

Circulaire de Carnot du 16 mars.
     L'instruction est inutile ! « un brave paysan avec son bon sens & de l'expérience
     représentera infiniment mieux à l'Assemblée les intérêts de sa condition qu'un
     citoyen riche & lettré ». 

47
Selon Flaubert, cette circulaire « flagorne la basse classe » et « prêche l'ignorance »[31]  : les paysans sont mis sur le même plan que les lettrés, ils deviennent eux-aussi une classe privilégiée. Dans ce cas-là, le savoir politique sert de déclencheur : Flaubert manipule très librement les informations de la circulaire en les transposant dans le chapitre sous une nouvelle forme. La circulaire de Carnot devient ainsi fiction en perdant son identité. Flaubert décidera d'exploiter le message de la circulaire mais il supprimera la référence à Carnot dans la version définitive. 

48
Un autre ouvrage qui présente un apport important pour le chapitre VI de Bouvard et Pécuchet est celui du marquis de Villeneuve, De l'agonie de la France, qui permet à Flaubert d'introduire une réflexion sur l'usurpation des propriétés :

49
Marquis de Villeneuve, De l'agonie de la France

De toutes parts ainsi Louis XVIII et sa charte répandirent comme un goût insatiable d'usurpation. Il légalisa l'usurpation des propriétés. Il usurpa pour lui le droit d'innover ; il fit usurper à la chambre des pairs le droit de la noblesse. Il obligea la noblesse à usurper les sièges de la bourgeoisie. Il confirma dans la bourgeoisie l'esprit d'usurpation universelle[32].
Note de lecture de Flaubert : f° 152v du dossier « Politique »
L. XVIII et la charte répandirent le goût de l'usurpation. il légalisa l'usurpation des propriétés. Il usurpa pr lui le droit de la noblesse
                            d'innover. Il fit usurper à la chambre des pairs le droit d'innover*
                            il obligea la noblesse à usurper les sièges de la bourgeoisie. (378.)

50
 Dans le chapitre VI, cette information apparaît dans un discours du comte de Faverges sous la forme d'une exclamation :

Que voulez-vous ! Louis XVIII a légalisé la spoliation !Depuis ce temps-là, le régime parlementaire vous sape les bases !... » (BP, p. 239)

51
Quant au discours de Bouvard et Pécuchet sur la question du suffrage universel, notamment sur la sottise du peuple, il vient clairement de l'ouvrage de Sismondi, Études des constitutions libres, comme le confirment les brouillons[33] du chapitre VI.

52
Sismondi, Études des constitutions libres

La populace privée d'instruction, et livrée presque partout à des préjugés rétrogrades, se refusera à favoriser ses propres progrès. Plus le peuple est ignorant, et plus il s'oppose à toute espèce de développement ; plus il est privé de toute autre jouissance, et plus il s'attache avec obstination, avec rage, à ses habitudes, comme à la seule propriété qui lui reste. [...]
Ne sait-on pas que dès qu'une question présente quelque obscurité, la plupart des hommes n'ont à son égard qu'une volonté suggérée, dont des milliers ne représentent souvent qu'un seul suffrage, un seul individu choisissant lui-même et faisant choisir les autres[34] ? 
Peu importe qu'ils sachent lire ou non, car s'ils savent lire, ils ne peuvent en faire usage pour aucune vraie étude, pour aucune vraie instruction[35]...

53
Notes de lecture de Flaubert : f° 163 du dossier « Politique »

Le peuple est toujours rétrograde.
           — en Espagne pr l'inquisition, en Russie p. le despotisme du czar
           il est toujours pr les Préjugés.
           Le prononcé du suffrage universel fait prévaloir ceux qui n'ont pas de volonté
           sur ceux qui veulent, ceux qui ne savent pas ce qu'ils décident sur ceux
           qui le savent.
           dès qu'une question présente quelque obscurité la plupart des hommes
           n'ont à son égard qu'une volonté suggérée. 
f° 163v
            à Paris 19 hommes sur 20 sont contraints de travailler exclusivemt s...
            pr leur subsistance « il y aurait donc une haute imprudence à leur
            donner la direction des affaires publiques » (98).      − peu importe qu'ils
                                                                     que
            sachent lire ou non. Ils ne peuvent avoir des connaissances erronées
            ainsi la majorité est à l'ignorance (106.)

