Gustave Flaubert - revue - revue n° 8, 2008 | Madame Bovary , encore

RECHERCHE
Revue Flaubert, n° 8, 2008 | Madame Bovary, encore.
Numéro réuni par Yvan Leclerc, avec la collaboration de Juliette Azoulai.

 

Revue Flaubert, n° 8, 2008

  

Madame Bovary, encore.
Numéro réuni par Yvan Leclerc, avec la collaboration de Juliette Azoulai.

  

Résumés

  

[Les résumés en anglais ont été traduits ou revus par Debbie Levesque, doctorante du Centre Flaubert.] 

  

Jean-Baptiste Amadieu

La mise à l’Index de Madame Bovary, le 20 juin 1864

Le 20 juin 1864, un décret du Saint-Siège mettait à l’Index Madame Bovary, parmi la plus importante liste de fictions françaises jamais condamnées par l’Église romaine. L’article s’appuie sur les archives du tribunal ecclésiastique ouvertes en 1998 et publie le texte inédit de la censure du roman, rédigée par Jacques Baillès, ancien évêque de Luçon et consulteur de la Congrégation de l’Index. Il décrit également les étapes du procès et commente l’examen censorial à la lumière des usages de l’Index en matière de fiction au XIXe siècle.

 

Madame Bovary is put to the Index June 20th 1864

On June 20th 1864, a decree of the Saint-Siège was putting Madame Bovary to the Index, among the most extensive list of French novels ever condemned by the Roman Church . This paper uses the archives of the ecclesiastical court opened in 1998 and publishes the unpublished text of the novel’s censorship, written by Jacques Baillès, former bishop of Luçon and consultor of the Index Congregation. It also describes the different steps in the trial and comments on the censorial review in light of the Index’s purposes in terms of nineteenth century fiction.

  

Francis Lacoste

La réception de Madame Bovary (1858-1882)

Vingt-cinq ans après la publication de Madame Bovary, la cause est entendue : ce roman est un chef-d’oeuvre, et Flaubert un grand écrivain. Mais la personnalité et les exigences esthétiques du romancier sont mieux connues qu’au moment de la publication, si bien que certains critiques se livrent à une analyse stylistique parfois remarquable, qui relègue au second plan les considérations morales. D’autre part, alors qu’en 1857 la question du réalisme, et en particulier du rapport au modèle balzacien, était au centre de la plupart des analyses, la notion même est affinée, la part du romantisme réévaluée, tandis que certains romanciers comme Zola tirent Flaubert, malgré lui, vers le naturalisme. Mais surtout, la démarche des critiques se fait volontiers sociologique, afin d’expliquer le triomphe du « réalisme » et le discrédit de l’idéalisme. Madame Bovary devient donc le révélateur d’une société qui évolue vers le matérialisme et le scientisme, tandis que Flaubert occupe désormais une place centrale dans un champ littéraire en voie de recomposition. Cette évolution explique les tentatives des instances de légitimation comme la Revue des Deux Mondes visant à « récupérer » Flaubert pour tenter d’endiguer la déferlante naturaliste. 

 

The reception of Madame Bovary (1858-1882)

Twenty-five years after the publication of Madame Bovary, the case is heard: this novel is a masterpiece, and Flaubert a great writer. But the novelist’s personality and aesthetic requirements are known better now than at the time of publication, so that some critics are engaged in a sometimes remarkable stylistic analysis, which overshadows the moral considerations. On the other hand, while in 1857 the question of realism, particularly with the model balzacien, was the focus of most analysis, that concept is refined, Romanticism is revaluated, while some novelists like Zola draw Flaubert, despite himself, to naturalism. Most importantly, the critics’ approach is sociological, in order to explain the triumph of realism and the discrediting of idealism. Madame Bovary becomes the novel that reveals a society moving towards materialism and scientism, while Flaubert, from now on, occupies a central place in the literary field which is in the process of recomposition. This evolution explains the attempts of instances of legitimation like the Revue des Deux Mondes who wants to “recover” Flaubert to try to hold back the naturalist wave.

