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Revue Flaubert, n° 7, 2007 | Flaubert et la philosophie.
Numéro dirigé par Jacques Goetschel.

Résumés / Abstracts

Astracts revus par Debbie Levesque,
doctorante du Cérédi (Université de Rouen)
Étienne Beaulieu 
Neutralisation de l'idéal : les cultures de la prose dans La Tentation de saint Antoine 
 
Rêvant de « retrouver pour l'esthétique ce que le stoïcisme avait inventé pour la morale », Flaubert élabore une philosophie tenant ainsi beaucoup moins d'une doctrine que d'une pensée, au sens volontairement vague et oblique donné à ce terme par Thomas Pavel dans La pensée du roman. Si Pavel a exploré la naturalisation de l'idéal dans le roman du XIXe siècle français, on pourrait montrer qu'il s'agit plus exactement chez Flaubert d'une neutralisation de l'idéal qui s'opère dans le cours même de sa prose. Posant volontiers en « homme-plume », Flaubert déclare en effet mener « une vie neutralisante ». Rétif à la prose philosophique, il développe néanmoins dans son œuvre une philosophie de la prose qui tourne bien souvent à l'idéal stoïcien du neutre. C'est en outre dans La Tentation de saint Antoine que se montre le plus clairement à l'œuvre la portée de la pensée (philosophique) de Flaubert, perceptible dans le travail de la prose à même la courtepointe des cultures. 
 
The neutralization of the ideal: the cultures of prose in The Temptation of Saint Anthony  
   
Aspiring to “recover for the aesthetic that which stoicism invented for the moral”, Flaubert develops a philosophy that more resembles doctrine than thought, in the deliberately vague and oblique meaning given to this term by Thomas Pavel in La pensée du roman. Whereas Pavel explored the naturalization of the ideal in the nineteenth century French novel, here we may demonstrate that in Flaubert's case, it is more a neutralization of the ideal that occurs in the prose. Willingly posing as an “homme-plume” - a pen-man ‑, Flaubert declares indeed that he is leading “a neutralizing life”. Recalcitrant in his attitude towards philosophical prose, he nonetheless develops in his work a philosophy of prose that is oriented towards the stoic ideal of the neutral. It is in The Temptation of Saint Anthony that the import of Flaubert's philosophical thought is most clearly visible, perceivable in the prose worked out of the patchwork of cultures itself.  
 
 
Michel Brix 
Flaubert, Schopenhauer et le pessimisme 
 
Jusque dans les dernières années de sa vie, Flaubert a ignoré l'existence d'Arthur Schopenhauer (1788-1860) et de son œuvre. Et pour cause : l'audience du philosophe allemand est restée très limitée en France jusqu'au début des années 1870. De surcroît, à pareille date, les idées de Flaubert sur l'existence, sur le monde, sur la société, sur l'art sont établies depuis longtemps. On ne peut donc, en toute rigueur, parler d'une influence de Schopenhauer sur Flaubert. Pourtant, celui-ci a défendu des vues qui présentent d'étroites ressemblances avec la doctrine du philosophe. Cette convergence a de quoi retenir l'attention de la critique et apparaît même comme une des données essentielles de l'histoire de la pensée à la fin du XIXe siècle. 

Up until the last few years of his life, Flaubert wasn't aware of the existence of Schopenhauer and his work. And for good reason: the German philosopher's audience remained quite limited in France until the early 1870s. Furthermore, Flaubert's ideas on existence, the world, society and art had been long established at that time. Thus, one can by no means allude to any kind of influence of Schopenhauer on Flaubert . However, the latter has defended certain viewpoints which present strong similarities with the philosopher's doctrine. This interesting convergence should be kept in mind by the critics as it even appears to be one of the fundamental tenets of the history of thought at the end of the 19th century. 
 
Bruna Donatelli
Flaubert et Taine : moments d'un dialogue. 
 
Les rares traces que l'on conserve du dialogue philosophique entre Flaubert et Taine permettent de distinguer trois moments : un premier moment où Flaubert écoute et approuve la force polémique de Taine envers tout ce qui était défini à tort comme de la philosophie ; le deuxième moment, qui devient très vite un débat, quand la discussion débouche sur la perception visuelle, plus proche de la condition d'artiste de Flaubert, bien que celle-ci constitue, selon Taine dans De l'intelligence, une matière spécifiquement philosophique ; un troisième moment marqué par le silence de Taine lorsque, dans La Tentation de saint Antoine, le problème de la connaissance est transposé sur le plan littéraire. 