54
Chapitre VI

Les six millions de voix refroidirent Pécuchet à l'encontre du peuple ; - et Bouvard et lui étudièrent la question du suffrage universel.
Appartenant à tout le monde, il ne peut avoir d'intelligence. Un ambitieux le mènera toujours, les autres obéiront comme un troupeau, les électeurs n'étant pas même contraints de savoir lire. — C'est pourquoi, suivant Pécuchet, il y avait eu tant de fraudes dans l'élection présidentielle.
— « Aucune » reprit Bouvard. « Je crois plutôt à la sottise du peuple... (BP, p. 232) 

55
Comme nous pouvons le remarquer, Flaubert est attiré par les observations de Sismondi concernant la sottise et l'ignorance du peuple. Dans le roman, il gardera cette conception négative des paysans en soulignant leur manque d'intelligence et de personnalité étant donné qu'ils obéissent toujours, comme un troupeau, à un homme ambitieux et puissant.

56
Je voudrais enfin m'arrêter sur un dernier ouvrage, l'Histoire du second Empire de Taxile Delord, dans lequel Flaubert a pris deux pages de notes (fos 159r et 159v du dossier « Politique »). Dans cet ouvrage, Flaubert puise les informations portant sur le sac des imprimeries Proust et Boulé (BP, p. 234), sur la distribution des brochures de la rue de Poitiers[36] (p. 234) et sur la loi électorale du 31 mai 1850 qui exclut du droit de vote plus de trois millions de personnes (p. 238). Dans ce même ouvrage, Flaubert trouve l'information relative à l'expédition de Rome annoncée par M. de Faverges dans le chapitre VI (p. 233) :

57
T. Delord, Histoire du second empire

Quinze jours après, M. Odilon Barrot demandait l'allocation d'un crédit extraordinaire de 1200000 francs pour subvenir aux frais d'une expédition devenue nécessaire en Italie. La gauche ne consentit à les voter que sur la promesse que les armées ne seraient pas tournées contre la République romaine. M. Odilon Barrot protesta de nouveau devant l'Assemblée et devant la Commission que l'expédition n'était faite que pour maintenir notre influence, sauvegarder nos intérêts, et défendre la civilisation ; il ne pouvait donc exister aucune équivoque, aucun malentendu entre l'Assemblée et le gouvernement sur la cause et sur le but de l'intervention française en Italie[37]

58
Notes de lecture de Flaubert : f° 159r du dossier « Politique »

8 janvier 1849.     ----
affaires de Rome.  
Le ministère répond à Ledru-Rollin qu'on ne détruira pas la République romaine.
L'armée n'allait à Rome que pr sauvegarder nos intérêts. 

59
Dans le chapitre VI, M. de Faverges met Bouvard et Pécuchet au courant de l'expédition de Rome en défendant la légitimité de cette intervention : 

Plus tard, au printemps, ils rencontrèrent M. de Faverges, qui leur apprit l'expédition de Rome. On n'attaquerait pas les Italiens. Mais il nous fallait des garanties. Autrement, notre influence était ruinée. Rien de plus légitime que cette intervention. (BP, p. 233) 

60
Ces quelques exemples montrent clairement que le savoir politique est toujours mis au service de la fiction et que Flaubert cherche à exploiter au mieux toutes ses connaissances en matière politique. Les informations recueillies sont légion mais Flaubert choisit celles qui répondent le mieux à son projet d'écriture et qui peuvent s'adapter facilement à la fiction. Les savoirs s'insèrent dans le chapitre et s'amalgament les uns aux autres d'une manière naturelle et cohérente. Le texte tout entier est construit sur les données livresques : aussi bien les références précises aux événements et aux anecdotes de 1848 que les noms des personnages de l'époque, les discussions à l'ordre du jour (libération de la Pologne, abolition de la peine de mort et de l'esclavage, etc.), les commentaires des habitants de Chavignolles ou leurs idées sur certains sujets politiques.