   

Emmanuelle Gogibu

Costumes et rôles dans Madame Bovary : transmission et transgression

Au premier abord, on ne peut soupçonner que les vêtements occupent une place d’importance dans Madame Bovary. Ils servent pourtant l’esthétique du roman, la cohérence du propos, la psychologie des protagonistes et la vraisemblance du récit. L’observation de l’apparence vestimentaire des personnages d’une part, les occurrences, la fréquence, l’attribution des éléments qui la composent d’autre part, ainsi que les variantes, contre-emplois ou dégradations diverses que ces éléments subissent sont les indices d’une logique sous-jacente. Leur étude permet de mettre à jour un réseau de filiations – et d’affiliations – symboliques, d’autant plus puissantes qu’elles ne sont pas conscientes. Cet article propose une lecture nouvelle et singulière de Madame Bovary, interrogeant la cohérence interne des personnages et les liens complexes qui les unissent, au-delà des apparences.

 

Costumes and roles in Madame Bovary : transmission and transgression

At first glance, one cannot suspect that clothes have an important place in Madame Bovary . Yet they serve the novel’s aesthetics, it’s consistency, the protagonists’ psychology and the plausibility of the story. Observing the appearance of the characters’ clothes on the one hand, and the occurrence, the frequency, the allocation of its components on the other hand, as well as variants, misuse or various degradations that these elements are subjected to indicate an underlying logic. Studying these elements allows an update of filiations – and affiliations – symbolic, even more powerful that they are not conscious. This article proposes a new and unique reading of Madame Bovary, interrogating the internal consistency of the characters and the complex links between them, beyond appearances.

  

Shoshana-Rose Marzel

L’oeil et la vestignomonie – ou les regards portés sur l’élégance d’Emma dans Madame Bovary

Selon la technique narrative de Flaubert, la description est toujours transmise à travers le regard des personnages ; en conséquence, elle ne peut rendre qu’une image partielle et forcément subjective de l’objet décrit. Cet article examine la part de la mode féminine, accessoires compris, dans ces images fragmentées, issues des regards portés sur Emma dans Madame Bovary. À travers l’analyse des visions multiples des vêtements de l’héroïne, ce sont simultanément les tempéraments des observateurs ainsi que les stéréotypes et les conventions culturelles en cours au milieu du XIXe siècle, qui se dévoilent.

 

The eye and “vestignomonie” – looking at the elegance of Emma in Madame Bovary

According to Flaubert’s writing technique, description is always transmitted through the eyes of the characters, thus giving only a partial and subjective image of the described object. This article analyses the part of feminine fashion, accessories as well, in those fragmented images obtained through the characters observing Emma in Madame Bovary . Through these multiple visions of Emma’s clothing – the characters’ personalities, mid-nineteenth century stereotypes and cultural conventions unfold simultaneously.

   

Damien Dauge

Mélodies et sentiments : l’empoisonnement musical d’Emma Bovary

La relation de Flaubert à la musique se trouve souvent appréhendée suivant deux critères : le style et la biographie. La musicalité de la prose flaubertienne fait de la musique une métaphore stylistique, tandis que le constat biographique selon lequel l’auteur serait resté toute sa vie étranger à la musique détourne l’attention des lecteurs mélomanes. Or une écoute attentive des nombreuses occurrences musicales de Madame Bovary doit se débarrasser de ces a priori qui refusent l’esquisse d’une pensée musicale flaubertienne. Ainsi, la musique romantique qui exalte mélodiquement les sentiments pourrait bien s’ajouter à la recette du poison qui mène Emma vers sa fin tragique. L’idée reçue pour laquelle la musique adoucit les moeurs indiquerait par antiphrase tout le danger qu’une mélodie sentimentale représente pour la sensibilité de la jeune femme, peut-être moins mélomane que mélomaniaque.

 

Melodies and feelings: the musical poisoning of Emma Bovary

Flaubert’s relationship to music is often seen following two criteria: style and biography. The musicality of the flaubertienne prose makes music a metaphor style, while the fact that the author would have remained outside the music scene all his life distracts the attention of readers who are music lovers as well. But paying close attention to the many musical occurrences in Madame Bovary gets rid of those a priori that reject the idea of a flaubertienne music. Thus, romantic music that exalts feelings melodically could be added to the mix for the poison that leads Emma to her tragic end. The preconception that music softens the mores would mean, by antiphrasis, all the danger that a sentimental melody represents for the sensitivity of the young woman, who’s perhaps less of a music lover than a “mélomaniaque”.