In a philosophical perspective, there are three stages in Taine's and Flaubert's dialogue. The first stage shows Flaubert listening to and agreeing with Taine's polemical vein and hypercritical attitude towards everything that, in his opinion, gœs unduly under the name of philosophy. The second stage rapidly turns into a debate when their discussion moves towards visual perception, which is much more related to Flaubert's artist condition, whereas the same topic is seen as a specifically philosophical matter in Taine's treatise De l'intelligence. The third stage is marked by Taine's silence when knowledge difficulties are presented through literature in Flaubert's Tentation de saint Antoine .
  
Jacques-David Ebguy 
Portrait de l'écrivain en métaphysicien : Flaubert lu par Rancière 
 
Les nombreuses analyses que consacre Jacques Rancière à l'œuvre de Flaubert situent le romancier sur le terrain philosophique. Notre article s'intéresse essentiellement aux caractéristiques de ce Flaubert « philosophe », en examinant précisément les liens que, selon Rancière, il entretient avec différentes figures de la pensée. Redonnant à l'Art, contre Hegel, un avenir et une possibilité de dire l'Esprit, visant, en platonicien, à faire voir dans ses phrases l' « Idée », Flaubert exposerait, surtout, une « métaphysique » qui est celle-là même de la littérature. L'auteur de Madame Bovary présente en effet un monde de singularités impersonnelles, de perceptions indéterminées, que rien ne lie. Soit le « monde » de l'anti-représentation que dépeignent la métaphysique de Schopenhauer ou celle, plus tardive, de Gilles Deleuze. L'œuvre de Flaubert tout à la fois fait être et se fonde sur cette idée du monde. Attentive au style flaubertien, la lecture philosophique de Rancière reconnaît donc l'enjeu et l'impact métaphysiques d'une pratique littéraire.  
En diagnostiquant l'échec de l'entreprise flaubertienne, le philosophe finit cependant par redonner au philosophique le primat. Confrontant le littéraire au philosophique, il tend de plus à gommer la distinction entre les deux domaines. Aussi se propose-t-on pour finir, plutôt que de traduire le « faire » littéraire en propositions philosophiques, de rendre sensible à ce que Rancière laisse de côté : le travail de composition romanesque, autre lieu du sens ; le refus flaubertien de toute affirmation et de tout dualisme philosophique, au profit d'une recherche de l'indistinction ; le jeu d'écart et de discordance à l'œuvre dans ses textes. Décrire l'événement du style et l'ouverture qu'il produit : mode de fidélité à la littérature et à Flaubert qui n'est pas celui de la philosophie. 

Portrait of the writer as metaphysician : Flaubert as read by Rancière  
 
Rancière 's numerous studies of Flaubert's work tend to allocate the French novelist to the realm of philosophy. In this article, we examine the characteristics of Flaubert a “philosopher”, particularly how he relates, according to Rancière, to various figures of thought: restoring art, against Hegel , to its own future and its capacity to express the Spirit; or aiming through his own sentences in a platonic fashion to make the “Idea” manifest itself. Above all, Flaubert elaborates, in Rancière's view, a metaphysical vision that is nothing else than the metaphysics of literature itself. The author of Madame Bovary exhibits indeed a world of impersonal singularities and indeterminated perceptions that nothing binds together - i.e. the anti-representational “Nature” that is depicted in Schopenhauer's metaphysics or, later on, in Gilles Deleuze's work. Flaubert's writing both materialises and builds upon such a world-vision. Through its close scrutiny of Flaubert's style, the philosophical reading of Rancière thus acknowledges the metaphysical stakes and impact of a purely literary practice. 
However, as he ultimately diagnoses the failure of Flaubert's enterprise, the philosopher ends up giving philosophy the final word. As he confronts literature and philosophy, he also blurs the distinction between these two domains. Instead of translating the literary “doing” into philosophical propositions, our own objective is, in the end, to bring into light what Rancière leaves aside: the work put into novelistic composition, another vector of meaning; Flaubert's refusal to endorse any assertion or philosophical dualism, favouring instead a quest of the indistinct; the play on discrepancy and dissonance that runs across his texts. Describing the event of style and the openness it generates: a form of faithfulness to Flaubert, and to literature, that differs from that of philosophy.  
 