61
Grâce aux lectures très spécialisées et aux informations précises tirées des livres ou données par ses amis, Flaubert arrive à élaborer assez aisément son chapitre. En effet, si la phase de documentation se poursuit pendant de nombreuses années, la rédaction du chapitre ne prend qu'un mois car Flaubert a les idées claires et a déjà rassemblé toute la documentation.

62
Nous allons maintenant analyser une autre série d'ouvrages qui présentent la particularité de s'inscrire dans la narration car Bouvard et Pécuchet eux-mêmes les lisent publiquement dans la version définitive du roman. 

Bouvard et Pécuchet lecteurs d'ouvrages politiques :
l'exemple du droit d'intervention 

63
Comme nous venons de le montrer, derrière les discours des personnages ou les événements relatés, se cache l'apport d'une série d'ouvrages spécialisés qui interviennent dans le récit d'une manière discrète et « silencieuse » en lui apportant une contribution majeure. Mais dans certains cas, le savoir se manifeste ouvertement car Bouvard et Pécuchet ou d'autres personnages du roman prennent eux-mêmes en main les livres dont ils ont besoin et les lisent pour éclaircir une question qui leur tient à cœur.

64
Dans le cours du roman, nous rencontrons fréquemment Bouvard et Pécuchet lecteurs passionnés qui feuillètent des livres et communiquent le titre exact de l'ouvrage consulté ainsi que son auteur. Nombreux sont les volumes que les deux personnages commentent sur l'agriculture, les sciences, l'histoire, la médecine, etc. Dans le chapitre consacré à la politique, les auteurs cités et étudiés par Bouvard et Pécuchet sont également nombreux mais Flaubert omet toujours de préciser le titre de leurs ouvrages à deux exceptions près : Le Contrat social de Rousseau et l 'Examen du socialisme de Morant, qui est d'ailleurs un ouvrage fictif[38]. Cette situation est celle qui prévaut dans l'épisode concernant la théorie du droit divin[39]  : Flaubert mentionne des auteurs (Bossuet, Locke...) qu'il connaît bien, comme les nombreuses notes de lecture du dossier « Politique » le montrent, mais les titres de leurs ouvrages n'apparaissent pas dans le texte définitif. 

« Le Créateur donna au premier homme la souveraineté du monde. Elle fut transmise à ses descendants ; et la puissance du roi émane de Dieu. “Il est son image” écrit Bossuet. L'empire paternel accoutume à la domination d'un seul. On a fait les rois d'après le modèle des pères.
« Locke réfuta cette doctrine. Le pouvoir paternel se distingue du monarchique, tout sujet ayant le même droit sur ses enfants que le monarque sur les siens. »La royauté n'existe que par le choix populaire, et même l'élection était rappelée dans la cérémonie du sacre, où deux évêques, en montrant le roi, demandaient aux nobles et aux manants s'ils l'acceptaient pour tel. (BP, p. 242) 

65
Dans ce court passage, Flaubert amalgame les deux doctrines d'une manière cohérente : les titres de l'ouvrage de Bossuet (Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte) et de Locke (Traité du gouvernement civil) d'où Flaubert a extrait ces informations ne sont pas cités ; en outre, la suite de ce passage est encore constituée d'une série d'auteurs dissertant sur les droits du peuple (Helvétius, Hotman, Mably...). Il est probable que Flaubert, vu la quantité des références bibliographiques présentes dans ce chapitre, a choisi de ne mentionner que les noms des auteurs en laissant de côté les titres de leurs ouvrages.

66
Mais nous pouvons affirmer que les lectures de Flaubert et des deux personnages coïncident quasiment toujours : notre écrivain prend plaisir à faire feuilleter à ses copistes les ouvrages qu'il a lui-même consultés. Néanmoins, je voudrais m'arrêter sur une configuration particulière et peu fréquente concernant le droit d'intervention. Flaubert fait lire à Bouvard et Pécuchet des manuels qu'il ne connaît pas personnellement et dont il a trouvé les références bibliographiques dans d'autres textes ! 