   

Patrice Vibert

Quelques propositions pour une lecture sartrienne de Madame Bovary

En écrivant L’Idiot de la famille, Sartre a voulu montrer comment, de 1821 à 1857, Flaubert est devenu un écrivain et en quoi Madame Bovary est le roman réaliste attendu par les lecteurs du Second Empire. Malheureusement, Sartre n’a pas pu mener ce projet à terme. Sa biographie de Flaubert s’arrête au seuil de ce roman qui fit passer Flaubert du statut d’« idiot de la famille » au statut de génie. Si nous voulons comprendre l’enjeu de ce projet sartrien, il est nécessaire d’étudier les notes laissées par Sartre au sujet de Madame Bovary. Même si les hypothèses interprétatives présentes dans ces notes auraient sans doute évolué, il est possible d’en dégager les principes d’une lecture sartrienne de ce roman. Cette lecture est fondée sur la notion d’imaginaire qui est à la fois constitutive de l’idée même de roman et qui définit la « faute » d’Emma.

 

By writing L’Idiot de la famille, Sartre wanted to show how, from 1821 to 1857, Flaubert became a writer and how Madame Bovary is the realistic novel awaited by the readers of the Second Empire. Unfortunately, Sartre could not carry out this project in the long term. His biography of Flaubert stops at the threshold of this novel which made Flaubert go from being the “idiot of the family” to being a genius. If we want to understand the stake of this sartrien project, it is necessary to study the notes left by Sartre about Madame Bovary . Even if the interpretative assumptions present in these notes would undoubtedly have evolved, it is possible to identify the principles of a sartrienne reading of Madame Bovary from them. This reading is founded on the concept of imagination which is, at the same time, constitutive of the very idea of novel as it defines the “fault” of Emma.

  

Beate Langenbruch

Emma Bovary et Effi Briest : un air de famille dans les oeuvres de Flaubert et de Fontane ?

La question des parallèles possibles entre Emma Bovary et Effi Briest occupe la recherche allemande, germanophone et anglophone depuis des décennies. Cette première synthèse en français propose de faire l’état des lieux : à quels types de comparaisons les deux figures d’une femme adultère, les deux romans et leurs auteurs ont-ils été soumis jusqu’ici ; leur parenté imaginaire est-elle fondée ? Si, en définitive, on ne peut établir la preuve d’une influence directe de Flaubert sur Fontane, il n’en reste pas moins que la confrontation des deux textes et des deux esthétiques se révèle féconde, bien qu’elle laisse encore de nombreuses interrogations en suspens. Enfin, il s’agit de prendre conscience de quelques obstacles qui ont pu rendre difficile l’accès d’Effi Briest aux lecteurs et aux érudits français, dans le but d’encourager de futures recherches consacrées à ce rapprochement de deux oeuvres prototypiques du réalisme européen.

  

Emma Bovary and Effi Briest : a kinship in the works of Flaubert and Fontane?

The question of possible parallels between Emma Bovary and Effi Briest has interested German research, in German and in English, for decades. This first French synthesis wants to find: What types of comparisons the two figures of an adulterous woman, the two novels and their authors have been submitted to so far; is their imaginary relationship founded? If, ultimately, we cannot prove a direct influence of Flaubert on Fontane, the fact remains that the confrontation of these two texts and these two aesthetic proves fruitful, although it still leaves many questions unanswered. Finally, we have to be aware of some obstacles that have made the access to Effi Briest difficult for French readers and scholars in order to encourage future research on those two prototypical works of European realism.

 

Die Frage der möglichen Parallelen zwischen Emma Bovary und Effi Briest beschäftigt die deutsche, deutschsprachige und englischsprachige Forschung seit Jahrzehnten. Der vorliegende erste Überblick in französischer Sprache nimmt eine Bestandsaufnahme vor. Welcher Art von Vergleichen wurden die zwei Figuren der Ehebrecherin, die beiden Romane und Autoren bisher unterworfen, und ist ihre imaginäre Verwandtschaft begründet? Auch wenn letztlich kein Beweis eines direkten Einflusses von Seiten Flauberts auf Fontane erbracht werden kann, so erweist sich doch die Konfrontation zweier Texten und zweier Ästhetiken als fruchtbar, gleichwohl noch zahlreiche Fragen offen bleiben. Schließlich ist es nötig, sich darüber bewusst zu werden, welche Hindernisse französischen Lesern und Gelehrten den Zugang zu Effi Briest erschwert haben, um künftige Forschungsarbeiten anzuregen, die sich mit der Gegenüberstellung von zwei beispielhaften Vertrern des europäischen Realismus befassen.