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Revue Flaubert, n° 2, 2002 | Œuvres de jeunesse, t. I des Œuvres complètes en Pléiade.

Mémoires d'un fou, et la question du style

Timothy Unwin

A quelques célèbres exceptions près, la critique fait volontiers bon marché de l'œuvre de jeunesse de Flaubert. La réputation du maître nuit à celle de l'apprenti, et on remarque - peut-être trop facilement quand on connaît les grands romans de Flaubert - les défauts stylistiques de ses premiers écrits.

Le regard critique porté sur les Mémoires d'un fou représente un cas typique de cette "sévérité rétrospective": on en souligne régulièrement l'absence de structure, la composition hâtive et l'inspiration inégale. Certes, ces jugements sont en partie justifiés, mais ne serait-il pas temps de regarder ce texte différemment? - non pas comme une autobiographie manquée ou un déversoir de sentiments, mais, comme le dit Claudine Gothot-Mersch dans sa nouvelle édition de l'ouvrage, comme une "œuvre littéraire. qui se veut telle, d'une structure complexe, relevant d'un genre précis, mêlant l'imaginaire au réel, attentive au style et aux effets de style". Dans cette communication, c'est donc avant tout la question du style chez le Flaubert des Mémoires d'un fou qui retiendra mon attention, d'abord le style comme exercice ou comme mise au point des techniques de l'écriture, ensuite et surtout, le style (et plus généralement l'Art) comme sujet de réflexion explicite. Dans son échec même, le roman de 1838 affirme son côté réflexif et expérimental, et le style devient déjà une manière absolue de voir les choses. Revenant à tout propos, la question du style finit par donner une unité héroïque et inespérée à ce texte en apparence si fragmenté. Et malgré les révélations brûlantes d'un texte autobiographique de première importance, il y a aussi, dans cette écriture de l'écriture, un certain détachement qui donne aux Mémoires d'un fou un statut privilégié dans le corpus flaubertien.



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