67
Chapitre VI

Le droit d'intervention leur semblait louche. Ils en cherchèrent les principes dans Calvo, Martens, Vattel ; et Bouvard conclut :
− « On intervient pour remettre un prince sur le trône, pour affranchir un peuple - ou par précaution, en vue d'un danger. Dans les deux cas, c'est un attentat au droit d'autrui, un abus de la force, une violence hypocrite ! ».
− « Cependant » dit Pécuchet « les peuples comme les hommes sont solidaires. » (BP, p. 233-234) 

68
Calvo, Martens et Vattel sont trois auteurs dont Flaubert a découvert l'existence d'abord grâce à l'ouvrage de Klüber, Droit des gens moderne de l'Europe [40], un livre qui « renvoie à d'autres qu'il cite et à partir desquels il s'écrit »[41]. Dans ce texte, on trouve les différentes théories sur le droit d'intervention et l'on fait référence à des auteurs qui ont traité ce thème : c'est le cas de Calvo, Martens et Vattel cités dans le chapitre VI.

69
Voici un extrait d'une note de lecture tirée de l'ouvrage de Klüber où apparaissent, entre autres, Le droit international théorique et pratique de Calvo et le Précis du droit des gens moderne de l'Europe par De Martens :

70
Note de lecture de Flaubert : f° 144 du dossier « Politique »

                                          Droit des gens moderne de l'Europe.
                                                                  Klüber    annoté par Ott.
L'État est libre de se donner telle Constitution qu'il lui plaît.   § 51.
droit d'intervention.    intervention de l'Autriche dans les affaires d'italie en 1820.
                                                   de la France en Espagne    en 1823.
                                                   de l'Angleterre en Portugal   1826.
                                                         etc. voy. p. 87.
                                 voy. Calvo.  le droit international    1er partie.   liv II.
                                        Gericke     de Jure interventionis    Lugd Bat. 1836.
                                           Martens.   Précis.          § 79. 

71
Les informations que l'ouvrage de Klüber fournit sur Calvo et Martens semblent satisfaire Flaubert et notre écrivain ne jugera pas nécessaire de consulter lui-même les volumes de ces auteurs. Quant à Vattel, Flaubert décide de se procurer le Droit des gens [42] dans lequel il prend de nombreuses notes de lecture (Ms. g226-6, fos 160 à 162v).

72
Ainsi, Flaubert trouve dans le texte de Klüber un précieux réservoir de théories et d'auteurs qui ont abordé la question de l'intervention : il mentionnera les auteurs contenus dans cet ouvrage et non pas l'ouvrage source lui-même !

73
Voici deux extraits du Droit des gens moderne de l'Europe de Klüber où Flaubert a trouvé les motifs de l'intervention en cas de guerre : 

Un État ne serait pas fondé non plus à se mêler des affaires d'un autre pour simple cause de voisinage, de convenance, d'amitié ou de parenté entre les souverains de deux États. Ce serait un outrage de sa part que d'exciter ou de favoriser des dissensions entre le souverain et ses sujets, ou des insurrections illégitimes. Il n'en serait pas de même, si lors de discordes civiles, d'une révolution, au cas où un prince serait détrôné, ou quand une partie du pays lui aurait refusé l'obéissance, un État étranger avait reconnu provisoirement l'État de possession d'un des partis ; cela ne porterait jamais préjudice aux droits de l'autre (Conférez v. MARTENS, Précis,§ 79)[43]
Toute guerre pour être juste, doit prendre son origine en droit dans les conséquences d'un principe, déduit à son tour de la nécessité de conserver des droits externes menacés ou déjà lésés. La guerre est donc juste du côté de l'État qui se trouve obligé de la faire pour défendre ses droits. Cette défense, comme nous venons de le dire, peut non seulement avoir pour objet des lésions existantes ; mais elle peut aussi être exercée en vertu du droit de prévention, pour des lésions imminentes. Le but d'une guerre juste doit donc consister à obtenir réparation des torts qu'on a éprouvés, à se défendre ou à veiller à sa sureté, supposé que ces résultats ne puissent être atteints d'aucune autre manière (VATTEL, liv. III, ch. VIII...)[44]

74
Cet ouvrage sert donc à Flaubert pour trouver les motifs invoqués pour justifier une intervention (remettre un prince sur le trône, conjurer un danger...) ; en outre, le romancier ajoute une touche personnelle par ses commentaires : « c'est un attentat au droit d'autrui, un abus de la force, une violence hypocrite ».