Jacques Gœtschel 
De Nietzsche à Flaubert : sous couvert d'impersonnalité
 
Le jugement porté par Nietzsche sur le style impersonnel de Flaubert est généralement négatif. À y regarder de plus près, l'écriture du philosophe s'en rapproche pourtant, à travers son jeu de masques, au point exact où il s'en sépare. Ce point est l'épreuve de son propre style que révèle Ainsi parlait Zarathoustra. Une mise en perspective de ces deux personnalités mettra en lumière un véritable double jeu dont témoigneront Madame Bovary et Ecce Homo. Que reste-t-il aux écrivains qui s'impersonnalisent, sinon devenir le saltimbanque de l'écriture pour l'un, en s'effaçant sur la scène de l'hystérie, et un pitre-bouffon pour l'autre, en déclinant son identité sur l'autel dionysien de la folie ? 

The judgment made by Nietzsche over Flaubert's impersonal style is usually negative. Looking at this more closely however, we can consider that the philosopher's writing, due to the different characters he juggles with, resembles the impersonal style, at the exact point it diverges. Ainsi parlait Zarathoustra reveals this very challenge he faces in his own writing style. Put in perspective, these two personalities will show a real double “ jeu ” well demonstrated in Madame Bovary and Ecce Homo. What is left for those writers who hide their true selves, except becoming the literary showman by fading away on the stage of hysteria for one and, for the other, a jester stating his name on the dionysian altar of madness?
 
(1) “ je u ” in french means “play” and “I”.
 
Solange M. Guénoun 
Le romancier démocrate et le philosophe plébéien : Gustave Flaubert et Jacques Rancière 
 
Le philosophe Jacques Rancière a fait de ces deux formules bien connues - « le livre sur rien » et le style « manière absolue de voir les choses » - à la fois des métonymies de l'œuvre flaubertienne, et des métaphores fondatrices de sa propre conception singulière de la « démocratie littéraire » qui mettent en scène Flaubert en artiste démocrate, en héros de la révolution littéraire et du nouveau paradigme de la « littérature ». Après avoir fait la préhistoire de la « rencontre » du romancier chez le philosophe, cet essai propose une cartographie des rencontres fécondes qui ont produit un « Flaubert poétique », puis des rencontres moins fructueuses où s'élabore un « Flaubert esthétique », en relation à la métaphysique esthétique de Gilles Deleuze. Cette analyse s'achève sur la critique du dernier « Flaubert » de Rancière, le Flaubert politique et clinique de 2006-2007, et sur la « bifurcation involutive » qu'il manifeste. L'ensemble de ces analyses, en contournant l'opposition commode entre littérature et philosophie, cherchent à montrer d'une part, comment Rancière pense avec Flaubert, ce qu'il lui emprunte pour son élaboration philosophique, et d'autre part, à introduire à cette pratique de la lecture propre à Rancière, appliquée à Flaubert en l'occurrence, et que j'appelle son « dissensualisme ». 
 
The « book on nothing » and style as “an absolute way to see things” are Flaubert' two famous formulae transformed by the philosopher Jacques Rancière into metonymies of the writer's work as well as founding metaphors of his own philosophical entreprise. He casts Flaubert as a “democrat” artist, a hero of a literary revolution. In this essay, we draw a cartography of felicitious encounters between the novelist and the philosopher, that resulted in a “pœtical Flaubert” and “aesthetical Flaubert”. It seems however that Jacques Rancière's reading of Gilles Deleuze's metaphysics of aesthetics through Flaubert' texts was less productive as far as Flaubert is concerned. Therefore, Rancière's last political and clinical analysis of   Madame de Bovary in 2006-07 is far less convincing then his previous challenging interpretations.  The main purpose of our reading is to show how Rancière thinks with Flaubert'texts , what he takes from it for his own philosophical aim. It is also concerned with Rancière's theory and practice of “dissensus”, what we call his “dissensualism”, as applied to Flaubert .
 
Thierry Poyet 
De Flaubert à Cioran : une pensée de la contradiction. Relire Flaubert à l'aune de La Tentation d'exister de Cioran. 
 
