Gustave Flaubert - revue - revue n° 8, 2008 | Madame Bovary , encore

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Revue Flaubert, n° 8, 2008 | Madame Bovary, encore.
Numéro réuni par Yvan Leclerc, avec la collaboration de Juliette Azoulai.

 

Revue Flaubert, n° 8, 2008

  

Costumes et rôles dans Madame Bovary : transmission et transgression

Annexe. Relevé des termes vestimentaires : utilité et interprétation

  

Emmanuelle Gogibu

  

     Sauf oubli, le relevé des termes appartenant au vocabulaire du vêtement comporte 243 mots.

     Parmi eux, 59 qualifient sans ambiguïté possible une pièce de vêtement ou un vêtement lui-même : blouse, redingote, robe, chemise, habit, par exemple, ou encore : manches, jupon, sarraut ou tablier, 41 une coiffure ou un couvre-chef, ainsi : capuchon, casque, catogan, chapeau de paille, 19 désignent un élément servant à couvrir le pied tels que : bottes, escarpins, pantoufles, guêtres, et 43 la matière dans laquelle sont fabriqués ces vêtements, couvre-chefs ou chaussures (dont environ 1/3 de textiles : flanelle, indienne, moire, ou coton et 1/3 de matières d’origine animale : zibeline, cygne, écaille ou cuir).

     De plus, les accessoires forment une catégorie à part entière qui réunit 69 mots. Cette catégorie est relativement hétéroclite et difficile à établir en raison, notamment, de la proximité de certains de ces accessoires avec la vaste catégorie des objets, et par conséquent de l’objectivité des critères de sélection. Néanmoins, pour imparfaite et contestable qu’elle soit, cette classification est indispensable dans la mesure où, associés à un vêtement, ces accessoires servent à le qualifier ; on trouve dans cette catégorie les accessoires strictement vestimentaires tels qu’écharpe, manchon, jabot ou encore châle ; les accessoires utilitaires tels que lorgnon, parapluie, mouchoir ou aumônière ; les accessoires propres à une fonction (on note que les accessoires à caractère religieux et militaire sont présents à parts égales : chapelet et éperons, ou épaulettes et guimpe, par exemple) ainsi que les bijoux : montre, breloques, bague, ou encore boucles d’oreille.

     Quelques termes enfin échappent à toute catégorie ou peuvent être intégrés dans plusieurs d’entre elles et sont donc classés parmi les « Divers » ; parmi eux se trouvent bouquet, épingle, peigne et éventail.

     Parmi les termes appartenant à la catégorie des vêtements proprement dits, l’auteur emploie deux synecdoques : amazone et livrée qui désignent une tenue composée de différentes pièces de vêtement de base (jupe, pantalon, veste), le plus souvent complétée par un couvre-chef dont l’aspect et l’usage sont restreints à des circonstances précises. De la même manière, et pour cette même raison, le choix des matières dans lesquelles ces vêtements et couvre-chefs sont confectionnés ainsi que les ornements qui les parent répond à des critères précis : praticité et solidité dans le cas de l’amazone, apparat et représentation dans le cas de la livrée. Ces tenues sont spécifiques à une activité (l’équitation, pour ce qui concerne l’amazone) ou à un métier (domestique, pour ce qui concerne la livrée). Elles sont également sexuées (l’amazone est réservée aux femmes et seuls les hommes portent une livrée) et connotent par ailleurs le statut de l’individu qui les porte ainsi que son environnement socio-culturel.

     On le voit, ces termes vestimentaires sont donc signifiants et par là-même riches d’enseignement, d’une part, parce qu’ils permettent d’identifier un individu et de le replacer dans un système, d’autre part, parce qu’ils révèlent éventuellement l’incohérence interne de ce système ou de cet individu, au regard d’une normalité communément admise tant par le lecteur que par les protagonistes de l’intrigue (tout au moins dans le cas d’un récit vraisemblable, comme c’est le cas ici – et comme le revendique son auteur). Il est donc « normal » que les domestiques de la Vaubyessard portent une livrée et, si le fait de l’écrire confirme, voire sécurise l’attente implicite du lecteur, on pourrait à la limite se dispenser de cette précision. En revanche, l’absence de livrée, tout au moins dans le contexte du dîner et du bal donnés au château de la Vaubyessard – et si elle était mentionnée – serait tout aussi surprenante, incongrue voire inquiétante, et en tous les cas signifiante, que pourrait l’être le port de la livrée par Justin, l’aide-apothicaire de M. Homais, ou par Félicité, la bonne d’Emma.

     L’ensemble de ces remarques est également valable pour les termes plus génériques évoqués précédemment, tels que robe ou habit, et ce malgré l’apparente banalité qui tendrait à les confondre, et à condition qu’on articule ces termes à ce qui les qualifie. Ainsi, la matière dont ils sont faits ainsi que les accessoires qui les complètent, variablement ou invariablement selon les personnages, le contexte, le moment du récit, fournissent de précieuses informations pour la lecture et l’interprétation du texte.