75
Les brouillons[45] nous montrent que Flaubert voulait, dans un premier temps, mentionner un autre motif d'intervention : « porter la civilisation ». Cette donnée, qui sera supprimée par la suite, se trouve également du texte de Klüber où nous lisons, au nombre des motifs injustes de guerre : « le manque de mœurs, de vertus sociales ou de religion du peuple assailli, l'immoralité, fondée ou non, dont on l'accuse »[46].

76
Le discours sur le droit d'intervention est donc le fruit d'une opération mixte : les apports livresques (lectures de Flaubert, de Bouvard et de Pécuchet) se joignent librement aux ajouts personnels de Flaubert.

 

77
Grâce aux exemples analysés dans ce travail, il apparaît clairement que « les savoirs sont aussi projetés sur la scène de la fiction : les personnages les jouent comme s'il s'agissait d'une pièce de théâtre »[47]. La construction du chapitre est basée sur les données documentaires fiables que Flaubert a recueillies avec soin. Rien n'est laissé au hasard, tout est calculé dans les moindres détails.

78
Mais le savoir politique joué par les personnages recèle des spécificités qui le distinguent nettement des autres disciplines : il n'est pas défectueux ! En effet, toutes les théories politiques découvertes et commentées par Bouvard et Pécuchet tout au long du roman sont confirmées dans la vie réelle : les théories sur le peuple ignorant, faible, assujetti, qui vote pour un dictateur, le discours sur la suprématie de la monarchie parmi les formes de gouvernement, les réflexions sur les théories socialistes qui mènent à des régimes totalitaires (et Bouvard en est bien conscient : « tes socialistes, disait Bouvard, demandent toujours la tyrannie »), ou encore les théories sur le droit d'intervention (confirmées lors de l'expédition de Rome).

79
La politique théorique se révèle donc exacte et la déception (ou l'échec ?) des deux personnages, dans ce cas-là, dépend plus de la situation politique de cette époque que de la mauvaise maîtrise du savoir politique par Bouvard et Pécuchet. Pour cette raison, on ne peut pas parler, dans le domaine politique, d'utilisation erronée de la méthode scientifique, peut-être aussi parce que la politique est encore moins une science que les autres domaines passés en revue. Et Pécuchet semble bien conscient de ce fait : « ce n'est pas une science » (BP, p. 249).

80
Ce travail a voulu montrer à quel point, dans la fiction, les idées et les actions de Bouvard, Pécuchet et des autres villageois de Chavignolles sont le fruit des études menées par Flaubert, de ses expériences sur le terrain : derrière le discours d'un personnage on finit toujours par trouver les théories d'un auteur.

81
Flaubert construit la fiction sur le savoir et les résultats qui en découlent sont convaincants : malgré le caractère encyclopédique de certaines informations, on lit avec plaisir les péripéties des personnages, on s'amuse et on suit avec intérêt et curiosité leurs aventures savantes. Bouvard et Pécuchet présente un excellent exemple de roman qui mêle d'une manière cohérente, efficace et intelligente, le savoir à la fiction.

 

 