L'œuvre littéraire flaubertienne est complétée d'une correspondance qui double l'artiste esthète d'un penseur. Or, la philosophie de Flaubert, inspirée de Schopenhauer, liée à la pensée de Nietzsche, n'est pas restée lettre morte au XXe siècle et Cioran, avec un texte comme La Tentation d'exister, vient lui faire écho. Cet article se propose de repérer les points de rencontre entre Flaubert et Cioran et de voir dans le second l'héritier du premier. Dans leur propension commune à la contradiction - une même capacité à penser contre soi -, dans leur refus de la société telle qu'elle est, dans leur solitude conséquente et enfin leur volonté de dépasser leur époque et ses codes esthétiques - la remise en cause du roman par exemple - Flaubert et Cioran se ressemblent beaucoup. Étonnant ! 
 
Flaubert's novels are completed by a correspondence that presents the aesthete artist's other side: the thinker. However, Flaubert's philosophy, inspired by Schopenhauer's and related to Nietzsche's, is far from forgotten in the 20th century with works such as Cioran's La Tentation d'exister. This article locates the similarities between Flaubert and Cioran and demonstrates how the second was influenced by the first. In their common inclination to contradiction - the same capacity to think against oneself -, in their refusal to accept society as it is, in their resulting solitude and lastly in their will to surpass the age they live in and its artistic codes - such as questioning the notion of novel - Flaubert and Cioran share a strong resemblance. Surprising!
 
 
Éric Puisais 
Flaubert hégélien ? Phénoménologie de Bouvard et Pécuchet 
 
Parmi toutes les aventures que Flaubert fait subir à ces deux compères, celle de l'idéalisme allemand n'est pas la moins surprenante. L'épisode « hégélien » de Bouvard et Pécuchet nous renseigne doublement : d'un côté il nous apprend ce qui pouvait être reçu de Hegel à l'époque de Flaubert. L'hégélianisme prend une place parmi les idées reçues en France à la fin du XIXe siècle. Mais, selon un autre regard, il nous indique aussi quelques pistes possibles d'analyse du roman. À la lumière de l'hégélianisme, on peut tenter de saisir le sens de la circularité de l'œuvre et de sa prétention encyclopédique. On peut tenter une sorte de phénoménologie de Bouvard et Pécuchet.  

Among all the adventures that Flaubert has the two partners undergo, the German idealism one is not the least surprising of them all. The Hegelian episode in Bouvard et Pécuchet informs us on two subjects: on one hand it tells us how Hegel might have been read in Flaubert's time. Hegelianism had its place in the clichés of France at the end of the 19th century. On the other hand, it [also] provides us with further possibilities for analyzing the novel. Through the insights of Hegelianism, it is possible to understand the circularity of the novel and its encyclopaedic claims, and thus; we can attempt a phenomenology of Bouvard et Pécuchet.
 
Patrice Vibert 
Flaubert et l'événement : la fidélité infinie 
 
Le réalisme de Flaubert s'est défini par l'attention portée au contexte historique. Cette attention a permis l'élaboration d'une véritable pensée de l'Histoire au sein de la trame narrative. La comparaison entre les œuvres de Flaubert et celles de Zola permet de décrire la spécificité de la démarche flaubertienne qui présuppose que l'Histoire n'existe pas, et que seules les représentations de l'événement existent. Cet ultra-nominalisme contient une conception discontinuiste et subjectiviste de l'Histoire. Le sujet de l'Histoire n'est plus celui qui agit dans l'Histoire mais celui qui contemple l'événement. Si l'Histoire est une source d'apprentissage, elle nous apprend avant tout l'échec de l'action à cause de son caractère de farce. Le véritable sujet historique est ainsi celui qui n'est plus tenté par l'action, qui n'est plus trompé par l'Histoire. Il peut alors être fidèle à l'événement et à la résonance qu'il produit dans sa subjectivité. 
 
The realism of Flaubert was defined by the attention paid to the historical context. This attention allowed the development of a real thought History within the narrative screen. The comparison between works of Flaubert and those of Zola helps to describe the specificity of Flaubert's writing process which presumes that History dœs not exist, and that only the representations of the event exist. This ultra- nominalism contains a discontinuist and subjectivist conception History. The subject of History is no longer one that acts within History but one that contemplates the event. If History is a source of learning, it teaches us, in the first place, the failure to act because of its lack of seriousness. The true historical subject is thus one that is no longer tempted action and no longer misled by History. He can then be faithful to the event and the resonance produced in his subjectivity. 
 