NOTES

[1] Yvan Leclerc, La Spirale et le monument. Essai sur Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert. Paris, Sedes, 1988, p. 69 (voir en particulier tout le chapitre III : « L'Encyclopédie, la critique et la farce » qui aborde la question du savoir encyclopédique dans Bouvard). Le thème du savoir est également traité d'une manière exhaustive dans Stéphanie Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Flaubert, une « encyclopédie critique en farce », Paris, Editions Belin, 2000.
[2] Flaubert, Correspondance, Lettre à Edmond Laporte du 24 juillet 1878, éd. Jean Bruneau et Yvan Leclerc, Paris, Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», tome V (1876-1880), 2007, p. 409. Par la suite : Corr.
[3] Corr., lettre à Émile Zola, 15 août 1878, t. V, p. 420.
[4] Pour la chronologie détaillée du chapitre VI de Bouvard et Pécuchet, voir Biagio Magaudda, « Le dossier “Politique” dans la documentation préparatoire de Bouvard et Pécuchet : description du corpus » in Rosa Maria Palermo Di Stefano, Stéphanie Dord-Crouslé et Stella Mangiapane, Éditer le chantier documentaire de Bouvard et Pécuchet. Explorations critiques et premières réalisations numériques, Messine (Italie), Andrea Lippolis Editore, 2010, p. 127-140.
[5] Le projet « Les dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet » sous la direction scientifique de Stéphanie Dord-Crouslé (CNRS, UMR 5611 LIRE) consiste en la transcription et en l'édition électronique de la documentation préparatoire destinée au dernier roman de Gustave Flaubert et au Second Volume, jamais rédigé à cause de la mort soudaine de l'écrivain, ouverture du site au public prévue fin 2011). En ligne :
http://dossiers-flaubert.ish-lyon.cnrs.fr
La transcription et la mise en ligne des plans, des scénarios et des brouillons rédactionnels du roman font l'objet d'un autre projet scientifique international « Flaubert au travail, ses livres, ses manuscrits, ses commentateurs : Bouvard et Pécuchet roman (volume 1) » sous la direction d'Yvan Leclerc (Professeur à l'Université de Rouen et directeur du Centre Flaubert, composante du laboratoire CÉRÉDI - Centre d'Étude et de Recherche Éditer/Interpréter) :
http://flaubert.univ-rouen.fr/ressources/bouvard_et_pecuchet.php
[6] Pour la liste complète des ouvrages pris en notes par Flaubert dans le dossier « Politique » voir Biagio Magaudda, « Le dossier “Politique” », art. cit., p. 128.
[7] Claire Moisan s'est occupée de l'étude et de la transcription de ce dossier (Claire Moisan, « Quelques pistes sur le dossier Socialisme : organisation, destination, problématiques » in Éditer le chantier documentaire..., cit., p. 61-79.
[8] Ibid., p. 63.
[9] Le dossier « République de 1848 » a été analysé et transcrit par Éric Le Calvez (« République de 1848 » in Éditer le chantier documentaire..., op. cit., p. 105-119).
[10] Corr., lettre à Edmond Laporte, 19 août 1878, t. V, p. 421.
[11] Corr., lettre à Edmond Laporte, 1er septembre 1878, t. V, p. 424.
[12] Je remercie Yvan Leclerc, éditeur de la Correspondance de Flaubert, pour m'avoir apporté ses lumières sur la question.
[13] Bouvard et Pécuchet. Avec des fragments du « second volume », dont le Dictionnaire des idées reçues. (Chronologie, présentation, notes, dossier, bibliographie par Stéphanie Dord-Crouslé. Édition mise à jour en 2008), Paris, GF Flammarion, 2008, p. 217-218. Par la suite, toutes les citations extraites du roman, suivies de l'indication de la page, se réfèreront à cette édition.
[14] Constantine Henry Phipps Normanby, Une année de révolution : d'après un journal tenu à Paris en 1848, Paris, Henri Plon éditeur, 1858, p. 282. En ligne :
 http://books.google.fr/books?id=zm8_AAAAYAAJ
[15] M. Caussidière, Mémoires de Caussidière, Paris, Michel Levy Frères, 1849, p. 187-188. En ligne :
http://books.google.fr/books?id=dULRAAAAMAAJ.
[16] L'ouvrage de Block est consulté par Flaubert dans la seconde moitié de juillet 1878 d'après les indices de la Correspondance (voir Biagio Magaudda, « Le dossier “Politique” », art. cit., p. 134-135). En effet, Flaubert demande à son ami Edmond Laporte la date de la première édition de l'ouvrage de Block : « Faites-moi le plaisir, mon bon, de passer chez Laurens éditeur, 3 bis, rue Bonaparte, et de lui demander à quelle époque a paru la première édition du Dictionnaire général de la politique par Maurice Block ? » (Corr., lettre à Edmond Laporte, 17-18 juillet 1878, t. V, p. 406). Une lettre de Taine à Flaubert datant de la même période indique qu'à ce moment-là Flaubert, suivant les conseils de son ami, aurait pu se procurer l'ouvrage : « Achetez donc le Dictionnaire de politique, en deux volumes de Maurice Block. Impossible de voir un plus beau charivari d'abstractions et de grands mots » (Bruna Donatelli, Flaubert e Taine, Luoghi e tempi di un dialogo, lettre de Taine à Flaubert, 25-27 juillet 1878, Roma, Nuova arnica editrice, 1998, p. 194-195).
[17] M. Block, Dictionnaire générale de la politique, t. 1, Paris, O. Lorenz Libraire- éditeur, 1873-1874, p. 87. En ligne :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k220649h
[18] Malgré les références de cet ouvrage à des événements ou des personnages que l'on retrouve dans L'Éducation, on peut affirmer que Flaubert n'a pas pu l'utiliser pour son roman puisqu'il en possédait la 2e édition, datée de 1869. Non seulement les numéros de page indiqués par l'écrivain dans ses notes correspondent à cette édition, mais le site Flaubert de l'Université de Rouen permet de consulter en ligne cet ouvrage, conservé à la mairie de Canteleu et portant des marques de lecture.
[19] Flaubert consulte l'ouvrage de Daniel Stern pour L'Éducation sentimentale, voir A. Cento, Il realismo documentario nell'«Éducation sentimentale», Napoli, Liguori, 1967, p. 96.
[20] Voir également Biagio Magaudda, « Le dossier “Politique” », art. cit., p. 139-140.
[21] A. Vermorel, Les Hommes de 1848, Paris, Décembre-Alonnier, Libraire-éditeur, 1869, p. 219. En ligne :
http://flaubert.univ-rouen.fr/jet/public/feuilletoir/feuilletoir.php?f=bibliotheque/feuilletoir/vermorel
[22] D. Stern, Histoire de la révolution de 1848, t. 1, Paris, Charpentier Libraire Éditeur, 1862, p. 395. En ligne :
http://books.google.fr/books?id=-LknAAAAYAAJ
[23] Exemple traité dans Biagio Magaudda, « Le dossier “Politique” », art. cit., p. 139.
[24] M. Block, Dictionnaire général de la politique, op. cit., p. 396.
[25] Quelques-unes de ces informations (les circulaires de Ledru Rollin, l'impôt des 45 centimes...) sont également présentes, d'une manière éparse et fragmentaire, dans d'autres ouvrages consultés par Flaubert sur les années 1848-1851, comme le montrent les notes de lecture du dossier « République de 1848 » (voir Éric Le Calvez, art. cit., p. 118). En effet, il s'agit de questions, de thèmes que l'on retrouve dans tous les ouvrages historico-politiques de l'époque. Néanmoins, le volume de Stern semble être la source livresque primaire et privilégiée de Flaubert : les notes de lecture prises sur l'Histoire de la révolution de 1848 condensent dans un même bloc cohérent (fos 155 à 157v) toutes ces données qui parviendront ensuite jusqu'au texte définitif du chapitre VI. En outre, cette hypothèse est confirmée dans les brouillons : par exemple, dans Ms. g225-6, f° 635, à côté de l'information « circulaire de Ledru Rollin », Flaubert marque le nom de Stern.
[26] Eric Le Calvez s'est interrogé lui-aussi sur l'origine de ce passage, art. cit., p. 112.
[27] D. Stern, Histoire de la révolution de 1848, op. cit., p. 395-396.
[28] Voir par exemple Ms. g225-6, f° 645v.
[29] Flaubert se trompe dans ses notes sur la date de la circulaire de Carnot (16 mars).
[30] D. Stern, Histoire de la révolution, op. cit., p. 200.
[31] Expression utilisée par Flaubert lui-même dans Ms. g225-6, f° 645v.