Atsushi Yamazaki 
Bouvard et Pécuchet ou la gymnastique de l'esprit 
 
Dans le chapitre VIII de Bouvard et Pécuchet, les deux héros entreprennent successivement de nombreuses expériences, dans des domaines qui ne se laissent pas facilement rassembler : la gymnastique, les tables tournantes, le magnétisme, le spiritisme, la magie, la baguette divinatoire, l'hypnotisme et la philosophie. Or Flaubert écrit dans un plan : « La transition des connaissances doit être naturelle. Une idée les conduit à une autre ». Quelles transitions a-t-il donc aménagées entre la gymnastique et les tables tournantes, et entre l'hypnotisme et la philosophie ? La disposition du roman encyclopédique est-elle frappée d'arbitraire dans ces transitions ? Cependant, on va voir se dessiner, derrière ce voisinage apparemment aléatoire des savoirs, une problématique qui unit et qui traverse de part en part ce parcours intellectuel des deux héros : les interrogations sur le dualisme du corps et de l'esprit ou sur l'opposition entre matérialisme et spiritualisme. Dans cette étude, je m'attache à montrer dans quelle mesure le dualisme du corps et de l'esprit détermine la structure du chapitre VIII et de quelle manière il en constitue le scénario épistémologique.

In chapter VIII of Bouvard and Pécuchet, the two herœs undertake several series of experiments in disciplines that cannot be easily assembled: gymnastics, table turning, animal magnetism, spiritism, magic, divination wand, hypnotism and philosophy. Flaubert , however, wrote this note in a plan: “Knowledge transition must be natural. One idea leads them to the next”. Therefore, what transitions did he arrange between gymnastics and table turning, and between hypnotism and philosophy? Dœs the structure of this encyclopedic novel assume arbitrary narratives in these transitions? Yet, behind this apparently random distribution of knowledge, we will see epistemological questions take shape, which unite and go through the whole intellectual journey of the two herœs: questions on the dualism of body and mind, or on the opposition between materialism and spiritualism. In this study, I particularly want to show to what extent the dualism of body and mind determines the structure of chapter VIII, and in what way it constitutes the epistemological scenario of this chapter. 
 
Dork Zabunyan 
La bêtise : « faculté pitoyable » ou « faculté royale » ? - Deleuze lecteur de Flaubert 
 
Dans son ouvrage majeur, Différence et répétition, Deleuze consacre plusieurs pages à la bêtise ; il cite à cette occasion un passage de Bouvard et Pécuchet, où elle est définie comme « faculté pitoyable ». Deleuze reprend cette expression au sein de sa propre doctrine des facultés - dont il pose les exigences dans ces mêmes pages -, en lui attribuant un sens proprement philosophique qui concerne les « structures de la pensée comme telle ». La bêtise n'est pas l'erreur ; elle constitue un ennemi bien plus dangereux, bien plus digne aussi : la possibilité même de penser en dépend. Précisément, c'est en contraignant la pensée à saisir cette possibilité que la bêtise se transforme en « faculté royale ». De la « faculté pitoyable » à la « faculté royale », c'est un double mouvement de la bêtise que Deleuze nous invite à parcourir sur les traces de Flaubert. 

Stupidity : « pitiable faculty » or « royal faculty » ? - Deleuze reads Flaubert  
 
In his major book, Difference and repetition, Deleuze devotes several pages to stupidity. He quotes in particular a fragment of Bouvard and Pécuchet, where stupidity is defined as a « pitiable faculty ». Deleuze adopts this expression in the perspective of his own doctrine of faculties - whose requirements are set up in these same pages -, giving it an authentic philosophical sense which concerns the « structures of thinking itself ». Stupidity is not error; it constitutes a much more dangerous enemy which also deserves much more dignity: the possibility of thinking itself depends on it. Actually, it is by compelling the thought of seizing this possibility that stupidity becomes a « royal faculty ». From « pitiable faculty » to « royal faculty », it is a double movement of stupidity that Deleuze invites us to follow in Flaubert's tracks. 
 



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