[32] Pons-Louis-François De Villeneuve, De l'Agonie de la France, examen de la situation morale, matérielle, politique de la monarchie française, 1835-1838, par M. le marquis de Villeneuve, 2e édition, augmentée d'un volume, Paris-Lyon, Périsse frères, 1839, t. 2, p. 378. En ligne :
http://books.google.fr/books?id=Pnpnv_ubJWcC
[33] Voir par exemple Ms. g225-6, f° 670 où l'on voit explicitement l'influence de Sismondi dans l'élaboration de ce passage.
[34] Jean Charles Léonard Simonde de Sismondi, Études sur les constitutions des peuples libres, Paris, Treuttel et Würtz, 1836, t. 1, p. 51-53. En ligne :
http://books.google.fr/books?id=NXotAAAAYAAJ
[35] Ibid., p. 106.
[36] Deux titres des brochures qui apparaissent dans le chapitre VI « Dieu le voudra » et « Les partageux » (p. 234) viennent de l'ouvrage de Taxile Delord. Par contre, les brouillons montrent que les autres titres de brochures, « Sortons du gâchis » et « Où allons-nous », proviendraient de l'ouvrage de Joseph de Maistre, Jean Claude Têtu (voir par exemple Ms. g225-6, fos 668v et 670v).
[37] T. Delord, Histoire du Second Empire, Paris, Germer Baillière, Libraire-éditeur, 1869, p. 144. En ligne :
http://books.google.fr/books?id=mII7AAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq
[38] Voir à ce propos S. Dord-Crouslé, « Saint-Simon, Bouvard et Pécuchet : représentation d'une idéologie » in Études saint-simoniennes, sous la dir. de Philippe Régnier, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2002, disponible en ligne :
http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00149844/fr/, p. 15.
[39] En ce qui concerne la question du droit divin, exposée dans la lettre savante de l'ami de Dumouchel, on se reportera à Biagio Magaudda, « Le transfert des notes de lecture du dossier « Politique » dans le chapitre VI de Bouvard et Pécuchet : illustration d'un exemple significatif » (à paraître en ligne dans la Revue Publifarum : www.publifarum.farum.it) ; et Biagio Magaudda, « Le dossier “Politique” », art. cit. Dans le cadre de ce travail, je ne m'arrêterai pas longtemps sur cette question car la genèse intégrale de l'épisode du droit divin, en tenant compte de tous les documents de genèse (notes de lecture, plans, scénarios, brouillons), sera l'objet de ma prochaine communication au Colloque international de clôture du projet d'« Édition en ligne des dossiers documentaires de Bouvard et Pécuchet » qui aura lieu à Lyon du 7 au 9 mars 2012. Quant aux derniers ouvrages cités dans le chapitre concernant le socialisme, je renvoie à l'excellente étude de Stéphanie Dord-Crouslé, « Saint-Simon, Bouvard et Pécuchet : représentation d'une idéologie », art. cit.
[40] Flaubert a consulté l'ouvrage de Klüber en mars 1873 comme la Correspondance l'indique : « Gustave Flaubert présente ses respects à M. Klein, et enverra chercher mercredi prochain quelques-uns des livres indiqués sur la liste suivante. [...] Klüber, Droit des gens moderne de l'Europe, 2 vol. in-8° » (Corr., lettre à Monsieur Klein du 31 mars 1873, t. IV, p. 654).
[41] Y. Leclerc, La Spirale et le monument, op. cit., p. 122. Je reprends l'expression qu'Yvan Leclerc utilise à propos d'un autre exemple d'auteurs cités dans Sismondi.
[42] Flaubert a lu l'ouvrage de Vattel, Droit des gens, en avril 1873 (Carnet 15, f° 66). La Correspondance confirme cette datation : « Gustave Flaubert présente ses respects à M. Klein, et enverra chercher mercredi prochain quelques-uns des livres indiqués sur la liste suivante. [...] Vattel, Le Droit des gens, Paris, 1863, 3 vol. in-8° » (Corr., lettre à Monsieur Klein, 31 mars 1873, t. IV, p. 654).
[43] Klüber, Droit des gens moderne de l'Europe, annoté par M. A., Ott, Paris, Librairie de Guillaumin et Cie, 1874, 2e édition, p. 84-85. En ligne :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4264005.r
[44] Ibid., p. 337-338.
[45] Voir par exemple Ms. g225-6, f° 622v.
[46] Ibid., p. 339.
[47] S. Dord-Crouslé, Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert ..., op. cit., p. 81.


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